‹ La France et ses coloniesChapitre 249 sur 283 · SS · texte numérisé non relu

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devant eui. une mer ou glacée, ou froido m^nip aux plus chaleureuses journées, et alors toul occupée à Tondre les blocs, liants comme des calliédrales, qui voguent de son nord à son snd, envoyés par l'Océan paléocrystûiue h l'Océan liède.

Les Normands bâtirent des bourgs de péclie, ils cultivèrent des jardins, ils s'accrurent, ils cherchèrent des rivages moins barbares. Ile l'Esquimau camard, court, tuisani, huileux, obèse, ils passèrent, nous dit une histoire obscure, presque une légende, chez l'Indien grand, maigre, osseux, ii nez d'aigle.

De la (I Terre Verle n ils alitèrent k la n Terre du Vin i, au Vinland.

Puis tout ce qu'ils avaient créé mourul. Toute trace d'eux disparui, du Tircenliind comme du Pays de la Vigne siiuvage devenu dans la snile la rive atlantique des Vankees, li\ uii les Américains du Nord ont leur Capitolc.

Mais comment donc fut étouffé ce grand germe d'avenir?

On ne peut que supposer: au nord, rinbumanilé du climat; au midi, la fièvre des palus sous de terribles chaleurs estivales; ici, la lutte avec les Esquimaux, faits depuis plus de siècles à la rigidité polaire; là, les batailles avec l'Indien qui sort, inattendu, la massue â la main, d'une embuscade au bord des forêts.

L'histoire est muette, mais le ^'^^ "" "" ^'"'

fait parle : il n'y a plus maintenant dans l'Amérique Septentrion aie que les Scandinaves des immigrations récentes.

Les vieux Normands furent égorgés, on ils s'absorbèrent parmi les Mongoloïdes mangeurs de phoques et parmi les Rouges habiles à surprendre, prompts à scalper.

Il semble évident que dans leurs voyages des fiords grœnlandais aux baies, liordiques aussi, du Vinland, les t hommes du Nord u rencontrèi-ent la grande lie de Terre-Neuve en son brouillard mélancolique.

L'archipel de Saint-Pierre et Miquelon dut leur échapper, étant minuscule, mais il n'échappa point, quelques centaines d'années plus taH, aux pêcheurs de baleines de (rois rivages de

Ikiuce France, aux Basques, aux Bretons, aux Normands.

Poursuivant toujours plus loin vers l'occidont

la grande béte aux mamelles massives, qui fuyait,

h-op pourchassée, du golfe d'Aquitaine et Biscaye,

les pécheurs de Vasconie, de Normandie, d'Armo-

rique, ces derniers surtout, finirent par la suivre

jusque dans les froides vagues de Terre-Neuve ; ils

connurent ainsi les iles, les golfes, les presqu'îles,

les détroits de l'Amérique sain t-lauren tienne, mais

ils en gai'dèrtml te secret, cl

ces pys ne fui'ent révélés au

monde que pondant l'ère de

découvertes qui continua la

surprise inouïe de Ii02.

Trente k quarante ans après, tout ce grand embrassenienl de mers et de rivages était connu : Terre-Neuve. Acadie, i^aspt'sie.

Labrador, el Sladacona', et llochélaga '.

1^ France perdit un siècle avaiit dp coloniser ces contrées dent elle s'était déclarée mattresse; puis elle se les vit enlever par les Anglais, jusque très au deb'i du Ilot de marée, alors qu'elle n'y avait pas encore quinze mille faniillesde son sang, presque toutes entre Québec et Montréal. ?ur Terre-Neuve, ravie dès ^^l^, ellen'avuit commencé que des hameaux de pèche.

Finalemenl. de tout ce qui avait été nôtre, il ne nous resta que Saint-Pierre et Miqueion, iles désolées à six lieues environ de la côte méridionale de Terre-Neuve. Encore chaque gxierre avec les Anglais nous a-t-clle aussilôt dérobé cet archipel, que chaque paix nous a rendu.

Ainsi, nous, les anciens dominateurs, explorateui's et colonisateurs de l'Amérique du Nord, nous n'y possédons plus que des gi-anits, des sables et des tourbes, dans la brume et l'embrun, sur une mer prodigieusement libérale en morues.

L'n peu au sud du 47' degré, à plus de neuf cents lieues et à moins de mille de la pointe de la Bretagne, le drapeau bleu, blanc, rouge flotte humblement sur 25500 hectares, débris d'un em-

pierre «1 Hiquelon.

SAINT-PrERRE ET «IQUELON

pii-e scptenti-ioiia] qui fut vingt Tois plus grand que la France.

11. Saint-Pierre, la pêche aux Bancs, le French Sbore. — Saiiil-Pierrs n'est qu'un grand rocher llaiiqiMJ de rochers plus petits et d'écueils. mais il a la ville et presque tous les habitants de

l'archipel i Miquelon est une île, même une île double, mais presque déserte, et, bien que huit fois plus vaste que Saint-Pierre, elle a huit fois moins d'habitants.

