Ilùjfnp, Aiih-lpifi-it
dix-huitième siècle avait pins de vitalité propagante que la nAtre ; mais son excès de Tore?, usé dans les guerres, d'ahord contre ellp-méme, puis contre les autres peuples, se pei-dait tellement en Europe, qu'il ne lui en restait guère pour le Nouveau Monde.
Et le malheur voulut que, de ce qui lui reslait pour l'Ainéiique, elle en consommât dix fois plus dans les Antilles, en zone tcopicale, que dans l'Amérique froide ou très froide.
Si encore les aventuriers de ces temps de dague et d'épée s'étaient lancés vers l'inconnu des terres nouvelles suivant les climats de ces terres ; si le Normand, le Breton, le Parisien, le Lorrain, le Champenois avaient tourné la proue du voilier vers Terre-Neuve, l'Acadie, le Saint-Laurent; et les Gascons, les Provençaux, les Languedociens, les Béarnais, les Basques vers l'archipel caraïbe ? Mais l'anarchie fut complète, ou plutôt presque toute cette jeunesse folle se jeta sur les Antilles, à la poursuite de la chimère, qui était, qui sera toujours le bonheur.
Or le bonheur, il semble, est vers le Nord, du côté du froid, des soucis, des travaux, plus que vers le Midi, du côté de l'indolence, de la somnolence, du vide et de l'ennui.
Donc notre grand et presque notre unique effort lut vers le très brillant archipel. Et l'on peut dire que la France y batailla dur, qu'elle y colonisa vaillamment.
Elle se passionna surtout pour Saint-Domingue, et Saint-Domingue en valait la peine.
Grande Anlille, non la plus grande, elle n'a que le second rang après Cuba, plus vaste d'un tiers; mais aussi la plus ample après elle, la Jamaïque, a sept fois moins d'ampleur; et la plus étendue des Antilles Mineures, la Trinité, dix-sept fois
moins.
Mais n'étant pas l'Antille majeure, c'est certes la plus belle de toutes, en Unit qu'à la fois la plus grandiose et la plus charmante. Le surnom de « Peile des Antilles », donné à Cuba, lui revenait de droit. Les pics, les pitons, les sierras y montent beaucoup plus haut dans le ciel, à la hauteur des Pyrénées; et plus encore, s'il faut croire à des monts de 4000 mètres dans une région dv l'Ile encore peu connue.
Ces Alpes lui versent la fraîcheur sous des cieux enflammés ; elle abonde et surabonde en torrents, en cascades, en riviérettes, en fleuve* plus pleins que ceux de Cuba, qui est moins humide.
Les Blancs pouvaient s'établir sans trop de danger d'acclimatation, se perpétuer et durer dans ces hauts lieux; mais ils firent comme dans les autres Antilles, ils s'y fixèrent dans les basses vallées et défrichèrent avec des Nègres, en remplacement des Caraïbes détruits férocement .et très vite — du fait de l'Espagne, point du fait de la France : les Français du dix-septième siècle ne sont pas sans avoir massacré des Indiens innocents, mais combien moins que les Espagnols du seizième, qui ne
montrèrent nulle part autant d'inhumanité qu*â Hispaiiola ou Petite Espagne !
Ils avaient ainsi nommé l'île lors de sa découverte par Colomb en 1493. Aussitôt nommée, ils ployèrent sa race aux plus durs travaux jusqu'à ce qu'elle mourût, pas tout entière cependant, puisque des familles dont la descendance existe encore s'échappèrent, avec la terreur des biches effarouchées, dans le secret asile des gorges inviables, dans la sylve tropicale, au plus élevé, au moins parcouru des hautaines sierras.
On dit que douze ou quinze années leur suffirent pour diminuer de 900 000 (?) à 60 000 le peuple confiant qui les avait accueillis; puis que, moins de cinquante années après l'arrivée des « Ibériens », la balle, l'estoc, la mèche de fouet, la construction des villes, le travail des champs, la fouille des mines, le port des fardeaux, la honte de servir, la douleur de subir l'injustice sans la venger sur l'injuste, avaient réduit les Caraïbes haïtiens à un lambeau de race, à 4000 hommes.
