‹ La France et ses coloniesChapitre 76 sur 283 · Les ]«mellii]i · texte numérisé non relu

Les ]«mellii]i

Au delà de Tabarque, la dune cesse; plus de mamelons aréneui, mais des monts, des falaises, des kefs ou rochers, des calanques entre des pointes, et des écueils en mer.

C'est une côte sauvage, c'est une rive de Ter. Quand on a dépassé le Cap Roux, moins roux que rougeàtre et rouge, la corniche vertigineuse s'abaisse et l'on arrive à la plage basse de la Calle, la ville aux trois lacs.

Le premier, dit Lac aux Poissons, en arabe Guerah-el-Hout, s'écoule à la mer au pied du cône de Monl'hond, par le ruisseau palustre de la Mésida. De par ses S kilomètres de long, ses 3 à 3 de large, il avait 1800 hectares en son plein, avec 3 mètres de profondeur, avant la désobstruction de l'Oued- Mésida. — Dèsobsti-uction d'ailleurs imparfaite : la Mèsida, devenue chenal, est un canal embourbé dont la fièvre habite les rives, heureusement désertes, et le lac est pi-esque resté ce qu'il était auparavant, un étang rétractile : il enfle avec les pluies, par ici très abondantes; elles emplissent par-dessus bords les oueds qui lui tombent de montagnes de 500 mètres habillées de chènes-lièges, elles accroissent le ruisseau qui yient de la m mère des Scories », d'Oum-Téboul, roches d'où l'on tire un plomb mêlé d'argent; puis le laguet désenfle avec la chaleur, plus ou moins selon la lorridité; aloi-s il empoisonne.

La prairie d'EI-Frin, alluvion basse, le sépare, Ji l'ouest, d'un lac plus grand, plus haut situé, à 22 mètres au-dessus de la mer. Ce lac, l'Oubeira, sommeille entre plaines et collines — plaines au levant, collines sous cbènes-liègcs au nord, au couchant, au sud. — A son ans*- la plus méridionale arrive un ruisselet.

Ce ruisselet devient n (leuve » alors que l'Ouedel-Kébir de Blandau, torrent aux vastes crues, sort de son lit et s'épanche it sa droite dans un sillon de la plaine de Yousouf. jadis Ain-

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Assel', laquelle plaine, ouverte en détroit d'entre coteaux, va de la rivière au lac. Inversement, lorsqu'une série d'orages a relevé l'Oubeîra de deux, de trois mètres, sans hausser en même temps la rivière, le lac s'écroule et s'écoule à son tour vers l'Ouedel-Kébir r c'est pourquoi, malgré l'absence d'émissaire, l'eau reste douce dans cette conque de 6 kilomètres de long, de 3, 4, 5 de large, de 2500 hectares d'étendue, dont la destinée s'agile en ce moment.

Barrera-t-on l'Oued-el-Kébir de Blandan pour le jeter dans la vas(|ue oubeïrienne dont on ferait de la sorte un réservoir de cinquante millions de mètres cubes pour l'irrigation du plat pays?

• Desséchera-1-on le Léman de la Calle pour livrer sa vase au laboureur, au fauclieur, ou même au vigneron ?

A 2000 mètres au nord-ouest de l'Oubeira, le troisième lac, des trois le plus petit (800 hectares), a nom le Mélah, soit le Salé, ce qu'il est en effet, comme ayant maintenu le chenal qui l'unit h la mer, dont il a aussi con> serve le niveau — ■ en quoi il diffère cl du lac aux Poissons et du lac de l'Oubeira.

Ceux-^i furent également un golfe de la Méditerranée, les collines de la Calle formant alors une presqu'île dont l'isthme, extrêmement mince, était la M hauteur des terres » qui se lève ii cette heure entre lOubeîra et le Mélah; une levée de sable barra l'issue de ce golfe, qui devint un tac amer; puis le travail des alluvions mit deux tout petits lacs doux, toujours amoindris, <i la place de la grande lagune salée.

La ville voisine de ces lacs, la Calle, regarde la

mer, d'un rocher plongeant, à 4500 mètres de

l'Oubeîra, h 50UO du Cuérah-el-llou(, à 8500 ou

9000 du Mélah.

Tout ce que peut faire ce méchant petit port, c'est

d*accueillir les bateaux et batelets qui dévaslenl près d'ici la forêt des coraux recouverte par l'eau profonde; c'est aussi d'envoyer des barques à la pêche de la sardine. Sardiniers ou corailleui-s, presque tous les hommes de merde la Calle viennent d'Italie, surtout du pays napolitain', ou bien leurs pères en sont venus ; mais tout cela se francise un peu à la première génération, el tout à fait à la seconde.