Pas mùme dcu\ lieues de long, pas même une lieue et demie de large, six à sept lieues de tour, 2600 hectares y compris les ilols et les récifs annexes; des coteaux de quartz, de granit de por-

\e Le Breton, il'ajirbs uiio pliolograpliie.

pliyre, des blocs erratiques arrivés sur le dos des gi.içons do dérive ; des ruisseaux, douze étangs ; des bouleaux dont aucun n'est beaucoup plus grand qu'un tambour major, des sapins nains, des genévriers plus nains encore et qui, n'osant s'élever en arbr»', traînent en broussaillerla mousse germant du rocher, la tourbe, filtre des eaux qui s'en vont sinueusement vers un rivage très indenlé; enfin, une rude garantie du large par l'Jle aux Chiens, ce sont lu toutes les excellences de Saint-Pieire, qui doit tout à ladite rade.

Cette rade srtre. qui admet les grands vaisseaux, a fait la fortune de l'ile.

Devant elle a grandi la ville, Saint-Pierre, faite de deux cités, la combustible et l'incombustible, celle-ci en pierre, en brique, l'autre en bois. IVée de la pèche â la morue, tout y est voué à la morue et aux lurons très vaillants qui la tirent de l'eau, puis la salent et la sèchent.

Durant toute la saison de la prise et de la salaison, soit pendant cinq à six mois, du milieu d'avril au milieu de septembre, le port, très animé.

regorge de marins venant, partant, rovcnanf, séjournant, fieur de Torce et de jeunesse ou de viriiitè qui ne redoute pas la liouteitle d'eau-de-vie. De tiOOO âmes, la population de Saint-fierre monte alors â lOOOO.

La morue se pOche sur les Bancs : Grand Banc de Terre-Neuve, vaste de seize millions d'hectares, à deu\ jours de navigation vei's li^ sudest du Saint-Pierre; Banc de Saint-Pierre, qui n'est qu'à 10 heures au sud -ouest; Banc à Vert entre le Banc de Saint-Pierre et le Grand Banc:

Banquereau vers le sud-ouost du Banc du Saint-Pierre, non très loin du littoral de l'ile du Cap-Breton et dï la presqu'île de ta N6uvelle-É cosse.

(juand deux courants se rencontrent, tanlM ils se pénètrent sur place, tantôt ils évaluent en remous.

Sous le lieu du mélange ou sous les eaux immobiles entre le courant et le contrecourant, le Ilot laisse tomber ce qu'il lient en suspension.

Deux courants immenses, l'un du Nord, l'autre du Sud, l'un

froid, l'autre lépide, "" P^''"'" •^'' '•"••

se heurlcDt dans la

mer qui brame au lai^c des Iles et péninsules du golfe Saint-jaureiit.

1* courant froid (apiv'-s avoir été très froid), c'est le couj'aiit polaire avec sa longue floUe de glaçons voguants.

. Le. courant tépide (après avoir été chaud) vient des rives brésiliennes : il amène avec lui l'onde qui joue autour des Aiitilles et sur la coui'bure de la mer presque inlérieiire qui a les trois Amériques à son bord, la Septentrionali], ia Centrale, la Méridionale.

Le courant froid dépose ses blocs erratiques, ses graviers, ses os de phoque ou de baleine, ses débris de béics circumpolaires.

Kt le courant tiède abandonne ses bois, tiges, filtres, feuilles et plantes du Tropique, ses co- ([uilles, ses restes de la vie des terres chaudes et des mers chaudes.

De cette descente au fond de l'onde se firent et se font les bancs terre-n eu viens, qui sont des platiers, c'est- S-dirc des hautsfonds de roches, de graves, de sable, de vase, de détritus aimés passionnément de la morue. Un l'y tue à millions chaque année et son peuple innombrable n'en paraît pas diminué.

Elle vit lâ béate et richement entretenue. Jusqu'il ce que l'appât grossitïr l'ait enlevée, saignant de la bouche, aux ténèbres glauques de la patrie préférée où elle s'égayait, depuis 35 ou 40 mètres de profondeur' jusqu'à 80, k 100, â prés de ISO.

Les marins pécheurs

viennent de divers

quartiers maritimes de

la France, de la Piorr

mandie, de la Bretagne,

surtout de Dieppe, de

Fécamp, de Gianvillc,

deSainl-Malo, dePaim-

pol ; sans parler des insulaiii.'S eux-mêmes, qui

s'appelleiil Miquelonnais, quoique presque tous de

Saint-Pierre. Mais peul-on nommer des hommes

Saint-l'ierrois ou Saint-Pierrais ou Sainl-PieiTots?

Les mots composés ont en français le très grand

tort de se développer malaisément en adjectifs.

Le voisinage des Bancs donne une valeur singulière à ces lies de sombre figure, à la rade, au ba-

1. C'est û ccUc Jistance sous l'eau que s'âiend moyennement le Gi'aud Bauc.

- Dessin de Ftra\.

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