‹ La France illustréeChapitre 220 sur 301 · AvEYRo.N, l'« Liv · texte numérisé non relu

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coupées à pic du côté de la rive gauclie de l'Aveyron, tandis qu'à ["opposite elles s'abaissent par une pente douce. l'arlout elles présentent l'image de la solitude et de la stérilité, et l'on peut parcourir de longs espaces avant de pouvoir découvrir quelques hameaux, ordinairement entourés de quelques petites cultures de seigle ou d'avoine. On erre à travers d'immenses pacages oîi dominent la fougère, l'ajonc épineux et les genêts; on ne trouve des arbres que dans les vallons. Le Levezou, qui a ■1,098 mètres, est le point culminant du département Au-dessus de Millau, le Tarn sépare les beaux vignobles de Compeyre d'une contrée dont l'aspect est on ne peut plus agreste. La chaîne des rochers calcaires qui suit la rive droite de la Dourbie jusqu'à l'embouchure de cette rivière dans le Tarn présente un grand nombre de belles grottes.

Les montagnes situées au sud du Tarn sont un prolongement desCévennes; elles renferment d'immenses carrières de schiste, de plâtre et d'argile. A l'est se présente un vaste plateau calcaire de plus de 120 kilomètres carrés, appelé le Larzac, qui s'unit au sud-ouest avec les montagnes de Lacaune cl au sud avec les Cévennes. Ce plateau, dont le point culminant atteint 921 mètres (au sud de Nanl), offre de hautes plaines stériles où l'on peut faire des lieues entières sans rencontrer une maison, un arbre, un filet d'eau ; elles nourrissent cependant un grand nombre de bètes à laine dont le produit suffit à l'existence des habitants. C'est dans les montagnes isolées qui se rattachent au Larzac que se trouvent les grottes de Roquefort.

Toutes ces montagnes du département sont séparées les unes des autres par quatre vallées principales où coulent le Tarn, l'Aveyron, le Viaur et le Lot.

Le département de l'Aveyron est un des plus grands de la France; sous le rapport de l'étendue, il occupe le sixième rang. Sa superficie est de 874,352 hectares. Le sol se divise, d'après sa nature, en pays de montagnes, 120,000 hectares; pays de bruyères ou de landes, 15,638; sol de riche terreau, 36,000; sol calcaire, 259,445; sol de gravier, 28,000; sol pierreux, 40,912; sol sablonneux, 18,000 hectares.

Hydrographie. — Le département de l'Aveyron appartient au grand bassin de la Garonne ; le sol, inégal et montueux, n'a qu'une pente générale de l'est à l'ouest, commune aux diverses vallées

qui sillonnent parallèlement sa surface. 11 est arrosé par le Lot et la Truyère, l'Aveyron et la Viaur, le Tarn et la Sorgue et par un grand nombre de. petites rivières, de torrents et de ruisseaux ; mais la plupart de ces derniers, considérablement accrus par la fonte des neiges, tarissent dans les grandes chaleurs.

L'Aveyron, qui donne son nom au département, prend sa source à 250 mètres au sud-est de Sévérac-le-Château. Cette rivière, d'abord très faible, se dirige de l'est à l'ouest, passe à Gailhac, Palmas, près de laquelle elle reçoit la Serre, près de Laissac, à Montrozier, à Rodez, à Belcastel, à Compolibat, à Villefranche, où elle court du nord au sud, par une pente très rapide, jusqu'à sa jonction avec le Viaur; à Monteils, à Saint-Martin-de-Laguépie, où elle quitte le département, après avoir arrosé Najac ; elle dirige alors son cours de l'est à l'ouest et sert de limite entre le département de Tarn-et- Garonne et celui du Tarn; elle arrose Varen et Saint-Antonin, passe à Bruniquel, Montricoux, Négrepolisse, Réalville, et se jette dans le Tarn à peu de distance de Moissac, après un cours de 240 kilomètres. L'Aveyron ne commence à être navigable qu'au-desssus de Négrepelisse. '

La Viaur a sa source près de celle de l'Aveyron, à 4 kilomètres de Vézins, dirige son cours de l'est au sud-ouest ; passe au Pont-de-Salars, à Sainte- Juliette, Saint-Just, où elle sert de limite naturelle au département de l'Aveyron et à celui du Tarn, et se jette dans l'Aveyron, à Laguépie, au-dessous de Najac, après un cours d'environ 100 kilomètres. Elle a pour affluents le Violon, le Lieux, le Lezert et le Jaoul, grossi du Rieucros.

Les autres affluents de l'Aveyron sont l'Alzou, la Serre et la Sérène.

Le Lot naît dans la montagne du Goulet (Lozère), à 1,300 mètres d'altitude, au sud-ouest de Bleymard (Lozère), coule de l'ouest à l'est, entre dans le déparlement de l'Aveyron à Saint-Laurent-de- Rive-d'Olt, où il se dirige de l'est au nord-ouest; arrose Saint-Geniez-de-Rive-d'Olt, Sainl-Côme, Espalion, Estaing, Enlraygues, où il est navigable et reçoit la Truyère; change de nouveau de direction, coule du nord-esl au sud-ouest, sépare le département de l'Aveyron de celui du Lot et, près de Salvagnac, pénètre dans ce dernier, puis dans celui de Lot-et-Garonne, où il va se jeter dans la Garonne, à Aiguillon, après un cours total de 481 kilomètres, dont 303 navigables. La partie na-

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vigable du Lot dans le département est de 87 kilom.

La Truyère a sa source sur le versant occidental de la Margeride, près de Villedieu, dans les montagnes de la Lozère ; elle dirige son cours du sud au nord, passe à Serverette, à Malzieu, dans le département de la Lozère ; entre dans celui du Cantal, qu'elle traverse dans sa partie sud-est; sépare un instant ce département de celui de l'Aveyron, dans lequel elle entre à Laussac en se dirigeant du nordest au sud-ouest, et se jette dans le Lot, à Entraygues, après avoir reçu dans le département l'Argence, la Bromme, grossie du Sinicq; le Goul et la Selves, grossie du Selvet. Son cours est d'environ 175 kilomètres. Les autres affluents du Lot sont, dans le département, la Menepeyre, la Boralde, le Mardon, le Merdenson et le Dourdou.

