‹ La France et ses coloniesChapitre 267 sur 283 · Aiiiïi l'jpiiclii Uuufçiiiiiviili · texte numérisé non relu

Aiiiïi l'jpiiclii Uuufçiiiiiviili

NOS COLONIKS

Diiii-es Ciithuliques fi'tiiiçais un-ivèrent. Dus loi'» coiiimciiçu lu lutte d'influence qui se U-i-minu pur un coup de lonnerre inuttoiidu des « Britoiis » : la reine de Tuilî, Poniaré, mil son bijon d'Jlc sou» le prutecloraf de la France.

Doit Tui'eur des Anglais dans leui' Aiiglolerte, et des protestants dans lout le reste du monde, hi France comprise.

Taili pourtant icsia chose frauçaise, uiuyeniiant cei'lain» engagements de notre part, nolannneiil celui de ne pas ctendi-e notre prulevtorat sur les

autres lies du groupe — engagement que le teuips a rendu caduc, et à l'heuie présente tout l'archipel de la Société nous appartient.

De uiénie que la Nouvelli'-I^alédouio, Taili fait presque antipode à la France quant à la longitude, mais dans riiémispliére Ouest et non dans la uiisphére Est', très loin de toute grande terre continentale, à 1100 heues de l'australienne Sydney, à prés de l'200 de San Francisco la californienne, ù 1-450 de la chilienne Valpraiso. à

lôOO de rAmérique centrale, à plus de 2000 de la Chine.

S'il faut croire d'elle, comme de la llulédonie, qu'elle montre encore au-dessus de la houle ou du repos des mers les Alpes d'une « Ocêanide » engloutie, ce n'est pas seulement un antique, massif qu'elle représente, mais hien deux monts séparés jK-ir un col dominant les flots de 14 niétrt-s souleiiienl. Ce col est le |>ns de Taravao; ces monts sont : au nord-ouest l'île de Taiti, an sud-est la pirsqu'ile de Taïarahou, celliwM vaste de 24 7.ÏO heclaies, cellHà de 79 18o : soit en tout 104215 hectares.

Plus de trois fois supérieure en aii'e à Taïarahou, Taïti h double presque en hauteur : elle dresse à

22Ô7 mètres lOi-ohéna ou Corne dOro', ù 206i mètres T.iorai; à 1500, 1800 mètres une foule de pics volcaniques époinlés par la délitescence des roches, leur chute, leur fuite le long des torrents, l.aves, basaltes, trachytes, dolentes, ce sont lA des pierres que minent le froid alliludinaire, la chaleur diurne du 1 7' degré de latitude australe, les pluies d'ouragan soufflées par les vents aliit»; puis la riviérette empoile tout, cassure à cassure, au tonnerre de ses cascades, soit vers la mer qui gémit tristement, éteniellement, sur le corail circunilaTtien, soit vers la plaine alluvionnaire très étroite^

I . Entre 11! 151* et le 152* degi'é de longitude Ouest. 3. Oiij fui un dc3 dieui des Taïlipiis. 3. narcTiifnt MOO ini'trcK, jnmaU plus.

TAITI KT DÉPENDANCES

qui fail le lour tic l'ile, suit ilaiis quelque petit lac qui va s'effaçunt — celui de Ouahii'ia dort à 452 mètres, 1res frais, ti-ès creuK, dans la solitude.

Par ce délabreiuenl, par celte tuiiibùe el ce départ des luves, s'épanouissent loujoui-s plus de petits cii-ques évidés lentement dans lu consistance du vieux plateau de lave. Ainsi Taiti i-essemble, en grandeur niuindi'e. à Bourbon la grandiose; c'est

aussi une Bourbon en ce que ses climats, ses allttudes, la saluberrimité qu'elle tient des vents de mer, de l'écume salée sur les brisants piaintiTs, In destinent & devenir plus vile qu'on ne pense l'asile d'une petite nation créole. Que de charmants liameaux français, un joui', sur ses mornes et au bord de ses petits fleuves tombant en cascutelles blanches dans la vasque brune des laves, A l'ombre de foréls jtrofoudes on pas un fauve ne rngil, où

pas un serpent n'économise son venin pour la mort du colon 1

La péninsule de Taîaraliou, de forme à peu prés ovale, ne monte qu'à 1523 mètres : toute en pitons, en mornes, en cirques, en gorges, avec un ruban de terivs fertiles, par malheur bien étiives, cette Taiti mineure s'élance également d'une mer tranquillisée par la chaussée des madrépoies.

