‹ La France et ses coloniesChapitre 3 sur 283 · II. la r«ll · texte numérisé non relu

II. la r«ll

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fédération de tribus, disloquée maintenant', dont les Arabes ont défigure le nom en Zouaoua, comme nous-mêmes nous avons transformé les Zouaoua en Zouaves, alors que nous créâmes avec des contingents indigènes les fameux régiments qui furent d abord mixtes, puis entièrement français.

Les Aït-Iralèn sont les Beni-Raten des Arabes, fédération aujourd'hui brisée qui s*agitait, avec rimpatience et Tindisciplinc du Berbère, dans la confédération plus vaste des Zouaoua.

Et rEI-Djézaïr des Igâouaouèn, la ville d'Ichéraouièn, c*était, dans la bouche des arabophones du bas pays, le Souk-el-Arba ou le Marché du Quatrième jour de la semaine, le Marché du Mercredi. C'est aujourd'hui le Fort-National', Ta épine dans l'œil de la Kabylie », (( le Fantôme blanc' qui dit à la Montagne : « Souviens-toi ! »

En posant leur camp, puis en plantant leur ville du Fort-National à la place d'Ichéraouièn abattue, sur le plateau brusquement incliné de Souk-el- Arba, à 916 mètres au-dessus de la mer, les Français achevaient la conquête de l'Algérie. Ils étaient maîtres de l'Atlas oriental, du Bas-Atlas, par opposition au Haut-Atlas, au Déren, au mont de Maroc, jusqu'à ce jour indépendant.

11 leur manquait bien le pays de Tunis la savante, extrême orient de ce puissant pilier qui d'après les anciens portait le poids du monde; mais la Tunisie, Tell, Steppe et Désert, nous a coûté moins de sang que mainte citadelle berbère des Kabylies ou mainte oasis des Saharas. Les Tunisiens, race molle, ont courbé presque bénévolement l'échiné, et l'on peut dire qu'ils sont entrés sans douleur dans l'unité française.

C'est donc en 1857, par la prise du Saint des Saints des Iratèn, que finit la guerre africaine qui durait depuis 1850, Uintôt là, tantôt ici, tantôt partout à la fois.

Avant de'devenir française, ou plus véridiquement franco-berbère, l'Algérie avait porté quatre jougs: elle avait obéi au Punique, au Romain, à l'Arabe, au Turc. Entre le Romain et l'Arabe, le Vandale, puis le Grec, l'avaient passagèrement enchaînée.

II. Les Carthaginois. — Carthage procéda de cités phéniciennes parlant un langage sémitique

1. Si elle subsistait encore, raliiance des Igàouaouën aurait environ 150 000 âmes.

2. De 1857 a 1870 son premier nom français fut Fort- Napoléon.

3. Fantôme blanc : de ce que, vu de loin, le fort est blanc, sui* le vert et le gris des coteaux et des monts.

frère du chaldéen,de l'hébreu, de lai^abe. Parmi ces cités brillaient Tyr et Sidon, les deux villes perverses qui ('■ seront traitées avec rigueur au jour du jugement m.

Hommes de la racine du Liban d*Asie, des Phéniciens vinrent s'établir à la racine de l'Atlas d'Afrique ; non pour y semer le froment, greffer Tolivier, planter le figuier ou la vigne. La Phénicie était aloi-s ce qu'est présentement l'Angleterre, et le commerce était sa loi, sa foi, sa vertu, son droit, son génie.

Une de leurs colonies, faite de Sidoniens, naquit à côté de plusieurs autres sur la rive aujourd'hui tunisienne, littoral alors très frangé, car le golfelac, Tétang de Tunis avait, en ces temps reculés, plus de profondeur, plus d'amplitude que maintenant, et le fleuve Makarat, notre Medjerda, n'avait pas encore empâté des caps, uni des îlots, comblé des baies autour de sa vagabonde embouchure.

Vers 900 ou 850 ans avant le Christ, l'héroïne de Virgile, Didon, demi-fabuleuse, amena des Tyriens parmi ces Sidoniens; la colonie accrue s'appela désormais Villeneuve ou Villenouvelle, ce qui se disait en langue phénicienne Kiryath-Hadéchat ou, plus brièvement, Kartadach : d'où le Carthage des Latins.