A moins de 10 kilomètres en lignedroite à l'ouestnord-ouest delà Calle, h plus de 12 en suivant la rive, qui est sylvestre, accore, escarpée en falaise, une vieille tour en ruines signale au peuple nouveau qui grandit dans l'Afrique du Nord le proiuier établissement fondé par ses ancêtres en terre de Berbérie» Établissement qui fut d'ailleurs tout commercial et qui n'aurait jamais pu plier à nos lois une nation si rude sur une terre si dure.

Pour soumettre l'Afrique Mineure, il a fallu la force; pour la garder, il faut le nombre, ce qui est aussi la force; et, à côlé du nombre, la puissance de persuasion, pour ne pas dire d'écrasement, que porte avec elle une société supériem'e en science, en art, en industrie, en fortune, en travail âpre, indiscontinu.

Cette ancienne tour du rivage, on la nommait le Bastion de France, au bord d'une crique battue par les vents du Nord, près du rebord de la loche rougeâtre, à 1500 ou 1800 mètres du lac Mélah. Des Français provençaux, unis en une société mai*seillaise dite Compagnie d'Afrique, y péchèrent dès 1560 les poissons, le corail et, tant que faire se put, ils y trafiquèrent en grains, en peaux avec les indigènes.

Mais s'ils demeuraient devant la mer vitale, ils avaient trop près d'eux les lagunes mortelles, les lacs de la Calle dont les vents de l'ouest, du sudouest et du sud leur soufflaient la puanteur quand la canicule y desséchait le marécage à l'embouchure des oueds. Aussi les Turcs avaient-ils sagement nommé ce lieu : Kara Souda k ou l'Eau Noire, l'Eau Fangeuse.

Après 154 ans de fièvres, les Français abandonnèrent le Bastion pour Meis-el-KIierraz, devenue, depuis, notre ville de la Calle. Le lac très funeste de leur voisinage, le Guérah-el-Mélah, avait été appelé par eux le Lac du Bastion ; ils nommaient rOubeïra : Lac Beaumarchand, et le Guérah-elllout était leur Tonègue.

1. Nolaminent de Torre del Grcco, qui esl un port du golfe de Naples.

A peine a-t-on dépassé le Bastion de France quand la roche riveraine s'efl'ace; les sables lui succèdent, amoncelés en dunes entre lesquelles le chenal du Mélah s'est frayé son passage; ensuite l 'Uéne fait a son tour place aux rochers pendant une douzaine de kilomètres, le long de la baie du Petit Canier, puis du Grand Canier, et des falaises du Cap Bosa : Grand Canier, Petit Canier, deux noms donnés aux deux anses par les Provençaux de la Compagnie d'Afrique, d'après les cannes ou roseaux de l'embouchure de l'Oued-el- Ksob*.

Au delà du Cap Bosa Ton retrouve la dune, qui se poursuit inexorablement pendant 85 à 90 kilomètres vers l'ouest -sud -ouest, jusqu'à l'embouchure de la Seybouse, à presque toucher Bône.

Dune qui n'est point seulement littorale; en effet, elle s'avance à l'est-sud-est jusqu'à plus de 20 kilomètres de la Méditerranée, dans un ancien sous-golfe du golfe très vaste que nous pouvons appeler rétrospectivement le grand golfe d'Hippone; il battait de ses flots orientaux les collines du Cap Bosa, de ses flots occidentaux les monts de Jemmapes et de Philippeville, de ses flots méridionaux la montagne de Guelma; à son nord montait en majesté l'île de l'Edough, qui, soudée depuis au continent, est devenue le djebel de Bône, grandiose, isolé, svlvestre.

On nomme ces longs sables les Dunes de la Mafrag, de ce que ce p*'tit fleuve les écarte en un lieu où elles ont très peu de largeur, pour mêler son eau troublée dalluvions à cette vague bleue du golfe de Bône dont Théophile Gautier opposait l'azur

à rimmensité jaune

Que piquent de poinis blancs Touggourt et Biskara.

Elles sont très hautes dans leur orient, où elles atteignent 119 mètres; boisées dans leur centre; et réservées, il semble, à un avenir opulent, comme vignoble hors de l'alleinte du phylloxéra, lequel, comme on sait, ne peul point se propager dans les sables, parce que leur tassement perpétuel écrase ses galeries.

4« La Hafrag. — L'Oued-Mafrag, c'est-à-dire la Rivière de la Séparation (serait-ce de ce qu'elle coupe la dune en deux?), l'Oued-Mafrag perce le

1 Oued-cl-Ksob, nom ai'abc, c'est justement le Itu deâ Koseaux.

ALGÉRIE

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cordon littoral à 17 ou 18 kilomètres est-sud-est de Bôiie.

