PÉTAIN, MARÉCHAL DE FRANCE
La longue bataille de Verdun est un des épisodes les plus tragiques et les plus glorieux de cette guerre; c'est aussi un de ceux qui contribuèrent le plus puissamment à la victoire française, car c'est là que 5 commença l'épuisement définitif de l'armée allemande et que son prestige fut le plus rudement entamé.
Pendant des mois et des mois, l'armée française, avec une volonté indomptable, une endurance sur-
10 humaine . . . tint tête, au milieu d'une véritable fournaise, sous un incessant ouragan de fer et de feu, bravant la pluie de projectiles, les gaz asphyxiants, les liquides enflammés, à la plus sauvage ruée qu'on eût pu imaginer . . .
15 L'âme de cette inoubliable résistance fut le général Pétain.
Dès le premier jour, il avait dit: « Ils ne passeront pas! » Et ils ne passèrent pas . . .
Au moment où commença la gigantesque lutte,
20 le général Pétain se trouvait dans un camp de l'arrière-front. C'est là que le toucha l'ordre du général de Castelnau. La situation devant Verdun était « délicate », suivant l'euphémisme officiel dont on se servit alors. A la vérité, elle était de
25 la plus grande gravité, la première poussée de l'ennemi ayant emporté nos ouvrages de défense. Pétain savait la lourdeur de la responsabilité qu'il assumait, l'ingratitude de la tâche. Pas une
seconde, il n'hésita, tant l'idée du devoir absolu fait partie de sa nature même.
Pendant cinq jours et cinq nuits, consécutivement, sans prendre de repos, il inspecte, se rend
5 compte, donne des ordres, établit ses dispositions, trace sa ligne générale de résistance par Vaux, Douaumont, le Mort-Homme . . . Telle est la réputation qui l'environne, telle est l'influence qu'il exerce que, dès son arrivée, la confiance qui
10 n'a jamais quitté l'âme du soldat se transforme en
une certitude de victoire. Comment vaincra- t-on ?
On n'en sait rien; mais on sait que l'on vaincra.
On rapporte le dialogue suivant, qui eut lieu
le soir même de l'arrivée du général à Verdun.
15 L'un des généraux appelé au téléphone demande:
— Qui est à l'appareil ?
— Moi, Pétain.
— Ah! vous êtes ici, mon général?
— Oui, je prends le commandement.
20 — Alors, tout ira bien.
De même que les soldats de Napoléon disaient: « Moi aussi, j'étais de la Grande-Armée », ceux qui ont passé par Verdun disent aujourd'hui avec orgueil, en montrant leur fourragère et leur croix:
25 — Moi aussi, j'étais de l'armée de Pétain !
Tel est le sentiment qu'inspire ce grand chef à tous ses subordonnés, les plus humbles comme les plus hauts. Avec cette affection unanime, on peut accomplir de grandes choses.
30 En quelques jours, le général multipliait les lignes de défense, les emplacements de batteries, les abris, les cantonnements, les canalisations, et,
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travail plus considérable encore, il construisait un réseau de voies ferrées qui peut passer pour un modèle et qui a rendu d'inappréciables services pendant tout le temps qu'a duré la menace de
5 Verdun. En arrière des premières lignes, un prodigieux chantier transformait le terrain en un vaste camp retranché. Désormais, l'ennemi pouvait multiplier ses assauts sur la rive droite comme sur la rive gauche de la Meuse. Il trouverait le
10 chemin partout barré. Pétain avait dit: «Je veux les battre là » et il n'entendait pas qu'il en fût autrement.
L'ennemi, en effet, essaya à plusieurs reprises, coup sur coup et presque sans désemparer, de
15 poursuivre ses premiers avantages. Chaque fois, il fut repoussé et ses élans brisés malgré leur âpreté. La lutte fut épouvantablement dure le 9 avril. L'ennemi avait décidé, coûte que coûte, d'en finir ce jour-là et d'enfoncer nos lignes. Pour
20 cela il n'avait épargné ni ses projectiles les plus monstrueux, ni les sacrifices de vies humaines . . . Nos admirables hommes, bien que fatigués par un mois et demi d'effroyable tension, soutenus par leur amour de la patrie et leur foi en leur chef,
25 eurent encore raison de cette attaque désespérée. L'ennemi, à bout de souffle, dut avouer sa défaite; et le général Pétain eut la fierté de lancer le vibrant ordre du jour qui contenait sa phrase fameuse, cette phrase dont l'écho retentit alors dans le
30 monde entier comme une promesse formelle de victoire définitive, qui le remplit d'allégresse, et qui, depuis, s'est si merveilleusement réalisée!
« Le 9 avril est une journée glorieuse pour nos armes. Les assauts furieux des soldats du Kronprinz ont été partout brisés: fantassins, artilleurs, sapeurs, aviateurs de la 2e armée ont rivalisé d'héroïsme. Honneur à tous! Les Allemands attaqueront sans doute encore. Que chacun travaille et veille pour obtenir le même succès qu'hier ! Courage! . . . on les aura! »
Et on les a eus.
Pétain. Picart, éditeur, Paris.
Contamine de Latour