‹ La France et ses coloniesChapitre 83 sur 283 · K. DES SEPT CAPS A LA BLANCHE ALGER · texte numérisé non relu

K. DES SEPT CAPS A LA BLANCHE ALGER

1* Le haut Oued-el-Kébir ou Ronmel. — Le port de Collo ne craignant rien des vents de l'ouest grâce au Goufi, le port des Olives', de l'autre côté de la pi*esqu'ile, ne redoute rien de Test, par la vertu de cette même montagne.

C'est par ici que se perd en mer la Rivière des Fleurs, l'Oued-Zouhr, gave à l'eau retentissante; la truite passe en lueur dans son froid courant, et surtout dans le cristal de l'Oued-Abaîch, son tributaire : ce qu'on ne peut raconter d'aucun autre torrent de la Berbérie française, si ce n'est, dit-on, d'un oued du bassin de l'Habra, vers l'orient du Télagh.

Le voisin de la Rivière des Fleurs, c'est la a Grande 1. Hers-el-Zitoun.

Rivière », l'Oued-el-Kébir, qui passe à Constantine sous le nom de Roumel.

L'Espagnol qui dit au voyageur en montrant la poudre et le caillou d'un torrent sans eau : « Voici la rambla », et le Français qui dit en montrant le torrent de Constantine : «Voici le Roumel », parlent tous les deux la même langue, et cette langue est l'arabe.

Le français Roumel, l'espagnol rambla» modifient chacun à sa façon l'arabe rmel, le sable.

L'Oued-er-Rmel est la Rivière des Sables.

Il n'est pas Roumel dès sa naissance, il ne le devient qu'après avoir changé six à sept fois de nom, d'abord dans la montagne de 1000 à 1300 mètres où il sort de terre à quelque 40 kilomètres vers l'est de Sétif, puis dans la haute plaine des Disciples ou des Serviteurs de la Lumière, sur le Plan des Abd-en-Nour.

Le Roiunel traverse chez les 25000 Abd-en- Nour, au septentrion du mont Tafrent (1400 mètres) et du Tnoutit, la région dite le Serraoùat, qui est le nord du territoire, par opposition au Bled-el-Hamia, qui en est le midi.

Ces deux pays se ressemblent et ils ne se ressemblent pas.

Secs, ils le sont tous les deux, mais le Bled-el- Hamia dépasse le Serraoùat en sécheresse parce qu'un djebel de plus se dresse entre la mer et lui ; ses oueds ne vont pas à un oued majeur qui les emporte vers l'Océan, fin des fleuves, ils se traînent vers des lagunes salées. Plus bas de 200 à 500 mètres, il y fait moins froid en hiver; et sou-^ vent la neige bienheureuse tombe sur le Serraoùat, qui est Beauce ou Brie, et ne tombe pas sur le Bled-el-Hamia, qui lève peu de froment, peu d'orge, étant surtout un plateau pastoral éminemment propice aux moutons.

Neige bienheureuse, peut-on dire, car, si fort que grelotte le Serraouati lorsqu'elle descend du ciel pâle en blancs tourbillons, il la bénit du fond du cœur : c'est elle qui restaure le sol en l'engourdissant dans le sonmieil, elle qui ressuscite les sources, elle qui assure l'enfance et l'adolescence des épis jusqu'aux jours où parfois souffle l'infernal sirocco; c'est la sœur de la pluie, et sa ^œur préférée quand elle ne part pas aussitôt que venue, comme le fait la pluie fuyante en torrents dans la ravine et bientôt oubliée.

Les deux contrées sont nues, le versant du Roumel moins que le versant des Lagunes depuis que les Français ont aligné quelques villages près du a fleuve », sur la route de Constantine à Sétif. Vil-

lages longtemps caducs, mais la vigne les rajeunit ; elle donne ici bons et beaux vins quand elle échappe aux gelées tardives, et de fait elle leur échappe assez souvent, précisément parce que rhiver, rude sur ces hauts plateaux, retient longtemps Télan de la sève. Ce n'est pas à 800, lOOJ, 1 200 mètres de surrection que les vignerons ont le plus à maudire les morsures du gel, mais à 400, 500, 600, là où la vigne bourgeonne dès l'hiver, l'élévation au-dessus des mers ne le lui défendant pas, et quand elle a poussé. Borée souffle parfois sur ses jeunes fleurs une gelée qui est une brûlure.

Lorsque les vainqueurs de Constantine tracèrent le chemin menant de la célèbre Cirta jusqu'à Sitifi l'ignorée, un arbre se dressait, un seul, sur le steppe immense des Abd-en-Nour; on l'appela le Chiffonnier de la route de Sétif, à cause des loques d'ex-voto dont l'avaient affublé les indigènes. De même, à cent cinquante lieues dans la direction du a Couchant le plus lointain », il n'y avait qu'un arbre pour ombrager la campagne au midi d'Oran : c'était le figuier près duquel on fonda Valmy*.

Les Servitem's de la Lumière sont des Berbères passés de notre temps à la langue arabe. Au début de la Conquête un très grand nombre d'entre eux parlaient encore le vieil et très \ieil idiome qui nomme, de ses féminins à deux ^ • Tafrent et Tnoutit les montagnes divisant le Serraouat du Bled-el-IIamia.

Autre et très grand changement. Tout récem- ,ment encore, ils étaient p)urement nomades, les uns bergers, les autres laboureurs mais vivant sous la tente, cultivant tantôt ici, tantôt là, et n'ayant de fixe que les silos où ils déposaient leurs grains; tandis que maintenant ils arrivent peu à peu à la vie sédentaire, et leur fauve patrie se repeuple, qui semble avoir été fort peuplée il y a quinze ou dix-huit siècles.

Des villes romaines y croulent en vingt endroits par leur? dernières murailles, dans le silence du désert, près de l'aïn qui leur donnait à boire ou de la citerne qui confisquait une source éloignée ou, à défaut de fontaine, les gouttes de la pluie. L'un de ces aïoun est un « hammam », un bouillonnement d'eaux à 38 degrés dont les forces de guérison sont à peu près les mêmes que celles de Vichy. On le nomme Hammam Grous; les Romains y vinrent en foule ; ce fut leur Balneum Pompeianum.

Et comme partout sur le plateau de Constantine,

Page 1