V. DU FLEUVE DE KAIROUAN A U MEDJERDA
1« L*Enflda. — L'eau salée de l'Halk-el-Menzel communique au nord avec la lagune Djériba par un lit d'oued d'environ 700 mètres de long.
La lagune Djériba est fort étirée ; pour près de 30 kilomètres de bout à bout, du sud au septentrion, son ampleur de l'est à l'ouest varie de 500 à 800, ù 1000, à 1500 ou 2000 mètres. Une flèche de cailloux et de sables, qui a son origine à Hergla (l'Horrea Cœlia des colons latins), la sépare seule de la Méditerranée.
Cette flèche est tantôt égale, tantôt inférieure en largeur à l'étang lui-même tel que le réduisent les soleils longtemps suivis d'autres soleils; mais les pluies longtemps suivies d'autres pluies prolongent l'étang vers l'ouest, sur le bas-fond, jusqu'à Dar-el-Bey. qui est l'un des bourgs du domaine immense de TEnflda.
Il est plus grand, ce célèbre domaine, que telle principauté dite État souverain, mais sa célébrité ne vient pas de ses 120 000 hectares ;
Ni de sa beauté, malgré ses variétés et contrastes : ravins de montagne et plages de Méditerranée; steppes ou demi-steppes tendant vers des lacs amers; sources froides, sources tièdes ou chaudes et plaines sans fontaines qui sont des pays de la soif en même temps que du mirage; forêts de pins murmurants ou de thuyas au bois magnifique, et champagnes sans l'ombre d'un arbre, le frémisse-
ALGERIE
ment d'une feuille ; et tantôt la vue du Zaghouan, tantôt la vue des flots;
Ni de son peuple, puisqu'ont disparu les dixsept villes contemporaines de Rome impériale, et qu on n'y rencontre plus que des tentes et des gourbis d'Arabes, quelques villages, et Dar-el-Bey, qu'agrandissent lentement des Français, des Italiens, des Maltais ;
Ni de son opulence, puisque les bois d'oliviers y sont plus clairsemés qu'au temps punique ou romain; puisque l'Enfida est sol de pâture à moutons plutôt que champ de culture, et que la vigne y naît à peine, et que le ciel est aride, et Jupiter pluvieux sourd à la prière du ruricole.
Si l'on a nommé si souvent l'Enfida, c'est que des financiers, juifs et chrétiens, se la disputèrent, à coups de subtilités de droit musulman ; ils avaient derrière eux, les uns l'Angleterre, d'autres l'Italie, d'autres la France, et leur querelle amena pour sa grande part l'entrée des héritiers de la Gaule dans ce qui fut l'empire de Garthnge.
La langue de terre d'Hergla, coupée à Bou-Kessera par un grau, porte la route du littoral et poi*lera bientôt le chemin de fer de Tunis h Tripoli : ainsi l'étroit cordon de sabla isolant de la mer les étangs de l'Hérault frémit sous le passage des convois de Bordeaux à Cette et Marseille.
2« La presqu île du cap Bon. — A 20 kilomètres au nord-est du bout septentrional de la Djériba, la blanche Hammamet, qui donne son nom à un grand golfe très évasé, veille à la racine de la DakhIat-el-Mahouîn, péninsule majeure de toute l'Afrique du Nord.
De cette ville à la contre-côte du golfe de Tunis devant Soliman il y a 40 kilomètres, sans aucune montagne, voire sans collines, si bien que la Dakhlat est en réalité une île élevée soudée au continent par une terre basse.
En faisant le tour de la presqu'île par le cap Bon, la distance de la plage d'Hammamet à la plage de Soliman dépasse 180 kilomètres — c'(»st quatre fois la largeur de l'isthme, et cela sans les petites anses, les très petites criques de la Dakhlatel-Mahouïn.
Le périple de ce plus long « nez » de l'Afrique ' tellienne montre au circumnaviguant des beautés « classiques «, sobres, sereines, et la première ville qu'on y rencontre, Nabeul, pourrait s'appeler exactement, comme autrefois, de son nom hellénique, Neapolis, la Ville Neuve (encore que très vieille), sans que ce nom parût étrange, car ce littoral
(( barbare » est tout en lumière. Il semble fait pour des frontons grecs et des arches romaines ; seulement, la montagne, trop basse, ne rappelle ni la Sicile, ni le Péloponèse, ni la Hellade,- ni l'Ionie; aucun géant ne peut gémir sous le poids des collines de la Dakhlat-el-Mahouïn comme Encelade le Titan sous la masse etnéenne : le plus haut de tous ses rochei*s ne commande h la mer que de 634 mètres, cinq fois moins que la surrection du volcan de (latane.
