‹ La France et ses coloniesChapitre 254 sur 283 · SIS · texte numérisé non relu

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lieureiisemcnt franchie, les bâtimcnis de 3 à 4 mètres de tirant remontent )c « fleuve » pendant deux lieues, a travei"s des lerivs conquises sur l'océan; puis on se heurte aux premiers rnpides, et la vallée devient une gorge des montagnes.

La Lézarde, <{ui a son homonyme en Normandie, dans une très chartnanle rivjérctle de la craie', gagne sur la mer de Test par des apports de crue dont les palétuviers s'emparent aussitôt — en quoi ni la Grande Rivière à Goyaves, ni la Lézarde ne se dislingiieiil des autres torrents guadeloupiens ; tous obstruent ie rivage de leur embouchure par des atlerrissemenls proportionnels à l'étendue du bassin qu'ils raclent.

La rivière du Carbel, très courte, fait en un instant plus (|Ue le Mississippi dans les semaines de son voyage : née du versant oriental du piton de la Soufrière, elle s'abat de près de 6D0 mètres par un effroyable saut et s'achève ii la rive méridionale de l'Ile.

La rivière des Galions, autre fdle de la Soufrière, se termine dans la banlieue de la Itasse-Terre {9000 liiibilanls) , ville capitale de la colonie, et malgré cela ville déclinante qui mourra presque, le jour où les gouvernants s'en iront sur la Grande- Terre, à la l'oinlc-à-Pilre, dont la rade est sûre tandis que sur une rive droite aucun cap, aucune ile, aucune ligne de récifs, aucun mdie n'apaise les eaux de la Basse-Teriv, vague de tout vent battue que l'hivernage enfle tumultueusement en raz de marée.

Sauf les diversités de longueur dans leur brièveté et les diiTérences de bassin dans leur exiguïté, tous ces torrents se ressemblent. Ils commencent il la tète des monts, les grands hurlant eu cascades

et les petits chantant en cascatelles à la pente, ils traversent la sylve opaque, ils arrivent aux cultures : canne à sucre, qui est la plante dominante, presque exclusive, caféier, cacaoyer, cotonnier, tabac, vanille des grands planteurs; manioc, ignames, bananes, malangas, patates, mais des petits colons et jardiniers. Descendus là, ils rencontrent les bourgs, les villes, dont pas une seule n'est dans l'intérieur de l'tle; toutes bordent la mer ou en sont très près, poui' le mallieur de la race blanche qui s'acclimate mal, ou plutAt ne s'acclimate pas dans cette zone ayant pour moyenne annuelle, suivant les lieux, 25, 26, presque 27 degrés, soit un commencement d'étuves.

Nos Méridionaux eux - mêmes . à demi cuits par le soleil gascon, provençal ou catalan, ne s'y adaptent qu'à peine , en perdant leur énergie ex pan si ve.

Montagne, forêt, bocages, frais coÛ* rants, eau transparente, la Grande- Terre ne connaît rien de ces belles choses. Elle n'a de beau que la mer et le cîel.

Elle est plongée dans un grand bain de blanche I lumière. Roche calcaire, sans poussée volcanique du dessous qui se soit manifestée par des surgissemenls de mont, elle ne lève qu'à 115 mètres la plus haute de ses collines.

Sur le calcaire mélangé de coraux et de coquilles s'étend une terre féconde bien qu'aucun vrai ruisseau ne l'arrose et que les cieux, parfois prodigues, y soient aussi parfois avares; la sécheresse y tombe d'en haut bien plus souvent que sur l'ile sœur où il n'y a pas de mois sans pluie; on l'a même vu durer toute une saison.

Malgré tout bien cultivée, les champs de cannes y couvrent au loin coteaux, mamelons, plaines, et la vraie capitale y a son site, ville de 1 8 000 âmes

Cirte de li Guide1oup«.

qu'on nomme la Pointe^-Pitrc ', au bord de l'une des mcilleiires rades des Antilles.

