‹ La France et ses coloniesChapitre 45 sur 283 · Mot berbère : col* passage · texte numérisé non relu

Mot berbère : col* passage

Dans les plis profonds, dans les déchirures de la corniche des monts; dans la région des cèdres, des sapins; plus bas, dans la patrie des chênes, des frênes ; et plus bas encore, dans la zone des oliviers, des figuiers, des orangers, des vignes, on y admire des acifsS des igzers* qui ne tarissent point, des cascades qui ne se taisent jamais, des vergers, des villages aux tuiles rouges sur des pics et des pentes, des gouffres où l'on n'entend que le torrent, où l'on ne voit que l'abime, des roches d'où l'on contemple mille autres roches et des monts, des neiges, des vallées, la mer. C*est là le domaine d'un peuple si fier que les seuls Français l'ont courbé : encore l'avons-nous vu souvent regimber contre l'aiguillon.

Cette nation est aussi dure au travail que pasdonnée pour la liberté. Elle a tellement profité de ses monts plaqués de neige entre novembre et mai, de ses pitons si droits qu'on ne sait comment les villages y tiennent sans glisser; elle a si bien cultivé ses versants perpendiculaires, ses ravins que les torrents ébrèchent, les rives alluvionnaires de son petit fleuve et l'étroit littoral arrêté par des tamgouts qui semblent près de tomber dans la mer, que la Grande-Kabylie, plus rugueuse qu'une Auvergne, est peuplée comme une Lombardie. Cela sans avoir ni puissante ville semblable à Milan, ni moyenne cité, ni bourgs de grande industrie, ni canaux d'arrosement dont chacun roule plus d'eau que les meilleurs fleuves du Tell français.

Bientôt nous aurons là 500 000 Berbères qui seront, après les 500000 colons, le meilleur espoir de notre Afrique.

Ce n'est pas de l'Arabe, ici nomade, là errant à demi, ailleurs attaché au sol mais sans l'aimer profondément, qu'on peut attendre une alliance avec la paysannerie européenne qui a fixé ses demeures dans l'Atlantide. L'homme qui marche à chameau ou qui court à cheval, qui par surcroit est abominablement fanatique d'une religion en discorde avec toutes les idées du monde nouveau (bonnes ou mauvaises, n'importe), cet homme-là ne mêlera pas facilement ses intérêts aux nôtres conune celui dont le principal souci est dans les arbres du verger, les orges, les blés du champ, la récolte de l'huile, l'accroissement du fumier qui s'entasse en monticule au seuil de la maison.

Ils apprennent déjà le français avec une ardeur singulière, ces Berbères qui, de propos délibéré, ne s'essayèrent pas à parler l'arabe durant les

Page 1