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Nom du pays de montagnes parcouru par l'Oued-Encya

temps d'étiage : c'est un fils de foi*êts ou de monts qui ont cessé d'entendre le berbère.

Djidjelli n'a pas daigné quitter ou seulement déguiser un peu son nom phénicien d'Igilgili. Le Cartliaginois y usaient comme nous d'un port protégé des vents de l'ouest, et facile à garantir de ceux du nord (il suffira de cimenter entre elles des roches éclaboussées).

Ce sol branle. Un tremblement de terre a renversé Djidjelli en 1856. Oran chavirée avant la fin du siècle dernier, Mascara disloquée en 1819, Blida et Coléa détruites en 1825, Djidjelli jetée par terre en 1856, Mouzaîaville et les villages voisins culbutés en 1867, Msila durement secouée en 1886, c'est, en moins de cent ans, assez de catastroplies pour que, dans l'établissement de Ieui*s villes, les Français d'Afrique songent soucieusement à la fatale mobilité du sol.

Et pourtant, nos cités algériennes, non pas une, mais toutes, sont des défls à l'équilibre, des échafaudages, des châteaux de cartes ; les siècles n'useront point leurs dents à les ébrécher, il ne faudra qu'une seconde pour les réduire en poussière. A Constantine, à Alger, à Oran, nous imitons grossièrement Paris et ses maisonsn^asernes ; nous n'élevons rien d'élégant, rien de souple, rien de fort dans le pays où nous détruisons les pleins-cintres romains et les arceaux mauresques. Pourtant il serait beau de marquer son passage par ces monuments qu'on dit éternels encore que leurs heures soient comptées : a Toutes blessent, la dernière tue! »

6« L'Oued'Agrioun et le Chabet-el-Akra. —

Qui vient de Tunis, de Bône, de Philippeville, contemple le golfe de Bougie, en sa courbe harmonieuse, lorsqu'à 16 kilomètres O.-S.-O. de Djidjelli son navire a doublé la roche minérale du cap Cavallo; qui vient d'Oran, d'Alger, fend ses eaux dès qu'il a tourné les éperons du Gouraya. Ni le passager arrivé d'orient, ni celui d'occident n'a vu si belle conque marine sur toute notre rive africaine, devant un si superbe entassement de djebels. Mais djebel c'est de l'arabe. Disons donc, puisque tous les villages pendus à ces monts sont berbérophones : devant un aussi fier recul de tamgouts et d'adrars.

Du Cavallo, promontoire plutonique, jusqu'au Gouraya, calcaire et craie, le golfe bougiote a de 23 à 24 milles marins d'embrassement avec la haute mer, soit environ 45 kilomètres d'ouverture. Mêlent h son eau leur eau, TOued-Agrioun à petite distance

! ; l'uu iJ« pMits iiaLuri'ls [lù], p. 116). — biiiurc <1« &irb*nl, iI'u|nùï uiiv |iLiilujra|>Ui<: ilu II, Nourdcln.

de Ziama, lieu des ruines romaines de Choba, et la Sounimam ou Sahel près de Bougie.

L*Oued-Agrioun est un fort beau gave, digne de nMmporte quelle Pyrénée pluvieuse. Ce n*est pas un de ces grands silencieux comme il y en a par delà ses roches natales, sur la terre rouge du plateau de Sétif, oueds sans murmure parce qu'ils sont sans onde. Lui ne se tait pas; ses Babors de 2000 mètres appellent à eux les orages du barathre bleu, ses entonnoirs de vallée les concentrent, sa pelouse et sa forêt les retiennent goutte par goutte, la craie du djebel les filtre en a anseurs » ou a anassers », ainsi que les Arabes nomment les claires fontaines de la roche.

Ainsi fait, ainsi conservé, ainsi réservé, l'Oued- Agrioun élève tout Tan sa voix dans les gorges baboriennes; fanfare héroïque, meuglement sourd, gazouillis joyeux, plainte inconsolable, il ne laisse jamais dormir les échos du Chabet-el-Akra, son défilé célèbre.

Commencé dans le nœud de Sétif, puis grandi des torrents du pays de Takitount, c'est à la fois un acif et un oued : un oued pour les Arabes, un acif pour les Berbères, car l'abime de son cours sépare à peu près, non pas les deux races, mais les deux langues.

Il entre à Kerrata dans son grand précipice, entaille de plusieurs cents mètres de profondeur où l'homme était plus rare que le singe avant qu'on y taillât en corniche audacieuse la route de Sétif à Bougie, parfois à plus de trois cents pieds au-dessus du passage des eaux. L'Agrioun est sombre, muet dans ses gours, blanchâtre et bruyant dans ses cascades, sur lesquelles tombent, à la fonte des neiges, des cascatelles issues des antres de l'adrar. Haut de trois cents pieds est également le pont qui franchit l'abime.

