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LES PETITES FILLES DE PARIS A LEURS PETITES SŒURS ALSACIENNES

Paris, 18 décembre 1914.

A nos chères petites sœurs alsaciennes,

Notre maîtresse nous a lu le compte rendu de la 5 visite que le ministre de la Guerre vous a faite il y a quelques jours. Nous en avons été très vivement émues. Comme nous voudrions pouvoir nous envoler un peu dans votre petite école pour vous donner le baiser de vos petites sœurs françaises 10 de Paris ! Et comme nous vous apprendrions vite le français, si nous pouvions jouer avec vous. Nous savons bien, nous fillettes de douze ans, qui avons étudié l'histoire, dans quelles malheureuses circonstances notre chère province d'Alsace 15 est tombée sous la botte prussienne. Nous savons comment vos malheureux parents ont souffert il y a quarante-quatre ans. Mais maintenant, c'est notre général Joffre qui Fa dit, la France va vous rendre vos libertés; et il a ajouté: « C'est pour 20 toujours. »

Laissez-moi, au nom de mes compagnes, vous dire toute notre joie et notre fierté, car votre bonheur est l'ouvrage de nos pères et de nos frères, qui sont braves.

J'ai moi-même un frère qui a vaillamment combattu pour vous. Il est même blessé et prisonnier, mais nous sommes tous bien fiers de notre soldat. Et nous attendons la victoire définitive de l'armée S française, avec le retour des nôtres. Et vive la France ! Vive l'Alsace !

Toutes mes compagnes me chargent de vous embrasser bien fort.

Marcelle Malvazel

175, rue Championnet

Ce serait une grande joie pour nous si l'une

10 d'entre vous nous envoyait un petit mot. Si vous

ne parlez pas le français, cela ne fait rien, nous vous

comprendrons tout de même, parce que nous vous

aimons bien.

Maurice Barrés

La Croix de Guerre, Emile-Paul, Éditeurs, Paris.

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