Victor Hugo
IlonuiK's du bord des eaux largenionl niiroitantoii, vastes rivières, lacs, étangs, marais, ils venaient conquérir le pays des ondes invisibles, qui coulent ou dorment dans la teriv, le long des oueds ardents, sous la profondeur du sable et du caillou de rivière.
Faits aux fleuves longuement glacés de rive à rive pour le passage des chars les plus lourds, fiancés pendant six mois par année à la neige, plus blanche sur le sapin que sur le bouleau, ils arrivaient aux lieux où la neige n*argente que la cime des djebels et des adrars, dans la haute région des cèdres frappés par la foudre.
Aussi ne durèrent-ils pas longtemps, une centaine d'années au plus, dcmt dix ans pour la conquête, du débarquement en Afrique à la prise de (^arlhage. qui devint, leur capitale : entrés dans celle glorieuse ville en 4Ô9, ils en furent chassés par les Grecs en 554.
Kncore ce siècle de prétendue domination se passa-t-il pour une grande part en guerres, en compressions de révoltes. Ils ne régnèrent vmment que sur les grandes villes où ils tenaient garnison, et dans quelques bassins vallées du littoral, autf)ur de Girthage et de Bône.
Dans le Mont, dans le Steppe ils passèrent et ne résidèrent point; ils y vidèrent les silos du Numide, ils y brisèrent les pressoirs h huile du Latin, ils y levèrent Timpôl ; et ce fut tout.
Tous les liens étant brisés par la brusque invasion des Vandales, ce que les Romains avaient ployé jus(|u'au sol se décourba : le serf, le métayer, le terrassier se dn»ssèrenl contre le latifundiaire ; l'idolâtre leva la main sur le chrétien qui avait succédé au païen dans les colonies latines; le chrétien se courrouça contre lui-même, de secte à secte, et contre le juif et conln» le « gentil « ; le IHinique, héritier du Carthaginois, reprit conscience de luimême. Tous luttaient contre chacun, et chacun contre tous: obscure mêlée d'où serait intailliblement sr»rti quelque grand peuple berbère, ou peutêtre punie.o-numide, si quelque chose de gi-and, de terrible, d*inouï, n'était sorti peu après d'Arabie.
Cependant les Vandales fondaient au soleil d'Afrique.
V. Les Grecs. — Bélisaire, généralissime aux ordres de l'empereur d'Orient qui trônait h Byzance, enleva (]arthage aux Vandales, et les Vandales s'effarèrent de la U^vre d'Afrique, avec trace ou sans trar^e, on l'ignore.
L(*s Grecs éliint |)our l'instant (et pour de nombreux siècles encore) une race presque usée, la prise de Carthage n'inaugura point une colonisiition d'Afrique semblable à celle qui avait donné la Cyrénaîque aux Hellènes, ou même à Timmigration qui avait à demi grécisé les villes de TÉgypte.
La contrée de TAtlas, la belle « Athmtide », ainsi qu on devrait la nommer, demeura, connue devant, essentiellement numide, ainsi que punique, avec des éléments latins qui déclinaient, mais moins vite que sous les Vandales.
Car les Grecs s*appuyèrent naturellement pour la reconquête du pays sur les Romains des villes (*t sur les paroisses chrétiennes qui avaient le latin pour langue nationale ou langue religieuse. La reconquête faite, comme elle était toujours à refaire, les Byzantins conjurèrent le sort, aussi longtemps que le sort le voulut, par un vaste réseau de citadelles, et ces citadelles commandant les gués, les cols, les sources, ils les bâtirent dans les lieux de colonisation romaine ou de colonisation mixte, à la hâte, et grossièrement, avec les pierres d'inscription, les pierres de temple et d'autel, les marbres de tombeau, les statues éparses sur le sol des villes que le Barbare de la Vistule ou le Barbare d'Afrique avait déjà mutilées.
Triste temps qui continua les jours du Vandale par une tempête noire et qui ne finissait jamais! Telle la France pendant la guerre de Cent Ans. i/Anglais, c'était ici l'armée grecque, moins grecque que mercenaire, et aussi les colons romains, Etrangei-s que l'Africain rejetait avec fureur, et qui disparurent, comme l'Anglais. Chaque vallée, chaque montagne, chaque versant de pâture ou de stérilité dressa des Armagnacs contre des Bourguignons; pendant que les villes se mouraient, les canaux d'eau vive tarissaient dans la campagne flétrie, et le nomade du Sud, éternellement attiré par la fraîcheur du Nord, montait avec son troupeau sur les plateaux où décroissait l'ombre.
Or déjà se levait à l'orient le plus grand ennemi do l'ombre, l'Arabe, le pasteur qui ravage les forêts.
On le vit ici dès avant le milieu du septième siècle.
VI. Les Arabes. — Le prophète fourbe ou fou, Mohammed, le Loué, le Gloriiié, était mort depuis douze ans seulement; vingt années au plus s'étaient écoulées depuis sa fameuse hégire, autrement dit Sci fuite de La Mecque à Vatreb ou Médiue, et déjà
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