‹ La France et ses coloniesChapitre 246 sur 283 · rji6m. mol camlodgieii, l'êpOLid à culliii^, ù montagne · texte numérisé non relu

rji6m. mol camlodgieii, l'êpOLid à culliii^, ù montagne

qui, de même que l'entier Cambodge, pmPile plus aux Chinois qu'aux Français.

Par la paresse des Cambodgiens et par l'absence des Européens, a Jean de Chine r fait insensiblt^ ment du Cambodge une colonie commerciale de l'empire du Milieu. La France est loin, la Chine est près; la France est petite, la Chine est grande ; le Tropique nous énerve, il ne fatigue point les Chinois.

Des deux branches qui se partagent le Mékong à l'aval de Pném-Penh, le bras de droite est le Fleuve Postérieur, celui de gauche le Fleuve Antérieur. En deux syllabes au lieu de nos quatre ou cinq, le Fleuve Postérieur s'appelle chez les Annamites Uau Giang. et le Meuve Antérieur Tién-Giang.

V, Keclui. — Kos Caumlts.

Tantôt parallèles, taiilôl s'éloignaiil, tantôt se rapprochant, ils passent du Cambodge dans la Cochinchine sans que rien marque un ciiangcmenl de royaume par un changement de nature. C'est toujours la plaine sans bornes, le doinj-marais ou le tout-marais, suivant d'imperceptibles abaissements du sol, et aussi selon la hauteur des eaux du Mékong.

Eniré en Cochinchine, le Fleuve Postérieur ou Fleuve Inférieur ou Bassac passe à Chaudoc, d'où part, sur la rive droite, un canal qui s'en va vers le golTe de Siam par une plaine basse où se lèvent des n nui », montagnes ou, à réellemenl parler.

UINE i8S

collines, qui furent un archipel de la mer colmatée par le Mékong : archipel d'ilelles et d'ilôts, tandis que l'hu-Quoc, demeurée terre environnée d'eau salée, .'i 50 kilomètres du continent, n'a guère moins de 75 000 hectares de grès et de porphyres bombés en monts de 500, de 600 mètres, qui portent une vaste forêt chère au sanglier, au daim, au bullle inquiet et brutal.

C'est au portd'Hatien, la « ville des poivriers », que tombe en mer un fleuve côtier qui a l'eçu, A 35 kilomètres en amont, le canal parti de Chaudoc, dit le canal do Vinh-té, dont la longueur est d'environ dix-huit lieues.

Hjlbo (Vu), p. tSi). — Dessin de J. Hojnet, d'iprès une photogriptiia.

Ce « chemin des eaus » serait précieux si le port donnait entrée aux grands navires ; mais Justement llatien ne les peut nscevoir, par l'ohslacle d'écueils naturels, et de rochers semés au devant vers 1850 par les Annamites, dans un but de défense, durant une de leurs guerres avec les Siamois; quant au canal, qui date de ce siècle (et qui consuma beaucoup de vies), il manque de laideur et encore plus de profondeur.

A Long-Xuyên se détache à droite une coulée continuée à partir du n nui h ou mont Sap par un canal d'une trentaine de kilomètres nommé canal de Itach-Gia, d'après la ville où il alteint une baie du golfe de Siam. Commencé trois ans avant le canal de Viuh-tè, le canal de Itacli-Gia fut creusé

à 2 mètres, mais de son fond, terre plastique, poussent tant -d'herbes qu'il s'encombre vite et qu'il faut le curer, le récurer.

Le Bassac, moins profond que le Fleuve Antérieur, avec lequel il communique par le large anoyo de Vamnao, est par cela même moins fréquenté par les navires, et les navires y sont moins grands. Il se verse à la mer de Chine par trois

Le Fleuve Antéi'ieur, ou Fleuve Supérieur, le Tién-Giang, garde spécialement le nom de Mékong, l'autre branche s'appelant couramment, comme dit ci-dessus, le Bassac. Vers Vinh-Long il se divise en bras qui, se subdivisant plus bas, l'apportent à l'océan par six embouchures : l'un de ces

NOS COrONlES

bras tiaignc la ville de Mytiio. ot c'est ce bras-lii qui porto [an plus gros bâtimeuts.

