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Appelé aussi Pjiaiua, Giama

de la mer du nord et des plaines de Kairouan, est à peu près le bourg central du Tell tunisien. Elle passe devant Slouguia, devant Medjez-el-Bab (Membressa [?]), puis elle heurte ce qui reste du barrage levé par son travers à Tébourba (Tuburbo Minus). Œuvre des hommes les plus habiles à discipliner l'eau douce et l'onde anière, comme à épancher l'eau morte et à dompter le flot conquérant, la digue de Tébourba, due à des Néderlandais, réimmobilisera quelque jour le fleuve trouble, saumâtre, en un réservoir d'arrosement.

A Djédeïda,le Bagradas n'est qu'à 18 ou 20 kilomètres des murailles de Tunis, mais peu après il se courbe au nord, et encore à 52 kilomètres de la mer il entre dans ses propres alluvions. A ses 523 kilomètres primitifs il a donc ajouté 52000 mètres ou près d'un sixième : ce qui lui vaut une longueur de 375 kilomètres (prescjue 500 jusqu'au plus haut aîn de l'Oued-Meskiana) ; il a, de crue en crue, mis au bout de son bassin de 2197000 hectares 57000 autres hectares: ce qui porte son aire entière à 22 540 kilomètres carrés, soit à peu près l'étendue de trois et demi de nos départements.

C'est au nord et au sud du vieux promontoire d'Utique, aujourd'hui Bou-Chater, que la Medjerda, Nil de l'Atlantide, entreprit de bâtir son delta dans la Méditerranée.

Au temps reculé, ce cap trempait dans deux golfes, l'un au septentrion, l'autre au midi. Celui du méridion s'effaça le premier, avant Rome, peutêtre avant Carthage ; il devint la Garaa Mebtouha, mot à mot le Bas-Fond des vastes Campagnes, ample marécage parfois encore envahi par le fleuve. Le golfe du nord s'est comblé durant l'ère historique, à l'exception de quelques sebkhas et de ce qui demeure encore de la baie du Ghar-el-Melah, c'està-dire de la Grotte au Sel.

Ce Ghar-el-Melah est une « bahira » ou petite mer ouverte sur la grande mer par un gi'au, devant les collines d'un port excellent jadis, exécrable maintenant faute de profondeur, que nous appelons , à la suite des Italiens , Porto Farina ; les navires de guerre du bey y flottaient sans peine sur une eau creuse ; aujourd'hui c'est presque trop d'une grosse barque.

Si le Makarath ou Bagradas, qui ne mérite ici ni l'un ni l'autre de ces deux noms, puisqu'il n'existait ni sous les Carthaginois, ni sous les Romains, en ces lieux plats, alors maritimes, si la Medjerda se ijetait dans la bahira de la Grotte au Sel, elle comblerait très vite ce golfe. Dans l'étal

ALGÉRIE

actuel ce n*est plus qu'une vasque de 2600 hectares, où déjà ne se creuse aucun abîme, voire aucun trou capable de noyer un cavalier, ou même seulement un piéton.

Mais le fleuve a son embouchure normale en mer : il faut le retour annuel des grandes eaux pour qu'il ravive, sur sa rive gauche, des bras supplémentaires qui vont s'enfouir dans l'étang de Porto Farina.

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