SAINT-PIERRE ET MIQUELON
raclioisS c'est-à-dire au port, qui reçoit en marée haute les goélettes calant o mètres 1/2.
La proximité de Terre-Neuve leur donnerait aussi beaucoup de prix si la France avait usé d*un droit consacré par des actes authentiques.
Les traités qui nous dépouillèrent de Terre- Neuve, de ]*Acadie, enfin, et pour compléter notre malheur, du Canada magnifique, nous garantirent le privilège exclusif de la pèche sur la côte occidentale de Terre-Neuve, celle qui regarde le Labrador oriental au long du golfe Saint-Laurent et du détroit de Belle-Ile ; et aussi sur une grande partie de la côte septentrionale, depuis le cap Nord, pointe boréale de l'ile, jusqu'au cap Saint-Jean, qui termine la péninsule comprise entre la baie Blanche et la baie Notre-Dame.
Par négligence nous avons laissé presque dormir ce grand privilège. Personne, pas même les Anglais, voire les Terre-Neuviens, n'avait la faculté d'y faire des établissements permanents, et nous avons souffert qu'il y naquit des commerces, des industries, des fermes, des hameaux de pêche et de salaison, des bourgades anglophones qui s'en vont devenant lentement des villes.
Voilà pourquoi cette rive que nous avions le pouvoir de garder pour nous, toute suzeraineté territoriale à part, s'est trouvée un beau jour anglaise, surtout passionnément antifrançaise parce que nos intérêts blessent les siens et que ses « Saxons », qui sont pour la plupart des Irlandais, se sentent le droit d'être maîtres chez eux.
Aujourd'hui nous bataillons avec l'Angleterre au sujet du French Shore, c'est-à-dire du Littoral Français. C'est ainsi qu'on nomme ce long parage de Terre-Neuve, qui fait au moins le tiers du tour de cette grande île très merveilleusement frangée de fiords.
Or comment défendre victorieusement un droil quand on a toujours dédaigné de le restaurer par une action constante? Notre privilège est mort ou presque mort parce que notre inerte incurie l'a presque laissé mourir.
III. Miquelon, Langlade. — H est une flèche de sable de neuf kilomètres de longueur, de 300 mè-
1. Dans raiicieiinc Acadie, en Terre-Nenve, au Cap-Bi*eton, dans nie du Prince-Edouard, à Saint-Pierre et Miquelon, aux lies de la Madeleine, en Nouvelle -Ecosse, au Nouveau- Brunswick, en Gaspésie, en Labrador, le terme de barachois est d'un usage très fi-équenl. A la simple vue du mot, son allure est basque.
très de moindre ampleur, de 2 mètres de plus grande hauteur au-dessus des puissantes marées. On l'appelle isthme de Langlade.
Ce qu'elle ajuste, c'est la Grande Miquelon (au nord) à la Petite Miquelon ou Langlade (au sud), faisant ainsi de deux îles osseuses une île unique, grâce à du sable.
Ile unique, mais qui ne le fut pas toujours.
C'est par intermittence que ces deux terres ont parfois cohéré, puis se sont démanchées l'une de l'autre sur le lugubre océan.
L'isthme, si bas et tellement étroit, doit résister vere l'orient comme vers l'occident à une mer très rude, souvent démontée et folle : cette mer le blesse, elle peut le couper, puis fermer la plaie en relevant l'arène par l'apport de nouveaux sables.
Mainte fois elle a rompu le lien d'union, mais depuis 1785 la levée a tenu bon contre la tempête, soit plus de cent ans de continuité.
Sous un climat créateur, en ciel chaudement humide, le cocotier, la forêt ou la prairie s'en serait emparé, mais ici, sous une voûte de très peu de soleil, la dune est restée la dune, et ses buttereaux ou petites buttes dominent toujours le même sable nu, gris ou fluorescent, qui couvre, découvre et recouvre les épaves des nefs naufragées.
L'isthme de Langlade étant comme un fer de lance, sa pointe est tournée vers le midi, contre la Petite Miquelon ou Langlade. Du sud au nord le bourrelet s'élargit, jusqu'à former, presque au momenl de loucher la Grande Miquelon, la rive méridionale et la rive occidentale d'un havre, dit, comme tant d'autres, le Grand Barachois.
La Grande Miquelon, si petite soit-elle, ne se contente pas de ce seul Grand Barachois du sud, elle a aussi un Grand Barachois du nord. A ces ports traités de grands il ne manque que la grandeur: il n'y a place ici pour rien de démesuré, encore que les îles miquelonnaises et leur isthme aient un peu la figure d'une Amérique du Nord liée par une Amérique Centrale à une Amérique du Sud.
