‹ La France et ses coloniesChapitre 61 sur 283 · Ou Tuparara · texte numérisé non relu

Ou Tuparara

Ainsi peut-on prétendre de la tunisienne Sfax* qu'il y a plus d'huile en ses magasins que de vivant cristal en ses oueds. Dans son sahel sans rivières, sans rus, sans fonts, même sans puits, c'est la ville des citernes; c'est aussi la ville « onctueuse », riche de la trituration des olives de dix mille clos barrés de haies plus diftlciles à violer que les nôtres, môme que celles où l'épine est aiguë : comment passer à travers le million d'aiguilles des cactus singulièrement laids d'où çà et là tombent en noble volute les feuilles à dur piquant du singulièrement bel aloès? Protégé des animaux, du chacal, des rôdeurs, par sa haie transperçante, le maître du petit domaine, l'homme de peu avec paix, nargue les brigands derrière les murs de son bordj,de sa « forteresse », qui est une tour carrée au milieu de l'enclos.

Pour envoyer ses huiles au loin sur le dos de la mer inconstante, Sfax manque de port profond; moindre ici qu'à Djerba, qu'à Gabès, la marée ne gonfle pas avec ampleur le sein de Thalassa, la sirène aux yeux verts, et les vaisseaux jettent l'ancre à plus de 3000 mètres de la ville, qui est murée, d'un mur qu'on prétend espagnol; il a tours, créneaux et maintes pierres précieuses, étant romaines, avec inscriptions, souvenirs, dédicaces, mais les constructeurs, ne s'en souciant mie, les ont encastrées au hasard dans la ceinture de Sfax ou enfoncées dans les fondations; les autres villes d'Afrique ont, par la môme cause, perdu des trésors d'histoire.

L'olivier blafard n'est pas la seule richesse des jardins de Sfax, qui s'étendent durant sept kilomètres en moyenne à partir de la ville, jusqu'au Steppe, qui mérite ici purement et simplement le nom de Désert. L'amandier y fleurit, parure éclatante à la saison des fleurs, le pistadiier y abonde, et aussi le figuier; plus haut que tous, ondule le palmier, mais ce n'est pas encore ici le vrai Sud, et ces dattes ne valent guère, tandis qu'on vante universellement l'huile de ces oliviers, dont un vieux de mille ans.

A 25 kilomètres au large, le flot blanchit : c'est la Petite-Kerkenna, ou Kerkenna d'occident, ou encore Gharbaqui l'émeut, ilette de 17 kilomètres de long sur 7 de moyenne largeur.

A l'orient de Gharba, le détroit d'El-Kantara, ce qui veut dire du Pont, rappelle que Rome, sinon déjà Carthage, avait réuni par des piles dont toute trace n'a pas disparu l'île de l'occident à celle de

1 . Ou Sfakès, la c ville des concombres » : élymologie fort douteuse.

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Sfai : vue prise dins 11 rue Leenec. — Ucuin de T*)lor, d'iprH udc jibologripliio

l'i^t, la Petite-Kcrkenna à la Grande^Kerkcnna, Cercinnitis h Cercinna — ainsi l'ossature du nom de cet archipel est resiée la même depuis la plus antique histoire.

Kerkenna Majeure, longue de 25 kilomètres, et de très variable largeur, la moyenne clant 7500 mètres, porte neuf villages, et Kerkenna Mineure un : soit en tout dix mille insulaires, ou six mille, ou seulement trois mille', pécheurs, marins, paysans. L'air y est sec, comme le montrent les touffes de l'alfa; ie sol sans hommes y entretient, n'étant que pierre ou sable. îles oliviers, des ceps de vigne, des dattiers à dattes sans dou-

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ceur. Point de fontaines, on y boit l'eau des puits.

Les iles Kerkenna et la ville de Sfax appartiennent h peine au golfe de Gabës, à la Pelite-SvTle, que l'on peut regarder comme s'achevant aux brisants de l'archipel a Cercinnien » ou, si l'on veut, au Elas-Kapoudia, cap qui a derrière lui, à 45 ou 48 kilomètres en ligne droite, la Thysdrus coloniale, El-Djeni du temps présent.

4° El-D)em. — El-Djem attire les admirateurs (le la grandeur romaine au plus vaste des amphithéâtres isolés dans la solitude : son <i Colossée »

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