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ORDRE DE MOBILISATION

Extrême Urgence Premier jour de la mobilisation: dimanche 2 août.

... Le soir du 2 août, les tambours battent, les clairons sonnent, le tocsin retentit dans le plus humble village. Le crieur lit l'ordre que les habitants des villes lisent sur les murailles. Tous, de 20 la ville et des champs, savent les idées de liberté

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de la France, sa volonté de paix; tous comprennent la menace de l'Allemagne dominatrice, tous déclarent avec résolution que c'en est assez, qu'il faut en finir. D'un élan sublime tous quittent leurs 5 pères et leurs mères, leurs femmes, leurs enfants, leurs maisons, leurs terres, leurs travaux, vont prendre les armes pour assurer le salut de la patrie. L'événement formidable de la mobilisation se passe avec un ordre inouï, une célérité extraordi-

10 naire, une volonté implacable. On illumine, on pavoise dans les dépôts, dans les casernes. Les gares, les voies ferrées, les ponts sont gardés par les soldats de la territoriale; les soldats de l'active passent, tous aux portières des wagons, jetant à

15 l'espace mystérieux leurs cris de guerre et d'espoir. Si le visage des mères, des femmes, des sœurs, au moment de l'adieu exprime l'émotion qui étreint les cœurs, la physionomie des soldats, martials de vaillance et d'audace, garde sa force et son ardeur.

20 L'émotion du sacrifice, elle est dans ce mot d'une mère disant à sa fille après le départ du train: « A présent, nous pouvons pleurer. »...

Ce ne sont pourtant pas des soldats de métier, comme en Allemagne, qui sont ainsi rassemblés,

25 qui arrivent librement, le sac à la main, la musette à l'épaule. Ce sont, venus de partout, des ouvriers, des paysans, des employés de commerce et de banque, des artistes, des écrivains, des professeurs, des instituteurs, des avocats, des notaires, tous les

30 états confondus, réunis, soudés, unanimes, et aussi des fils de la bourgeoisie, la jeunesse élégante qui réclame sa part de responsabilités et de dangers.

Que font-ils, que disent-ils, que crient-ils tous, s'arrachant aux poignées de mains des hommes, aux étreintes des femmes?

D'une même voix, d'une même clameur, ils chantent la Marseillaise. C'est l'arme sacrée qu'ils saisissent instinctivement au moment d'aller offrir leur vie à la France. La Révolution leur a laissé son hymne, celui que les soldats de l'an II lançaient en coup de foudre contre l'Europe en armes:

IO

Allons, enfants de la patrie, Le jour de gloire est arrivé!

. . . L'émotion monte, une sorte d'attendrissement, qui est d'une nation amoureuse de son sol et de sa vie libre, se fait jour à travers les invo- 15 cations pathétiques et les appels virils:

Amour sacré de la patrie, Conduis, soutiens nos bras vengeurs !

Liberté, liberté chérie, Combats avec tes défenseurs !

20 Ainsi jusqu'au dernier couplet, si magnifique, la strophe des enfants, qui contient toutes les fiertés et tous les serments:

Nous entrerons dans la carrière Quand nos aînés n'y seront plus; 25 Nous y trouverons leur poussière

Et la trace de leurs vertus.

Bien moins jaloux de leur survivre Que de partager leur cerceuil,

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Nous aurons le sublime orgueil De les venger ou de les suivre.

Et toujours le refrain aux ailes puissantes sort des bouches humaines, s'exalte aux cuivres des 5 clairons, aux battements des tambours:

Aux armes, citoyens! Formez vos bataillons I

Marchons, marchons, Qu'un sang impur abreuve nos sillons! . . . La France héroïque et ses Alliés. Librairie Larousse, Paris.

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