‹ La France et ses coloniesChapitre 28 sur 283 · I. Pourquoi ce nom i'ïla de l'Occident · texte numérisé non relu

I. Pourquoi ce nom i'ïla de l'Occident

La chevauchée de Sidi Okba le mena d'outre en outre; il courut depuis le sable do la Syrte, mouillé par l'ascension de petites marées, puis séché promptement par le vent désertique, jusqu'à la plage, où la grande mer extérieure se courbe en vertes volutes.

Il vit donc, et comme lui ses Arabes, dans une vision rapide, tout ce long pays des Berbères; partout il le trouva merveilleusement pareil, et n'ayant d'autres dilTérences que du plus ou moins : ici des monts plus hauts, et même neigeux i<n été, là des torrents plus secs, ailleurs des sti>ppcs de plus ample horizon, et tantôt la furet, tanttH la calvitie, blanche, terne, jaune ou dorée.

Mais h l'est, ou centre, à l'ouest, c'était bien, partout et toujours, un Blad-ech-Chems ou Pays du Soleil ayant à son sud un Blad-en-Nar ou Pays du Feu, un Blad-ez-Zitoun ou Pays do l'Olive ayant à son nord un bahar, une mer toute bleue.

Ainsi, à l'orient, au plus près de La Mecque, la

mer: k l'occident, au plus loin du « lieu de la prière », la mer; au nord, on face de l'Impie, la mer; au sud, vis-à-vis des Noirs inconvertis encore, une autre immense expansion d'air et de lumière, une mer aussi, mer fausse, ardemment désirée, puis passionnément maudite quand le mirage, reculant autant qu'avance le voyageur, évoque une eau surnaturelle, tello que l'Iiounne n'en vit jamais de si lluide et si transparente. Au loin s'élèvent des monts, plus loin d'autres monts, et l'on dirait des Iles : ce Sahara est comme un Océan.

Il'oii quatre ondes, sur quatre rivages, et quatre désttrls autour de ce Jardin des Olives : à l'est, à l'ouest, au nord, le désert, bruyant, tiède, vcil ou bleu, la mer ; et au midi le désrrl fauve et muet, le Sahara fait de hamada ou plateaux pierreux, d'areg ou dunes et d'oasis.

Cette Ile. plus inaccessible encore au méridien que sur la rive du si'ptentrion, qui est un littoral perfide où des vents soudains brassent une vague

courte, les Arabes, qui venaient de la Syrie el de l'Egypte, c'est-à-dire de l'Orient, l'appelèrent et l'appellent encore le Maghreb ou Moghreb, en françe-s le Couchant ou l'Occident. Us y distinguent trois Couchants : le Couchant le plus rapproché*, qui est la Tunisie; le Couchant du milieu*, qui est l'Algérie ; le Couchant le plus éloigné'*, qui est le Maroc. Mais dans leur esprit ces trois Occidents ne sont pas trois pays différents : tout cela, c'est l'île de l'Ouest, l'Ile de l'Occident, le Gharb\ le Maghreb.

Nous Français, nous savons comme eux et mieux qu'eux, que les trois Couchants se ressemblent par le sol, les biens de la terre, les plantes, les animaux, les races d'hommes, la communauté d'histoire, les mêmes fatalités d'avenir. L'Algérie n'est qu'un embryon : à son plein développement naturel, elle aura dans ses limites la Tunisie, le Maroc, Tripoli peut-être. Elle sera devenue l'Afrique du Nord ou l'Afrique Mineure.

Si par hasard elle défaille à ce destin « manifeste », il lui restera d'être le « portique d'un monde nouveau », l'avenue menant des palais de Marseille aux huttes coniques des Nègres du Soudan. Avenue d'abord souriante, mais, le Tell franchi, dans le Sahara, c'est un chemin soleilleux, sablonneux, pierreux, accablant, altéré; et nous ne régnons pas encore dans toutes ces oasis du pied des rocs ou du pied des dunes.

Le Toual, longue allée de sources, de palmiers, de villes, de ksour ou bourgs emmurés, nous manque, non moins que le Ahaggar ou Hoggar, grand massif de montagnes ayant, dit-on, quelques petites neiges en hiver. Mais ni l'un ni l'autre ne peuvent longtemps nous échapper, et, quand nous les posséderons, l'évocation ou l'entretien des fontaines, le soin des puits, les réservoirs maçonnés, les barrages à l'étranglement des oueds, les plantations, les palmiers, les caravansérails diminueront les souffrances du voyage au Pays dés Noirs. Puis viendra le chemin de fer soudanien, qui déploiera largement les horizons de ces nouvelles et dernières Indes.

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