Bref, ils consumèrent toute ou presque toute la force vive d'Hispanola; ensuite ils amenèrent des Noirs, race plus résistante, qui a toujours la joie de vivre, encore que la vie soit dure.
L'Espagne, l'Angleterre, la Hollande, la France se disputant l'empire de la mer et la maîtrise en Amérique, spécialement la primauté aux Antilles, il y eut un âge d'or de la piraterie dans le grand archipel du Nouveau Monde.
Il arriva (jue des pirates français (un peu mêlés, à vrai dire, mais, dans l'ensemble. Français, comme les Cosaques sont Slaves), il arriva que, des coureurs de mer se réclamant de la France, les Boucaniers disputèrent cette île à l'Espagne, sa dame et maîliesse, et qu'ils s'y acci'ochèrent h n'en plus être arrachés.
La France hérita d'eux. Hispanola, depuis longtemps devenue Sanlo Domingo pour les Espagnols, Saint-Domingue pour les Français, fut partagée entre les deux nations. L'Espagne garda l'Est, nous eûmes l'Ouest et nous y développâmes en quelques dizaines d'années la plus belle colonie de plantations qu'on eût vue jusqu'aloi's.
Le Noir travaillant plus qu'à son gré, le Blanc commandant plus que de droit, durement ou doucement selon que l'avait fait la nature, Saint- Domingue devint un jardin sans pareil.
En France, surtout dans le Sud-Ouest, en Guyenne, en Gascogne, en Béam, tout s'effaçait dans son ravonn<'ment, Bourbon, île de France,
ANTILLES FRANÇAISES
Louisiane, Guyane, Mailinique et autres Antilles. Partir pour les colonies, c'était aller à Port-au- Prince, aux Gonaïves, aux Cayes, à Jacniel, ou quelque part sur l'Artibonile, fleuve principal du tiers français de Tîle — car la part demeurée castillane double à peu près la terre devenue française.
Vint la Révolution de i789, et aujourd'hui, cent ans après, nous voyons Saint-Domingue plus pauvre qu'alors, à peine aussi peuplée et veuve de tous ses Blancs, qui se montaient au nombre de 36000 ou 37000.
Le vent de tempête qui souffla sur la colonie fut trop fort pour ne pas y déraciner tout ce qui ét^it France, moins la langue devant laquelle s'étaient naturellement évanouis tous les dialectes africains, et moins le sang blanc mêlé au sang nègre dans le cœur des Mulâtres.
Ce que les Noirs ne massacrèrent pas dans la lutte sauvage, pendant l'incendie des plantations, des villes, durant la longue fièvre des revendications et des vengeances, s'échappa quand il put, comme il put, où il put — en France; dans lei Antilles restées françaises; à la Trinité, Antille intermédiaire en étendue entre les grandes et les petites et qui ne nous avait jamais appartenu; à Cuba où des familles de Saint-Domingue francisèrent à demi la contrée de Santiago; en Louisiane, etc.
Ainsi se dispersa cette brillante colonie : aristocratie du fouet, sans doute, de même que les autres colonies-à plantations, et pourtant société brillante, généreuse, hospitalière, expansive. Le temps l'aurait sans doute nivelée lentement avec les Noirs dont elle avait mésusé, avec les Mulâtres qui procédaient à moitié d'elle. Et cela eut mieux valu pour Saint-Domingue, qui, désormais, n*était plus Saint-Domingue, mais l'indépendante Haïti.
Délivrés de leurs planteurs par le massacre des uns, la fuite des autres, puis libérés de la France qui voulut les reconquérir et ne le put, parce que le Tropique dévora notre armée, les Nègres répudièrent le nom de Saint-Domingue, contemporain de leur esclavage, et ils appelèrent la patrie reconquise Haïti, ce qui avait été son nom caraïbe. A cela se borna leur savoir-faire, ou, du moins, à supposer que la faute n'en retombe pas entièrement sur eux, les conditions du milieu, la « conjonction des astres », leur ont été si contraires, que la « République Noire » a vainement cherché la paix et le bonheur.
