‹ La France et ses coloniesChapitre 232 sur 283 · Reclu». — .NU4 COUJ^IEJ · texte numérisé non relu

Reclu». — .NU4 COUJ^IEJ

roique ' dont les Portugais sont fiers ; et, k son tour, cette plage est maintenant au loin dans les terres, car le Capitâo das Aguas, comme le nomme le guerrier poète usé au service de sa patrie, le Mi'-" kong ou Cambodge, allonge rapidement son délia.

Puis vint l'époque obscure où la contrée que les annalistes chinois nommaient le Xici)-(jui s'appela, chez ces méme.s annalistes, leBA-Viel, ou les Dent Peuples, les Cent Tribus.

L'une des Cent Tribus, mieux pnMe Èi la hille, comme étant plus nombreuse, plus vigoureuse, ou sinqdemenl plus basse, avide, cruelle, criminelle et rusée, les Giao-Cbi, s'assimila li>s quati>>- vingtdix-neuf autres |M>upli<s (si réellement il y en avait cent). A mesure qu'ils pénétraient, prt>ssaient, agglutinaient autour d'eux, le nom de ilâ-Yiel dt'~

clinait; il finit par disparaître et fut remplacé par colui de Niam-Giao, ou pays des Giao — des Giao- Chî, s'entend.

Giao Chi, cela signifie les Doigts Écarlês, à cause que, pareils à nous pour les mains, ils avaient des pieds plus préhensifs, par suite d'un certain écart entre le gros orteil et l'ensemble des autres doigts du pied. Ce trait a pédestre » a passé, de génération en génération, à leurs arriére-petits^fils anna- Tiiites, et l'on dit que moins un Annamite est croisé, plus il estGiao-CJii au sens propre du mot.

Ensuite les noms de iNiam-Giao, Giao-Clii s'efTîîcent. Il n'y a plus que des Annamites, dans un Annam, c'est-à-dire dans un « Repos du Midi » ou dans un « Sud Pacifié », sinon dans un 0 Sud Pacifique ». La contrée grandit par les alluvions de ses fleuves, elle se peuple. Tantôt elle reconnaît la souveraineté des Chinois, tantôt leur suzeraineté, tantôt elle combat ces maîtres et il lui arrive de les vaincre ; mais si parfois elle conquiert sou indépendance, elle admire toujours le grand et vieil empire, elle voit en lui le pays de l'écriture, le séjour des arts et des sciences, la patrie de la politesse et du beau langage, le foyer de la pensée, la pure fontaine de la sagesse.

Cette amitié pour la Chine, sa philosophie, sa conception du monde, son patriarcat, son culte des ancêtres, son mandarinat fondé sur des examens publics, l'on peut dire cette vénération domine tout le passé de l'Annam malgré les guerres entre Annamites et Chinois; elle domine son présent malgré la soumission à la France ; et sans doute qu'elle dominera son avenir. 11 y a des fatalités de situation, de voisinage, d'histoire, d'origine.

C'est pourquoi le nom d'Indo-Chine manque de vérité, surtout pour Plndo-Chine orientale, qui est rindo-(]hine française. Ce nom ne devrait pas indiquer seulement une situation intermédiaire entre rinde et la Chine, il faudrait qu'il marquât également un partage d'influence entre ces deux pays qui, réunis, sustentent du tiers à la moitié des honmies.

Tel n'est pas le cas. Le Ton(|uin, l'Annam, la Cochinchine, la Laotie, le Cambodge, le Siam, la Birmanie gravitent vers la Chine plutôt que vers l'Inde; l'élément « jaune » y a plus de part que l'élément « ana », malgré la mainmise de l'Angleterre sur la Birmanie, malgré l'immigration des Hindous dans les anciens et les nouveaux domaines d'Albion, immigration plus que balancée par l'afflux de l'industrieuse « chinoiserie » dans les bourgs, villes, villages, plantations des trois quarts de la péninsule transgangétique.

Le temps aidant, ce qui avait été les Cent Tribus au bord du Fleuve Rouge devint la terre d'Annam, en trois pays : le Tonquin, parcouru par ce fleuvelà; l'Annam proprement dit, lisière étroite entre la montagne et la mer, au midi du Tonquin ; la Cochinchine, enlevée au peuple allogène des Cambodgiens, au sud-ouest de l'Annam, sur le Mékong, vaste rivière créatrice. Les mêmes institutions, les mêmes cultes, la même langue en dialectes fort ressemblants léguèrent sur près de quinze degrés de latitude, d'entre le 24« et le 23« jusqu'au delà du O" en tirant sur le 8''. Le centre de domination se fixa, non dans la contrée la plus populeuse, qui est le Tonquin ; non dans la plus riche avec le plus beau fleuve, c'(*st-à-dire en Cochinchine, mais dans la partie la plus pauvre, dans l'Annam, qui tient le milieu ; là est Hué, le palais et la citadelle du (lesposte en riche robe de soie.

H. Conquête de rAnnam. — En négligeant un débarquement de marins, un petit assaut à la baïonnette et la ruine d'un fort annamite, le tout en i856, le premier contact ennemi de la France et de l'Annam date de 1858, de Tannée qui suivit cet an 1857 où s'acheva la conquête de l'Algérie.

Les arrière-neveux des Doigts Écartés ne nous craignaient guère. Us avaient presque raison, tant nos hésitations nous déshonorent. L'empereur annamite avait dit en souriant : « Les Français jappent comme les chiens, ils fuient comme les chèvres ». Et de fait, le châtiment ne suivait jamais la menace. Or l'Oriental n'admire que la force, il la croit sainte; pour lui, l'homme vraiment homme, le juste en même temps que le justicier, c'est celui qui nût voler à l'heure dite la tête qu'il a condamnée.

La France et l'Espagne avaient à venger des missionnaires suppliciés, ceux-là même dont Victor Hugo parle si superbement, en s'adressant à l'un de ces blêmes décapités :

0! tandis que là-bas, héla^I chez ces barbares. S'étale réchafnud do tes membres chargé, Que le bourreau, rangeant ses glaives et ses barres, Frollc au gibet son ongle où ton sang s'est figé;

Ciel ! tandis que les chiens dans ton sang viennent boire Et que la mouche horrible, essaim au vol joyeux. Comme dans une ruche entre en la bouche noire El bourdonne au soleil dans les trous de tes yeux;

Tand's qu'échevclée e^ sans voix, sans paupières, Ta tète blême est là sur un infâme pieux. Livrée aux vils affronts, meurlrie à coups de pieri'es, Ici, derrière toi, martvr, on vend ton Dieu!

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