‹ La France et ses coloniesChapitre 67 sur 283 · Hki'Iji!. — Km Ci>u>:ii[t · texte numérisé non relu

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4* Tunis. — Sans la bande sablonneuse de Rades qui pousse à l'est, vei-s le golfe, les crues du Mélian au moment même où cet oued va pénétrer dans la Bahira de Tunis, cette (i Petite Her» n'existerail plus.

Si le fleuve Mélian ne prouve point sa puissance plastique, comme le fait plus au nord le fleuve llagradas. par un déploiement d'alluvions en éventail, s'il n'efface pas petit à petit la mer, s'il n'a pas fait des sables littoraux d'Hainmam-Lif une dune dans l'intérieur, c'est qu'il ne vient pas, ainsi que le Bagradas, de djebels bien plus éloignés de Il — 15

Tunis que Rome l'est de la montagne où le Tibre descend des rochers pinifères; c'est qu'il ne coule pas toute l'année; c'est que, dans le golfe droit ouvert au septentrion, sans aucun abri de cap, la vague orageuse disperse au loin ses alluvions quand le vent du nord gémit en sifflements et sanglots.

Tel quel, l'Oued-Mélian aurait bien eu, le temps aidant, la force de combler un lac que les seules immondices de Tunis ont pu vaslement diminuer au pourtour et réduire à des abîmes « suprêmes » de cinq pieds*.

Ainsi Tunis a devant elle une fausse mer, qui communique avec la vraie par le chenal de la Goulette, lequel est l'approfondissement et la régularisation d'un grau. Derrière elle s'étend un faux lac, l'KI-Seldjounï, palus supérieur de 6 mètres au niveau de la Bahira et dont une coupure d'isthme viderait sans peine la conque allongée, de nulle profondeur, vaste de 2400 hectares au plus loi^sque les longues pluies la distendent en eau saumàtre jusqu'à toucher ses extrêmes rives; en été, elle se recontracte, elle se réduit à son sel, à ses fanges dures, à ses flaques suramères.

Relie ville pourtant sur sa colline, et dans sa plaine jusqu'aux lacs infects, avec un admirable recul d'horizon, djebels de la DakhIat-el-Mahouïn, Mont des Deux Cornes, Rsas ou Mont du Plomb, Zaghouan souverain, collines d'outre-Medjerda et (le Rizerie, et vers le nord-est, la mer h nos yeux finis infinie.

Solitaire au dehors, dans des champs poudreux, jaun(Vi, presque veufs d'arbres, voire d'oliviers courbés au vent du nord qui souffle souvent comme un clairon de réveil sur la langueur a méridionale » de Tunis : car ici les heures d'avant et d'après-midi, celles qui ne sont pas tout à fait le matin, tout a fait le soir, descendent sur l'homme en torpeur, même en inconscience, et le sommeil des Tunisiens est un fils du soleil presque autant que des étoiles.

Mais au dedans elle est fraîche, ombragée, gaie, vivante en ses rues et ruelles étroites, en ses carrefours, ses culs-de-sac, ses souks* voûtés, étalages des marchands; et gracieuse en son architecture. « Tounès » est encore mauresque avant de devenir française, semblable alors à un Marseille ayant sa « Marine » pour Gannebière, et au bout de cette Marine pas de port : mais on en creuse un pour

1. Au plus creux, la Bahira de Tunis n'a piôre plus de ■1«,70.

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