Le Tarn, dont le cours est de 373 kilomètres, descend du mont Lozère, où il prend sa source à une altitude de 1,600 mètres, et entre dans le département de l'Aveyron au milieu de montagnes couronnées d'énormes rochers , un peu au-dessous dePeyrelau; couledunord-est au sud-ouest; passe à Compeyre et près de Millau, d'où il prend sa direction de l'est au sud-ouest ; passe près de Saint- Rome-de-Tarn, à Broquès, à Brousse; entre dans le département auquel il donne son nom, puis dans ceux de la Haute-Garonne et de Tarn-et-Garonne, où il va se jeter dans la Garonne, près de Saint- Nicolas-de-la-Grave. Dans le département de l'Aveyron, le Tara s'est creusé un lit profond; ses bords sont très élevés, dominés par des rochers abrupts, et les vallons où il coule se couvrent, en automne et en hiver, de brouillards épais. Le principal affluent du Tarn dans le département est le Dourdou, qui a 50 kilomètres de cours; il est formé par la réunion de la Sorgues, qui prend sa source près de Cornu et de plusieurs ruisseaux torrentueux ; passe à Saint-Maurice , Saint-Félix , La Peyre-de-Sorgues, Saint-Affrique et Saint-Izaire. M. A. Monteil fait remarquer que la Sorgues, d'abord bienfaisante, féconde les terres qu'elle arrose, mais que, après avoir reçu les eaux corrosives du petit ruisseau de Berlières , cette rivière rend stériles tous les terrains qu'elle baigne.

Les autres affluents du Tarn dans le département sont l'Atrance, le Ceruon, le Menson et la Dourbie ; cette dernière, qui a environ 40 kilomètres de cours et passe à Nant, se jette dans le Tarn vis-à-vis de Millau.

Les lacs ne sont pas nombreux dans l'Aveyroa ;

le pays est plutôt sec qu'humide. Nous citerons le lac de Saint-Andéol , il a 2,378 mètres environ de circonférence ; le lac de Bar et des Petit et Grand Salien, plus petits que les premiers; ils sont tous situés sur les plateaux d'Aubrac.

Violes de couiniiinicatlon. — Le déparlement de r.\veyron est traversé par 8 routes nationales, d'une longueur de 580 kilomètres; par 16 routes départementales, 772 kilom.; par 21 chemins vicinaux de grande communication, 757 kilom.; par 62 chemins vicinaux d'intérêt commun, 1,552 kilom., et par 850 chemins vicinaux ordinaires, ayant un développement de 3,200 kilom. (1879).

La principale ligne qui le traverse, dans sa partie occidentale, appartient au grand réseau d'Orléans; c'est celle de Paris-Orléans-Toulouse; elle y pénètre après avoir traversé le Lot, à Capdenac, à 599 kilomètres de Paris, et dessert successivement les stations de : Naussac, Salles-Courbatier, Villeneuve , Villefranche-de-Rouergue ( 628 kilomètres de Paris, 507 kilomètres d'Orléans), Monteils, Najac, à 6 kilomètres de laquelle la ligne pénètre dans le département de Tarn-et-Garonne.

A son entrée dans le département de l'Aveyron, après avoir franchi le Lot, cette même ligne principale envoie un embranchement sur Rodez; c'est la ligne de Capdenac-Rodez, dont les stations sont: Saint-Martin-de-BouilIac, Penchot, Viviez, d'où un tronçon de 3 kilomètres gagne Decazeville , Aubin, Cransac, Auzits-Aussibals, Saint-Christophe, Marcillac, Nuces, Salles-la-Source et Rodez (663 kilomètres de Paris, 542 kilomètres d'Orléans). Cette ligne est prolongée jusqu'à Béziers (Hérault), en desservant, dans le département : Gages, Bertholène, Laissac, Lugans, Gailhac, Recoules, Sévéracle-Chàteau, Quezaquet, Aguessac, Millau, Peyre, Saint-Georges-de-Lusençon,Saint-Rome-de-Cernon, Tournemire, avec embranchement de 15 kilomètres sur Saint-Affrique, Saint-Jean-et-Saint-Paul, Lauglanet et Montpaon.

D'autres lignes sont à l'étude ou en construction, telle est celle de Rodez à Carmaux, et celle d'Albi à Saint-Affrique, etc.

Climat* — Le département de l'Aveyron appartient à la région climatérique dite du climat girondin ou du sud-ouest. Le ciel est beau et pur, l'air y est très sain; mais la température varie selon la plus ou moins d'élévation du sol, suivant l'exposi-

tion au midi ou au nord. L'hiver se fait sentir près de six mois sur les plateaux, ainsi qu'à l'extrémité du Levezou, où la neige tombe en abondance et ne fond que difficilement. Le climat est généralement plus chaud dans la région orientale, où sont situés tous les vignobles du département ; les récoltes sont tardives, et il n'est pas rare d'en voir quelques-unes se faire en septembre. Les vents sont très impétueux, surtout celui du sud; celui d'ouest souffle le plus fréquemment.

Productions naturelles. — Le nord du département appartient à la région naturelle dite du plateau central, tandis que le sud appartient à la région des Causses, ou terres calcaires; la première offre des terrains primaires et de formation ignée; la seconde offre des plateaux secs et horizontaux de calcaire jurassique. Il y a peu de pays où la nature du sol soit plus variée que celle du département de l'Aveyron. Les terres granitiques, schisteuses, micacées, talqueuses, volcaniques, tourbeuses se partagent le sol montueux. Dans les plaines et les vallées se montrent alternativement le calcaire, le rougier, le grès, les marnes, lesalluvions. Le Rouergue a été autrefois plus abondant en produits minéraux exploités qu'il ne l'est aujourd'hui. On y connaît des traces d'argent à Orsals, près du Minier; à Taussac et à Saint-Jeand'Aigremont; des gisements de cuivre à Villeneuve, Villefranche, Najac, Génomes; de plomb à Brusque, à Mélagues, à Sylvanès ; de zinc sulfuré à Cespières ; de zinc sulfaté entre Grand-Vabres et Saint-Parthem ; d'antimoine à Busseins; de mercure au Minier ; le fer se présente en abondance dans ses diverses combinaisons et forme d'immenses assises à Decazeville, à Cransac, etc. G'est un des plus riches départements de la France en mines de houille ; on connaît l'importance de celles d'Aubin, de Viviez, de Gransac, de Decazeville et de Rodez. La tourbe recouvre les plateaux marécageux des montagnes, la chaux, le gypse, le marbre, le porphyre, la serpentine, la pierre ollaire, l'ardoise , les minéraux alunifères , le kaolin , les marnes, l'argile plastique, constituent aussi de puissantes couches au milieu des terrains. Il y a des sources d'eaux minérales à Gransac, Sylvanès, Camarès, Gabriac, Pont-de-Salars, Roquetaillades, Vimenet, Gonnac, Lavergne,Pragues, au Pont, près de Marcillac, etc.; elles sont ferrugineuses, salines, gazeuses ou sulfureuses.