Haïti portc-t-elle 960 000 hommes, ainsi que d'aucuns prétendent, du 800000, nombre qu'on lui attribue d'habitude, ou seulement 500 000 comme au temps colonial? Aucun dénombrement ne nous l'apprend. Or les 2 890 000 hectares de l'ancien établissement français entretiendraient des millions d'hommes sans que ce sol admirable donnât le moindre signe d'épuisement, et sur les 7 725 000 hectares de l'ile entière se développerait sans peine une grande nation.
Toute haine entre la France et sa « fdle noire » est éteinte. Pourquoi pas? Puisque les guerres les plus inexpiables ont pour terme la mort ou la paix, et que tout finit par l'oubli.
Le Français débarqué dans ce pays qui a dévoré, le voulant, tant d'hommes de France, y trouve un peuple noir qui se méfie encore des Dlancs, mais qui, parmi les Blancs, préfère les Français aux Espagnols, aux Anglais, aux Américains du Nord — aux Espagnols dont la race, la langue lui disputent le centre et l'orient de l'île; aux Anglais dont il connaît le « désintéressement )) ; aux Yankees dont il redoute les ambitions.
Ce peuple parle français à l'école, à l'église, à la tribune, au prétoire, dans les journaux, dans les livres; dans la rue, la ruelle et au village, sa langue est le créole, qui est encore du français, mais accommodé à la nonchalance du Nègre et du Mulâtre.
Les jeunes gens les mieux doués (et ceux qui se croient, ou qu'on croit tels) viennent étudier à Paris; de Paris ils reviennent dans l'île splendide aussi Français que les Français de France, à part la différence de peau et ce que l'origine africaine a déposé chez eux d'éléments inassimilables aux nôtres : car bien certainement le Nègre n'est pas identique au Blanc.
Les Haïtiens sont le principal reste de ce que nous possédions de Français dans les Antilles, mais ils ne sont pas le seul.
Des îles moindres, à nous ravies par Ifes Anglais, qui nous ont tout disputé partout, ont conservé de l'amitié pour la France et demeurent jusqu'à ce jour en communauté d'idiome avec nous, soit par le français de leur « aristocratie », soit par le créole de leur « plèbe ».
La Dominique, vaste de 75 400 hectares, peuplée de 29 000 habitants, est l'une de ces îles, entre notre Guadeloupe et notre Martinique. Elle culmine au mont Diablotin (1800 mètres), Petit
Diable en effet quand, volcan vif, il respirait des flammes. La capitale a nom Hoscau.
Sainte-Lucie en est une autre, d*origine volcanique ainsi que la plupart des xVntilles Mineures. 41 000 insulaires y habitent le bas des vallées, le tour de la côte, sur 61 400 hectares, devant des forêts humides montant sur des mornes, des pitons, des « soufrières » qui furent monts ignivomes.
La Trinité, bien supérieure à la Dominique et à Sainte-Lucie, vaut à peu près les trois quarts du département français moyen. 172000 habitants y font séjour au pied de montagnes qui, n'atteignant pas 1000 mètres, continuent par-dessous la mer la rangée deux, trois, quatre et jusqu'à cinq fois plus haute des Andes vénézuéliennes ; un million d'hommes vivrait aisément à la Trinité, les coudes au large, car le sol y a toute excellence, et le dixième degré de latitude frôle presque cette île, qui, de ce fait, est essentiellement tropicale avec profusion de lumière, de chaleur, d'humidité. La capitale, riche de 25 000 âmes, rappelle, par ses trois noms, trois faits : Porto de Espafia monuraente la domination espagnole, qui n'a pris fin
que près du terme du !^iècle dernier ; Port of Spain indique que TAngleteire y règne ; Port d'Espagne raconte comment l'ile a pour principal idiome le français créole, depuis l'inmiigration de colons francophones arrivés, les uns de Saint-Donnngue redevenue nègre, les autres des Antilles Françaises absorbées par l'Angleterre, d'autres enfin de la Guadeloupe et de la Martinique.