Anlérii'ur et Posiérieur sillonnent de loup largo et jauiiàlrt; sillon un delta dont ils répan'nl cbaque année le sol par le dépôt des crui's; et quand prêcisénient ils le ri'staurt>nt le plus, un ne s'en npereoil pas, nu* ils couvrent jusqu'à l'horizon lt<s larges campagnes. Fleuves. Ihiyous, niisséaux jonqueux, coulées transversales ou latérales, grandes et petitt>s mdres |3erdenl leur existence distincte. Tout disparaît : le tiiông ou banc de sable, le Sup ou bfliic de vase, l'Iierbiêre, Ih rizièi-e, la roselière qui n'a pas encore de grands raseau.v, la jonquière

qui n'a pas encore de grands joncs {et d'ailleurs ils fléchissent et se cachent au courant de l'eau), la pàtun' sur terre molle, le jardin, la saline; et moins quelifues collines, quelqui^ vagues épaule nienls, des cimes d'arbres, des palétuviers, il n'y a plus ici qu'une sorte de mer effaçant sous un flul louche, qui se trauspoile au sud-sud-est, presque tous les hauls et les bas de la Louisiane du fleuve Mékong.

Pas seulement du Mékong, mais aussi des deu\ Vaïco et du Donnai : h partir de Saigon, situé précisétnent au lieu de contact des terres plus ou moins élevées cl des plans alluvionnaires.

Il gouverneur, 1 Saigon. -

d'apri-s un« jiliDtograrhi

tout l'occident de la Cocbîncliine est également un cadeau des rivières, sur lu coui's moyen et inférieur des deux Vaïco et sur le bas du Donnai.

le Vaico Occidental ou Petit Vaïco vient du Cambodge; il n'amène pas seulement des ondes [personnelles au Vaïco Oriental ou Grand Vaïco, il lui coiilie aussi de troubles eaux niékongoises devenues siennes apri-s qu'il les a reçues de la Plaine des Joiii-s, le plus grand des mal-ais oii s'écroule la crue du fleuve Cambodge. Lne autre communication, plusai'tilicielle, entre le h capilSo das Aguas u et la modeste rivière, c'est l'arroyo de la Poste, entre Mytlio sur Mékong et T)in-An sur Vaïco Occidental. Long de sept lieues, lai^e de 50 mètres, il

porte plus de sampans ou barques', plus de jonques ou navires de 50, de 80, même de 100 tonneaux, et en t(>mps de guerre plus de canonnières fran- (;aises que li's aulivs canaux cocliincliinois.

Le Vaïco Oriental vient, comme son liomonyme, du royaume où règne et ne règne pas le « descendant des esprits éclairés' u; il se verse dans le Suirap, l'une des trois bouches du Donnai.

Le Donnai, lui, vient d'assez loin dans l'Annam, parles terivs hautes de la Cochinchine, région qui

1. Il y eii a de (tr-iiids, jitsqu'it 10 mëtifs de loiiR. rt de pcliU ne dépasMnt pas 3 iii^bvs : iiu loi! de bambou t^ii ga- ■ l'anlil le milieu contre la cuisson du soleil.

3. Ainsi se sui'iioinmc volontiers le despote protégé, l'ex. tuierain du Cainbodse.

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INDO-CHINE

contraste, à son avantage, avec les vases plus ou moins libérées du flot que le Nam-Ki-Luc-Tinh tient de la générosité du Mékong; ces quatre mots annamites, qui signifient le Pays des six provinces du Sud, désignent la Cochinchine.

Aussi le Donnai rassemble-t-il des eaux pures, au milieu de forêts dont le pied trempe dans la boue, parmi des « nui » qui montent à 800, à iOOO mètres. Puis, au-dessous de Bien-Hoa, il s*approfondit, il s*épanche en estuaire, il se trouble : c*cst le delta, où il ne tarde pas à s*unir au Cang- Lé, issu de TAnnam.

On connaît mieux le Cang-Lé sous le nom de rivière de Saigon, cité qu*il frôle par un lit de 10 mètres de creux, de 400 mètres de largeur, que fouille et refouille une marée haussant et baissant alternativement de 4 mètres le niveau des eaux. Il n*en faut pas autant pour que flottent les plus monstrueux navires.. L*Arroyo Chinois, qui a soixante-dix ans d*âge, relie, par un chemin large de 100 mètres, la rivière de Saigon au Vaïco d'Orient ; d'autres arroyos nouent le Vaïco d'Orient au Vaïco d'Occident, et celui-ci au Fleuve Antérieur. De la sorte communique avec le fleuve notre ville de Saigon, toujours malsaine, mais moins qu'autrefois, depuis .qu'on a drainé ses marais, affermi son sol, aéré ses rues, ouvert des avenues et boulevards, planté des arbres h profusion.

Saigon règne sur la Cochinchine, la seule de nos colonies (avec Pondichéry) qui nous donne plus qu'elle ne nous coûte, pécuniairement parlant; mais il ne faut pas mesurer la valeur d'un pays d'outremer à ce qu'il vide ou remplit plus ou moins la caisse de l'Etat. La métropole arrachée à sa torpeur, la colonie cessant d'être un désert, ou de terre barbare devenant terre humaine, l'éveil et le croisement des entreprises, le pavillon courant les mers, la langue de la patrie conquérant des foyers cl ses chefs-d'œuvre des autels, c'est pour cela surtout qu'il faut essaimer au delà des océans.

