‹ La France et ses coloniesChapitre 259 sur 283 · ItlClUS. — Ho* COLWIIES · texte numérisé non relu

ItlClUS. — Ho* COLWIIES

LA HARTIMQIE

Nègres ou Mulfllres, les 1-iOOOO « linms el surbruns n de la Martinique ne semblent pas doues d'une grandevilalllê.Gais. bien plantés, vigoureux, gaillards, ils le son), mnis leurs décès équilibrent

presque leurs naissances et c'est h peine s'ils croissent en nombre.

Les 20000 travailleurs engagés par les planteurs pour les travaux auxquels les Noirs refusent

Femme malibire

n Indien cngigé, -

' phûlograpbie.

maintenant de s'associer ont été introduits il partir de 1853. On les divisi' en trois classes ;

Les engagés fournis par l'Inde, au nombre de 15000à 14 000 pour l'inslant;

Ceux qu'a prêtés l'Afrique, au nombre de 6000 : qu'elle a donnés plutdl, car les Africains se fondent sans résistance dans la niasse noliv. et peu s'en «•tournent au paj-s natal quand expire leur conirat

d'engagement; tandis que beaucoup des indiens repartent pour leur Bengale, leur Coromandel et leur Malabar ; Les Chinois, qui ne vont pas même à 5U0.

La capitale se nommait Fort-Iluyal : la cbute de la royauté en a fait Fort-de-France. Rade excellente, sur la rive septentrionale d'une immense

baie, elle a, tous écarts compris, une quinzaine de mille âmes.

Elle ne vaut pas Saint-Pierre, ville de 23 000 âmes en amphithéâtre sur la côte occidentale, dé-

chirée par les torrents qui tombent des roches les plus hautes de Hadinina : c*est tout près d'ici, au nord, que la Montagne Pelée s'environne de vapeurs, de brumes, de nuées, de pluies et d ouragans; jamais de neige.

GUYANE FRANÇAISE

Vue (le CtjeDne pt'iM da Ibrt Silnt-Xkhel. — Desiin do Rjou, d'aprts une photographie de H. Hauon.

GUYANE FRANÇAISE

I. La Grande Guyane. — Guyane, voilà cerles un mot d'ollui'c admirabicmciil françaUe, exaclomitnl identique à celui de noti'o belle Guyenne, moins la difTérence d'une voyolle, autrement dit rien, puiscjue les consonnes, ol les consonnes seules, sont l'essence des mois.

Il n'a pourtant rien du français, ni du néo-Intin de Castille ou de Lusitanie; H a sa racine dans une langue américaine quelconque parlée par les Indiens du temps de la découverte.

Lorsque les premiers Blancs abordèrent h celle plage des « Nouvelles Indes h, on leur parla d'une sylve Infinie appelée Ouyana.

On leur conta bien autre chose; el peul-dlre, tantôt conversant par signes, tanidl dialoguant au moyen d'interprètes inexperts dans l'espagnol et le portugais des explorateurs d'avant-garile, peut-être ou san» doute comprirent-ils mal ce qu'on leur en fit connaître.

Les entretint-on vraiment des magnificences d'un

prince plus riche que les sultans, les califes, les empereurs, plus m^me que les magiciens, d'un potentat issu de la famille des Incas du Pérou dépossédés par l'Espagne. Leur nomma -1-on vraiment ' le grand lac Parimé, central en Guyane, el la ville de Manoa de! Dorado sur la rive de ce lac, et, dans cette cilé aux fulgurants rellels d'or, d'argent, de diamants, l'incomparable palais du Dorado, du H Doré » 1

Ou leur signala-t-on simplement un pnncipiculc, un chef, un cacique, un commandant de mille hommes, de cent, ou seulement de dix vivant avec si's femmes dans un antre de micaschiste, [larois étincelantes, mais trompeuses, n'étant que pierre sans or? Ainsi que le dit si philosophiquement le Négrc de Cayenne dans son fi'anfais créole, par un mol superbe fait de l'accouplement du résidu sordide avec la suprême lumière : « Ce n'est que du caca-Soleil ».