Pendant dix kilomètres, le « fleuve » subit ainsi Tétreinte du Babor, mont puissant, dur, durable et presque vainqueur du temps; mais TAgrioun, onduleux et fluide, est plus fort que le rude et raide, et il passe, échappant à l'obscurité : car, tout au long du cagnon, ses flots sont dans l'ombre, sauf, ici, là, quelques chauds rayons, à l'heure du vertical soleil, à midi : c'est le moment que préfèrent les singes pour s'ébattre en descendant au torrent, et les colombes, hôtes innombrables des cavernes, pour voler, blanches dans la lumière.

Six à sept kilomètres font la longueur de ce ravin de l'Agonie ;

De ce défilé de l'Autre monde;

De cette gorge de l'Éternité;

De ce val de l'Enfer;

Ainsi peut-on quadruplement traduire l'arabe Chabet-el-Akra.

> Le Bou-Sellam: les hautes plaines de Sétif. — Pourquoi TAgrioun à l'orient de la Soummam et le Sébaou à l'occident, mènent-ils, été flambant, de grandes eaux à la Grande Eau? Parce qu'ils déploient leur conque entre la chaudière tiède d'où la pluie monte pour aussitôt redescendre et la froide montagne où se suspend la neige.

Pourquoi la Soummam, faite pourtant de deux longues rivières, sèche-t-elle si fort? D'où vient qu'au bout d'un bassin treize fois plus vaste que celui de TAgrioun, trois fois plus ample que celui du Sébaou, les mois de Junon, de Jules, d'Auguste, et aussi celui de septembre, la diminuent tellement qu'octobre la trouve deux fois inférieure au Sébaou, et à peine égale à l'Agrioun? Comment arrive-t-il que, de ses deux torrents constitutifs, l'un, l'Oued-Sahel, finisse par ne plus couler, et que l'autre, le Bou-Sellam, se réduise à 500 litres? Parce qu'au nord du Bou-Sellam, le Babor, mur de i700 à 2000 mètres, arrête presque tous les effluves marins dans l'entonnoir de l'Oued- Agrioun; et parce qu'au nord de l'Oued-Sahel, un pan de 2000 à 2300 mètres accroche au passage les trombes qui ressuscitent éternellement le Sébaou. La barrière jurjurienne étant plus haute que la baborienne et, par surcroît, le val du Sahel étant beaucoup plus bas que celui du Bou-Sellam supérieur, la sécheresse du torrent d'Aumale dépasse encore celle du torrent de Sétif.

Le Bou-Sellam a 60 kilomètres de plus que le Sahel. Longtemps il erre, incertain de sa fin, et moins désireux, il semble, de s'unir du côté du nord à la Méditerranée que d'aller s'évaporer au midi dans l'ardente serre chaude du Hodna, qui entoure une lagune fermée.

Et certes cette dernière route lui serait incomparablement plus facile. La tradition nous raconte qu'il la suivit jadis, pendant toute une éternité de siècles; puis un marabout, thaumaturge éminent qui bénissait et maudissait au nom du Dieu « sans compagnons », étendit le bras vers le nord. Voulait-il punir les impies, les méchants, les insensés, les hautains à la nuque rebelle, ou combler de dons les sages, c'est-à-dire les simples, prosternés devant Allah en oraison continue? Toujours est-il que les monts du septentrion se fendirent, et que le Bou-Sellam, rebroussant chemin, se glissa dans

NOS COIOSIES

ta cassure. Depuis lors il s'y coule toujours, contorstonné comme un sei-pent dont la queue toucherait presque i^i chaque instant la léle.

Sa seule ville est Sétif; encore en passe-t-il à 2500 mètres à l'ouest; mais dès qu'il a «juilté le pays des Arabes de la plaine pour les gorges où vit le Berbère, de grands villages se penchent sur son

lit sans se mirer dans son eau trop rare ou trop rapide ou trop terreuse.

A 15 ou 18 kilomètres au midi du Magris (1722 mètres) où sourd son Bou-Seilam, Sétirest l'hyperboréenne et la torrlde, la neigeuse et la poudreuse, la riche et la pauvre.

La riclie, ou même très riche, après les hivers

0 (voy. p. IJ

- Itesiii ûa V. llidiner, d'après uiie photographie.

humides au bord de »es plaines ù blé; la pauvre, ou même très pauvre, après le passage de la sauterelle, après l'hiver sec qui lavit sur terre cl sous terre la sève dont se font les prairies, et dévore les moissons avant qu'elles se soient couronnées d'èpis. Or la pluie tombe rarement à point sur ce vaste entremont; tanlM 5O0 millimètres ou encore moins — alorsc'csllafamine, — tanlâl400, 500millimèlres< iiillîmétrcs, d'après 36 aiitii'es

— et cela j)eut sufitre. Ainsi les pueblos et pueblas du haut plateau d'I^spagne, dans leur camp» fauve dont les rios vont l'i des lagunas : là les Vieux ' et Nouveaux Castillans, les Léonais, les Eslrémaduriens interrogent le ciel comme les colons du l'Ialeau de Sétif, et te ciel souffle lanlôt le simoun des plaines, tanti^t la glaçante bise, et quelquefois la neige, mais presque jamais la pluie qu'ils implorent. De Sitifi, aussi nommée officiellement Coloniu Nerviana et Augusta Hartialis, les Romains firent

>l-.lkra. — Dessin Je Tiylor, d'aprts une photographie

ALGÉRIE

la ville de gouvernement d'une grande province, d*une Haurétanie qu'ils nommèrent la Sitifienne pour la distinguer de la Césarienne et de la Tingitane — celle-ci tout au bout des terres, sur TOcéan, ceinture du monde.