Les récoltes en céréales sont à peine suffisantes pour les besoins de la consommation locale; tout le pays situé sur la rive droite du Lot ne produit que du seigle et de l'avoine; celui compris entre l'Aveyron et le Tarn donne un peu de froment, mais beaucoup plus de seigle et d'avoine; il en est de même de Villecomtal, Villeneuve, etc. Au nord d'Aubin, on trouve la petite plaine de Livignac, dont la fertilité est si grande qu'on peut cultiver en plein champ les plantes les plus délicates des jardins. Dans la partie orientale du département, on trouve de très grandes fermes, dans lesquelles on compte jusqu'à cinquante personnes et vingtcinq paires de bœufs. Presque tous les coteaux des montagnes schisteuses de Rieupeyroux, de la Selve, de Salles-Guran et du Levezou sont couverts de vignes qui, dans quelques parties, sont plantées tellement en pente, qu'on est obligé d'en soutenir les terres par des murs. A l'exception des vignobles de Lancedat, d'Agnac, de Gradels, de Gruon, de Varens, qui donnent d'agréables vins rouges d'ordinaire, et quelques coteaux des environs de Marcillac, les vins de l'Aveyron sont de médiocre qualité et ont un goût de terroir désagréable pour ceux qui n'y sont pas habitués; la récolle annuelle est évaluée à environ 300,000 hectolitres. En 1874, la production a été de 346,425 hectolitres , estimés à 7,794,562 francs; en 1875, elle était de 517,949 hectolitres, et en 1877 de 346,891 hectolitres seulement. Le jardinage offre quelques ressources aux environs des villes; mais il pourrait atteindre, à l'aide des nouvelles méthodes, une perfection plus grande. Entre Peyrusse et Asprières commencent des trufîières, qui se continuent dans la partie occidentale du département. Les prairies occupent un assez grand espace dans la partie du nord ; le centre et le sud en offrent progressivement moins. La plus grande partie des terrains montagneux servent de pâturages, et l'importance d'une montagne se juge d'après le nombre de vaches qu'elle peut nourrir. Parmi les arbres à fruits, les pruniers et les châtaigniers tiennent le premier rang; ils sont principalement cultivés dans les pays de vignes et dans les terres à seigle, et nourrissent les habitants de l'Aveyron une partie de l'année. On compte plus de vingt sortes de châtaignes; les plus estimées sont les marrons, les savoyes et les Gênes. La culture du mûrier va se propageant de jour en jour. On recueille dans certaines localités des champignons d'excellente qua-

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lité. Le chêne, le hêtre, le sapin et l'alisier sont les essences dominantes dans les forêts; les principales sont celles des Palanges, de Rigambal et d'Aubrac; cette dernière, dont on évalue la superficie à 6,000 hectares, est la plus remarquable de toutes ; elle se compose exclusivement de hêtres et d'alisiers.

Le département élève un assez grand nombre de chevaux dont la race , naguère dégénérée, commence à s'améliorer; on élève des mulets de belle taille qui se vendent en partie pour l'Espagne. L'abondance des pâturages a fait multiplier l'espèce des bêtes à cornes; on les tire du Cantal; celles du pays sont moins fortes. Les chèvres et les porcs sont en grand nombre; l'espèce des bêtes à laine est, en général, assez belle, et les moutons du Larzac sont renommés pour la délicatesse de leur chair et la finesse de leur toison ; c'est avec le lait des brebis, auquel on ajoute un peu de lait de chèvre, que se préparent les excellents fromages connus sous le nom de fromages de Roquefort; mais leur qualité dépend surtout des grottes ou caves dans lesquelles on les conserve.

Les loups et les renards sont nombreux dans les montagnes. Les forêts nourrissent peu do gros gibier; les lièvres et les lapins sont très communs dans les landes, et le gibier ailé est assez abondant dans la saison. Les serpents sont très multipliés, notamment dans les environs de Sylvanès ; on distingue la couleuvre terrestre et aquatique, la vipère, le serpent à collier et l'orvet. Les rivières sont assez poissonneuses; elles fournissent principalement des anguilles, des truites et des écrevisses.

Industrie agricole» niamifacturièrc et coniniercîale. — Le département de l'Aveyron est un département d'industrie agricole et dont la source principale de richesse est l'élève des bestiaux. L'agriculture s'y est beaucoup améliorée depuis 1789; les prairies artificielles y sont très nombreuses. Les bœufs sont presque exclusivement employés au labour. On se sert de chevaux pour le battage des grains.

La superficie du département se partage en superficie bâtie et voies de communication, 35,065 hectares, et en territoire agricole, 839,268 hectares. Ce dernier se subdivise lui-même en : céréales, 168,297 hectares; farineux, 75,537; cultures potagères et maraîchères, 2,883; cultures industrielles,

2,414; prairies artificielles, 31,616; fourrages annuels, 2,031; autres cultures et jachères, 114,942; vignes, 23,310; bois et forêts, 10,;i'i3; prairies naturelles et vergers, 74,400 ; pâturages et pacages, 115,151 ; terres incultes, 150,943 hectares.

Aux premiers rangs, dans l'industrie agricole du pays, figurent l'engrais des bestiaux, la fabrication des fromages, la production des laines et l'élève des chevaux.

