C)Téiiaïqiie, aujourd'hui plateau de Barka
Louve, et deux vers d'Homère tombèrent de ses lèvres :
Kai Upiauoç xal Aaoç iO|xyi).tu îlpiâtfoto.
rt Vn jour viendra où périront l'ilion sainte, et Priam, et le peuple de Priam valeureux! »
III. Les Romains. — Les Romains prirent la Carthage carthaginoise en l'an 146 avant Jésus- Clirist; en l'an 439 de notre ère, Genséric, roi des Vandales, peuplade barbare qui, par l'Espagne» arrivait de l'Europe, les chassa de la Carthage restaurée, latinisée.
Ces Vandales, guerriers du Nord que le Sud délaya et déblaya comme la neige, étaient des Germains, soit purs, soit mêlés ou accompagnés de Slaves ou de toute autre nation, car les grandes vagues de peuples où sombra Rome s'écroulèrent çà et là les unes sur les autres.
Ainsi les Romains dominèrent presque durant six cents années en Afrique — autant qu'en Espagne et qu'en Gaule.
D'où vient donc que l'Ibérie, la Celtibérie, la Celtie restèrent latines, tandis que Rome ne laissa rien d'elle en Afrique, sinon des temples, des arcs de triomphe, des amphithéâtres et des théâtres, des inscriptions et des nécropoles où des noms berbères se heurtent à des noms romains?
Cette inassimilation de l'Afrique du Nord par les assimilateurs et modeleurs du vieux monde eut probablement pour cause éminenté l'énorme écart entre la langue du maître et celle de l'asservi. Le latin et le celte étant frères, tout au moins cousins, le Gaulois s'appropria sans trop de peine le verbe « impérial » : si les mots différaient, bien qu'étant l'efllorescence de racines communes, l'esprit immanent des deux idiomes était le même, et, par un instinct obscur, le Barbare versait presque sans s'en douter dans le langage et dans la pensée du Romain. Tandis qu'en Afrique il n'y avait aucune commune mesure entre le latin de l'envahisseur et le berbère ou le punique de l'envahi. Les trois langues étant « incommensurables », les trois peuples restaient chacun dans son compartiment, sauf les défections au profit de l'élément latin, dans les villes et fout autour des villes : qui pour le profit, qui pour les honneurs, qui par bassesse et pour la volupté de la trahison.
A l'écart des verbes s'unissait la différence
pllmique, évidemnioDt bien plus grande enlif l'Ilalien H le Phénicien ou le Bei-b&re quenlre le fils de )a buleittense leri'e de Saturne ot l'enrunt des bois rt marais de In Cellie; les conquérants et les conquis du nord de l'Arrique n'avaient pas, comniL' dit Mardticlie, iv crAna fuil de iiii>nie; ils pensaient aulrernent, cl le Latin, ne donnant point lalaiiguu
latine h l'Arricain, ne lui détourna point non plus son âme.
[loMie ne fît rien pour fléchir les cœurs rebelles.
Klle fut ici comme ailleurs la race pratique, juridique, Apn; liscali>, liabile •'i tirer du vaincu toute sa substance, uon pour enfouir l'or comme
Lc^ «ncipuï porU Je CirUiage. — Drsiia de tiflor, d'aprts une phalagnpliic
l'avare, mais pour le répandre en vanités, en lusea fous, en plaisirsaboniinahtes.
Elle ne bâtit point un pont d'amour entre les Italiens et les Numides.
Victorieuse, elle resta rogne, revéche, enfermée dans l'orgueil de son nom.
Elle versa sur la Province, la Numidie, les Maurétanies, des spéculateurs plutiM que des colons, el l'on peul croire qu'en ses cinq ou six siècles de
régne elle envoya moins de paysans à toute In rive libyenne, de Tacapi' h Tingis', que la France en cinquante ans, de La Galle à Nemours, littoral presque deux fois moindre. La splendeur de ses villes du Tell était faite de l'obscur travail des Africains, seuls ou presque seuls ouvriers du sol. En réalité. Home ne fut pas colonisaince : elle assenil, elle
t. liali^s.
i. laJigur.
ALGÉRIE
tint d'une main dure» sans broncher, elle administra savamment.
Elle ne se soucia point de tenir le serment d*Annibal la veille du jour où il écrasa les Romains à la bataille du Ticinus*; Carthage non plus, injuste, avide et sèche autant que Rome, ne s'en était pas souciée : « Je le jure, s'écria le grand agresseur des Latins devant son armée demain victorieuse, je le jure : qui de nous était serf sêi*a libre; qui de nous était sur la terre d'autrui sera propriétaire; et si je mens, que ma tète soit brisée comme celle de cet agneau I )>
Aussi les Numides fraternellement couchés dans la mort à côté des Latins en des nécropoles communes n'avaient point été leurs frères pendant la vie. A l'exception des assimilés, c'est-à-dire de ceux qui s'élevaient au droit de latinité ou, plus haut encore, au droit de cité, par leurs servicîes dans la guerre ou dans la paix, par leur mérite, leur souplesse ou leur argent — et ce fut toujours Tinfiniment petit nombre, — tout le reste de la Libye soumise resta menu peuple, valetaille et ribaudaille, gent taillable et corvéable, foule honnie par le maître du latifundium^ dont elle piochait les terres, par le prêteur usurier dont sa ruine emplissait Tescarcelle, par le marchand dont elle faisait l'opulence, par l'homme de loi qui l'engluait dans les longs procès. Or Thomme de loi, le marchand, le préteur, le latifundiaire, c'était Rome, et c'était la colonisation latine.
Voilà pourquoi la glorieuse République et l'Empire universel issu du Tibie étrusque bâtirent ou renouvelèrent et ornèrent en vain mille villes en Afrique, dont cinq cents, plus ou moins, dans ce qui est aujourd'hui Tunisie, et cinq cents dans ce qui est Algérie.
Les Romains n'ayant point absorbé l'Indigène, l'Indigène les absorba dès que Rome, dépérissant en Europe, périt tout à ftût dans la Libye punique et dans la Libye numide et maurétanienne.
D'ailleurs (Maroc à part) la « Ville » avait moins entièrement soumis l'Afrique en six cents ans que la France en cinquante. Elle n'avait ni dompté les « Cinq Nations » du Jurjura, ni muselé tous les hommes des hauts plateaux d'Alger et d'Oran, ni descendu bien loin dans le Sahara de Constantine. Et les tribus dont elle avait reçu foi et hommage ne cessaient de se rebiffer contre elle, les unes dans le Mont, les autres dans le Steppe ou sur le penchant du Désert.