‹ La France et ses coloniesChapitre 256 sur 283 · I. \je Coclic et le Grand [let · texte numérisé non relu

I. \je Coclic et le Grand [let

coton; ni la salubrité reconnue d(*s cinq écueils, ni môme la vertu des 1700 Saintois, hommes actifs, utiles, bons pêcheurs, excellents marins très prisés dans le trop petit monde de nos Antilles de France.

Elles tiennent leur importance de la rade intérieure qu'y forme, en hi'ise-lames, avec larges passes, le groupement dos ilôts. Le meilleur de cet abri des vaisseaux que Touragan chasse est entre la Terre-de-liaul et l'îlet à Cabrits. Des forts capables de résistance en interdisent les goulets. C'est, dit-on, le Gibraltar des Antilles.

Le nom de Saintes vient de ce que ces iles, également découvertes par Christophe Colomb, lui firent tout à coup face en novembre, après la Toussaint : bon catholique, il en profita pour consacrer les cinq îlots à la fête par laquelle ce mois commence, et qui pour nous. Européens, ouvre h peu près le véritable hiver.

Les Saintes, Marie-Galante et la Désirade relèvent naturellement de la Guadeloupe; Saint - Barthélémy et Saint-Martin n'en dépendent qu'administrativement.

Saint-Barthélémy fut colonisée par les Français à partir de 1648. En 1784 la France en fit don aux Suédois en échange d'un privilège commercial*.

Elle nous est revenue en 1878, après convention avec la Suède et vote unanime de ses insulaires.

Elle n*a guère accru l'empire de Vieille France : de 3000 personnes sur 2114 hectares d'un calcaire tellement sec que parfois, les citernes étant vides, comme on n'a de recours ni chez les sources, ni chez les ruisseaux (tout cela manque), on va chercher l'eau potable en barque à 52 kilomètres, dans l'île anglaise de Saint-Christophe.

Située à 175 kilomètres au nord-ouest de la Guadeloupe, près du 18* degré de latitude, au milieu d'Iles anglaises ou hollandaises, entre une ceinture d'écueils, elle a des jardins vivriei*s là où le sol est de sable, des cotonneries, des bois et savanes, des salines abandonnées, et deux bourgs très différenjs l'un de l'autre.

Gustavia, le plus grand des deux, encore qu'à peine peuplé de 800 âmes, est un port sûr» mais d'entrée difficile, et si peu profond qu'il n'accepte

t. Le droif d'entrepôt à Gothembourg.

I aucun navire ayant plus de cinq à six pieds de calaison. Gustavia, c'est un nom suédois, d'après un roi quelconque de la Suède, probablement Gustave-Adolphe; le nom ancien, et français, est le Carénage. On y parle anglais, la population y professe le luthéranisme, l'anglicanisme et autres « demi-confessions » protestantes. A l'autre bout de l'île, Lorient parle français; ses quatre à cinq cents habitants. Blancs peu mêlés, hommes grands et forts, sont issus de vieilles familles normandes.

SaintrMartin, près de Saint-Barthélémy, dont la sépare un canal dit de Saint-Barthélémy, émerge à 253 kilomètres nord-nord-ouest de la Guadeloupe, au .septentrion du 18* degré de latitude.

Ile française de nom, elle ne l'est guère de fait, moins parce que 5177 hectares seulement appartiennent à la France, tandis que 4680 se réclament de la Hollande, que parce que les Anglais en furent les vrais colonisateurs; la langue anglaise y règne presque sans partage, tant chez les 3300 Saint- Hartiniens de la partie française que chez les 3900 ou 4000 de la partie nôderlandaise.

Le partage du sol entre France et Pays-Bas y date de longtemps, de 1648, Tannée môme où y débarquèrent à la fois et des aventuriers français et des coureurs de fortune hollandais. Bare phénomène, le Batave et le Gallo-Romain, le Protestant et le Catholique ne s'égorgèrent pas sur l'heure; ils se tendirent fraternellement la main et signèrent un traité qu'ils ne déchirèrent jamais. Nous eûmes le septentrion; les Nederduitsch, le midi, autour de la Grand'Baie, où ils élevèrent leur capitale, qui est Philippsburg.