Les industries métallurgiques de l'Aveyron ont pris, depuis quelques années, un grand accroissement. Au premier rang, il faut placer les fonderies de fer de Decazeville. L'extraction et le raffinage de l'alun, ainsi que la production du sulfate de fer, sont aussi d'une importance notable pour le pays. Les exploitations de houille pour l'alimentation des usines locales sont considérables. Il existe dans rarrondis.sement de Villefranche des fonderies de cuivre rouge et jaune qui alimentent une fabrication assez étendue de chaudrons, de chandeliers, de cloches. Le tissage des toiles grises, la fabrication des trames , celle des feutres pour la papeterie ont quelque importance, beaucoup moins cependant que la fabrication des étoffes de laine. Des ateliers pour le filage de la soie commencent à s'établir. La filature, le tissage et la bonneterie de coton ont de l'importance dans l'arrondissement de Saint-Affrique. On doit mentionner encore, parmi les industries notables : la tannerie, la mégisserie, la chamoiserie, la ganterie, la papeterie, la chapellerie, la teinturerie, la tonnellerie. L'exportation des produits agricoles dépasse, année moyenne, 6,000,000 de francs, dans lesquels les fromages de Roquefort, de La Guiole et de L'Étang, près de Saint-Saturnin, figurent pour 1,200,000 fr. Les autres objets de l'exportation sont : les bestiaux, les mulets, la soie, les cocons, les draps communs, les cadis, la flanelle, les toiles de chanvre très estimées, les cuirs, les peaux passées, les gants, le fer, le cuivre battu, la chaudronnerie, la clouterie, le bois merrain, la bougie, la chandelle, le papier, les couvertures de laine, la verrerie, les truffes, les champignons, la houille, l'alun et les châtaignes. L'importation consiste en grains, farines, étoffes et objets de luxe et de mode.

Le nombre des foires est de 580 ; elles se tiennent dans 165 communes et durent 596 journées ; les principaux articles de commerce sont ceux qui ont été énumérés plus haut.

Division politique et administrative. — Le département de l'Aveyron a pour chef-lieu Rodez; il comprend 5 arrondissements, 43 cantons, 301 communes; le tableau que nous donnons plus loin les fera connaître. Il appartient à la région agricole du sud-ouest.

Le département forme le diocèse d'un évêché, suffragant de l'archevêché d'Albi et dont le siège est à Rodez. Il y a un grand séminaire à Rodez et des petits séminaires à Saint-Pierre-sous-Rodez et à Bclmont. Le diocèse comprend 5 cures de première classe, 46 de seconde, 617 succursales et 237 vicariats.

Il y a une église consistoriale protestante à Saint-AfTrique; elle se divise en cinq sections : de Saint-Affrlqiie, de Millau, de Camarès, de Saint-Jean et de Carmes.

Les tribunaux de première instance des cinq chefs-lieux d'arrondissement, et les tribunaux de commerce de Rodez, de Saint-AITrique, de Saint- Geniez et de Millau sont du ressort de la cour d'appel de Montpellier.

Sous le rapport de l'instruction publique, le département dépend de l'académie universitaire de Toulouse; Rodez a un lycée, Millau et ViUefranche des collèges communaux; le département comprend encore 8 institutions secondaires libres et 1,-2'JI écoles primaires.

Il y a à Rodez une école normale d'instituteurs; cette ville possède une école pour les sourds-muets et les jeunes aveugles, une Société savante, celle des lettres, sciences et arts de l'Aveyron.

Le département fait partie du 16° corps d'armée et de la 16" région de l'armée territoriale, dont l'état-major est à Montpellier; Rodez est le siège d'une subdivision de région.

La compagnie de gendarmerie départementale appartient à la 16" légion, dont l'état-major réside à Monipellier.

L'Aveyron dépend de l'arrondissement minéralogique de Rodez, appartenant à la région du sudouest et comprenant les départements du Lot, de Tarn-et-Garonne, du Tarn et de l'Aveyron.

11 fait partie de la 8" inspection des ponts et cliaussécs , dont le siège est à Montpellier , et il II 28" arrondissement forestier, dont le conserva- Icuf réside à Aurillac.

Enfin, il compte 64 perceptions des finances, et les contributions et revenus publics atteignent 14,000,000 de francs.

HISTOIRE DU DÉPARTEMENT

Avant la conquête romaine, le Rouergue (aujourd'hui le département de l'Aveyron) était habité par les Riitheni, ainsi appelés de leur idole Ruth, sorte de Vénus celtique dont le culte subsistait encore au v" siècle de notre ère. Nation puissante, les Ruthèncs avaient trois cités principales : Segodun , en langue celtique montagne à seigle (Rodez); Condatemag, ville du confluent (au quartier d'Embarri, près de Millau), et Carentomag , ville des parents (Caranton). Sur tous ces points on a découvert des ossements, des monnaies, des médailles, des poteries et d'autres objets d'art et d'industrie qui semblent confirmer la position de ces trois cités gauloises. Voisins et alliés des Arvernes, les Ruthènes les suivirent dans leurs expéditions au delà des Alpes et combattirent dans leurs rangs pour l'indépendance nationale. Betultich ou Bituit, chef des Arvernes, comptait dans son armée vingt-deux mille archers ruthènes, lorsque, joint aux Allobroges, il marcha contre le consul Quintus Fabius Maximus et lui livra bataille au confluent du Rhône et de l'Isère, l'an 121 avant notre ère. On sait que l'armée confédérée fut vaincue et qu'une partie du pays des Ruthènes se trouva comprise, sous le nom de Ruthènes provinciaux, dans la Provincia romana, qui s'étendit jusqu'au Tarn. On appela Ruthènes indépendants ceux qui habitaient sur la rive gauche de cette rivière; mais ces derniers ne tardèrent pas à subir le sort de leurs frères. Ayant pris part à l'héroïque révolte de Vercingétorix contre César, ils furent vaincus et soumis. Dès lors, comme le reste de la Gaule, tout le pays des Ruthènes rentra sous la domination romaine. Dans la division des Gaules par Auguste, il fut compris dans l'Aquitaine, et dans l'Aquitaine première sous Valentinien. Rome y établit des colonies, y bâtit des temples, des cirques, des aqueducs; des voies publiques sillonnèrent le pays dans tous les sens. Au V siècle, on y parlait la langue latine.

