‹ La France et ses coloniesChapitre 62 sur 283 · I. Saladin, d'après n · texte numérisé non relu

I. Saladin, d'après n

n'a pas autour de lui des rumeurs de cité, comme à Nimes, Arles ou Vérone; il n'y a là parmi les cactus qu'une misérable bourgade arabe bâtie presque entièrement de blocs qu'on dérobe au cirtjue depuis 1710, en agrandissant incessamment la blessure que lui fil alors un bey guerroyant contre des tribus.

Jus(]u'à cette époque il était demeuré comme on l'avait construit, intègre en son tour de 68 arcades i trois étages; sinon que les indigènes en érallaient de tout petits morceaux qu'ils emportaient avec eux dans leurs voyages pour se garantir de la piqûre du scorpion ou de toule autre béte à venimeuse morsure : puissance magique attribuée par

la légende aux vieilles pierres de cet amphithéâtre. Maintenant encore il n'est pas de eolisée aussi bien conservé que l'ellipse de grès d'EI-Djem, dont 148 mètres et demi font le grand aie extérieur el 130 nièli-es le petit, le grand axe intérieur étant de près de C5 mètres, et le petit de plus de 52, 11 avait quatre étages d'arcades; il lui en reste trois, montant à cent pieds.

Aucune inscription fastueuse, avec dix lignes d'a^ectifs de gloire et tout un « cursus lionorum », ne proclame quel empereur de Rome déclinante l'assit, plus immense de contours que parfait de délails, sur un relief de la plaine, par 185 mètres au-dessus des mers. Mais Gordien l'ancien ayant été salué Cé^ar ici môme, un suppose que cet iniperator embellit de ces arènes immenses la colonie en ce

temps florissantp où il avait reçu la pourpre. Les décréter, il le pul; no» les construire, puisque, vieillard de quativ-vingts ans lorsqu'on lui oITril l'empire, il ne vécut même pas les jours que lui promettait encore son âge : vaincu devant Carthage, et son fils mort, il se pendît, en l'an 238.

5" Hahdia, Honastir, Sonse. — .iu nord el nord-ouest du Elas-Kapoudia se suivent Hahdia ou Hahadia ou Maliùdia, Monaslir et ï'ouse.

Hflhdia peut se dire la poissonneuse, comme la Cezimbra pjscosa du Camoens; ses filets dè|>euplent de sardines la mer de ce rivage. Elle Tut un instant

ilalo-normande vers le milieu du douzième siècle, sous Boger de Sicile, un des « vaillants gagneurs a et conquérants de la famille des Tancrède de Hau- Icvilte; puis elle devint et demeura quelques années espagnole, Charles-Quint régnant sur les deux mondes. Entre deux golfes, ou plutât deux évasem'ents, elle occupe une langue de terre assez semblable Ë la presqu'ilette algérienne de Sidi- Ferruch. Morle autant que vivante, pleine de décombres dans une enceinte éventrée, elle dut aux Phéniciens un k cothon », c'esl-à-dire un port, petit mais sur, puisqu'on l'avait creusé entre terre avec un étroit goulot : comblé presque, on le dé-

TiK de Souse. iirisc ûe li mer. — Dessin de H. Salidin, d'iprH ui

lilaierail facilement, mais la mer au-devant manque de profondeur et l'on peut croire que ce recreusement ne rendrait pas à Hahdia les jours brillants du haut moyen Age: quand les Italiens, les Catalans, les Grecs l'appelaient Africa, résumant de ta sorte en elle toute la richesse de ces classiques rivages.

Le cap Dinas touche aux ruines de Thapsus, qui fut le lieu d'une victoire de (À'sar, le n divin » Jules, sur l'un de ses coambitieux égorgeurs de la patrie romaine; In céte y tourne au nord-ouest, et cet infléchissement marque la borne méridionale du golfe de Hammamet. Tout près, la grande lagune de Moknine, presque exactement rectangulaire, a 10 kilomètres du nord au sud, 5 à 6 de l'est k l'ouest; elle avale (en saison de pluie) un oued.

mais ne le régurgite point ; c'est une sebkha, un sel plus qu'une eau. Quelque peu plus loin, sur la c(Me. Lemta s'appela Leptis Minor ou Pelite-b>pla, par opposition à Leptis Major ou Grande-Lepla, aujourd'hui Lehda, ville de la Tripolitaine oii naquit Septime-Sévère, le plus illustre des Africains qui régnèrent sur l'empire de Rome.

Monastir, et par rétraction Uistir. c'est là un nom bien commun dans la chrétienté, le monasterium latin, devenu, suivant les pays, Uonasterio, Hosléiro. Monastier, Moutier, Montgie, Montzie, Hûnster. Hinsler, etc. Ce nom, siogulier au pays mahomélan, lui vient peut-iUro, mais on ne saurait l'affirmer, d'un couvent quelconque, du temps que la ville était chrétienne. Avant d'être musulmane elle fut romaine; avant d'êlre romaine elle avait été

U. riK..1,lS. — N,K^

ALGÉRIE

punique; et avant d*étre punique elle était a libyenne », histoire commune aux cités du littoral oriental de la Tunisie. Il y aurait excès à nommer port de mer cetle ville cerclée d'une enceinte à tours et créneaux; mieux vaut dire qu'elle borde la mer, mais que véritablement elle n'a point de port.

Souse était déjà bien vieille quand les Romains, destructeurs de Carthage, en firent la capitale de leur province de Byzacène. Ailleurs le coton est roi, ailleurs le blé, ailleurs le pampre, ailleurs le palmier. Ici c'est l'olivier, couvrant tout le Sahel d'une forêt divisée en une infînité de jardins secs ; rhuile en découle comme de Sfax, et si celle-ci compte plus d'habitants que Souse, les Sousiens ont entassé plus de richesses que les Sfakois. Dans l'une et l'autre, inférieures en Tunisie à la seule Tunis, l'élément non arabe, les Français, les Italiens, les Maltais, les Grecs, les a cosmopolites o augmentent de jour en jour.

L'histoire de Souse ressemble en tout et pour tout à celle des autres cités de ce littoral : origine inconnue; premiers habitants ignorés; arrivée des Phéniciens qui lui creusent un cothon, port intérieur depuis longtemps effacé par le sable conquérant de la dune ; domination des audacieux marchands de Carthage qui osent lutter contre Rome même; suprématie des Romains qui allongent officiellement son ancien nom d'Adrumetum ou Iladrumetum en Golonia Concordiae Ulpiae Trajanœ Augustae Frugiferae Iladrumetinae; puis les Byzantins; ensuite les Arabes qui partent de là pour conquérir la triangulaire Sicile ; et la résistance à Charles-Quint ; et enfm, tout au bout de ce destin, la France qui y trouve des ruines de tout âge et des nécropoles, dans une forêt d'oliviers, devant un rudiment de port.

Aux Ponts (en arabe El-Knatir), au sud-sud-est et non loin d'Hergla, une flèche de sable sépare de la Méditerranée l'étang littoral dit Sebkha d'Halkel-Menzel.

A celte lagune arrive, pas toujours tant s'en faut, et même pas souvent, un fleuve dont le bassin est parmi les plus vastes de 1' « Ile de l'Occident ».

11 a nom TOued-Bagla : c'est le « fleuve » de Kairouan.

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