II. Les Gaadeloapiens. — En 1848, lorsque la France émancipa les esclaves de ses colonies, la Guadeloupe contenait trois espèces d'hommes seu-

lement, des Blancs, des Nègres et des Mulâtres. — Elle en contient cinq ou six aujourd'hui.

La seule présence de ces ti-ois races contait l'histoire de l'ile depuis sa découvei'te par l'immortel navigateur; mais justement il en manquait une quatrième, les Caraïbes, les plus longs témoins du passé de Karoukéra.

La présence des Blancs rappelait comment « gen-

A la PoiDie-l-Pitre. — Deuia d'E. d« Bérard, d'après i

tilshommes » ou h hommes de rien w. des aventuriei-s, des injustes, des impatients, des violents, des avides arrachèrent aux Carailies leur patrie avec leur vie ;

Celle des Hoirs rappelait qu'une fois la race des Caraïbes couchée tout entière auprès des ancêtres, les colons d'Europe impuissants contre le Typique dui-enl prier les négriei-s d'amener d'Afrique en Améi'îque des corps de bronze â l'Ame eiifan-

l'appelait Norne Iten-

tine, des primitifs ragaillardis à l'heure la plus endambée du jour par a Midi, ni des soleils' » ;

Celle des Mulâtres disait comment d'hommes blancs à femmes noires il y eut en Guadeloupe des mélanges iniini s :

Tellement que. dans l'année de la libération des serfs dans les iles françaises, les métis de la (îuadeloupe dépassaient OOOOO, les Kmvs j l'arrivant pas à oOOOOetles BlancsIlottanlentrelOOOOet ISOOO:

j. Iiecont£ de Liïle.

LA GUADELOUPE

ce qu*ils sont à peine maintenant, si même il n*y en a pas moins encore.

Quel nombre bas, misérable, ctique, lorsqu*on songe à tout ce qui s'est engouffré de vie, d'énergie, de sève, de jeunesse et d'ambition dans l'île double, aux deux bords de la Rivière Salée ! Normands du dix-septième siècle, la Normandie alors pleine d'enfants; Gascons du dix-huitième siècle enivrés d'action, d'expansion, et fous de courir le monde (ils le sont encore si les Normands ne le sont plus) ; Bretons qui restent les Bretons obstinés même quand ils passent de l'Armorique à l'Ântille ; et les engagés de toute province de France ; et les cadets, les hobereaux, les « taillables et corvéables », les marins, les soldats, les déserteurs d'un peu partout venus ; et les flibustiers de plus d'une nation; et les immigrés des îles et îlettes françaises conquises par les Anglais; et les échappés de la grande tourmente de Saint-Domingue! Peut-être n'est-il pas exagéré de dire que les dix mille Français guadeloupiens procèdent de trente mille ancêtres. Au Canada, ces trente mille seraient devenus six millions pour le moins.

C'est une preuve suffisante de la malignité du climat de l'île pour les Blancs. Quant aux Noirs, ils y vivent superbement bien ; leur ancienne patrie, du cêté où le soleil se lève, n'était pas moins.chaude, humide, électrique, orageuse; qui a les origines de son être dans la Guinée s'accommode aisément aux Antilles.

Hais ceux qui ont d'abord respiré la zone tempérée de France perdent vite l'énergie de l'action avec celle de la pensée; chaque année de séjour les déprime; leurs fils ne s'adaptent au milieu qu'en descendant d'un grand degré; et de génération en génération le Breton têtu, plus dur que la pierre de ses menhirs, le Normand qui aime la lutte, le Gascon bouillant, le Bourguignon colérique deviennent le créole nerveux, gracieux, indolent, pour qui la sieste est un devoir. Entre temps, sur ces familles qui ne sont acclimatées qu'à demi, passent la dysenterie, la fièvre des marais, la fièvre jaune qui foudroie, fidèle à son vieux nom de « coup de barre )), le choléra : celui-ci moins dangereux aux Blancs qu'aux Noii's, tandis que le a coup de barre » assomme en peu de jours plus de cinquante pour cent des Blancs qu'il surprend en pleine santé. Plus bas est le site, plus rapide est la dégénérescence de l'Européen, plus fréquente l'attaque de la maladie, plus commune la mort; or toute la colonie blanche habite la côte. A 500 mètres d'altitude elle triompherait du Tropique; à 800, à 1000,