Ce fut, dit-on, saint Martial qui, le premier, vint prêcher l'Évangile aux Ruthènes , en l'an 250. Au IV" siècle, les chrétiens étaient déjà nombreux dans le Rouergue. Cependant, au v" siècle, Ruth, la divinité celtique, y était encore adorée. Saint Amans entreprit de convertir ce peuple. « Un jour que celui-ci sacrifiait à Ruth, dit un historien, Amans apparut et il lui reprocha son impiété et ses excès; mais, voyant qu'au lieu de se rendre aux

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Cathédrale de Rodez

cfTorls de son zèle il entrait en fureur contre lui, il invoqua le Seigneur, et tout à coup d'épaisses nuées s'amoncellent, le tonnerre gronde, éclate, et l'odieux simulacre tombe en pièces. » A cette vue, les Ruthènes se jettent aux pieds du saint et demandent le baptême. Cependant, en rendant aux Gaulois leurs droits politiques, l'empereur Honorius leur avait imposé des contributions exorbitantes. Amans racheta les Ruthènes de ce tribut. Cette sollicitude acheva de lui gagner les cœurs.

Pendant les guerres de l'empire, le Rouergue changea souvent de maître : il appartint successivement aux Wisigoths en 472; aux Francs en S07 ;

France illustrée. IIO.

encore aux Wisigoths en 512; aux rois d'Austrasie en 533; en 588 aux ducs d'Aquitaine, qui en furent dépouillés par Pépin le Bref en 768. Charlemagne l'incorpora en 778 au royaume d'Aquitaine et y établit des comtes qui, d'abord viagers, s'érigèrent, dans la suite , en seigneurs héréditaires de leur comté. Vers le milieu du ix° siècle, Charles le Chauve confirma les comtes de Rouergue dans leurs possessions et y ajouta le comté de Toulouse qu'il détacha du duché d'Aquitaine. A la mort de Hugues, onzième comte de Rouergue (1053), Berthe, sa fille, se vit disputer son héritage par Guillaume, comte 'de Toulouse, et son frère Raymond de Saint-

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Gilles. On prit les armes; mais Berthe étant morte en 1065, les deux frères se tournèrent l'un contre l'autre. Après quinze ans de luttes, ils convinrent que Guillaume aurait le comté de Toulouse, et Raymond celui de Rouergue, dont il avait pris le titre à la mort de Berthe. Raymond succéda à son frère dans son comté, et le Rouergue devint l'apanage des fils puînés des comtes de Toulouse. Raymond mourut en Palestine, laissant un fils en bas âge, Alphonse Jourdain. Alors des prétentions éclatèrent. Bérenger d'Aragon , comte de Barcelone , vicomte de Millau, et Guillaume, comte de Poitiers, profitant de la minorité d'Alphonse, entrèrent à main armée dans ses États. Trop faible pour résister, Alphonse se retira en Provence et ne reconquit ses deux comtés qu'en 1120. Jeanne, unique héritière de cette maison et femme d'Alphonse, comte de Poitiers, étant morte sans postérité, le Rouergue revint à la couronne en 1271.

Cependant, Raymond de Saint-Gilles, en partant pour la croisade, avait engagé à Richard, fils puîné du vicomte de Millau, la partie de la ville de Rodez appelée le Bourg et quelques châteaux. De là l'origine du comté de Rodez. Hugues I" et Henri I", successeurs de Richard, protégèrent la poésie provençale. Henri H n'ayant pas laissé d'enfants mâles, en lui s'éteignit la première race des comtes de Rodez. Ce comté passa à Bernard VI, comte d'Armagnac, par son mariage avec Cécile, l'une des filles de Henri II. Cécile, à la mort de son père, avait pris le titre de comtesse de Rodez; il lui fut disputé par ses sœurs. Après avoir fait le bonheur de ses vassaux par ses sages lois, Cécile mourut en 1313, laissant pour héritier Jean, son fils, qui unit les comtés d'Armagnac et de Rodez.

Jean I'"', dit le Bon, « avait épousé en premières noces Reine de Goth, petite-nièce du pape Clément V. Après la mort de celle-ci, il se remaria avec Béatrix de Clermont, comtesse de Charolais, princesse du sang de France. Ce mariage fut l'une des principales causes de la puissance des comtes d'Armagnac, puisqu'elle les éleva au rang de seigneurs du sang de France. Jean se distingua dans les guerres de son temps, sous les règnes de Philippe de Valois et du roi Jean. Jean H, le Gras, surnommé aussi le Bossu, fils de Jean I" et de Béatrix de Clermont, employa la plus grande partie de son règne à délivrer le Rouergue des compagnies anglaises qui le désolaient. Il mourut en 1384, à Avignon, d'où son corps fut transporté dans l'église

cathédrale d'Auch. Il laissa de son épouse, Jeanne de Périgord, deux fils, Jean et Bernard, qui lui succédèrent, et une fille , Béatrix , qui fut mariée en secondes noces à Barnabe Visconti, seigneur de Milan. Jean III, lieutenant général des armées du roi en Languedoc, parvint à chasser, en 1387, les routiers du Rouergue. Ayant voulu donner du secours aux Florentins contre Galéas Visconti , duc de Milan, il fut blessé dans cette campagne, et il mourut peu de temps après de ses blessures. Bernard , lo fameux connétable, fut massacré à Paris en 1418. C'était un grand capitaine et un homme de génie; mais son excessive fierté, son inflexibilité, son despotisme, défauts héréditaires dans sa famille, le perdirent. On a conservé de lui un mot qui le peint tout entier. Ses officiers étant venus lui dire que le peuple de Rodez était au moment de se mutiner : Se ley dabale! (Si j'y descends!) fut sa réponse. Ce laconisme menaçant a quelque chose de sublime, a dit M. le baron de Gaujal; c'est le Q,uos ego de Virgile. Bernard avait tout ce qu'il fallait pour être le bienfaiteur de sa patrie; mais il mit dans sa conduite trop de raideur, dans ses mesures trop de négligence; il ne fit qu'aggraver des maux qu'il aurait pu guérir. Jean IV fut l'héritier et le successeur de Bernard, son père, non seulement dans les comtés de Rodez et d'Armagnac , mais encore dans tous ses autres domaines, qui étaient immenses. Il habitait le Languedoc, où il était lieutenant pour son père dans le temps que celui-ci était occupée faire la guerre au duc de Bourgogne; mais dès qu'il eut appris sa fin tragique il se retira en Rouergue, où il tâcha de se concilier, par ses bienfaits, la bienveillance de ses vassaux. » (Bousquet, A irégé de l'hisloire du département de VA veyrou . ) Bien qu'il y vécût retiré, ses ennemis l'accusèrent de plusieurs griefs auprès du roi Charles VII, qui lui déclara la guerre en 1444 et confia la commandement de son armée au dauphin, plus tard Louis XI. Ce prince entra en campagne, assiégea Entraygues, puis Rodez et Sévérac-le-Château et soumit enfin toutes les places du comté. Ayant fait sa paix avec le roi, Jean mourut en 1450, au château de l'Ile-en- Jourdain. Jean V, son fils et successeur, s'attira, par sa vie scandaleuse, l'indignation du roi Charles VII, à qui, d'ailleurs, il faisait ombrage à cause de sa puissance et de ses richesses. Il se rendit coupable de trahison envers le roi Louis XI, qui lui déclara la guerre. Poursuivi dans toutes ses retraites, Jean s'enferma dans Lectoure et y soutint

