JOFFRE, MARÉCHAL DE FRANCE
La gloire impérissable de Joffre sera d'avoir été le grand organisateur de la victoire de la Marne. On a trop complaisamment prononcé le mot de miracle pour expliquer et pour définir
S l'admirable opération par laquelle le généralissime a emporté la décision sur un ennemi innombrable, au cours des mémorables journées de septembre 19 14. Le « miracle » est fait de la science du général et de la bravoure des soldats. Rien de
10 plus. Mais cela suffit à gagner des batailles et Joffre gagne sa bataille . . .
Le ier septembre, Joffre qui avait installé son grand quartier général à Bar- sur- Aube, avait assigné au mouvement de repli qu'exécutaient ses
15 armées la limite extrême de la Seine, de l'Aube et de la région du nord de Bar-le-Duc. Cette ligne, soulignaient ses ordres, ne devait être atteinte que si l'on y était contraint.
Chacun a présent à la mémoire l'ordre du jour
20 sublime que Joffre adressa à ses troupes le 6 septembre . . .
L'heure est grave en effet. De l'autre côté de la ligne de feu, le haut commandement allemand avait porté à la connaissance de ses troupes, un
25 ordre qui déclarait:
« J'attends de chaque officier et soldat, malgré les combats durs et héroïques de ces derniers jours, qu'il accomplisse son devoir entièrement jusqu'à
son dernier souffle. Tout dépend du résultat de la journée de demain, »
Ainsi, aux yeux de tous, Français et ennemis, la journée du 6 septembre devait être décisive. S Pour Jofïre, ce fut l'heure du génie.
« Il avait décidé, rappela Maurice Barrés dans un magistral article, il avait décidé de prendre du champ, de sacrifier une large zone du territoire national, et de se replier sur les points qu'il con- 10 naissait et jugeait les plus favorables, pour reprendre de là, à son heure, l'offensive générale.
Ah! penser cela et avoir la force morale de l'exécuter, sous le regard des rivaux, des soldats et des chefs politiques qui pourraient ne pas com- 15 prendre, c'est bien beau. Songez aux qualités de caractère qu'il fallait que cet homme possédât ! ... »
Il est vrai.
Joffre a du caractère et il sait ce qu'il veut. 20 Bien mieux encore, il sait communiquer sa confiance et c'est la plus grande force et c'est l'honneur d'un chef . . .
L'arrêt de la retraite, puis l'offensive déclanchée par Joffre anéantissent le rêve germanique. « Le 25 cœur lourd » — c'est le terme même d'une relation allemande — le général von Klùck qui pensait défaire les armées françaises et anglaises lança l'ordre de retraite générale vers le nord. La partie était perdue pour lui. Paris était dégagé. 30 La France était sauvée.
Contamine de Latour Jojjre. Picart, éditeur, Paris.
Les Grands Chefs 179