‹ La France et ses coloniesChapitre 44 sur 283 · Mot berbère : pic, aiguille · texte numérisé non relu

Mot berbère : pic, aiguille

mure des fontaines, au fracas des cascades sur le penchant raboteux des roches.

Ce nom dérive, comme la langue dont il émane, de la haute antiquité : alors le djebel Cherchar, l'Oued-Igharghar et le Jurjura en étaient dignes tous les trois, tandis qu'à cette heure le Jurjura seul y a droit entièrement, et le djebel Cherchar à demi. L'Igharghar, sillon de sécheresse, ne connaît plus l'onde babillante ou tonnante, et il passe dans le Désert (ou plutôt il ne passe plus), sur des sables qu'aucun flot n'a mouillés depuis des siècles, sinon quelque orage égaré dans cette fournaise et que cette fournaise n'a pas dévoré jusqu'à la dernière goutte avant qu'il se décide à tomber en averse. Le Cherchar a perdu son vêtement de forêts et jusqu'à sa chair, qui était la terre, miais les oueds n'y sont pas encore tous taris ; ceux mêmes dont la saison d'airain hume le courant se renouvel- U?nt à chaque rupture de nuée, à chaque fonte de frimas, et les cascades antiques y grondent encore maintes fois l'année dans la résonance des roches.

En Jui;jura, c'est tout l'an que le mont ruisselle; ses fontaines sont immortelles, ses torrents ne connaissent ni le repos ni la mort.

C'est une chaîne déchiquetée, brisée, tumultueuse sur le versant du nord, du côté des pluies; simple, tranquille sur le versant du sud, du côté du ciel serein, au-dessus du pauvre fleuve Sahel rarement rajeuni par les présents de la mer.

Le Jurjura se lève entre l'Oued-Sahel et la Méditerranée qui scintille à 60 kilomètres au septentrion. La roche qu'il dresse entre ce fleuve et cette mer est trop suprême pour que les nues la surpassent aisément; presque tous les rafraîchissements de l'air, vents humides, ondées, neiges, sont pour le penchant du nord, pour la conque du Sébaou, l'un des rares fleuves d'Algérie qui ne mentent pas absolument à leur nom, puisqu'il coule. Et il coule toujours; il y a des semaines, même des mois où il descend en vaste torrent bourbeux, accru par d'autres torrents qui accourent de cascade en cascade, en des défilés de ténébreuse profondeur. Ce qu'il roule de trop manque à l'Oued-Sahel, en sa vallée poudreuse, enflammée, de soif mourante au pied du mont qui fait sa beauté. D'ici, du pied méridional de l'adrar, le Jurjura tente superbement l'ascension du ciel, d'un seul élan, sans terrasses, de haut en bas visible ; tandis que des bords du Sébaou l'on ne voit que des avant-monts, et que pour le contempler dans la gloire sauvage de ses déchirures, il faut gravir les pitons couronnés en pointe par des bourgades kabyles.

3* Tamgont de Lalla Khédidja. — 20 mètres de moJDs que le Chélia, c'est-à-dire 2508 mètres, à cette altitude monte le pie majeur du Jurjura,

le Tamgout de Lalla Khédidia, nommé de la sorte d'après une voyante, une extatique ettliaumatui^c; l'Islam, dont on vante la simplicité, n'en est pas

■ de II KilMt-«s-Siiiia (toy, f. Ti et 7j)- — DFMin d'Eug. Ciranict, d'aprèi uti croquis de H. R. Gagnât,

moins prodigieusement encombré de saints dont la plupart ont entassé les miracles les plus ridicules du monde.

Le Lalla Khédtdja s'élève presque eiactement au midi du Fort National, au nord-ouest deBéni-Han-

soiir, bourg riverain de l'Oued-Sahel, qu'il domine de presque 2000 mètres et d'oii sa grandeur est magnifique.

Ile par son élévation, c'est un mont des cèdres de même que beaucoup de djebels de l'Algérie

supérieurs à 2000, ou à 1800, ou même 1500 mètres seulement : ainsi, tout près de Blida la Métidjienne, un mont de 1629 mètres est sombrement cédrifère.

Ce fut aussi un mont des glaces, mais de ses glaciers il ne reste que des moraines, à Tombre de THaîder ou Haidzer ou Haïzer (2123 mètres), qui domine au septentrion Bordj-Boghni, au méridion Bordj-Bouira. Entre THaidzer et le Lalla Khédidja, le Ras Timédouïn (2305 mètres) est le second, presque le premier des tamgouts de cette chaîne de craie qui plonge au midi sur les terrains lacustres de rOued-Sahel et descend au nord vers TOued- Sébaou par des gneiss et des schistes. D^autres pointes ont 2200, 2150, 2100 mètres, sur l'arête d'une quarantaine de kilomètres de longueur qui, de Touest h Test, va des pitons du Haïdzer au col de Tirourda. C'est là le Jurjura de 2000 mètres, le Haut Jurjura ; ses 40 kilomètres de longueur font à peu près le quart de l'arête entière, qui a plus ou moins 150 kilomètres en arc de cercle, depuis les gorges de Palestro, sur Tisser Oriental, jusqu'au Gouraya, qui tombe en caps à pic sur la mer de Bougie.

De même que dans nos Pyrénées, du pays Basque au pays Catalan, les ports, très élevés, indentent fort peu l'arête hispano-française, ici les tizi' scient peu la crête d'entre l'Oued-Sahel et l'Oued- Sébaou : beaucoup ne s'échancrent qu'à 1500, 1600, 1800, même 1941 mètres, et de ces ensellemcnts étroits, que des vents glacent, que des pluies fouettent, que des neiges encombrent, le sentier s'abat, plutôt qu*il ne descend, sur des villages de grande altitude ayant 1000, 1100 et jusqu'à 1196 mètres de supériorité sur la mer.

3<' La Grande-Kabylie. — Bien que très fidèlement visité par les souffles, les giboulées, les ondées, les déluges, le val du Sébaou ne s'ouvre pas franchement sur la Méditerranée : une chaîne littorale l'en sépare, qui a 1278 mètres à son plus haut tamgout, nommé tamgout des Béni-Djennad. Elle forme le sahel de Dellis.

Le sahel de Dellis commence au levant par les roches volcaniques du cap Djinet et s'achève au couchant par les calcaires et les craies du Gouraya de Bougie.

Avec le val du Sébaou et la concavité de l'arc de cercle du Jurjura, il compose la Grande-Kabylie, pays célèbre entre tous parmi ceux de notre Atlantide, et sans contredit le plus divers, le plus beau.

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