elle déborderait en un fleuve de vie, tandis que dans les fonds inférieurs elle doit remettre aux races plus fortes contre le soleil le soin de planter, de semer, d'arroser, de cueillir. 11 y a pourtant près des villes, dans de beaux jardins maraîchers, appelés ici habitations vivrièresS des agriculteurs français connus sous le nom de Blancs paubans.

L'émancipation acquise, le Nègre se reposa; vivant de rien, il lui fut facile de s'entretenir, à la ville d'un petit métier de paresseux, à la campagne d'une petite habitation vivrière.

Les latifundiaires blancs et aussi les petits propriétaires se virent alors en face de la ruine : ils étaient perdus s'ils ne remplaçaient les Noirs libérés par d'autres Noirs engagés ou par des Jaunes ou des Cuivrés, n'importe, pourvu que ces engagés voulussent cultiver en pleine ardeur du ciel.

On appela d'abord des hommes de France, et, comme de juste, de la France émigrante, qui craint beaucoup moins le soleil que la France jusqu'à ce jour sédentaire des départements autour de Paris. Mais ces fils de l'Aquitaine et de la Novempopulanie, ces Gascons, ces Béarnais, vinrent en petit nombre, et la plupart versèrent dans les villes. Les Portugais de Madère, appelés ensuite, ne répondirent guère à l'appel, parce que le Brésil qui leur est homophone et la Guyane Anglaise de Démérara, où leur colonie est très forte, les attiraient avec une plus grande puissance. Alors on essaya de l'Afrique, de la Chine, de l'Inde. L'Inde fournissait les engagés les plus soumis, mais les plus faibles; la Chine les plus intelligents, mais les moins assimilables ; l'Afrique les plus vigoureux, têt assimilés aux idées, aux us et coutumes, au patois créole des Noirs et des Mulâtres guadeloupiens. Il semble donc que l'immigration africaine eût dû prévaloir. Tel n'est pas le cas, et presque tous les travailleurs viennent maintenant de la presqu'île de rindus et du Gange. '

La dernière année dont nous ayons le détail divise comme suit la population de notre colonie de la Guadeloupe :

Guadeloupiens proprement dits. 160172 Immigrants 22 094

Ce total de 182 866 ne comprend pas seulement

1. De ce qu'on y cultive les gi^ains et les plantes nécessaires à la vie.

la Guadeloupe, qui, prise à part, ne renferme que ^55340 habitants, dont 134007 Guadeloupiens et 21 533 immigrants.

Il contient. aussi la population des diverses îles annexées, les unes près, les autres assez loin, qu'on appelle leâ dépendances et qui sont :

Harie-Galante'. ....

. . 17 074 habit

La Désirade. .....

Les Saintes

Saint-BartUèlemy. . . .

Saint-Martin

III. Les dépendances. — De la Capesterre, bourgade riveraine de la côte orientale de la Guadeloupe proprement dite, jusqu*à Karie-Galante, la plus vaste des ilettes administrativement rattachées à notre plus grande Antille, il n*y a pas une heure et demie de sillage pour un navire' à vapeur : environ 27 kilomètres vers TE.-S.-E.; de la Pointeà-Pitre il y à deux heures et demie, soit 48 à 50 kilomètres; enfin la Dominique, Tile encore francophone qui sépare la Guadeloupe de la Martinique, n*est qu*à 33 kilomètres au S.-S.-O. de Marie-Galante.