La première vertu d'une colonie n'est point de verser quelques millions au trésor, comme la Cochinchine; mais bien d'être colonisable, comme l'Algérie, qui nous a dévoré des milliards de francs et, colons ou soldats, dix fois plus d'hommes que rindo-Chine : mais au moins peut-on dire que ces hommes sont morts en semence de vie, tandis que l'or, les soldats, les marins prodigués dans l'étuve d'Extrême Orient seniront à l'expansion de la Chine et non pas à celle de la France.

La preuve en est déjà grande à Saigon même, ou, pour mieux dire, à Saigon-Cholon. En réalité

Saigon n*est pas seulement Saigon, la Gia-Dinh< Tanh des Annamites; elle se complique d'une autre ville, Cholon, c'est-à-dire Grand Marché, bâtie à 5 ou 6 kilomètres, aux deux rives de l'Arroyo Chinois, très bien nommé: les magasins de riz, les boutiques, les enseignes en barbouillage idéographique, les maisons basses le long d'une lieue de quais, les pagodes, les sampans eflilés chargés à couler bas, les jonques ventrues, le travail du jour, les plaisirs de la nuit qu'éclairent discrètement des lanternes de papier, les tripots de joueurs, les tavernes d'opium, les hommes, les femmes, l'esprit, la langue, tout cela c'est vingt-cinq fois plus chinois que français, car il y a dans la double ville, peuplée d'environ 55000 habitants, à peu près 25 000 « fils de Han » contre un millier d'Européens, dont les Français forment les dix-neuf vingtièmes.

Il en sera toujours ainsi. Pour un « Barbare de l'Occident » qui viendra tenter le sort dans l'antique pays de Tsiampa, vingt, cent glabres en robe de soie, en pantoufles de feutre, envahiront en paix Tonquin, Annam, Cochinchine, Laotie, Cambodge, et, chaque année, l'on peut dire, assurera toujours plus la domination de 1' « Empire illustre » sur cette pointe de l'Extrême Orient.

Comment pourrait-il en être autrement, quand les Chinois qui viennent de Chine en Annam, boutiquiers, négociants, marchands de riz, banquiers, teneurs de brelans et tripots, patrons d'opiumeries, domestiques, ouvriers, colons, retrouvent chez l'Annamite le climat de leur Chine, une race à la leur semblable, un peuple qui leur est appa^ rente par l'origine, par l'idiome, l'esprit, l'âme, le caractère?

Hais l'enfant de la zone tempérée supporte mal la chaleur humide qui pèse lourdement sur Talluvion cochinchinoise. Ce n'est point la torridité qui le terrasse, le thermomètre montant rarement à 30 degrés et ne dépassant pas 55 ; c'est la moiteur qui l'accable, et, par la fièvre et la dysenterie, le mène à l'anémie d'où sortent tous les maux. La France peut y dominer, elle n'y formera jamais une colonie de son sang; elle y restera campée comme les Anglais dans l'Inde ou les Hollandais à Java. Tout au plus y crée-t-ellc des métis qui, pressés par le milieu même, auront plus de pente vers l'élément indo-chinois que vers l'élément français. Des hommes frivoles ont cru que l'Algérie resterait un camp, ce sont les hommes sérieux qui craignent que l'Indo-Chine demeure toujours un comptoir.

Quant aux héritiers du Tsiampa, aux « Doigts Écartés i», à ces métis sans doute extraordinaire-

ment métissés, à ces inconnus du temps très ancien qui, venus peut-être du Tibet, se brassèrent avec des Chinois, des Malais, des tribus sauvages, ils fonnent maintenant le peuple très homogène des Annamites.

Ce sont des gens de taille courte, Thomme n*ayant en moyenne qu une hauteur de 1 m. 58 à i m. 60, à peu près les 4 pieds 9 pouces qui étaient autrefois en France V « altitude » minima des défenseurs de la patrie; la moyenne de la femme est inférieure de deux ou trois pouces à celle du mari.

ils ont fortes épaules, maiâ membres menus, jambes arquées, visage en losange, nez épaté, teint basané, du jaune au rouge sombre, yeux bridés, obliques, dents ignobles, noircies par l'incessant chiquage du bétel mêlé d'une chaux qui les use ; bivf, ils nous semblent affreux, mesquins, à la fois vieux et puérils.