Au bout de quelques siècles Carthage devint comme un New York, un Londres, un Liverpool, trafiquant avec tout le monde connu ; elle envoyait des pionniei*s de découverte, elle installait des hommes de comptoir sur toute rive accessible à ses navires, elle soudoyait des mercenaires pour défendre ses entrepôts, et, tantôt achetant, tantôt guerroyant à l'aide de sa « légion étrangère », elle finit par présider aux destinées de l'Afrique du Nord, de l'Espagne, de la Coi*se, de la Sardaigne; — de la Sicile aussi, où l'attendait le destin : pour . son malheur elle y rencontra les Romains aptes au javelot parmi des Grecs aptes à la lyre.

Malgré l'audacieux génie d'un généralissime comme Rome elle-même n'en éleva jamais, Carthage succomba, par la force des obscurs décrets du sort, et parce que la caste des marchands ne prévaut jamais éternellement contre la race des laboureurs; or la ville du Tibre était rustique, tandis que la ville d'entre étang, mer et Makarat était boutiquière.

Le domaine africain de Carthage commençait à la frontière des Hellènes de la Cyrénaïque et ne finissait qu'à la mer Océane. H embrassait donc ce que nous appelons aujourd'hui la Tripolitaine

ALGÉRIE

(sans le plateau de Barka), la Tunisie, TAlgérie et le Maroc : soit tout le Tell avec ses Steppes et son liséré de &tliara.

Quel fut, au vrai, le labeur de Kiryath-Hadéchat, mère d*Annibal,dans la rude immensité de TAtlas? Qu'y trouva-t-elle, qu'y détruisit-elle, qu'y remplaça-t-elle? Qu'y versa-t-elle de son être, de son esprit, de sa langue, dans la race qui vivait là depuis des siècles et des siècles, après confusion et fusion d'éléments africains, européens, asiatiques, car les Numides d'alors, nos Berbères, avaient déjà tous ces sangs dans la veine?

Nous ne le saurons jamais bien. Ce que nous n'ignorons pas absolument, c'est que la langue punique acquit un assez beau domaine sur la Medjerda, sur la Seybouse et, plus au sud et plus à l'orient, dans la Zeugitane, la Byzacène, jusqu'à toucher les Grecs de la Pentapole* par delà le pays dçs Lotophagcs. Elle y vivait encore, d'une vie forte, pleine, intense, cinq cent cinquante ans après la ruine de Carthage, quand saint Augustin évangélisait les Provinciaux et les Numides dans le Tell, où résonnaient alors trois grands idiomes : celui de Masinissa, celui d'Annibal, celui des Scipions.

Le plus vieux des trois sur ce sol antique était la langue de Masinissa, le jeune vieillard de quatrevingt-huit ans qui, sans selle, presque sans frein, lançait son cheval barbe au plus épais des bataillons carthaginois. Impitoyable ennemi du Punique, il aidait le Romain et, croyant servir son peuple, il forgeait pour lui les maillons de l'esclavage. La langue d'Annibal était le phénicien, tel que l'avaient fait dix siècles d' « africanisme » . C'est en latin qu'un Scipion commandait l'armée de Romains et de Numides qui vainquit Annibal à Zama, bourgade encore énigmatique dont aucune borne milliaire, aucune dédicace, aucune inscription ne nous a révélé le site; en latin aussi qu'un autre Scipion mena ses Italiens et ses Africains au dernier assaut de Carthage. Mais déjà Rome n'était plus Rome : elle préférait Athènes à la ville aux Sept-Collines (comme aujourd'hui maint Français, l'Angleterre à la France), et c'est en grec que, devant les flammes de Carthage, le général romain s'épouvanta de l'avenir de Rome.

Ville nouvelle, si vieille déjà, Kartadach brûlait, d'un feu montant jusqu'au ciel, qui séchait à la fois le sang de la défaite et celui du triomphe. Scipion Kmilien trembla pour les fils de la

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