‹ La France et ses coloniesChapitre 258 sur 283 · On nomme ajiisi les crues qui suivent les orages · texte numérisé non relu

On nomme ajiisi les crues qui suivent les orages

coup se laissant vivre sans ambition, sans travail, buvant du soleil, des arômes, des brises du large et, malheureusement, des haleines de marais.

Des 98792 hectares de la Martinique, il appert que la forêt, la savane, la terre vague, la friche occupent encore plus de place que le défriché, environ 56000 hectares contre un peu plus de 42 000. Ainsi que dans les autres Antilles, la culture a deux objets, les plantes vivrières et les plantes industrielles : avant tout, la canne à sucre, tandis que c'était auparavant le café, célèbre dans le monde entier, tout au moins dans le monde français, sous le nom de café martinique. Une espèce de phylloxéra, puceron détestable, fait ici la guerre à l'arbre à café dont tous les pieds (ceux mêmes do toutes nos Antilles) procèdent d'un seul importé en 1727. C'est, en général, au-dessous de 200 mètres que s'étendent les habitations, comme qui dirait les fermes avec leurs champs de maïs, de manioc, d'ignames, de patates, leurs jardins de bananes, de pommiers avocats, de goyaviers, de sapotilliers, de manguiers, d'orangers, d'ananas, de cocotiers, et les plantations de cannes, de coton, de cacao, de café, de tabac, etc.

U. Les hommes. — Quoique plus qu'à moitié sauvage encore, la Martinique porte 172 habitants par kilomètre carré, presque deux fois et demie la densité de population de la France; et cela sans industries — on vit si facilement et de si peu sous le brillant Tropique !

Sur 170000 Martiniquois environ, il y a, plus ou moins, 10000 Blancs, 140000 Nègres et Mulâtres, 20000 engagés venus d'Afrique ou d'Asie.

10000 Blancs en 1889, quand on en comptait 15000 en 1740.

Ces 15000 Français, le siècle et demi qui les a réduits d'un tiers en terre martiniquoise les aurait fails trente fois plus nombreux en terre canadienne : ils seraient au delà de 800 000 si leur sort les avait fixés sur les quelques arpents de neige ricanes par M. de Voltaire, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi.

Voilà comment le Sud souriant se conduit avec la descendance des hommes de la race tempérée, et comment la traite le Nord austère et qui semble hostile : celui qui promet la vie donne la mort, celui qui présage la mort donne la vie.

Mais aussi, qu'on songe à tous les ennemis du colon des bas pajs intertropicaux. L'accablement pendant rhivernagc, qui - oppresse ainsi qu'une

humide serre chaude; l'anémie que chaque sueur accroît; le miasme des vases littorales dans la forêt clnirsemêe des mangliers cl palétuviers ; le brassage de l'eau douce avec l'eau salée dans certains estuaires fangeiti ; le brouillard malsain qui monte des marais et culs-de-sac en une vapeur que les premiers colons de la Martinique avaient surnommée le drap mortuaire des savanes; Ja dysenlerio, le typhus, les maladies de foie, la lièvre jauuc ou coup de barre, le choléra et, entre temps, les ouragans, typhons et coups de vent, les raz de mai-ée et les ticmblcmeiils de terre. Contre les plus dangereux de ces ennemis, qui sont la fièvre des palus, la dysenterie, les grandes épidémies, il n'est qu'un recours, gravir la montagne :

seule elle remet en vigueur, par ses matinées, ses soirées, ses DUils fraîches, ses fonts vives, i'our qui monte exsangue, énervé, vide et vacant, des vallées inférieures, c'est comme une seconde naissance.

Mais quoi! la Martinique n'est même pas le cinqcent-quarantième de la France. Quelle place y a-l-ii pour un long essaimage dans les terres hautes, raidement penchées sur les anses dé

son rivage, sur les Cr.e do l. Marli.iqua

cirques, fondrières, ca-

gnons et précipices de ses vallées intérieures? A

peine la valeur de deux ou trois cantons de France.

Comme origine, les Blancs de la Martinique ne différent en rien de ceux de nos autres Antilles.

C'est bien du sang de France qu'ils viennent, el très peu du sang étranger, sinon qu'il yen a certains ayant dans les veines un filet de sang nègre. Leurs familles procèdent de chez les Normands, de chez les Bretons, de chez les Saintongeiiis, Gascons, Provençauï, soit directement, soit par l'entremise des (les qui furent françaises, puis cessèrent de l'être, la Dominique, Sainte-Lucie, Saint-Vincent, Grenade, Tahagu, surtout Sahit-Domingue. Quand ces p«tites Autillea nous furent enlevées par les

Anglais, beaucoup de leurs colons cherchèrent un asile dans celles qui étaient restées françaises; et de .même lorsque les Nègres de Saint-Domingue chassèrent par le fer et le feu les planteui-s de leurs plantatimb^ qu'on célébrait alors comme les plus belles du monde.

Les recensements de nos Antilles ne distiii guent plus que deux sortes de personnes : d'une part les citoyens français, soit Blancs, soit Nègres, soil Mul,Ali-es; d'autre part les travailleurs engagés, soit Hindous, soit Africains, soit Chinois. Ils ne nous donnent pas le nombre des Blancs (qu'on ne sait que par ù-peu-près), ni celui des Noirs, ni celui des Mulâtres; encore moins enU'ont-ils dans la spécialisation de ces derniers, qui sont ou Mulâtres, ou Quarterons, ou Câpies.

Le Mulâtre doit l'être à l'alhance du Slanc et de la Négresse;

Le Quarteron vient du mariage du Mulâtre avec la Blanche ou du lllanc avec la Mulâtresse;

Le Câpre marque un retour vers le sang nègre : c'est le fits du Quai-terou et de la Négresse, ou du Nègre; et de la Quarieronne.

On nomme Métif ou

Métis l'Iiybride venu du

Blanc et de l'Indienne;

Griffe, celui que ci-ée

la rencontre de rélénient indien et de l'élément

nègre.

Ces variétés, en se mêlant diversement entnî elles, donnent, à l'infuii, des dégradations, des miances se rapprochant tantôt plus, tantôt moins, de l'un des trois éléments primordiaux, l'européen, le noir, l'indien : celui-ci, ayant été presque entièrement détruit, en sa nation des Caraïbes, dès l'origine de la colonisation, compte pour très peu dans ces métissages; tandis que sur le continent voisin, dans l'Amérique du Sud, c'est l'élément prépondérant des nations, sauf en certaines parties du Brésil, du Chili, de la Itépubliquo Argentine.

Page 1