M)0-CHINE
Une flottille vogua donc en 1858 vers le littoral annamite.
Elle portait 2500 hommes, dont ioOO Français, et 800 Espagnols qui n avaient rien d'espagnol, qui n'étaient môme pas des castillanophones, mais des Tagals, Indiens des Philippines sohres et soumis.
Celte petite armée s'empara de la baie de Tourane, l'une des plus belles de l'Asie.
En i859 une autre flottille remonta le fleuve Donnai par son large, profond estuaire et prit Saigon, qui devint et resta la capitale de nos établissements.
Mais la France jugea nécessaire de se susciter un ennemi souple, passionné, perfide, hostile en Tunisie, en Tripolitaine, en Egypte, en Syrie, dans toute la Méditerranée, dans toute l'Europe, et l'on peut dire dans le monde entier. Elle créa donc l'Italie par quatre ou cinq victoires; le sang français teignit les rivières alpestres, les canaux de la plaine des Lombards, il rougit les coteaux devant des «ivanl-monts.
Puis il lui parut beau d'aider les Anglais à brutaliser la Chine pour la commodité de quel(|ues gros marchands « saxons » ; elle entra dans Pékin par assaut.
Pendant ce temps les Aimamiles bloquaient par des forts, des fortins, des épaulements, des télés de pont, le peu de centaines d'iionnnes que nous avions laissés à Saigon, et il nous fallut un grand effort pour ronqn'e en 18G1 les lignes redoutables de Ki-lloa.
En 1803 un traité de paix avec l'euïpereur du Ui'pos du Midi nous donna les provinces orientales de la I]asse-Cocliincliine : Saigon, Bien-lloa, Myllio.
En celle jnéme année 1865 le rovaume du Cambodge accepta le protectorat de la France. L'action du gouverneur de Saigon fut ainsi portée jusqu'à la frontière des Laotiens prétendus Siamois, indépendants en réalité, (ju'il était nécessaire de protéger égalemenl, tout le long de leur maître fleuve, pour faire de notre Indo-Chine un grand lout homogène. Mais on ne les protégea pas : loin de là» on eut la faiblesse de céder aux Siamois des provinces cambodgiennes par la situation, la langue, l'histoire, et l'Indo-Chine française reste désormais inachevée.
Vint ensuite le tour du Tonquin et de la Haute Cochinchine ou Annam proprement dit. (]es deux pays sont maintenant attachés à la France i)ar le lien du protectorat, après une série d'aventures fantastiques dont une au moins, la première, et^t
hautement sup;'»rieure à toutes les oseries des (Jon- (juisladores. Avec une poignée de matelots et im brin de soldats d'inranlerie de marine, 175 hommes en tout, Francis Garnier brusqua la ville d'Hanoï, peuplée de 100 000 Ames; puis, maitrede sa formidable citadelle, enlevée de vive force ainsi que les forteresses moindres du delta du Fleuve Rouge, il conquit, il pacifia, il organisa en quel- (jues jours le Tonquin, pays de neuf millions d'habitants, sinon douze (1875).
Dans sa Rizière, dans sa Forêt, sa Montagne, dans la marche déserte qui le sépare de la Chine, le Tonquin a vu depuis une âpre tragédie aux cent actes divers : des sièges, des assauts, des défenses, des endiuscades à n'en pas sortir vivants, des croisières contre les pirates, des batailles contre les Tonquinois rebelles, contre les Pavillons Noirs, brigands à la solde des Chinois, et contre la Chine elle-même.
La terre du Fleuve Rouge ne nous revaudra jamais tout ce sang héroïque, ni au centuple, ni au décuple, ni au double, ni même au simple, car qui pourra faire un jour de ce satrapat de la Chine une France nouvelle?
Maint héros de la Conquête a pu nous maudire en mourant, quand le Pavillon Noir lui sciait le cou pour planter la tète au bout de sa pique et la porter glorieusement en l'air, comme un monument de prouesse, par-dessus la forêt des drapeaux et des lances.
Il semble que la France ait pris plaisii* à décourager là-bas jusqu'aux plus vaillants.
Lorsqu'il fallait vingt mille honnnes pour ressaisir ce pays enlevé d'abord par moins de deux cents, puis perdu parlAche sottise, elle en envoyait deux mille, voués d'avance aux combats stériles, à l'inutile embourbement dans les rizières, à la fièvre du marais ou de la forêt, à la dysenterie, à l'insolation.
Quanti un chef trionqdiait du Tonquinois, du Chinois, du clinïat, et qu'avec deux ou trois coups de boutoir il était sur de disperser pour toujours la meute acharnée des Pavillons Noirs, elle arrachait de ses mains le bâton de conunandement.
Lors(|u'il fallait frai)per fort et ferme sur la Chine, dont les pirates, les Pavillons Noirs, les batteurs d'estrade, étaient la non douteuse avant-garde, on la ménageait. On avait pris Pékin pour l'Anghterre, on n'osa l'attaquer pour la France, ni bombarder les ports, de peur d'y brûler un magasin appartenanl à quelque sujet de la « gracieuse reine », une boutique ayant pour maitre un Aile-
SOS CULUMES
iiiiiiul. ULi Yaiikec, un cosiii(i|io)ite qtiolconqiic vt-nu { Uéïireuso de pr<;n(lro aui Cliiiiois Time de leurs chez les Jiiuiios pour pilliT li<» JauiiL's. [ di'ux gmtides Mes puur avujr un gage en main
contre eui, la France entreprenail Formose, au lieu j plus aisée h saisir, qui se lève à l'eitli-ée du golfe de llaïnan, l'ilo pour ainsi dire lonquinoise. et bien i du Toiujuiu.
ic famille «imimllc. — Gravure île Ruffe, d'ipi-ia tuio ptiolugrijiliie commuuiquvv par la Suciùd
Quand des (rnhisons soudainrs monlraiont dmis toiito leuj' bassesse In sournoiserie, l'Iiypoi-risie, rnbjectioii des iiiandnrinsquî « disciil : Paix! pnixl lors<iu'il n'y a poînl de paix «, c'est h ces mandarins môniDS qup, di'^ii dis fois trompée, i^lle se fiait pour l'iro trahie dix fois eiiooiv.
Part'il au cyclone qui loul h coup déchire pastiionnémeiit le ciel après un silence tenilile de l'iur, qunnil un assaut noclurne éclata dans la ville endormie, ii Hué, la capitale de l'Empire, assaul tramé tlans lu palais même de l'empereup, au lieu