C'était, sa situation le veut, le centre de domination dans l'occident du Grand-Plan central des Numides; ou mieux, comme ce mot de domination dépasse de beaucoup la vérité, parce que les Baboriens, les hommes du Mont de Fer S les Libyens du Sud étaient toujours effervescents, c'était la place d'armes d'où partaient, où rentraient les colonnes chargées de maintenir la paix romaine au moyen de la guerre, à l'aide de cohortes qui n'étaient point toutes romaines. La « Ville », divisant pour régner, aimait à garder les Africains avec des Gaulois, des Sicambres, des Lusitaniens, des Sardes, des Illyriens, des Thraces, des Parthes; la Gaule, la Germanie, la Lusitanie, l'IIlyrie, la Thrace, avec des Africains; elle usait volontiers, dans chacune de ses provinces, de ce que nous pouvons nommer la « Cohorte étrangère ».

Sétif avait alors à peu près une lieue de tour, ainsi que le démontrait le pourtour de son enceinte militaire.

C'est du Turc, plutôt que de l'Arabe, que date sa décadence.

Quand les Français y passèrent pour la première fois. Tan d'après l'assaut de Constantine, ils y virent une source forte et pure ; un tremble antique au bord de la fontaine; sur ce tremble, arbre unique, le nid d'une famille de cigognes; des tronçons de la muraille de clôture et des débris sans forme et sans nom. C'était là tout Sitifi; plus, et très bien conservée, une de ces forteresses des Byzantins éphémères : ils en avaient couvert l'Afrique romaine, en toute hâte, car en ces temps la Numidie était rebelle (comme elle le fut toujours), et ces citadelles, ils les bâtissaient de pièces et morceaux; elles naissaient de l'éventrement même des villes qu'elles allaient défendre, des pierres du temple, des statues de l'atrium, des colonnes du jardin, des dalles de la nécropole.

Abandonnant enfin le plateau, le Bou-Sellam se glisse dans l'anfractuosité du Guergour, plus exactement Aguergour, mot qui paraît sortir de la même racine que celui de Jurjura, lequel, dans la bouche de diverses tribus kabyles, n'est point Jurjura, mais Ighergher. Igharghar aussi procède de là. Tout cela signifie : le mont raviné par les

i. Le Juijiirn.

torrents. Si ce nom témoigne des origines berbères communes à toute l'Atlantide, des ruines de thermes, notamment des colonnes non renversées encore, rappellent que les Romains eurent ici leur Ad Sa va.

Le mont Guergour, devant lequel le Bou-Sellam se tord en des gorges pleines des croassements de l'oiseau noir, est de ceux dont la rangée scinde le Tell oriental en deux compartiments, le frais et l'aride : en le franchissant, le torrent devient tout autre; la svlve lui distille des ruisseaux sous l'ombrage; chaque ravine, assemblant à millions les gouttes, s'ouvre sur sa rive avec un torrent; la roche, qui est de craie, lui pousse des sources par le bâillement des antres, et des lucarnes de maint azrou* les cascatelles tombent d'un bond dans le précipice, à moins que les Berbères ne les distribuent en ruissellements sur la pente de leurs jardins suspendus. .

Ainsi rajeuni, le Bou-Sellam boucle des promontoires sans nombre. Il arrive toujours au rendezvous de l'Oued-Sahel. 500 litres par seconde, voilà sa moindre consistance, tandis que l'Oued-Sahel est très souvent vide.

8° L*Oued-Sahel. — Celui-ci s'élance du Dira, de vingt gorges convergentes. En quelques sauts vers le nord il attrape Aumale, bourgade à 888 mètres, froide, continentale, brusque, inconstante comme Sétif.

Il s'appelle Torrent Noir, Oued-Lekhal, au pied du talus ({ui porte cette Auzia des Romains, dotée par les Arabes du nom poétique de Sour-Ghozian, le Rempart des Gazelles*. Aucun conquérant ne pouvait négliger entre le Jurjura et le Dira ce lieu très stratégique gardant Tune des grandes routes de l'est à l'ouest, de la Syrie à l'Océan marocain par les terres hautes, par Thévesle, Cirta, Sitifi, Auzia, Rapidi' et Tirinadi* d'où le chemin descendait du massif de Médéa dans la vallée du Chéliff. — De tout temps, toutes les voies entre l'orient et l'occident du Tell ont emprunté ce val ample au long duquel on avance de deux degrés et demi vers le couchant, soit de plus du septième de la distance entre la mer de Carthage et la mer de Tingis.

Le Torrent Noir, changeant bientôt de nom,

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