Ce Grand Barachois septentrional s'ouvre sur deux mers, à la côte ouest et à la côte nord : il doit son existence h deux langues de sable qui ont uni à l'île une longue roche terminée par le cap Miquelon, promontoire extrême de l'archipel vis-àvis des étoiles du Pôle. Le goulet du nord se confond avec la mer dans l'anse de Miquelon, au bourg de Miquelon, qui, semble-t-il, aurait dû
devenir, de préférence k Saint-Pierre, la ville maîtresse de la colonie : mais si Tile de Miquelon, entassement de roches dont les plus dominatrices ont 250 mètres, est la plus vaste et la plus fertile de rtiumble archipel, la rade au bord de laquelle est née la capitale est de beaucoup la plus sûre ; puis, elle a plus de grèves pour égoutter les filets, pour sécher le poisson.
Aussi Miquelon décroit, tandis que Saint-Pierre croît.
Le goulet de Miquelon s*obture , non moins que celui de plusieurs autres barachois de ces iles. Par ici la mer est remuante, elle traîne, elle retraine et finit par laisser couler des blocs, des galets, des sables à l'entrée des criques.
On ne peut pas dire que Miquelon soit tout à fait aussi nue que Saint-Pierre et les ilôts qui lui font cortège* Elle a quelque peu plus d'arbres, et des arbres plus hauts ; les sapins y montent à 8 mètres, même à 10, à 12, les bouleaux également : ce sont là les géants des forets miquelonnaises.
Mais elle n'est guère plus cultivée : du roc, de la tourbe que les Miquelonnais appellent terre noire, des prairies tremblantes, des étangs dans le granit, des ruisseaux bruns, une nature mélancolique, terne, assez semblable à celle du sombre Labrador, c'est là tout Miquelon.
C'est aussi tout Langlade, sinon que sur celleci, de même que sur l'isthme, des fermes en petit nombre, treize en tout, élèvent des bœufs qu'on mange à Saint-Pierre, des vaches dont on obtient du lait et du beurre, des chevaux trapus, courts, sans beauté, mais énergiques et pleins d'endurance. Langlade l'emporte aussi sur la Grande Miquelon par plus de bois sur ses collines et par le vallon de sa Belle Rivière, eau claire encore que noire dont les bords sont pour les habitants de Saint-Pierre un petit paradis. Le soleil y sourit plus souvent que sur la capitale, en moyenne deux à trois fois plus brumeuse : il n'y a pourtant qu'une traversée d'à peine une lieue et demie entre l'une et l'autre île.
IV. Climat rude et race ôDergique. — Sous une latitude éminemment « française », l'archipel tient du régime de ses vents un climat froid, laid, maussade, humide.
Comment admettre, même en été, même sur la Belle Rivière, à part quelques journées par hasard rayonnantes, que droit vers l'est, a mille lieues, le
Clain, la Vienne, la Creuse, l'Indre, le Cher, la Loire, la Saône, reflètent, parmi les ormeaux, les peupliers, la vigne et les chênes, la même bande de ciel que les ruisseaux qui, de tourbe en tourbe, descendent vers les barachois de Miquelon, vers une mer tantôt solidement glacée tout autour de l'archipel, tantôt entre-choquant les glaçons flottants du crémi*?
C'est bien pourtant le même parallèle qui passe, et sur la Touraine et la Bourgogne méridionale, et sur l'archipel qui est notre seul reste de Canada et Louisiane.
Telle est la différence entre le climat français et le miquelonnais que juin et juillet, les mois qui nous versent en l-Yance le plus d'éclatante lumière du haut du « balcon d'azur » ■, sont justement ceux qui noient Mi(|uelon, et plus encore Saint-Pierre, dans la brume épaisse.
Jadis le canon, tonnant d'heure en heure, apprenait aux navires perdus dans le brouillard le voisinage de recueil ou du port: maintenant ce sont les deux sirènes, l'une à Saint-Pierre, et l'autre à Langlade.
On désigne ainsi des « sifflets de bnmie « dont s'échappe une fois par minute le cri strident de la vapeur; ils déchirent l'oreille des marins à une ou deux lieues au moins, à huit ou neuf au plus, suivant la force et la direction du vent, surtout selon qu'il souffle de la Terre au GouflVe ou du Gouffre à la Tei're.
Par tant de brume il n'y a pour ainsi dire pas d'été, mais seulement une hybride saison parfois presque obsciu'e même au milieu du jour, avec quelques gaietés de soleil; toute l'autre moitié de l'année, c'est gel et dégel. 99 journées de brume, 82 journées de pluie, 50 journées de neige, soit 231 jours éminennnent froids, humides et désagréables, cela livre les deux tiers de l'année aux températures qui donnent le frisson, et le tiers qui reste est terne, sans splendeur de lumière, sans chaud soleil irradiant. Morne pays où l'hiver vaut presque l'été. S'il est plus neigeux, plus froid, il est moins nébuleux et pluvieux; toutefois, la saison des longs jours n'a rien de comparable aux
i. A Saint-Pierre et Miquelon, et dans toutes les terres francophones de notre ancien Canada, crémi désigne Vensemblc des places non consolidées en un seul grand bloc ; on appelle bosculis ou bousctilis les glaçons désordonnérnent empilés; on nomme mâcliis les glaces cassées ou moulues^ et frazi la glace non encore solide sur laquelle il n'a passé qu'une nuit.