‹ La France et ses coloniesChapitre 247 sur 283 · UNE · texte numérisé non relu

UNE

sa nature est telle, qu'elle aurait dû les enthousiasmer le moins.

Prendre un grand pays, un fleuve illustre, sept à huit cents lieues de cotes, quinze â vingt millions d'hommes, c'est moins que rien si l'on ne peut tourner ce peuple à vous ressembler par l'esprit, l'âme et la langue.

(> qui condamne tout aussitôt deux espèces de colonies:

(À'Iles qui sont densémenl peuplées r cas du Tonquin, de la Cocliinchinc;

Et celles qu'éclaire un soleil hostile, sous un climat où l'on ne peut se perpétuer qu'à la longue,

ù la très longue, lorsque déjà les arrièrc-pctils-Jils des conquis ont rempli toutes les places vides : et tel est le cas de l'Annam.

Encore si l'Annamie était une île ainsi que Madagascar, isolée dans la mer, n'ayant aucun recoui-s contre l'envalitssenient de conquérants sept fois siipérieui-s [wr les armes, par l'énergie puisée à la source éternelle du climat froid, tempéié tout au moins, par la force de l'ambiUoH, par le génie, pur le cœur, la télé, le verbe.

Mais, justement, l'Annamie touche au plus stable des empires, au plus grouillant des peuples, à l'idiome le plus parlé, encore qu'il soit presque indigne delà voix humaine.

On a même dit que cet empire, la Chine, absoi^ bera le monde.

U. ItlCLDS. ~- Kd9 CuLonii.

Jamais, quand même elle garderait longtemps encore l'avantage du nombre; tout lui fait défaut de ce qui donne l'ascendant pour de courtes années uu bien pour de longs siècles. [I lui manque ce qui eai jeune, spontané, noblement inquiet, sainement viril, et elle a surabondamment tout ce qui est S('>nile, y conqtris te calcul, la prudence, la sagesse et l'iriipuissauce finale.

Les Jaunes, certes, ne mangeront |ias les Blancs. 11 y a dans le Slave, l'Allemand, l'Anglais, le Français, le Péninsulaire, le Domain, le Franco-Canadien, le Yankee. l'Argentin, dix fois la jeunesse, la force, le vouloir, l'orgueil qu'il faudra, si vient enfin te jour de la lutte, pour faire du monosyllabophone de l'Extrême Orient le domestique payé des fils poilus d'Europe et d'Amérique, voire leur

esclave, aU cas où l*esclavage renaîtrait sous une forme nouvelle : car qui peut dire comment tournera riiistoire ?

Mais ici, tout à côté de la Chine, l'attraction du « Vénérable Empire » a bien plus de force que la nôtre. Sagement, nous devons craindre que Cochinchinois, Tonquinois, Annamites ne voient toujours en elle un soleil levant, jamais un soleil couchant; et surtout que Faction des colons chinois, cent fois plus nombreux que les nôtres, n'amène de jour en jour à la a chinoiserie » des peuples plus qu'à demi chinois déjà par l'origine, l'être intime, les idées de derrière la tête, les mœurs, les usages, le parler; en un mot, par toute la civilisation.

Car bien certainement les Giao-Chi confinent aux Chinois : d'abord physiquement, puis par l'esprit et par la conscience.

Que faire, puisqu^on ne se résout pas à l'abandon, qui serait bon et beau.

Porter la frontière au Mékong ou, mieux encore, à la hauteur des terres entre Mékong et Ménam, et même au delà. Tout ou rien! Aux Anglais l'Inde, s'ils la gardent; aux Français Tlndo-Chine, moins vaste, aussi belle !

Coloniser avec des Français les hauts pays presque vides ou tout à fait déserts accessibles à l'Européen.

Imposer, insinuer plutôt notre langue.

Mais n'eùt-il pas mieux valu semer sur une terre plus ouverte aux germes français : chez les Berbères marocains; chez les Négroïdes, beaux comme des statues de bronze; même chez ces Nègres qui perdent joyeusement la langue ancestrale pour celle du peuple dont l'alliance embellit leur visage?

SAINT-MERRE ET HIQUELON

Stinl-Pi«rra : vuo géninle. — Dniln d« Le Breiou, d'aprta une pholo(rtpbli.

COLONIKS D'AMÉRIQUE

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