AVEYRON

un long siège; mais la ville capitula, et le comte fut massacre dans son château avec tous ses enfants. C'est au château de Busset et non dans celui de Castelnau-de-Bretenoux, comme plusieurs l'ont écrit, que sa veuve reçut de trois empoisonneurs, le seigneur de Castelnau, Olivier le Roux etGuiraudon, le breuvage destiné à frapper dans ses flancs l'enfant dont elle devait être more. Charles, dernier comte du nom d'Armagnac, succéda en 1484 à JeanV, son frère, mais seulement pour le domaine utile. Il mourut en 1497, laissant pour seul héritier Charles d'Alençon , son petit-neveu , qui épousa Marguerite de Valois, sœur de François I", substituée aux droits du roi sur les biens de la maison d'Armagnac. Il mourut en 152S, sans postérité. Henri III d'Albret , roi de Navarre , qui avait des prétentions à la succession de la maison d'Armagnac comme descendant d'Anne d'Armagnac, fille du connétable Bernard, et Marguerite de Valois, veuve du duc d'Alençon, confondirent leurs droits en se mariant en 1526. Ils furent couronnés l'un et l'autre dans la cathédrale de Rodez, le 16 juillet 1535, par l'évèque Georges d'Armagnac. Jeanne d'Albret, leur fille unique et femme d'Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, fut reine de Navarre et comtesse de Rodez en 1555. Henri de Bourbon, son fils, lui succéda en 1572. Devenu roi de France sous le nom de Henri IV, il réunit à la couronne le comté de Rodez et tous les biens des d'Armagnac. Ainsi finit la seconde race des comtes de Rodez. Riches et puissants, ils jouissaient des droits régaliens, avec pouvoir de faire battre monnaie, de lever l'impôt, de créer des sergents , etc. A leur avènement au comté , ils étaient couronnés par l'évèque de Rodez, assisté du dom d'Aubrac et des abbés de Bonneval, de Bonnecombe, de Loc-Dieu et de Beau- Ueu. Outre les quatre châtellenies, qu'ils regardaient comme les clefs de la province, ils possédaient dans le Rouergue près de vingt -quatre châteaux et un grand nombre de fiefs parmi lesquels deux vicomtes, Peyrebrune et Cadars, et douze baronnies : Landorre, Estaing, Castelpers, Panât, Verdun, Miramont, Aurelle, Sévérac-le-Château, Calmont-de-Plancatge, Calmont-d'Olt et Brusque. Un sénéchal, un juge de la comté, un; uge des montagnes, quatre châtelains et un juge d'appeaux y rendaient la justice en leur nom.

On sait la part que les comtes de Rouergue prirent aux croisades. A l'exemple de leurs suzerains, les comtes de Rodez, Hugues I", Henri I", Hu-

gues IV se firent les chevaliers de la croix. Presque toute la noblesse du Rouergue se rangea sous leur bannière.

Déjà, à la fin du xi° siècle, plusieurs seigneurs de ce pays avaient aboli la servitude dans leurs terres. D'après les chartes ou coutumes et privilèges octroyés par les comtes de Rouergue et de Rodez ou par d'autres seigneurs , « on voit , dit M. Bousquet dans l'ouvrage que nous avons déjà cité, que dès les xn' et xni° siècles les grands principes sur lesquels reposent les droits des citoyens n'étaient alors ni inconnus ni méprisés dans le Rouergue. Ce n'est pas, il est vrai, un système complet de législation, mais on trouve dans ces essais : la faculté de changer à son gré de domicile, reconnue; l'égalité des hommes devant la loi, proclamée; la liberté individuelle, garantie, à moins d'un délit emportant punition corporelle; l'abolition des impôts arbitraires; la fixation des contributions légitimes et l'impossibilité, du moins pour le comte de Rodez, de les augmenter en les déguisant sous le nom d'emprunts; l'engagement contracté, môme par ce seigneur, de réparer les violences commises, ou par lui-même ou en son nom ; le pouvoir de disposer des biens meubles ou immeubles, assuré ; des peines rigoureuses prononcées contre le vol, les injures, l'homicide, l'incendie, etc. ; le droit d'élire les officiers municipaux, attribué à ceux qui venaient d'en remplir les fonctions ou aux communes elles-mêmes ; d'utiles règlements relatifs à la police urbaine et rurale; l'inspection régulière des marchés, des boucheries, etc., ordonnée; l'établissement des gardes champêtres, sous le nom de banniers; la surveillance de la fabrication des produits industriels, prescrite; enfin une protection spéciale accordée aux étrangers venant habiter leurs villes ou se rendant aux foires et aux marchés, etc. »

