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Henri Murger

SAINT-PIERKE ET HIQVELON

heures hivernales où tourbillonne le poudrin, poussière de la neige sur les ailes du vent.

Le poudrin, c'esl le frère glacé du sirocco Ainsi que le simoun soulève le sable cl le lance à la face du voyageur en Sahara, do inéuie rauuntie. vent du nord, du nord-ouesl, soulève lu neige du sol el fail danser la neige de l'aii' en erislaux filacés autour du |uissant qui n'ignore pas qu'ern-r c'est se pci-dre et que s'arrèler c'est mourir.

Ileui-eux ceux qu'il surprend prés des maisons, des abris, des roches en surplomb, des cavernes bien rares en ces iles de granit; mais morts d'avance, dans l'inconscience obscure de l'engourdissement, ceux qu'il environne loin des demeures :

ils ne voient que le poudrin, confusément, car cette neige fine aveugle; êgaivs, ils vont et viennent, et tournent sans savoir où. ils sont las, ib ont froid, ils se couchent et meurent dans l'engourdissement d'un dernier sommeil.

Les cristaux de neige, le brouillard épais comme un mur et qui borne lu regard du marin, du pêcheur h l'horizon qu'ils touchent avec la main, Le pa<|ucui le verglas, d'horribles

dégels, il faudrait de merveilleux rayons de soleil pour réchauffer ce qu'ont froidi tant d'affreux météores. Et justement il n'arrive ici que des rayons tamisés. Si l'on a vu les mois de journées courtes dépasser 16, 20 degrés de froid (et même, par cas fortuil, 25 ou 20), l'eslivale saison ne verse jamais le don joyeux de plus de 20 â 21 degi-és de chaleur. Kn hiver, climat dur; en élé, climat pâle.

A sol rude, à ciel terrible, !i mer tempétueuse il faut race vaillante.

L'aurore boréale se refuse à luire sur le malingre, l'efféminé, l'eunuque, le couard.

Elle veut des corps forts et des n assidus courages i>.

Ici ne se tient debout que ce qui se cramponne des pieds el des mains.

Nous n'.ivons nulle part au monde une tribu française plus dure k la peine que la petite nation de Saint-Pieri-e et Miquelon.

Il n'est point de francophones plus froidement résolus, plus simplement droits, plus dignes de la vague inquiète où ils trouvent leur vie au hasard de mille morts.

Quadi'uple est leur origine, et quadmplement héroïque. Ils proviennent des Normands, des Armoricains, des Eseualdunacs , des Acadiens proscrits en deux fois, au milieu du siècle dernier, par tes Anglais et chassés alors de l'Acadie (aujourd'hui Nouvelle- Ecosse) ' et de l'Ile Saint-Jean (aujourd'hui ile du i'rince-Ëdouard).

Et c'est de cette

quadruple origine que

leur vient encore au-

Js morues. jourd'liul le ti-ès peu

d'immigrants qui les

renftu'ceut à cliaqui^ saison de pèche.

Ils doivent aussi quelque chose aux « Britîshers » ; les Irlandais, Écossais. Anglais font moins du septième, plus du huitième du peuple miquelonnais : l'archipel est fort près de Terre-Neuve, pays presque entièrement anglophone ; il est à portée de la Nouvelle-Ecosse, du Nouveau-Brunsttick et du Prince-Edouard où la langue et le sang des lies Britanniques dominent sur le sang et la langue de France, Ouï qui nomment le pape : k Notre Saint

Père », presque lous des Irlandais, se fondent vite dans la nationalité française, mais les protestants ne s'absorbent qu'avec lenteur.

Le dernier dénombrement officiel, celui de 1887, a divisé comme suit les habitants de l'archipel où

les Anglais nous permettent dérisoirement Tusage de trois canons :

Sahil-Pieri*e

Ile aux Chiens . . .

Niquelon et Langlade.

5028 habitants.

6300 habitanu.

ANTILLES FRANÇAISES

4 Saillies (Voir p. SSH.] — Destin de Goloi'bc il'ipris une |jliatagrii|>hi

la Sociale de Géognphia.

