L'Ile des Pins
de rtle, on répondait donc par celui de la côte, de la tribu, du chef, du hameau ; comme nous dirions à des abordeurs inconnus : « Ceci est Biarritz, ou les Sables d'Olonne, ou Roscoff, ou Dieppe, ou Port-Yendres » ; ou encore : Ceci est la Flandre, la Picardie, TArmorique, le Marensin, la Provence, le Roussillon; et non pas : « Ceci est la France ».
De 1774 à 1843, la Nouvelle^alédonie fut comme n'existant pas en dehors d'elle-même. Des navigateurs la virent en passant, d'autres y abordèrent, d'autres la scrutèrent de plus près, mais sur le rivage seulement ; des pécheurs y firent escale, et aussi des bateaux sandaliers à la recherche du précieux bois de sandal. L'île n'était guère engageante : un immense récif l'environne, très périlleux, sauf aux larges passes; la rive est haute, escarpée en montagnes minérales plus souvent nues qu'habillées ; pas de grandes plaines fécondes point de villes ou de villages à son entour. Et ses « Canaques » aiment encore la chair humaine : à plus forte raison regardaient-ils alors le Blanc d'un œil louche ; ils voyaient en lui la bête à rôtir plutôt que l'homnie inconnu, le puissant, le sage, le riche, l'initiateur. D'ailleurs ce « frère aîné » du ({ bon Nègre » n'était qu'un insolent pillard, un violateur et voleur, un ivrogne, et même, entre temps, un fauve.
En 1843 arrivèrent des missionnaires, catholiques et français. Leur ministère ne fut pas heureux. Sur le qui- vive pour n'être mangés (telle tribu ayant un chef avalant chaque jour un homme tué le matin par lui d'un coup de casse-tête), ils s'estimaient comme favorisés miraculeusement d'en haut quand par hasard un Canaque recevait d'eux l'eau purifiante. Ils erraient d'une tribu à l'autre, appelés ici, chassés de là, parfois même fuyant l'île en hâte, leur chapelle brûlée, leur chétive congrégation dispersée. Puis ils revenaient, au risque du martyre s'il plaisait à noble et magnifique seigneur de les dévorer jusqu'aux os en un festin soIenneL
Pourtant, à force d'énergie ils se firent en dix ans un troupeau de fidèles, avec quelques amis puissants, et en 1853 ils contribuèrent pour leur grande part à la prise de possession de la Nouvelle- Calédonie, dont la France prenait la maîtrise dans le but d'y fixer les forçats que, pour diverses causes, ou on renonçait à diriger sur les misérables pénitenciers de la Guayane.
Les Canaques, ou plutôt leurs soi-disant mandataires, signèrent de bon cœur, tribu par tribu, le traité qui les assujettissait à la France. C'est parce
qu'ils n'en comprenaient pas la gravité ; ils n*y voyaient qu'un vain papier, des cadeaux, des oripeaux, du tabac, une fête des coups de canon, des salves de fusiliers.
Quand ils surent ce qu'ils avaient fait, les uns courbèrent la tête, d'autres résistèrent : mais que pouvait leur force contre notre force? La domination, si légèrement acceptée en 1853, surunhout de l'île, au nord-ouest, à Balade, s'étendit lentement à toute l'île calédonienne, à ses îlettes du nordouest, à l'île des Pins, son annexe du sud-est, et au petit archipel des Loyauté. Par une négligence imbécile, la France ne remplit qu'à moitié la tâche qu'elle s'était imposée en déclarant s'annexer la Nouvelle-Calédonie et ses dépendances; elle ne prit pas possession de l'archipel des Nouvelles- Ilébrides, égal sinon supérieur en étendue, en richesse, à la Nouvelle-Calédonie dont il n'est qu'à deux jours de navigation.
On s'en repent amèrement aujourd'hui, mais il est trop tard : ces belles îles tropicales, brutalement réclamées par l'Australie, sont maintenant soumises au condominium anglo-français : elles sont donc perdues pour nous, puisque tout copartage avec les <( Saxons » a toujours tourné contre nous, parce que nous sommes moins rusés, moins tenaces.
En 1878, révolte générale, impuissante poussée du faible contre le fort, et sans doute deniier souffle du mourant. 11 semble que la Calédonie échappe absolument aux indigènes, qui . déjà ne sont plus que 23 000 contre près de 20 000 Blancs. Mais on aime à espérer qu'ils pourront vivre heureux sur leur réserve de 313,737 hectares, et, qu'ayant passé de leurs idiomes au français, ils se mêleront tellement à nous qu'ils deviendront une part de nous-mêmes. Il serait déjà long de recenser les intermariages non ofQciels entre colons et canaques.