L'Indien les trompa-t-il7 Ou se trompèrent-ils

eux-mêmes, hallucinés de Tor, voyant Tor partout, par un mirage du jour et de la nuit devenu trame de leur pensée? Ou Thumble cacique de la grotte micacée devint-il, de conteur en conteur, le plus resplendissant sultan? C*est un secret à jamais scellé puisque tous ces voyageurs dorment depuis trois cent cinquante à quatre cents ans, sous leur tertre effacé d'où tomba moisie la croix du Christ qui ne bénissait que les pauvres ; les uns couchés dans la Guyane même, les autres en Amazonie, en Llanos, en Selvas, en Pampas, dans les hautes Andes des Araucaniens, des Quitchouas, des Chibchas, dans TAnahuac des Aztèques et des Toltèques; d'autres enfin, revenus au berceau, dans la péninsule ibérique, vers Cadix, Séville, Hédellin, Tolède, Lisbonne, Guimaraens, Santiago de Compostelle et les bourgs marins des Escualdunacs.

N'importe, d'ailleurs, car ce qui vit est vivant, quelle qu*ait été la naissance. La légende du Doré dans le Pays Doré vécut, et si forte qu'elle mit en folie ce siècle de fous qui tenta toutes les aventures; même, après le xvi» siècle, le xvn*' continua la poursuite insensée, voire le xvin", puisqu'en 1720 il y eut encore une expédition vers l'El Dorado.

De chaque nation de l'Europe occidentale une jeunesse effervescente (et, avec les jeunes, des vieux assoiffés) partit pour conquérir le Dorado — Espagnols, Portugais, Français, Anglais, Allemands. — Mais le Doré recula toujours, comme aussi remontait incessamment vers l'amont la Fontaine de Jouvence, celle-ci dès longtemps trouvée, depuis l'origine des choses; c'est, au vrai, la Fontaine de la Mort : qui la boit ne vieillira plus.

Cependant, l'El Dorado existait, mais sous une autre forme. On le connaît maintenant. La Guyane, vieux granits, quartz, schistes cristallins entourés de terres meubles, de vases qui proviennent de la décomposition de ces roches, a les veines pleines d'or, et ses fleuves, ses criques cachent des pépites dans leur sable et dans leur boue.

Chacun courant après le palais du Doré, tous mourant sans l'atteindre, ou revenant fourbus, désespérés, plus qu'à demi-morts, ni l'Espagne, ni le Portugal, ni la France, ni l'Angleterre, ni la Hollande ne prirent de longtemps possession de la Guyane.

Et pendant près d'un siècle il sembla qu'on voulût respecter les droits des indigènes qu'on méprisait pourtant souverainement; et, de fait, on n'en tient pas beaucoup plus grand compte aujourd'hui.

Pour nous. Européens, la Guyane sortit des limbes il y a 589 ans.

Elle fut découverte, en l'an 1500 tout juste, par Vincent Pinçon, un Péninsulaire parti du môme port que Colomb, de Palos d'Andalousie.

11 reconnut la côte, alors tout autre que maintenant parce que Talluvion de l'Amazone et des rios côtiers ne cesse de transformer ce rivage. Il remonta le fleuve grandissime, il entrevit l'Orénoque ; bref, d'une seule fois, il fit presque le contour de de « la plus grande Guyane », laquelle est une espèce d'île comprise entre l'Atlantique à l'est et au nord, l'Amazone au sud, l'Orénoque, le Casiquiare et le Rio Negro à l'ouest.

Dans son val supérieur l'Orénoque, de son nom espagnol Orinoco, se fend en deux, à 557 mètres au-dessus des mers, alors qu'il est déjà puissante rivière, moins par l'étendue de son bassin que par la force et la durée des pluies, hargnes, orages du ciel équatorial — le bras de droite emporte les deux tiers de l'onde, il reste Orénoque, il va vers le nord; le bras de gauche a nom Casiquiare, il va vere le sud jusqu'à rencontrer le Ru Noir (Rio Negro), énorme courant d'eau sombre qui se mêle, non sans peine vu la différence de couleur, au flot du grand Rio de Solimoens, qui est le fleuve des Amazones.

C'est ce Casiquiare qui boucle l'île Guyanaise, la France Equinoxiale, comme l'appela son premier colon, Adalbert de la Ravardière, Gascon de son métier, en i60i.