L*e Home Paradis (585 mètres) marque le faîte de la Saint-Martin française, terre rocheuse, sans humus profond, sans pluies libérales; à part cela très fertile, lorsque par hasard la saison de la poussée est humide. Ainsi que dans les autres Antilles on y cultive les plantes vivrières, les arbres à fruits, le manioc, la canne à sucre, le coton ; on y fait du sel ; on pêche dans la mer et dans de grands étangs communiquant avec le flot.

Cent maisons tout au plus — et presque toutes ne sont que des cases — forment la capitale, qui se nomme le Marigot.

LA MARTINIQUE

- Deœin d'E. de Bérard, d'aprii i

LA MARTINIQUE

1. Le paya, — L'origine de ce nom n'est pas absolument certaine. D'aucuns disent que Christophe Colomb découvnt celle île en automne, à la Sainl-Marlin, et que, fidèle h la coutume du temps, il lionora la terre nouvelle du patronage du saint dont c'était la fête ce jour-là. Mais d'autres prélenilenl que malgré toute apparence Martinique ne viendrait ni de Saint-Martin, ni de Martin tout court : ee sei-ait simplement la corruption de Hndinina, comme l'appelaient ses anciens habi- Innts, les Indiens Caraïbes.

Klle brise le vert azui'é de la mer entre le 14° et le lit" degré, il 110 kilomètres au sud-sud-est de la pointe méridionale de la Guadeloupe, entre deui des Antilles par nous perdues, et justement celles qui sont restées le plus fi'ançaises malgré leur inféodalion i l'Angleteri'e : la Dominique et Sainte- Lucie; celle-ci à 35 kilontéti'es au sud, par delà le canal de Sainte-Lucie; celle-là 'a 55 kilomètivs au noi-d, par delù le canal de la Dominique oà la

vague est courte, brassée, pressée, et Tait rouler et tanguer les navires.

C'est une île presque souverainement belle, aux rives tellement indenlées que, sa longueur n'étant que de seize lieues et sa plus grande largeur de huit à neuf, son littoral approche de cent lieues, toutes criques comprises. Vers les trois cinquièmes de l'axe qui du nord-ouest au sud-est relie ses deux pointes exti-émes, la baie de Forl-de-Fi-ance creuse très largement la côte occidentale et s'avance à la rencontre du Cul-de-Sac Français, anse de la côte orientale, jusqu'à ne laisser que lô à 14 kilomètres entiv les deux mers — d'oii un isthme qui divise la Martinique en deux tronçons inégaux, celui du septentrion, beaucoup plus vaste que celui du mériilion et chargé de monts beaucoup plus hauts.

Ici, de même que dans les autres Aniilles colonisées par la France, les monts s'appellent des mornes ou des pitons.

Six de ces pitons, de ces mornes, sont de vieux volcans, soit morts, soit assoupis.

Le plus élevé de tous, la Montagne Pelée, se plisse en ravins innombrables, tout au nord-ouest de l'île, au nord de Saint-Pierre, qui en est la ville majeure, entre la mer occidentale et le canal de la Dominique. A l'inverse de son nom, la Montagne Pelée est uniformément sylvestre jusqu'à 1000 mètres environ; de là jusqu'à la cime (1550 mètres) la forêt décroit, l'arbre diminue et devient arbuste au milieu des herbes de la haute savane. Cet antique volcan a donné quelques signes de vie en 1881.

A son sud-sud-est, le premier des pitons du Carbet monte à 1207 mèfres, au noi d-nord-ouest de la capitale, qui est Fort-de-France; dans ce massif s'ouvrait le second volcan ; le troisième avait sa gueule aux Uoches Carrées, au septentrion et tout près de l'isthme qui unit en une seule terre les deux tronçons de Madinina; les trois autres. Morne du Vauclin, Morne du Marin, Morne la Plaine, allumaient leur infernale chaudière dans le tronçon du midi.

