‹ La France éternelleChapitre 18 sur 66 · DEBOUT, LES MORTS · texte numérisé non relu

DEBOUT, LES MORTS

Le boche s'avançait, dans l'ombre épaisse et noire; 10 Le front bas, l'œil mauvais, et la vengeance au cœur; Il escomptait sur nous la facile victoire, Qui de nos positions le sacrerait vainqueur.

Les nôtres, pleins d'entrain, élevaient un barrage . . . Il pleuvait . . . L'eau glaciale sur les dolmans 15 Ruisselait; mais, debout sous l'orage,

Nos courageux soldats souriaient bravement.

Ils étaient cent, postés sur les premières lignes; Cent braves du midi, des gars à l'œil perçant; Le silence plissait leur bouche; et, tous, très dignes, 20 Attendaient l'ennemi, prêts à vendre leur sang.

Un formidable hourrah déchira le mystère De cette nuit d'octobre: « Allons, feu dans le tas! » Commanda le sergent. « Allons, faisons les taire! » Les hommes s'effondraient . . . tels les pins qu'on abat . . .

Mais le nombre eut raison des cœurs: Sous la

rafale, Les nôtres succombaient et mouraient en chargeant; « Feu, toujours, les enfants, tant qu'il reste une

balle!

Pour la France, toujours! » s'écriait le sergent.

5 Ce fut son dernier ordre aux « poilus » de Guyenne. Lourdement, il tomba sur le sol tout boueux, Lui suprême défenseur, luttant comme une hyène, Contre le boche haï, la haine dans les yeux.

Et l'aigle noir planait déjà sur la victoire, 10 Sur la tête de ceux que le nombre dompta,

Et qui râlaient sanglants sur un linceul de gloire, Dans cet affreux charnier, pêle-mêle, par tas.

Alors un jeune gars de la belle Provence Se dressa tout à coup dans un suprême effort, 15 Et portant dans son cœur tout l'espoir de la France, Cria d'une voix mâle: « Allons, debout les morts ! »

Et tous ces demi-morts, à cet appel sonore, Étreignant leur fusil, encore chaud du combat, Se dressèrent soudain pour saluer l'aurore 20 De la Revanche; alors le Teuton recula.

Les Morts avaient vaincu la race d'Attila !

Abbé A. Ç,

L'Image de la Guerre, Novembre 1915.

<f La route de l'éther de tombeaux se jalonne, Mais toujours on avance, et le progrès

est sûr.

Plus dur fut le combat, plus belle est la

couronne.

Encore quelque effort, et le triomphe est mûr. ))

Olivier Bournàc Vers les Astres

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