Cette France Equinoxiale, si misérablement avortée, avait environ quati'e fois l'étendue de la France européenne.

11. Commeiit Tile de Guyane s'est réduite entre les mains de la France. — Ce premier colon n'était pas un colon, et les chefs qui le suivirent ne le furent pas plus que lui.

Sur ce sol maudit, la France s'empêtra dès ses premiers pas dans la vase du littoral.

Elle y piétine encore après trois cents ans ou peu s'en faut. Notre colonie guyanaise de 1889 ne vaut même pas ce que valait la terre indienne où nous débarquâmes sous le roi Henri. Elle a de plus quelques centaines de Blancs, de marins, de soldats, factionnaires, et de fonctionnaires, quelques milliers de Nègres et Mulâtres, des galériens de toute race, surtout des Français ; elle a de moins des dizaines de milliers d'Indiens Caraïbes. Le marais est demeuré marais, la savane est sans trou-

GUYANE FRANÇAISE

peaui, la forél sans clairières, le pays sans choiiiins et sentiers; le liois vierge est h la porle des liameaui, tout aulanl que lorsque la Itavardière s'établit h la Monlagnc des Tigres*, dans l'ile de Cayenne, à 6 kilomètres de la petite ville qui est la capitale de la colonie sans colons.

Il mirait fallu des draineurs de marais, des bâlisseui's de chaussées, des aballeui-s de bois, des scieurs de long, des faucheurs, des bergers, il arriva des soudards abimés par les marches et retraites, les canips, les nuits, le vin, des marins et corsaires, des ouvriers n'estimant rien tant que la paresse et l'ivresse, des anémiés, des efflanqués, des pustuleux, des vicieux, des crapuleux et des criminels.

Les capitaines qui amenaient ce beau momie h la plage sud-américaine où Ja mer des Antilles se divise de I Allant ique,élaientoudes fous ou des sots, seigneurs frivoles quicroyaienlpartir pour une terre demerveillesdont

ils rpviendi-aient ^"^ ^'

chargés d'or; ces

croisés de l'El Dorado traitaient comme des chiens la racaille et ribaudaille qu'ils avaient enrôlée par contrais de trente-six mois ; ils tyrannisaient les Indiens de leur voisinage; ils défaisaient le soir ce qu'ils avaient fait le matin, tout entiers à la dtV bauche, à la jalousie, aux risques, aux espoirs sans lendemain.

Le climat, la fièvre, les Indiens, la faim, le jeu, les duels, dix morts pour une guettaient les conquistadores. Telle bande de 100, de 500, de 500,

1 Titres d'Amérique el non pa* tigres d'Asie, cciu-ci auirement forte et Téroces que ceui-li.

de 1000 pionniers, la plupart Normands, Gascons, Parisiens, disparaissait jusqu'au dernier homme avant l'expiration des trois années d'engagement.

Y compris les 15000 â 14000 malheureux de la colonisation du Kourou, la Guyane française nous a dévoré plus de 30 000 personnes; trois fois les dix mille hommes auxquels nous devons les deux millions de Franco-Canadiens en voie de reconquérir le Nord-Est de l'Amérique Septentrionale, de Terre- Neuve Jusqu'au lac Winipeg, et de la Nouvelle-Angleterre au Pâle.

Toutes ces entreprises, plus tôt mortes que nées, eurent pour lieu les environs de Cayenne, bourgade fondée en 1643 sur une colline'acquised'un cacique indien; la France négligea le reste de la ciStc, tant dans la direction de rOrinoco que dans celle du Rio Amazonas, et la rive droite de cet Amazone luimême que nul alors ne nous au- * rail disputée.

Peu à peu les Hollandais el les Espagnols, les pre- '■■ "^"T'"*- miers sur la côte

seulement, les seconds sur le littoral et le long de l'Orénoque s'emparèrent d'un très grand lambeau de la France Ëqiiinoxiale; les Portugais se saisirent d'un plus grand encore, sur la rive gauche du fleuve suprême. Tellement que la Guyane française a fini par n'étra que le vingtième de l'Ile Guyanaise : soit seulement dix à douze millions d'hectares sur plus de deux cent millions.

Il ne s'agit ici que de la Guyane Française indiscutée; car il y en a une autre, et fort vaste, que

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