Marie-Galante, c'est un nom espagnol, comme celui de la Guadeloupe elle-même. A l'un de ses voyages, Colomb, arrivant d'Europe, la vit montant d'un flot pur réfléchissant un transparent éther de novembre. Elle lui sembla jolie, et il l'appela Maria Gdlanda, d'où Marie-Galante,' l'adjectif signifiant ici, suivant le vieux sens français, charmante, gracieuse, avenante, tout au plus coquette ; et non pas dissolue, suivant le sens moderne. D'autres disent que ce nom était celui du bateau que montait le navigateiir. Au fond, peu importe. ' Elle prend rang parmi les Antillettes calcaires. Pas un seul c6ne volcanique, pas une lave épanchée, nulle scorie dans sa montagne, ou, pour serrer au près la vérité, dans sa colline ayant pour cime suprême le Mont Constant (205 mètres), levé droit devant le flot, à la falaise de la mer de l'Est. Point de torrents non plus suspendus en cascades dans de hautaines forêts, entre des lianes étreignant puis étouffant les arbres gigantesques : à peine deux ruisseaux jamais tout à fait secs, la rivière Saint-Louis et la rivière du Fort — à quoi les Harie-Galantais remédient par des citernes.

Calcaire, Marie-Galante serait aussi salubre que sèche, étant partout sous le vent de l'incorruptible Atlantique, s'il n'y avait ici, là, des marais, des palétuveries. Aussi connaît-elle en maint endroit les fièvres et la dvsenterie.

Dans un entour d'un peu plus dé vingt lieues.

ayant près de sa rive une ceinture souventefois interrompue de cayes ou récifs et madrépores, sa rondeur presque parfaite (caps et criques à part) enferme 14927 hectares.

C'est h peu près les cinq sixièmes d'un canton moyen de la France : humble empire que se partagent les terrains vagues, les sables et dunes, les rebords et relais de mer, les prairies et savanes où paît une race infatigable de petits chevaux, les friches et les défriches, les champs de la canne à sucre, plus cultivée aujourd'hui que toute autre plante industrielles plus même que les plantes des jardins vivricrs. Ses 17000 habitants, dont 1350 engagés, ont une force d'activité qui n'est pas commune aux Antilles, et cela sous un climat encore un peu plus chaud que celui de la Guadeloupe. Ils soignent leurs champs avec diligence, ils pèchent tant et plus dans la mer poissonneuse, et quand le travail manque sur leur Ilot tout juste égal à la forêt qu'ennoblit Pierrefonds* et moindre que celle dont les grès font la gloire ', ils vont «'offrir dans les autres Antilles françaises à qui veut louer leurs bras pour un temps.

La capitale, Grand-Bourg, au sud-ouest, ertibarrasse plus qu'elle ne protège sa rade par de longues lignes de brisants.

Si chétive que soit Marie-Galante, elle vaut cinq fois la Désirade, autre découverte de Timpérissable inventeur du Nouveau Monde.

Pourquoi la Désirée? Son aspect n'est point magique, ni ses ports splendides, ni sa a sierra » grandiose; et qu'a-t-elle d'étendue? A peine l'aire de deux communes moyennes de la France. Parce qu'elle est, du côté de l'Europe, une des îles d'avant-garde de l'archipel des Antilles et que Christophe Colomb la vit avant toute autre en son voyage de 1495 ; or, nous conte la chronique, ses matelots, fatigués de la mer, souhaitaient impatiemment la terre, et lui, inquiet des malédictions de l'équipage, attendait plus anxieusement encore l'apparition de l'Amérique : elle se montra le 3 novembre, sous la forme d'une roche que l'Italien au service de l'Espagne nomma la Deseada, c'est-à-dire la Désirée, et à la mode des patois d'oc, la Désirade.

La Désirade surgit à 10 kilomètres à peine du cap le plus oriental de la Grande-Terre de Gua-

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