On estime au tiers des 104000 hectares ce que Taili réserve de champ cultivable à sa double na> lion, aux Canaqni-s, aux Franrais.

Ce liers admet des cultui-es en foule, tant celles de France que celles du Tropique, selon les marches de l'escalier des hauteurs : le cotonnier, le café, la canne i sucre, le maïs, le tabac, le cocotier; le maïoré ou arbre à pain, qui donne quatre fois par an ses fruits comestibles ; le bananier, qui s'assemble en vastes bosquets ; l'oranger, que l'île doit à Cook en son voyage de 1771 ; le goyavier, ai'bre conquérant auquel soixante-quinze ans ont suffi pour conquérir Taiti en ses basses altitudes : qu'on le laisse faire, il s'emparera de toute l'ile comme

s'en sont emparés les animaux d^Europe, moutons, bœufs, porcs — il y avait à l'arrivée des Blancs très peu de bêtes à quatre pattes dans la Nouvelle Cythère, et des bêles fort petites ; les oiseaux manquaient aussi, ils manquent encore dans les forêts silencieuses.

Lorsque Cook reconnut Taïti et les îles voisines, ensemble qu'il nomma Tarchipel de la Sociélé, en l'honneur de la Société Royale de Londres, il attribua, c'est l'usage, à ces terres un nombre d'hommes singulièrement supérieur à la vérité : 24-0 000, ne plus ne moins, peut-être dix fois le réel. Tout ce qui se laisse affirmer, c'est que les insulaires ont diminué depuis les jours de ce marin, puis que, la période de décroissance étant terminée, ils ne dépérissent plus, que même ils augmentent un très petit peu. Sur environ 10000 hommes l'Ile Délicieuse porte quelque 8500 Maoris et 1500 Blancs, dont plus des deux tiers Français. Après avoir été longtemps inférieur à l'élément anglophone, fait d'Anglais et d'Américains du Nord, l'élément national a pris l'avantage ; il n'y a guère que lui qui augmente, par une petite immigration de conunerçants, de fonctionnaires, de touristes et aussi de colons sur des terres achetées des indigènes : ceux-ci tiennent beaucoup au sol et ne le vendent que quand nécessité fait loi; mais si peu qu'ils soient forcés d'abandonner de leurs biens, une sociélé le leur achète, puis le repasse aux Français. Ainsi sont-ils dépossédés, mais si lentement que sans doute ils ne disparaîtront pas; leui^ hommes sont bien plantés, leurs femmes très jolies; il n'y a pas d'antipathie entre eux et nous, et ce qui nous sépare d'eux, langue et secte, pourra ne pas nous en séparer longtemps.

Protestants en grande majorité, le protestantisme tourne trop aisément à la pensée libre ou à l'indifférence pour que cet héritage des prédicants anglais reste de longues années tel qu'ils l'ont reçu. 11 ne tardera guère à rejoindre les dieux Uiïtiens, presque oubliés de tous et ne vivant plus que dans des contes, des légendes, des provei'bes, des superstitions de plus en plus confuses: c'est là tout un vieux monde englouti dont il ne transluit que de pâles reflets dans une nuit toujoui's plus sombre; à peine si quelques vieillards le voient encore, de l'œil intérieur, et sans espoir qu'il remonte au jour en toute splendeur et lumière, comme au temps où ces dieux étaient jeunes ainsi que leur peuple.

Et le langage des Taïtiens ne vivra que jusqu'à la mort des derniers d'entre ceux qui n'auront pas

connu l'école où l'on commence à leur enseigner le français.

