Grand domaine
En dehors de ces rébellions (plus d'une fut longue, sanglante, dix fois revivante quand on la croyait morte), et mise à part l'impitié du fisc, non moins que celle de l'expropriation procédurière, l'Afrique du Nord prospéra, comme à cette heure elle prospère en nos mains, malgré l'inflexible «justice)) qui ne cesse de « saisir», puis de vendre au profit des hommes d'argent le haouch ou henchir de l'indigène et le pauvre lopin de terre du colon dévoré par l'usure.
La Province, lesNumidies, les Maurétanies furent habilement gouvernées; leurs villes, môme les moindres, ce que nous appellerions aujourd'hui des bourgades, brillèrent d*élégance; chacune eut ses temples à divers dieux, ses arcs triomphaux, ses statues, ses voies bordées de tombeaux, ses jardins, ses thermes, son théâtre, son aqueduc allant chercher Teau sans souillure, souventefois très loin, même par delà l'aride horizon des monts fauves. Et, l'Atlantide n'étant point chaque année visitée par un Nil en crue, on ne perdit aucune larme de la pluie, aucun flot du torrent, aucun murmure de la source : barrages, citernes, canaux, rigoles, rigolettes, Rome n'oublia rien pour arroser les champs d'Afrique.
IV. Les Vandales. — LemomentvintoiiRome dut payer toute sa dette, qui était lourde : la haine du vieux Caton, les injustices du Sénat, les ignominies de la ((foi romaine)», plus fourbe que ne l'avait été la (( foi punique )>, Carthage- éviscérée malgré Melkarth, l'Hercule tyrien, dieu de sa force et de ses guerres, et malgré Raal Moloch, plus puissant encore que Melkarth, puisqu'il était le dieu des dieux, le préexistant, l'inflexible.
Les Vandales entrèrent en Afrique dans Tannée 428. Ils arrivaient d'Espagne.
Avant l'Espagne ils avaient fatigué la Gaule, et, avant la Gaule, rôdé dans la Germanie.
C'est qu'ils étaient partis de loin : de la Vistule et de rOutre-Vistule, de la paie patrie des Sarmates.
Ainsi donc, peuple de la plaine immensément épandue sur Europe et sur Asie, ils débarquaient devant la montagne osseuse, âpre, ardue où presque toute plaine est plateau.
Peuple des bois, ils venaient vivre dans
L\\fri(]ue au sol d'airain qu'un ciel brûlant calcine*,
là où l'olivier tamise le soleil, mais ne l'arrête pas, aux portes mômes du Sahara de flamme.