La Nouvelle-Calédonie n'aura jamais pour nous qu'une faible valeur, tant elle est mal placée entre terres anglaises et loin de toute terre française. Située aux environs de Bourbon, de ifaurice, de Madagascar, ou vis-à-vis du Saint-Lturent, ou aux Antilles, â combien plus forte raison dans la Méditerranée, elle nous serait infiniment précieuse; mais que peut-elle nous donner de vraie puisaance, isolée comme elle l'est de nous, à i 300 kilomètres seulement de la côte de Queensland, à 360 lieues de Sydney, entre les îles Fidji, archipel anglais qui la dépasse en aire, en fortune, la Nouvelle Zé-
NOLVKLLK-CALfiDO.MK
IidkIl-, (Iou)iIc ih iiiigliii.si! gui lui est viii^'l fois supérieure, el l'Auslrulie, conlinenl ;inglaia que qiiulre cent dix Culûdoiiies ne reiiijilimit-nt p.isl
C'est une loii(,'ue ti'iTC exiiclemeiil tlirigéu l'u iiord-nucst au sud-est.
l/.intipode de Paris êlanl 180 degrés, tille auli-
iillli', d'âpre un cri>r|Uis
podise presque la France en loligitudo i s'opprochant, à l'occident, dulGl'degré Ë., elle atteinlù l'orient le 165^ par son annexe del'ile des Pins. En latitude elle comuiencc à peu près au 30' degré austral et elle se termine entre lu 22' et le 25'. 0. RKini. — Not Counixs.
En forme on peutia comparer à un fuseau : donc bien plus longue quo large, elle a 430 kilomètres ilu nord-ouest au sud-est, contre M à 65 d'ampleur entre les deux mers, l'une regardant l'Aufi- Iralie, l'autre les Loyauté, les ISouvclles-Hébrideii
Nos COLONIES
et toute h\ Polynésie. Ces diiiiensions, rapportées à celles de l'ile qui nous est la plus voisine et la plus familière, la Corse, la font à peu près deux fois plus longue, mais un peu moins large, avec une aire double : environ i 850000 hectares ouïe 29' de la France.
Faut-il voir en elle une des sierras supérieures d'un continent jadis avalé par la plus grande des mers, en attendant j)eut-étre que cet océan majeur le levonjisse? Toujours est-il que la Calédonie monte des flots par hauts escarpements, sans plaine de que!.|ue élendue, entre un brise-lames de corail plus ou moins distant du rivage. Cette digue d'écueils en rend l'abord redoutable; le navire entraîné par les vents et courants s'y brise s'il n'enfde ime des très nombreuses et quelquefois très larges passes d'interruption, mais dès qu'il est entré dans l'enceinte madréporique, il (lotte en paix dans une eau calme séparée de l'eau sauvage par une blanche et tumultueuse écume. En dedans du récif, la rive est extraordinairement indentée, surtout au sud-est, dans le pays où l'on a bAti la capitale. La « Nouvelle » -Calédonie est une terre tiès vieille avec grande prédominance des roches anciennes, surtout de la serpentine, en dehors de laquelle son ossature est faite de quartz et granits, de micaschistes, de talcschistes, de schistes ardolsiers, de pAtes volcaniques, etc. Il n'y a guère de terrains de sédiment que dans le sud-ouest, nolanunent dans le bassin de la Tontouta, rivière qui a peite et renaissance, comme tant d'autres cours d'eau de la pierre fissurée.
Sur ces roches peu déli tables, de vastes étendues ne se prêteront jamais qu'îivec répugnance à la culture ; elles sont, à proprement parler, non un soi, mais un sous-sol qui n'a presque pas créé d'hunuis où se cacher, et la plupart de leurs pentes, de leure plateaux, de leurs cimes, se refusent à la brousse, plus encore à la forêt : tout ce qu'elles donnent, c'est de l'herbe peu savoureuse. Mais elles renferment d'immenses richesses minérales: l'or dans les quartz du nord, principalement dans la vallée du Diahot, aux environs de Balade, qui est le lieu de l'ile découvert le premier par Cook; le cuivre, notamment dans cette même vallée; l'antimoine dans les environs de Nakéty*; le plomb à côté du cuivre et de l'or, sur le Diahot; le nickel en surabondance prodigieuse, et surtout près de Thio* ; le cobalt dans toute la zone des serpentines; le fer, la houille, etc., etc.