A peine délivré des invasions, le Rouergue eut à souffrir des guerres féodales. «Ces guerres privées, dit A. Monteil, ne se faisaient pas avec les formes des siècles civilisés. Au lieu des lettres de défiance, les seigneurs s'envoyaient, par des hérauts, des pailles rompues; quelquefois par marque de mépris ils s'envoyaient aussi de vieilles chausses tout usées. Alors, on s'égorgeait, on brûlait, on ravageait sans merci. » Aux guerres féodales succéda la guerre des Anglais en 1163. Ce sont les plus belles pages de l'histoire du Rouergue. A peine les Anglais se furent-ils emparés du château de Pey-*

russe, les habitants de cette ville, ayant à leur tête Cornely et Mcdicis, leurs compatriotes, les en chassèrent et remirent cette place au comte de Rodez, Hugues II, qui dans toute cette campagne se couvrit de gloire et conquit le titre de Père de la patrie (1163-H69). Plus tard, cependant, les Anglais reparurent dans ce pays et s'y rendirent maîtres de Saint-Antonin. A l'exemple de leurs ancêtres, les habitants se mirent en devoir de résister à l'ennemi : « Ils s'empressèrent, dit Bosc, de réparer leurs murailles ou d'en construire de nouvelles. » Peine inutile 1 Après le désastre de Poitiers, ils se virent livrés au vainqueur par le traité de Bréligny. Pendant sept ans, ils subirent le joug anglais; mais l'amour de l'indépendance qui avait armé les vieux Ruthènes contre les Romains respirait encore dans l'âme de leurs fils. A la voix de Bérengerde Nattes, ils se lèvent contre leurs oppresseurs. « Seigneurs et vassaux, bourgeois et manants, tout s'anime, dit M. Bousquet, tout combat pour son pays. On vit même les moines de Bonnecombe incendier le fort de Bonnefont plutôt que de le laisser au pouvoir des Anglais, qui, à la fin de 1369, ne possédaient que Najac et le château de La Roque- Valsergue. La ville ne tarda pas à leur être enlevée , et Du Guesclin les chassa de La Roque-Valsergue en 1371. »

Vinrent les guerres religieuses du xvi" siècle. Déjà dans la croisade contre les Albigeois, le Rouergue avait vu la plupart de ses villes, entre autres Millau, Saint-Antonin, Mur-de-Barrez, Laguiole et Sévérac, ravagées par Simon de Montfort (1208- 1214). Ces mêmes villes furent les premières à se déclarer pour la Réforme dans le Rouergue. Bientôt il y eut des églises réformées à Espalion, à Villefranche, à Saint-Aiîrique, à Villeneuve, à Peyrusse, à Compeyre, à Saint-Léons, etc. Puis, la persécution s'en mêlant, les protestants prirent les armes. De là une longue et sanglante guerre que les fureurs de la Ligue menaçaient de perpétuer dans ce pays, et dans laquelle périrent plus de dix-huit mille protestants ou catholiques, sans compter les églises qui furent pillées et dévastées, les villes et les villages saccagés ou détruits. A l'avènement de Henri IV, ce pays retrouva enfin la tranquillité.

Sous le règne des comtes de Rouergue et de Rodez, la justice y était administrée en leur nom par des vicaires ou viguiers. Après la réunion de ce pays à la couronne, il y eut des bailliages ; on en comptait seize en 13'i9. C'étaient : Peyrusse, Roquecézière, Najac, Villeneuve, La Roque-Valsergue,

Laguiole, Sauveterre, Saint-Geniez-d'Olt, Saint- Rome-de-Tarn, Verfeil, Suint-Affrique, Saint-Antonin, Cassagnes-Royaux, Millau, Compeyre et Villefranche.

Le Rouergue avait ses états qui s'assemblaient régulièrement tous les ans. Aux seuls comtes de Rouergue appartenait le droit de les convoquer. Après eux, les comtes de Rodez et les rois qui leur succédèrent jouirent de ce privilège. Dans l'origine, les étals s'assemblaient à Rodez. Plus tard, il se tinrent successivement à Millau, à Sauveterre, à Salles-Comtaux et à Villefranche. Outre la noblesse et le clergé, les consuls des villes et ceux des bourgs et des gros villages avaient le droit d'y siéger. C'est l'évêque de Rodez qui présidait. Supprimés en 1606, puis rétablis en 1611, supprimés une seconde fois en 1651, ils ne furent plus rétablis. On leur substitua les élections.

Avant 1789, le Rouergue était divisé en comté (chef-lieu. Rodez) et en deux Marches : la haute (chef-lieu, Millau) et la basse (chef-lieu, Villefranche). Réuni au Quercy en 1779, il forma la province de Haute-Guyenne où fut établie une administration provinciale composée de cinquante-deux membres, savoir : l'évêque de Rodez, président ; les évêquesdeCahors, de Vabres et de Montauban, six membres du clergé; seize gentilshommes, treize députés des villes et treize députés des campagnes. Il y avait, en outre, deux procureurs généraux syndics et un secrétaire archiviste. Cette assemblée se réunissait tous les deux ans à Villefranche; elle était chargée de répartir les contributions et d'en faire la levée, de veiller sur les ateliers de charité, etc. On se souvient encore dans le Rouergue de ses efforts et des règlements qu'elle fit pour améliorer l'agriculture et l'industrie.

Rudes dans le nord du département, les mœurs des habitants sont douces dans le midi.

HISTOIRE ET DESCRIPTION SES VILLES, BOURGS ET CHATEAUX LES PLUS REMARQUABLES

Rodez (lat. 41° 21' 5"; long. 0» 14' 15" E.). — Rodez ou Rhodez [Segodunum, Ruthena), ville ancienne, située sur le penchant d'une colline dont l'Aveyron baigne la base, à 604 kilomètres au sud de Paris, chef-lieu du département de l'Aveyron, d'un arrondissement et d'un canton, avec tribunaux de \" instance et de commerce, chambre des manufactures, société d'agriculture, lycée national, école

AVEYRON

des sourds-muets, évêché, séminaire diocésain, a une population de 13,375 liabitants. Cette ville, située à 2 kilomètres de la station, est le terminus du chemin de fer de Capdenac à Rodez (réseau d'Orléans) et la tête de ligne du chemin de fer de Rodez à Béziers (réseau du Midi), section récemment livrée à l'exploitation. Elle était autrefois capitale d'un comté, siège épiscopal, chef-lieu d'élection, présidial, sénéchaussée, gouvernement particulier, dépendait du parlement de Toulouse et de l'intendance de Montauban et possédait justice consulaire, maîtrise particulière, lieutenance de maréchaussée, chapitre, séminaire, collège, couvents, etc.