ANTILLES FRANÇAISES

1. Amôriqae centrale et Antilles. — Deux isthmes unissent l'Amérique du Nord ù l'Amûnque du Sud, l'un à rocci<tent, l'autre k l'orienL

L'isthm» d'occident, suite de hauts plateaux qui sont piédestal de volciiiis, va des « Allos' i> et des Sierras de l'antique Anahuac, aujourd'hui Mexique, aux Andes biturquécs du vieux pays de Cundinamarca, aujourd'hui Colombie ou Nouvelle-Grenade. Du nord au sud ces plateaux s'amincissent : 1' « Altiplanicie* h du Chiapas a plus de largeur que telle des Guatémaltèques; les « Allos u des Guatémaltèques sont plus amples que ceux du Salvador, la haute plaine des Salvadoriens dépasse en expansion celle de Cosla-Dica, et les Cosla-Ricenses ont â marcher plus longtemps que les gens du plateau de Veraguas sur le socle d'entre les deux mei-s.

qui sont, au couehani la mer l'acifique, au levant la mer Allantique.

Par cela même les isthmes auxquels l'Amérique Centrale doit son autre nom d'Amérique Islhmique sont beaucoup plus larges à sou septentrion qu'à son méridion. Ainsi, d'un océan à l'autre, la dépression de Téhuantépec est un chemin très supérieur en étiivment à celui du lac de Nicaragua, et le bas-fond nicaragueilo l'emporte fort en écarlemciit des deux bouts sur l'islhme de Panama et sur l'isthme du Darien.

L'isthme oriental, constitué par les Antilles, l'essemble très exactement â l'occidental, sinon qu'il est en partie sous-niarin. Il lie la péninsule de la Floride au Venezuela des bouches de l'Orénoquc par une foule d'iles infiniment plus amples au nord qu'au sud, en conformité parfaite avec le rélrécissemenl des plateaux de l'Amérique islh-

mique dans le sens du Pôle k rÉqiialeur. Toutes les Grandes Antilles sont au septentrion : Cuba, la Jamaïque, Haïti, Porto-Rico. L'île majeure, Cuba, a siempre fiel* •, n'est séparée de l'Amérique du Nord, de la pointe méridionale de la Floride, que par un détroit de 50 à 55 lieues de travei-s nommé canal de la Floride ou détroit de Rahama, ou encore passage d'Âlaminos; de Cuba à Saint-Dom influe le bras de mer a 85 kilomètres, et de Saint-Dominj(ue k Porto-Rico la distance n'arrive qu'à trente lieues-.

Puis de Porto-Rico jusqu'à la Trinité, terie littorale de l'Amérique du Sud, il n'y a plus que de petites îles, ou de très petites. Quelques-unes, même parmi celles dont le nom a de la célébrité, ne sont, au vrai, que des écueils, tandis que Cuba, longue de quelque quatre cents lieues, grande de 11883000 hectares, équivaut à dix-neuf départements de France; que Saint-Domingue ou Haïti comprend 7 725000 hectares^, soit l'aire de douze à treize départements français, entre des milliers de kilomètres de rivages indentés.

Moindre est la Jamaïque, 1 086 000 hectares entre 200 lieues de côtes; moindre encore Porto-Rico, qui a 951 500 hectares, un peu plus que notre Dordogne; comme la Jamaïque un peu plus que la Gironde, qui est le département majeur de la France.

Que l'Amérique Centrale descende en partie sous les flots, elle sera pareille aux Antilles; que les Antilles surgissent de 1000 à 2000 mètres, elles seront très semblables à l'Amérique Isthmique. C'est, pour Tune et les autres, mêmes latitudes, mêmes climats, mêmes contextures du sol, mêmes plantes; ce serait mêmes hommes si les agresseurs européens des Antilles n'avaient pas extirpé . dix, peut-être cent fois plus d'Indiens que ne firent les conquistadores du Mexique et de ses prolongements; ce serait mêmes langues si des idiomes indiens ne subsistaient encore dans l'Amérique des Isthmes à côté de l'espagnol, et si le français et l'anglais ne disputaient au castillan la souveraineté des grandes comme des petites îles qui font piles de pont entre les deux demi-continents du Nouveau Monde.

II. Caraïbes, Blancs, Nègres des Antilles. — Notre histoire ancienne à nous, peuples issus du

i. Toujours fidèle.

2. La quatrième grande Aiitille, la Jamaïque, n'est pas sur l'axe longitudinal de l'archipel : elle émerpreà 140 kilom<>ti*es au midi de Cuba.

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