On dit communément que la Martinique hérisse quatre-vingt-onze montagnes et lance à l'océan soixante-quinze rivières. Sans préciser avec tant de rigueur, on la doit traiter de mont déchiré par les torrents de la forêt.

Quand les Européens y abordèrent, les Indiens habitaient quelques clairières étroites au bas des rivières et à la plage du flot, là où la pêche était bonne; le palmier, le cocotier, le fromager, le savonnier, l'acajou, le bois de rose, le balata et le courbaril dont on fait planchers et poutres, le gaïac bon pour canots et navires, le bambou, divers arbres à fruits, la nation des arbustes, et le peuple infini des lianes ombrageaient à l'enténébrer tout le reste de l'île aux Caraïbes.

Elle a décru, la forêt martiniquoise ; mais, très vaste encore sur tout le mont, elle attire pour sa grande part sur le massif des quatre-vingt-onze mornes et pitons une pluie serrée, de presque tous les mois, qui défend aux torrents de sécher tout à fait. Los plus longs d'entre eux, et ce sont en même temps les plus forts, rivière Capot, rivière du Lorrain, rivière du Galion, rivière du Lézard, se forment dans la forêt supérieure, ou plus haut même que la forêt, aux flancs de la Montagne Pelée ou de Piton du Carbet.

Il n'y a pas encore d'observatoire sur l'un quelconque des sommets suprêmes de l'Ile ; aussi ne peut-on dire avec certitude ce qu'il tombe d'eau

chaque année dans la montagne. Ce qu*on sait, et qu'on sait bien, c'est que les douze mois donnent à Fort-de-France, dans le pays bas, même très bas puisque celte cité touche la mer, une moyenne de 2 mètres à 2 mètres et demi; que s'il pleut surtout pendant la saison d'hivernage, le reste de Tan n'est point anhydre, sauf mars, et encore pas toujours; tous les autres mois sont pluvieux, et pendant ceux d'hivernage le ciel fond en noir déluge : saison vraiment terrible, ce n'est pas seulement celle de l'averse orageuse, mais aussi celle du raz de marée, gigantesque flot de mer qui subitement monte contre la terre et s'écroule au loin dans la plaine du rivage avec les vaisseaux que sa houle a saisis; et celle des cyclones, qui sont un spasme de la nature, une folie des vents, un ébranlement, un creusement, un bouleversement, un éparpillemeni de la mer. On n'oubliera jamais le a grand ouragan » de 1780, un jour d'octobre. La France y perdit cinq mille marins, moins six ou sept, c rares nageurs du gouffre iumiense* », cinquante navires, et, rien qu'à la Martinique, 9000 hommes cassés, écrasés, enterrés, suffoqués, noyés.

Aucun des soixante-quinze torrents ne coule en paix perpétuelle; tous, eaux très pures, lancés à toute vitesse, tombent en quelques lieues, en quelques heures, à leur vallée basse et, dès lors moins ardents, tournoient en riviérette dans la campagne (( coloniale », parmi les champs de cannes à sucre, de tabac, de coton, de café, devant les a habitations », c'est-à-dire les domaines des planteurs et les jardins du Petit Blanc et du Nègre. C'est là qu'ils donnent à boire au (( monstre », au serpent de mortelle piqûre •.

Il y en a plusieurs espèces, ayant pour trait commun la forme triangulaire de la tète (ainsi sont nos aspics). On les nomme donc des trigonocéphales, ou bothrops lancéolés, ou encore vipères fer-de-lance. Ils ne vivent, aux Antilles, qu'à la Martinique et à Sainte-Lucie; en vain a-t-on mainte fois essayé d'en doter la Guadeloupe, par la raison que s'il est dangereux à l'homme, il vit surtout des rats qui ravagent la canne à sucre : la Guadeloupe n'a pu les garder en génération continue. Ils piquent environ cent Martiniquois par an; mais surtout ils y sont une crainte de tous les instants; on les redoute le jour à la traversée de la plantation, car ils secouent souvent la torpeur de la sieste pour surprendre le rat friand de canne tendre; le soir, parce qu'ils se glissent dans les galeries qui font

i. Virgile.

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