‹ La France et ses coloniesChapitre 58 sur 283 · Reclus. — Nos Couihirs · texte numérisé non relu

Reclus. — Nos Couihirs

de Gabès, elle qui partout ailleurs ne s'enfle qu'insensiblement.

Mais la respiration des flots ne s'élève pcinl en buées dans l'air djerbéen, la nue fond dans les flammes du ciel, et la pluie ressuscite rarement les oueds de l'île.

Ces oueds sont très courts, parce que l'île est menue; ils ne peuvent dépasser 36 mètres de pente, puisque tel est le peu de surrection des collines majeures.

Le pont n'est plus qui, sous les Romains, menait de l'île, alors appelée Meninx, à la terre ferme par-dessus 6000 mètres de détroit, comme un pont de Chalcis entre une autre Eubée et une autre Hellade sèche et barbare.

En ce temps-là c'était un^e ile de plaisance où les continentaux habitaient des villas. On y rêvait sous le palmier, sous l'olivier; le lotus y croissait dans les jardins, et le fruit en était merveilleusement doux : il faisait oublier toute patrie qui n'était pas Meninx, surnommée pour cela même le pays des Lotophages.

Le lotus en a disparu, ou du moins on ignore quel fut cet arbre au fruit visiblement hyperboliques mais la palme abrite toujours les Djéraba dans leur ile qui rappelle Halte par l'admirable emploi d'un sol naturellement dur, altéré, demistérile. Et Djerba est autant que jamais olivestre, et l'on y boit un vin couleur d'ambre qui plus encore que le lotus est le père de l'oubli.

Comme race, les 35 000 Djéraba sont des Berbères; comme langue, des berbérophones : ils parlent le dialecte chelha, qui a de grandes affinités avec le langage de certains ksour du Sud Oranais, ainsi qu'avec celui des lUfains et des hommes du Sous, en Maroc.

Ils sont Musulmans, mais d'une secte hétérodoxe, celle à laquelle se rattachent aussi les Béni-Mzab ou Mozabites : comme eux, on les nomme des « Cinquièmes »; ils sont en dehors des quatre doctrines officielles de l'Islam. Comme eux également, ils s'en vont, trop pressés sur leurs rocs, sur leur sable, sous leurs oliviers, vers les villes et bourgs de commerce; on les trouve, nombreux, en maints lieux de Tunisie; puis dans l'orient voisin, qui est la Tripolitaine ; enfin dans l'orient lointain, qui est Masr* où le Nil reflète des palmiers et des pylônes, et qui est aussi Stamboul, le palais du prince des Croyants, père de la Victoire.

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