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IV. LE « FLEUVE » DE KAIROUAN

l'' L'Oued -Bagla. — L'Oued -Bagla draine 2 lis 000 hectares, soit à peu près l'aire du bassin de la Vienne, notre belle rivière de Limousin, puis de Poitou.

2113 000 hectares, c'est presque autant que la Medjerda, qui en égoutte 2254000.

Celte aire en fait pour l'instant, en ce qui concerne l'étendue de la conque, le troisième oued du Tell français, le premier étant, et de beaucoup, le ChélifT, presque équivalant en bassin à la Medjerda et à rOued-Bagla réunis.

Il entre dans le Steppe de Kairouan comme Oued- Zéroud et s'y continue comme Oued-Bagla, mais suivant l'jisage arabe il porte d'autres noms en foule, depuis sa source jusqu'aux plaines de la ville qui est exactement sept fois moins sainte que la Mecque, car sept levers et couchers de soleil à Kairouan pèseront juste autant dans la balance du Jugement Dernier qu'un jour. en entier consacré à la cité du Grand Pèlerinage.

Son plus lointain aîn jaillit des Monts Tébessiens, qui sont les bastions orientaux de l'Aurès. Né à 20 kilomètres à l'orient de Tébessa la romaine, il descend en torrent comme Oued-el-Oubira, Ouedel-Fahl, Oued-el-llattob, Oued-Fousanna, Oued-el- Fekka, Oued-Guemouda, Oued-Djilma, etc., etc., dans une vallée-gorge encombrée de pierres parlantes et de pierres muettes signalant après seize cents, dix-huit cents, deux mille ans, la domination sept fois séculaire de la Ville Éternelle, quand Rome était moins dans Rome que dans les colonies d'Europe et d'Afrique.

Jusqu'à cette heure, si proche de l'année de la conquête, on n'a pas encore assez rôdé parmi ces ruines, forts, tombeaux,temples, autels, aqueducs, ponts, arcs de triomphe, et surtout on a trop peu fouillé les champs funéraires. Il faudra longtemps et souvent effaroucher ici le génie de la solitude (le pays, jadis plein d'hommes, est vide à l'instant présent) pour que les pierres parlantes, plus justement les pierres écrites, nous disent quels furent les noms latins ou latinisés, ou même presque purement autochtones de ces colonies, de celles du moins dont les débris couvrent tant de sol qu'on voit qu'elles eurent le* rang de ville grande ou petite au milieu des villages.

On peut toujours espérer une lecture heureuse, tant le monde romain livrait de blocs au ciseau du lapicide pour bornes milliaires. épitaphes, inscriptions, dédicaces à la déesse ou au dieu topique, à l'empereur divin, fils du divin Auguste, au proconsul d'Afrique, au gouverneur de la province, au préfet, au questeur, au tribun militaire, au légat, au centurion, au décurion, à l'édile, au flamen ou premier prêtre, à l'homme généreux, ou seulement ambitieux d'honneurs,

NOS COIOMKS

qui fonstruisiiit, n-pai-nil on emlx-l lissa il dans la colonie.

Déjà l'on sail <|ue l'une des plus imposante!; ruines, Kasrin', sur un affluent de droite coulant toujours, est l'antique Cilliuin ou S<'ylliuni; et qu'à ^ kilomètres à l'orient de Kasrin (par le clteuiin des aigles), Sbeïtla, bien plus iiiiposanle. n'a que 1res peu mâché son vieux nom de Sujietuin — iioui

accommodé à In romaine, mais il est purement phénicien, el signifie, dans celle langue dite sémitique, la ville des Suffi'-tes ou Chollim, les duumvirs qui gouvcrimienl Cartilage.

Cv que jusqu'à maintenant, dans la gorge d'un chaînon qui monte à 14<l^ mètivs, le temps a res[M<cté lie Slieîtia Tait de la cité des duumvirs, t<ii son désert, une Taluiyre magnifique; le lieu.

Kairouui ; intérieur de la Grande Jlu^uéc. — Di^in Ae I

le plrologi'agihie li? H. fîii-ii|pic

dans son isolement, est beau, et des sources puissantes dont une. la plus copieuse, ép.nnche des eaux ti<>des, lui donnent en Tunisie In gloire qu'ont en Algérie Blidn, Milinna, Ttemrcn, Lnuioriciére : toute distance à pnri, SulTetula pouvait auLinl rpie tes fonlaines du Zaghouan désaltérer la soir des Carthaginois, mais ses eaux n'entretiennent pas longtemps le ruisseau, qui filti'e ou s'évapore el disparaît.

1. C'esl-n-Jiri' leK Pi'u» Cliâieaui ; ilc cleui uinusjilc.s.

2' Eaironan, ville sacro-sainte. — Le fleuve de Kairon.nn ne linigiie p.is Kaîronan ; il p«ss« eiilie cette ville el la sehkha de Sidi-el-llani, à 6 kilomètres de lune comme de l'autre.