La France n'a gardé que deux Petites Antilles, la Guadeloupe et la Martinique, et quelques ilettes qui sont rangées parmi les dépendances de la Guadeloupe.
A elles deux, ces colonies ne diminuent leur mer tropicale que de 285800 hectares où vivent 350 000 habitants.
En leur ajoutant Haïti et les trois terres anglaises restées presque entièrement fidèles à leur origine, il se trouve que la France des Antilles réclame à l'archipel 3 767000 hectares, et que 1100 000 à 1500000 personnes y demeurent à ce jour*, usant soit du français de France, soit, et surtout, du créole des Iles.
1. Suivant ce qu'on admet de Haïtiens francophones entt-e les deux extrêmes de 500000 et 060000.
LA GUADELOUPE
Ln GDad«lau[ia ; ilan* la Petite Guli
arure de Rurr«, d'après une photographie tommuniquéo parla SotiéK de Géo^phle,
LA GUADELOUPE
I, Gnadeloape et Grande-Terre. — Nombreuses sont li?s Nupstra Senora de Guadatupe qui couronnent, tra ios montes, les roches, monts et mamelons d'Espagne.
La moins éloignée de France (et nous touchant presque) est celle du mont Jaîzquibel, au-dessus de la ville des casas solarcs', de Fonlarabie, parfaitement espagnole en apparence, bien qu'elle suit purement basque, en face de la française Hendaye, qui est basque aussi.
Une chaîne de montagnes porte le mfime nom que ces églises, ces chapelles, ces couvents, ces oratoires de Notre-Dame. C'est la Sierra de Guadalupe, liault! de Iââ8 mètres, « la plus aimable, la plus délicieuse qu'il y ait en Espagne* » : celte ch.nine continue les monts de Tolède vers l'occident, dflns la direction du Portugal ; elle s'élève
entre les l)assins du Tage boueux et du faible, de l'indolent Guadiana.
Serait-ce à la sierra, ou serait-ce h l'une de ces chapelles consacréesà ta Vierge que songeait Ch ri sr tophe Colomb, le i novembre Ii93, ?i son second voyage en Amérique, lorsqu'il découvrit Karour kéra. Ile de Caraïbes A laquelle il imposa )e nom deGuadalupe, devenu, à la française, Guadeloupe? Il ne nous l'a pas dit, et personne ne l'a conté pour lui.
Cent quarante-deux ans se passèrent, et en juin I6.>.'> débarquèrent à la Guadeloupe, encore sans Européens, Ù50 Français, presque tous des Normands partis de Dieppe. Par là commença la colonisation de l'ile, qui n'alla pas sans la destiuction préalable des Caraïbes, puis sans des batailles continuelles avec les Anglais : cliaque guerre avec eux nous l'enleva, chaque paix nous la rendit, et depuis 1815 nous ne l'avons plus perdue.
La Rivière Salée, salée en effet, va de la mer à ] la mer, droit du sud au nord, à partir de la baie de la Pointe-à-Pitre.
Ce n'est pas une rivière, mais un détroit marin tellement étranglé qu'il ne dépasse en aucun lieu 420 mètres entre rives et que souvent il se réduit à 50 ; n'ayant nulle part plus de 5 mètres de profondeur, il ne donne point passage aux grands vaisseaux, qui d'ailleurs ne pourraient évoluer librement sur un chenal si tordu dans son étroilesse. De fait, ce « Bosphore », cet a Hellespont » entre deux a continents », ne sert qu'aux petits bâtiments et aux barques.
Les deux « continents » que la Salée divise, en sa course vaseuse parmi les palétuviers, sur un peu moins de 10 kilomètres de longueur, sont les deux îles dont la Guadeloupe se compose : à l'ouest la Guadeloupe propre, à Test la Grande-Terre, qui des deux est la plus petite, en désobéissance à son nom : 56 000 hectares contre 82000.