Leur langue, le maori, l'une des moins parlées du monde, est pourtant une de celles dont les bornes extrêmes sont séparées par le plus de centaines, de milliers de lieues, mais son aire immense n'est que mer mouvante, avec quelques petits archipels semblables à des points dans l'espace; des Iles Sandwich à la Nouvelle-Zélande, des Samoa jusqu'à l'île de Pâques les insulaires la parlent en dialectes assez rapprochés pour que tous les Maoris se comprennent : tel dialecte a plus de consonnes, tel autre moins, et de celui-ci à celui-là il v a pennutation de lettres.

Grande cause de mine, chacun d'entre eux se trouve diversement exposé aux influences des langues européennes, surtout de l'anglais, cl chaque année accentue la différence enlre eux. Ainsi le taïtien a été métamorphiquement transformé par l'anglais des prédicants, le français des fonctionnaires, l'anglais et le français des matelots : il est devenu, sous le nom de taïtien de la plage, une espèce de sabir que les anciens du peuple n'entendent plus très bien.

La race bienveillante, chantante et dansante de cette Ile, les Néo-Cvthériens amis du rire n'étaient pas de force à lutter contre l'inéluctable; ils le sont moins que jamais. La pêche, un peu de culture (si peu que rien), la cueillette des fruits, les « pas entrelacés », les chansons, les assemblées, l'ivresse de l'alcool, qui pour .sa très grande part les mène au néant, c'est à quoi passe leur énergie, qui n'est qu'indolence, inconsciente usure du temps, pendant que l'océan, qui semble compter sourdement, à battements égaux, la durée, déferle rythmiquement sur la ceinture des madrépores.

La majeure partie des Blancs, des Français, demeure dans la capitale, à Papéiti, port de la côte du nord-ouest accessible par deux passes d*» petite largeur entre des récifs de corail.

En même temps que Taïti, la France « protégea » Mooréa, qui s'appelle également Eïméo.

Taïti proprement dite déployant 191 kilomètres de rivages, et Taïarabou 72, Mooréa n'en a que 48', enfermant 13237 hectares, dont un grand quarl peut souffrir jardinage, culture ou pâture, le reste appartenant à la forêt, aux terres vagues, aux fa-

1. Et encoi'e grâce à deux belles baies proroudéincnt indeiitces, à la côte du uord : Tapctoai et Paopao.

TAÏTI ET DÉPENDANCES

laises et promontoires, aux monts volcaniques, dont le plus haut s'élance à 1218 mètres.

1445 maoriphones, parmi lesquels sont dispersés une trentaine de Blancs, vivent dans ce délicieux séjour comparable à Taïli même par la mélancolique mélopée des vagues sur le corail, par la grâce des palmiers, des arbustes, des fougères, la grandeur des escarpements de basalte, la fraîcheur, la transparence, la hâte, le brisement des gaves. Ces deux charmantes sœurs se voient de près : il n*y a que 18 ou 20 kilomètres de la grande â la petite, dans la direction du nord-ouest.

U. Dépendances — l"" Les lies de la Société. — Une annexion récente a mis dans nos mains les îles qui complètent Tarchipel de la Société, dont Taïti est la reine. Ces îles, on les avait prises en même temps que la terre que domine rOrohéna, mais on les avait abandonnées aussitôt sur l'ordre de l'Angleterre, avec engagement formel de ne jamais se les attacher, même par le lien lâche du protectorat.

Il y en a sept, à l'ouest-nord-ouest de Taïli; plus des récifs qui méritent à peine un nom.

Tapouaï-Manou, longue d'une dizaine de kilomètres, avec collines, sans montagnes, porte 200 habitants.

Houahiné (7300 hectares), terre volcanique où résident 1200 à 1500 hommes, ressemble à Taïli comme étant une île double, ou mieux une double montagne : l'isthme qui soude Tune de ces terres, Grande-Houahiné*, à l'autre, qui a nom PetiteflouahinéS commande si peu l'océan que la haute marée l'efface : à mer basse un chenal sépare les deux îlettes.

Raîatéa (15600 hectares) se distingue par de hautes et belles montagnes de laves, de jolis torrents, des bosquets enchanteurs. Elle aussi est une autre Taïti, peuplée de 1200 âmes.

Tahaa (8400 hectares), proche voisine de Raîatéa, dans l'intérieur du même cvcle de corail, entrelient 800 personnes.

Borabora est un superbe pic de 1000 mètres

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