I,n lagune de Sidi-el-llnni n'uur.ntt pas de rivale en étendue dans le lieytik si le Sihara tunisien ne possédait p;is les iinineni'es chiitts de la dépi-ession tantôt sunnarine, tantôt sous-marine. Sa plus grnitde longueur nppniche de 40 kilomètres, ses largeui-s. trt-s variables, vont de 7,:>(H} k UidOd ou 17 0011 mètres, son plat reboi'd dépasse l'io kilo-

niAlrca, pI quand otii' sVnfl)' jusqu'il frillcr loutp 1 moins les Ali»os, moins In pi-ofondriir, moin» le sa rive, l'eau que In conque cmÛrasso luit sur i Rhônovalaisan qui s'y endort, elle lUiône genevois r>0<H>0 hwlaivs : alors r'cst presque un l..;nian, , qui loul h eonp se réveille et s'enfuit. Ces expan-

Kiiirouin : plirliqucj Istériiii d« Il Grande Hixquâe. — Crirare de Hildibr^nd. d'apris uiie jiliologrnpliic di> II. Sabdiu

sions-lfi sont prodigieusement rares; Tréquents au 1 parce que 260 à 500 kilomètn^s au lil d'eau sépa-

ronlmire tes étés, les automnes où le lac, sec même renl de sa source dans les monts la plaine où surgit

en son centre, et ivduit parendroits à un sel aveu- I la ville sacrée par 74 métivs seulement d'altitude.

t;lant. vole en salde. en poussière, sous une intolè- 1 Cet oued mensonger: le Herg-el-Li), qui remplit

i-al)le ardeur. Si'C autant que la sebkha devient en | les citernes de Kairounn; d'autn's torrents non

mi^iiie temps l'oued kairouanais, quoique, ou plulAl i moinn défaillants dans la saison où plantes, bétes

ilO

et gens soupirent après la fraîcheur et même la gélidité des eaux; la lagune de Sidi-el-Hani ; diverses lagunettes, r^ l'orient; et, au nord-est, le Kelbia, lac-étang qui se rétrécit ou s'étire suivant la pluviosité des années — voilà quelles sont toutes les eaux de la Cité sainte, avec celles que lui apporte maintenant un aqueduc parlant. des fontaines du Mont Ousselet.

Et pourtant il n'y a que quelques lieues vers Touest jusqu'à la montagne ; et cette montagne est haute de 1000 à près de 1500 mètres; elle est superbement taillée en flancs de précipices isolant les unes des autres des hamadas qui sont des causses éventrés en d(»ssous par des cavernes où courent des ruisseaux : ces ruisseaux se débondent bien en sources dans le val, mais le ciel et la terre boivent cette onde à mesure sur les chemins de Kairouan.

Kairouan, qu'entourent des cimetières, des décombres, des faubourgs sans verdure, lève les dômes et minarets de quatre-vingts ou cent mosquées et zaouïas (voir la vue générale de Kairouan, p. 13). Parmi les églises qui font sa renommée en terre musulmane et qui sont sa richesse par l'affluence des pèlerins, l'une, la Grande Mosquée, repose, en ses dix-sept doubles nefs, sur une foule de colonnes de marbre, d'onyx, de porphyre; l'autre, la mosquée du Compagnon, a l'honneur et bonheur de posséder trois poils de la barbe du Prophète, précieusement gardés dans le sachet que portait sur son cœur ledit ami et compagnon de l'Envoyé de Dieu.

5<> Le lac Kelbia. — Les belles et bonnes pluies poussent l'Oued-Bagla dans la lagune Kelbia, laquelle a sa rive méridionale à 18 kilomètres nordnord-est de Kairouan.

Assez exactement rectangulaire, le lac Kelbia, dont 12 à 18 kilomètres, suivant le temps, sont la longueur, et 7 kilomètres la* largeur, domine la mer de 17 à 20 mètres, suivant qu'il est peu rempli, plein ou très plein. En temps normal, autrement dit quand il a très peu d'eau, sa profondeur extrême, ses gours, ses abîmes n'ont que 3 mètres et demi; son onde est douce, à l'exception de quelques endroits saumâtres. En son beau, il égale presque le quart du lac de Genève, car alors il couvre 13000 hectares — 5000 de plus qu'en l'été très sec qui le ramène à SOOO. Même dans les années les plus ardentes, il trompe moins que les autres sebkhas de plaine ou de plateau de la Tunisie et de rAlgérie; en nul temps il n'est vide, et si des

vaisseaux n*y peuvent jamais naviguer, des bateaux y voguent toujours.

Des savants, des voyageurs, des grabeleurs et épilogueurs de textes, combattus par d'autres savants, admettent que l'Oued-Bagla, moins courant que jadis, est le fleuve Triton des Anciens, et que le Kelbia, diminué par les siècles, est le lac Triton, que tant de commentateurs ont cherché (et trouvé, parait-il) dans les chotts franco-tunisiens de la « Mer intérieure ».

Quoi qu'il en soit, il arrive fort accidentellement que le Kelbia s'enfle et s'exonde. Alors une rivière s'en échappe, douze à treize fois par siècle, ce dit-on ; ou seulement toutes les quinze années, soit six à sept fois tous les cent ans.

Ladite rivière de très longue intermittence se dirige vers la lagune Halk-el-Menzel ; elle y entre sous le nom d'Oued-Menfès, elle en sort pour gagner la mer au Grau des Ponts, après un cours de 300 à 350 kilomètres.

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