Elle se forme, à 1800 mètres seulement de la Méditerranée, par la rencontre de deux rivières palustres. Tune et l'autre endormies dans la plaine après avoir tracassé dans la montagne. Égales à peu près en crue, leur étiage étant, bien entendu, fort misérable, celle qui arrive du sud s'appelle Bou-Namoussa, celle qui arrive de l'est s'appelle Oued-el-Kébir.

Oued Bou-Namoussa, nom fâcheux qui signifie Rivière aux Moustiques; mais elle n'engendre le moucheron qu'à partir de son entrée dans le paysbas des Merdes et des Béni-Urgine, là où elle ne court plus, où elle s'arrête presque, et où souvent elle s'exonde sur les alluvions et les garaas au marais qui ont « enterré » le golfe préhistorique de Bônc.

Mais dans son djebel aucune plaie, ni les « cousins », ni les maringouins et brûlots, ni la fièvre ne naissent de son croupissement; la pente est dure. Tonde vive, la montagne forestière.

Ses torrents ont leurs aïoun dans le massif dos Ouled-Dia qui se rattache à la Kroumiric et dont le versant opposé s'incline brusquement sur la Medjerda souk-arhasienne ; ils descendent vers la smala de Bou-Iladjar, comme les rayons vers la poignée de l'éventail; puis d'autres oueds lui arrivent sur sa rive gauche, du djebel des Béni- Sala dont maint vaste incendie a rôti la sylve profonde. Quand il rencontre l'Oued-el-Kébir, il a cheminé vingt lieues, peut-être môme vingt-cinq, et rOucd-el-Kébir en a fait autant, voire quelque peu plus.

L'Oued-el-Kébir procède des montagnes d'Aïn- Draliam, qui sont un grand lieu de sources pour la Medjerda et pour les fleuves côtiers de la marche tunisienne.

Lui aussi il bondit d'abord sous, l'ombrage des bois, dans un val de pierre; puis c'est l'expansion, la plaine.

D'abord la plaine du Tarf où campent, comme à Bou-Hadjar, les spahis d'une smala et où l'Ouedel-Kébir de crue conmmnique avec le lac Oubeïra, et le lac Oubeïra relevé de niveau par les pluies avec rOued-el-Kébir baissé très bas par la longueur de la sécheresse;

Ensuite la plaine de Blandan, qui est une colonie portant le nom glorieux d'un héros des guerres d'Afrique tué dans la Métidja par les Arabes, à regorgement de Béni-Méred, entre Blida et ce qui était aloi's le marais de Boufarik;

Enfin la plaine usurpée sur le golfe primitif de Bône par les atterrissements de la Mafrag et de la Seybouse.

Son passage devant Blandan lui vaut (ou devrait lui valoir) le surnom qui peut le distinguer de tant d'auti'es « Grandes Rivières » : Oued-el-Kébir de Blandan, par opposition à l'Oued-el-Kébir de Jemmapes; et à celui dont le Roumel de Constantine est la tête; et à celui de Blida ^ sans rien dire de celui d'Andalousie, castillanisé en Guadalquivir.

Un de ses tributaires de gauche ravine la vallée de la Cheffia, vaste nécropole d'Africains disparus ou plutôt transmués : dolmens, menhirs sans nombre, et tombeaux et tombelles. C'est, presque d'un bout à l'autre de l'oued, une Carnac des Libyens; on en a tiré des inscriptions bilingues', et il se peut qu'elle réserve encore des trésors aux antiques archives de 1* <( être à deux pieds sans plumes )), là où l'histoire de l'homme confine à sa préhistoire.

La Mafrag égoutte 237000 hectares', dont au delà de la moitié, 124000, en bois, les clairières y comprises.

Aucun des bassins du Tell français n'attire plus de vapeui's de la mer, aussi cette Arniua des anciens roule-t-elle en moyenne autant d'eau que mainte riviérette française.

11 n'est pas excessif d'évaluer à 7 ou 8 mètres cubes par seconde, sinon même à 9 ou 10, son module, fait de la péréquation de crues très fortes avec des étiages très faibles.

5° La Seybonse. — Du bout de la Mafrag au terme de la Stîybouse, qui marque la fin des dunes, le sable borde d'un blanc liséré presque droit 18 à 20 kilomètres du littoral du golfe de Bône.

En longueur, la Seybouse est à la Mafrag conmie cinq est à deux; en bassin, comme quatre est à un ; mais son module n'est que deux à trois fois supérieur, parce que toute la conque mafragoise appartient à la zone des pluies drues, tandis que la partie ultramontaine de la conque seybousienne, au midi des hauts djebels de Guelma, n'aspire que très peu

1. Celui-ci n'est pas en réalité une « Grande Rivière », un « Guadalquivir » : son nom complet, c'est Oued-Sidi-Ahmedel-Kébir, la Uiviùrc de monseigneur Ahmed l'aîné.

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