Ce»i« Jauiies » exigus sont pétris de qualités et de vices; e^mme toute autre argile humaine. On leur rêcorinait l'intelligence, le don de rimîtatiori, la sobriété, l'extrême force de résistimce contre un climat déprimant, l'amoiir du travail, les vertus de famille; on leur reproche le mensonge, là duplicité, l'esprit saiis profondeur, l'instinct de la routine, la pusîlîaliiînité (toutefois Hs ne craignent pas lamorl). .

Mb parlent une langue monosyllabique proche parente du chinois, écrite idéographiquement connue lui, chaque signe représentant non pas une lettre, niais un objet ou une idée; ces signes étant à peu prè3 les inémes que ceux dés Chinois, auxquels jadis ils furent empruntés, un homme de Chine et un lionmie d'Annam peuvent à la rigueur se comprendre : si les idiomes sont différents, si les mots sortent d'autres racines, la peinture de l'idée, du mot, est presque ou tout à fait la même. Écriture d'ailleurs absurde, puiqu'il ftut une vie pour la connaître tout entière; et langue non moins inexprima blement inférieure qui n'a richesse, ni sonorité, ni flexions, ni verbes, ni noms, chaque racine étant, selon sa position dans la phrase, adjectif, adverbe, verbe, substantif. Et ces racines sont en si petit nombre que chacune doit exprimer cinq, dix, vingt idées parfois plus éloignées l'une de l'autre que l'Occident est dist^int de l'Orient — ainsi le monosyllabe ma veut dire a la fois : enduire, pourtant, cheval, joue, chanvre, tombeau, et encore au moins autant d'acceptions sans aucun rapport -entre elles.

Il faut pourtant se reconnaître entre tous ces

unisyllabes, sans quoi la pensée ne saurait se fixer, dans la confusion de calemhoups éternels. On y est parvenu par le a ton », espèce de chant, de modulation, comprenant cinq timbres de voix, le descendant, le tombant, l'ascendant, le grave, l'inlerrogatif ; enfin toutes les complications qu'entraîne la misère honteuse des langues sans agglutination, sans flexions, sans plasticité. Cependant, tel quel, l'annamite a sa littérature, qui arrive Souvent à de beaux effets de concision, de concentration ; il a sa prose, ses veiiî, ses chefs-d'œuvre, ses hymnes. Hymnes peu religieux, car. au fond, c'est un peuple sceptique, semblable aux Chinois, eh ce qu'il borne au culte des ancêtres ses aspirations vers l'inconnu; plus, une morale à la Confucius pour la conduite prudente de la vie.

Vil. Que faire de rAnnàm?r— Tel est, au moment présent, notre empire indorchinois, auquel de presqu'île avec une foule d'îles parmi lesquelles Poulo-Condor' ou l'île des Serpents, à 90 kilomètres au large des trois embouchures du Fleuve Postérieur.

Poulo-Condor, terre volcanique de 500 mètres d'allUuiUi à son culmeii, est l'émergement sur l'eau, d'une chaîne sous onde continuant les monU dq l'Annam dans leur axe normal. Elle a 5i6S hectares. Les condamnés de son pénitencier y vivent dans un air chaud-humide à 28 degrés, moyenne annuelle qui est excessive; le climat, pourtant, y vaut mieux que celui de la terre ferme d'en face — terre ferme par opposition à l'ondoyante mer, mais si elle se raffermit tous les jours, elle n'est réellement point soHde encore; ici le confinent est singulièrement marécageux.

On n'a pas fixé net les limites occidentales de cet empire. Donc en donner la réelle étendue, cela ne se peut. A grands traits, l'aire et la population se distribueht comme suit, celle-ci encore bien plus hypothétique que celle-là, sauf pour la Cochinchine, et jusqu'à un certain point pour le Cambodge :

hectares

Cochinchine 0 000 000

C;inibodge 10000 000

Annatn 20 500 000

Tonquin 10 500 000

habitftDts

1. Nom malais. I.o mot Poulo désigne une Ho; il ne faut donc pas dire, par pléonasme vicieux : ile de Poulo-Condor.

Ce serait presque exactement uiie aire égale à la France, mais avec deux fois moins d'habiUints nictlgrê la dt'iisilé de population du Tonquin : cVsl que l'Annam propre appartient presque entièrcmenl à la forêt, uinsi que la majeure partie du Tonquin ; que le Cambodge est presque vide encore en dehors des rives de son fleuve et du pourtour de son lac ; que In Cocliincliine porti> à peine le tiers des liommes dont ses deltas assureraient l'existence, mise à puri la montagne, qui est 1res peu habitée.

Ctilte « colonie », qui n'en est pas une, est qui a le plus enthousiasmé les Français; pourta

-ile

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