Guadeloupe et Grande-Terre sont dissemblables, et même antitliétiques : la Grande-Terre est basse, point hérissée, sèche, laide; la Guadeloupe est haute et superbe
Volcans aidants, la Guadeloupe proprement dite a modifié, d'éruptions en éruptions, la forme, l'altitude, l'étendue de ses montagnes, qui ont pour roches essentielles les laves, basaltes, trachytes, porphyres, tandis que la Grande-Terre a dû son noyau solide aux lentes assises de la sédimentation.
Quatre volcans ont pris part à la constitution de la Guadeloupe, dont trois éteints tout à fait, et un quatrième qui soupire et souffle encore.
Les trois volcans morts se nomment : la Grosse Montagne (720 mètres), dans le nord de l'ile; les Mamelles (773 mètres), près du centre; le Houelmont (424 mètres), tout au sud.
Le volcan qui n'est qu'assoupi, la Soufrière, domine toute la Guadeloupe, du haut de ses 1484 mètres, élévation à peu de chose près égale au culmen de nos monts d'Aubrac : avant le tremblement de terre de 1843, elle avait 29 mètres de plus. On l'appelle Soufrière parce que les vapeurs à D6 degrés qui s'échappent des fentes du cratère dégagent des particules de soufre qui se mêlent à la cendre, aux scories, aux sables ou s'incnistent en très petites quantités sur la roche du volcan. Ces vapeurs sulfurées, des vapeurs d'eau et des mofettes sortent en sifflant par des trous et par des fissures; entre temps quelque détonation sourde; à
ce peu d'expansion s'est réduite l'ancienne fureur du monstre, qui par de rauques sanglots a vomi du feu, des laves, pour la dernière fois en 1799, et des cendres en 1838. De sa cime on voit tout éployée l'entière Guadeloupe, la Grande-Terre, et l'archipel des Saintes, et la Désirade, et la Dominique, et, à plus de vingt-cinq lieues par delà la Dominique, française de fait, la Martinique, française de fait comme de nom.
En vain la Soufrière dort aujourd'hui, l'enfer dont elle est une gueule ne dort pas, et quand il déchaîne ses puissances, la Guadeloupe se déchire. L'ultime tremblement de terre, et des plus terribles, celui de 1845, renvei^sa des villes dont l'une, la Pointe-à-Pitre, est sinon la capitale, au moins le Paris de l'île; il sembla que le monde dût finir à la dernière des soixante-dix secondes que dura la trépidation ; la terre était ivre, elle branlait de l'orient à l'occident. Pendant que s'écroulait le suprême piton de la Soufrière, tandis que des abîmes s'ouvraient, les maisons se renversaient, le feu prenait aux décombres, et tel homme que les murs en s'abattant n'avaient pas écrasé, brûla. Les rôtis, les suffoqués, les écrabouillés, plusieurs milliers, diton, moururent et d'autres milliers furent ou contusionnés ou gravement blessés. A part la valeur des vies, qui ne se peuvent estimer, la Guadeloupe fut ruinée de 110 millions.
Le piton de la Soufrière n'est pas le nœud de l'île. Cette fonction revient à un mont moins haut de 4 mètres, au Sans-Toucher (1480 mètres).
Aux météores violents du Tropique, aux ouragans qui versent, année moyenne, plus de 2 mètres de pluie sur l'île, au soleil du seizième degré qui dilate la pierre à la faire craquer après le resserrement des heures nocturnes, les roches les plus dures ne sauraient résister ; encore moins les « porosités » volcaniques. Aussi la Guadeloupe a-t-elle vu, voit-elle chaque jour s'approfondir ses profondes ravines.
Elle est extraordinairement, harmonieusement sculptée; sans l'ample manteau de ses forêts elle serait déjà à moitié nivelée par les torrents, qui sont innombrables, en irradiation autour de cinq ou six châteaux d'eau.
Un quart de l'île (ou il ne s'en faut guère) s'en va dans la mer du nord par !a Grande Rivière à Goyaves qui, longue d'une trentaine de kilomètres, est un petit Nil avançant de 10 à 15 mètres par an sur le flot de la Méditerranée des Antilles, où son onde entre par trois branches au bout de la fangeuse forêt des palétuviers ; la vase de la barre
LA GUADELOLPE