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Chez ces étrangers, haïs des Djéraba parce que Ton s'abomine de secte à secte, fait fortune qui le peut, pour revenir, jeune encore, ou mûr, ou vieux, à l'un des milliers d'enclos pierreux qui divisent l'aire de Djerba, ou à l'un des hounts, autrement dit des quartiers qui sont les bourgs de l'antique « Lotophagie ».

Djerba n'héberge encore que peu de Français et d'Italiens, mais beaucoup de Maltais y demeurent et, cela va de soi, beaucoup de Juifs, experts en tout commerce. Les Européens n'y sont guère encore aux Indigènes que comme un est à quatrevingt ou cent.

S^" Monts des Onrghama. — En remontant les sillons sans eau qui finissent h la a mer des Portes », aux lacs salés, aux rives syrtéennes, on arrive à se butter contre une montagne peinte par l'irradiant soleil.

Montagne qui est un Mont des Cavernes. Elle va vers le sud le plus ardent pour s'y nouer aux hamadas sahariennes dont la pierre est un des chemins de la côte méditerranéenne à Ghadamès, à Ghat, h Mourzouk. Très colorée, très dorée, très taillée, basse d'ailleui*s et sans un seul sommet de 800 mètres, elle a des ksour ou bourgs fortifiés et, en grand nombre, surtout chez les Matmata, des villages troglodytiques avec tout ou partie des demeures creusées dans l'épaisseur d'un calcaire tendre.

Un peuple de 31 000 hommes règne sur ces grottes, ces monts, ces falaises et sur les pâtures que suscite la pluie du printemps : c'est la tribu des Ourghama, née berbère et restée berbérophone, ce qui est une rareté dans la Tunisie, le pays le plus arabisé du Maghreb; d'ailleurs nombre d'Ourghama s'expriment bien dans la langue du Livre, et quelques-uns en français, car l'émigration prélève ici sa dîme normale sur les familles montagnardes; beaucoup de ces ksouriens, troglodytes ou non, vont tenter le sort dans la puissante ville arabo-française de Tunis, plus arabe que française, ol dans une cité moindre, bien que grande encore en Afrique, à Bône, déjà plus française qu'arabe.

Ce que montre le littoral, de la frontière de la Tripolitaine au détroit oriental de Djerba, il le montre également du détroit occidental de Djerba jusqu'à Gabès — une mer éblouie de soleil, comme l'est aussi la terre; une plage basse où monte à peine une humble marée et que prolonge parfois une lagune salée presque de niveau avec le haut flot ; pas de protubérance vigoureuse du continent dans la Méditerranée; point de ports, même des

plus mauvais; des bouches d'oueds qui peuvent cracher un orage, nmis dont nulle ne termine une de ces rivières où l'eau continue éternellement l'eau; des champs d'alfa, preuve de la sérénité des cieux, et quelques palmiers, témoins du climat; pas de maisons des hommes, même fort peu de tentes; et vers l'horizon violet, les monts des Ahouaya, les rochers de Toujane et le djebel à spélonques des Matmata.

m. DE GABÈS AU « FLEUVE » DE KAIROUAN

1* GabèB. — Présentement Gabès n'a rien de la ville concentrée.

Elle est plutôt campagne et les 10000 Gabésiens vivent dispersés dans des ksour d'oasis, parmi les vergers où ils cueillent l'olive et la datte.

Ici l'élément de vie coule à profusion, sur terre et sous terre :

Il coule sur terre en canaux pris au flot d'un ras-el-oued intarissable; sous terre en un fleuve obscur que des puits artésiens forés depuis l'annexion française vont chercher à près de 100 mètres de profondeur et qui sont d'une puissance prodigieuse, jusqu'à 250 litres d'eau par seconde ; cette eau, thermale, presque tiède, pourra rendre à Gabès les jardins de bananiers, les champs de canne sucrante qu'il y avait en ces lieux \evs l'an mille, nous dit l'histoire.

Ayant survécu (depuis sa naissance inconnue) au Précarthaginois, au Punique, au Romain, elle a maintenu son nom immémorial à travers les âges, sauf l'usure de la syllabe initiale, qui peut-être n'était qu'un préflxe : Gabès reproduit exactement Tacape ou Tacapi.

Elle est donc éxtraordinairement vieille, et en même temps fort jeune, puisqu'un long avenir s'ouvre devant elle, =— non pas certes comme port de l'impossible, inutile, sinon funeste « mer saharienne », mais comme lieu de départ de deux des grands chemins de fer du temps à venir. L'un ira de mer à mer, de la Syrte à la mugissante Atlantique, par le pied de l'Aurès, de l'Amour, de TAtlas, de l'Anti-Atlas; il sera tellien par ses embranchements du nord, saharien par ceux du sud. L'autre s'élancera vers l'Afrique centrale, vers la lagune Tchad; il sera tout à fait saharien jusqu'à. son arrivée dans la zone des pluies tropicales, et là il deviendra soudanien.

2o De Gabès à Sfaz. — Quand de Gabès on s'avance au nord-est en suivant dans son contour

raide lo rivage du la Petîtc-Syiic, dito aussi Golfe de Cabès. on >oil la nalurc saharienne faire insensiblement place â la nature sieppeuse; pi<u à peu l'arbre désertique par excellence (nasien plutùt), le dattier, perd en taille, en sève, en élégance, en puissance de panarhe, en douceur de fruits, tandis que l'arbre par excellence du

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