Après Nabeul, qui devient un Cannes ou Menton pour les dolents de poitrine, on passe devant des bouts-du-monde, des palmiers, des oliviers, de petits ports, des ouvertures d'antre, des bourgs arabes, des décombres romains, des carrières antiques ou modernes, blanches ou dorées, de loin pareilles, par leurs blocs à des ruines, par leurs parois droites à des monuments. On voit Kourba, peu déchue de son nom latin de Julia Curubis, Kélibia, jadis Clypea (c'est le mot sous une autre forme), où débarqua Regulus pour marcher sur Garthage en traversant la péninsule, comme si Diego de Vera, Hugo de Moncade, Charles-Quint, O'Reilly et les Français de 1850 avaient pris terre derrière un cap Matifou démesuré; le Ras Addar des Arabes, le promontoire de Mercure des anciens, notre cap Bon : bon par antiphrase, c'est un pilier des tempêtes, dans la lutte des vents et des Ilots, à l'un des grands tournants de la Méditerranée; ' 70 kilomètres de mer ondulent entre sa roche et celle du cap de Porto-Farina, le Ras Sidi-Ali-el- Meki, l'antique promontoire d'Apollon : — telle est la large entrée du golfe de Tunis.
De Uammamet au cap Bon, le long du golfe de Hammamet, le littoral tend «au nord-est; du cap Bon à l'estran de Soliman, vers la racine de la presqu'île, il tend au sud-ouest, le long du golfe de Tunis. Ce qu'on y remarque le plus, c'est Ghar-el- Kebir ou la Grande Caverne, carrière « infinie » d'où Garthage tira sa pierre; et c'est Hammam Korbès ou Hammam Guerbous, qui a sur terre sept sources tièdes ou brûlantes, et sous mer dix ou douze autres non froides, fontaines trahies par leurs vapeurs ; les Romains appelaient ces thermes Ad Calidas Aquas : c'est très exactement nos « Eaux Chaudes ».
Un peu dans l'intérieur des terres, le bourg de Soliman porta le nom grec de Mégalopolis ou Grandville; ses familles (comme celles de plusieurs autres bourgs de la presqu'île) sont issues de Maures Andalous ; Soliman, qui est en plaine, avoisine des coteaux qui n'appailiennent plus à la
NOS COLONIKS
Diiklilal, mais bien au massif oxlrapéniiisiilaire des DL'ux-Comi's.
Hammain-Lif, bourgade où jaillissent des eaux tbermales, plaqui! ses maisons contre cette âpre montage; die est donc hors de la Itakhlat-el- Maliouin, ii t5 kilonièlivs si-uleinetit de Tunis et à i) du l'emboucbure de l'Oui'd-Méliaii.
5° L'Oned-Hélian. — L'Oueil-Mélian', le Calada de I eiv anti<|ue,' a sun embouchure k Iladès, tout prèsdi-lanaissunced'unelanguedelerivqui.sepointant du sud au noi'd, luarclie à la ivueontiv de la nèclie de la Goulelte, laquelle s'cflile du noi-d au sud.
Des eauï profondes et vivantes du golfe, ce* deux flèches séparent les eaux sans profondeur, sans vie, sans courant et contre-courant, sans brassemenl el bruissement, du lac nauséabond de Tunis.
Le Mélian pordit sa plus belle onde en perdant, dès le temps de l'empereur Hadrien, les fonts du Djoukar et du Zagliouan. cnipoiléi's vei-s Cartha^e par un aqueduc qui franchissait b>s gorges, les ravins, les oueds, nolamuient rUued-Mélian luiménu>, par des h Ponts du Gard » dont quelquiwuns avaient de la grandeur.
Quand les ingénieurs ont renouvelé de nosjoui-s la conduite d'eau |M)ur le si'nice de Tunis, dite
Uammamel (voy. page 111). -^ Dœsin d'Eug, Cirante), d'après u
l'odorante quoiqu'elle sente mauvais, el fa lleurie quoique sa campagne soit nue, ils ont consommé par barbarie pure une iniquité dont le temps n'avait pas voulu se charger encore.
Ils ont rasé au niveau de leur canal, qui est bas, le viaduc de l'Oued-Hélian, qui était haut et beau; ailleurs c'est le paysan qui a ruiné l'aqueduc en y prenant des blocs, comme à la carrién-.
De son premier aîn dans le Djoukar jusqu'à son terme exli-ëme k la Goulelte, le nouveau canal a loi kilomètres, tous branchements compris; on la calculé pour une moyenne d'environ )25 litres par seconde, |«»ur un maximum de 180 à 200.