Rodez est d'origine celtique. C'est l'antique Segodun (montagne du Seigle), cité des Ruthènes, comme l'attestent plusieurs fragments trouvés dans le Bourg et dans le voisinage. César fait mention de cette ville dans ses Commentaires, et elle figure sur la carte de Peutinger. Il paraît, suivant l'étymologie de son nom, qu'on y cultivait le seigle. Conquise par les Romains, qui en firent une colonie, elle prit dans la suite le nom de Ruthena ; d'où celui de Rodez. H y avait des arènes comme à Nîmes, et un aqueduc qu'on se propose d'utiliser pour amener dans la ville une source d'eau. Il parlait de Ruthena trois voies romaines : une dans la direction de Divona (Cahors), une autre dans celle A'Ânderitum (Javols) ; la troisième allait aboutir par Condatemag au pont de Castrum ^Emilianum (Millau), d'où, par un chemin oblique et raide, encore appelé dans le pays Costa Roumivo, Rama via, elle allait se diviser à L'Hospitalet en deux embranchements, dont l'un conduisait à Rome et l'autre à Narbonne.

Vers l'an 250, saint Martial vint prêcher l'Évangile à Ruthena et y jeta les premiers fondements de l'église. Cependant saint Amans passe pour en avoir été le premier évêque au v» siècle. Il y abolit le culte de Ruth, dernier reste de la religion druidique dans ces contrées. Persécutée par les Wisigoths, l'église naissante de Ruthena compta plus d'un martyr. Après les Wisigoths vinrent les Sarrasins, qui la pillèrent. Pendant tout le temps qu'ils régnèrent dans ce pays, c'est-à-dire pendant cent soixante ans, elle resta privée d'un pasteur ; elle ne se releva de ses ruines que sous Charlemagne.

Des Sarrasins, Rodez passa aux comtes de Rouergue. Raymond de Saint-Gilles, l'un d'eux, ayant aliéné à Richard de Millau la partie de la ville appe-

lée le Bourg, Rodez devint chef-lieu d'un comté qui s'agrandit successivement et occupa le tiers environ du Rouergue et quelques territoires limitrophes.

Bien que dévouée aux comtes de Toulouse, Rodez, ville catholique, refusa de prendre parti pour les Albigeois, qu'ils protégeaient. Cependant, assiégée par eux en 1210, elle était sur le point de succomber, quand le seigneur de Ténière vint la délivrer. Rodez s'obligea par reconnaissance à payer chaque année et à perpétuité, à lui et à ses descendants, six florins d'or.

Il y avait alors à Rodez un château qui occupait l'emplacement et les environs de l'église de Saint- Amans. C'était la principale résidence du comte. Celui-ci était seigneur du Bourg; mais l'évêque, de la Cité. Vers le milieu du xu' siècle, des dissentiments éclatèrent entre le comte Hugues II et l'évêque Pierre, au sujet des tours et des fortifications de la ville, des foires, de la police, du droit d'hommage que le prélat soutenait lui être dû par le comte, et autres prétentions respectives. Comme le fait remarquer un sage écrivain ecclésiastique, « l'amour-propre et l'ambition jouaient dans ces luttes un bien plus grand rôle que l'intérêt public. Les gens de l'évêque étaient presque toujours battus par les chevaliers du comte, souvent il y avait effusion de sang. L'évêque alors se défendait en lançant contre ses adversaires les foudres ecclésiastiques ; et lorsqu'on avait bataillé de part et d'autre, la cause était soumise à des arbitres, qui mettaient les parties d'accord. »

A la mort de Pierre, Hugues, frère du comte Hugues II, ayant été élu évêque de Rodez, celui-ci, de concert avec le comte et autres seigneurs, fit établir un impôt qui fut appelé le cotmmcn de paix. Comme les chevaliers seuls avaient le privilège d'être armés d'épées, et que leurs vassaux ne pouvaient porter que des bâtons, cette taxe était imposée pour fournir aux frais d'une garde qui devait veiller à la sûreté des chemins, afin de les garantir des brigands, alors fort nombreux par suite de la guerre qui avait désolé la province. Sur la demande de l'évêque de Rodez, le pape Alexandre III confirma le commun de paix par une bulle datée de 1170.

« Teus les membres du clergé, les chevaliers, les marchands, les bourgeois, enfin tout homme, clerc ou laïque, possédant des bestiaux, devaient payer le co»j»w?i de paix. Pour une paire de bœufs

LA FRANGE ILLUSTREE

OU d'animaux de labour quelconques, pour une bête de somme, soit cheval, jument, mule ou mulet, 12 deniers ; par bergerie de brebis, 3 deniers ; autant pour un bœuf seul ou tout autre animal de labour, ou pour un âne susceptible d'être loué. Tout ouvrier et artisan, tel que tailleur, forgeron, etc., payait 6, 8 ou 12 deniers, suivant la décision du curé; un travailleur de terre, vivant de son salaire, 3 deniers. Le père de famille vivant avec ses fils était dispensé de payer pour eux ; si ses enfants se séparaient et faisaient la division du patrimoine, chacun payait pour soi. La taxe se levait par paroisse. » (Bousquet, Histoire du département de VAveyron.) Tel était ce commun de paix, qui a subsisté jusqu'en 1789.

Au xui" siècle. Rodez eut à lutter contre les prétentions de Villefranche, qui, quoique nouvellement fondée, aspirait au titre de capitale du Rouergue. Dans le siècle suivant, les Anglais ravageant le pays, on entoura, en 1351, de fortifications la Cité ; le Bourg étant suffisamment protégé par le château auquel on avait ajouté, en 1264, la tour de la Martellière, qui depuis longtemps sert de prison. Cependant, livrée aux Anglais par le traité de Brétigny, Rodez, pendant sept ans, supporta impatiemment leur joug. Bientôt, ne prenant conseil que de son courage, elle se leva et appela aux armes tout le pays. A son exemple, huit cents villes ou forteresses du Rouergue secouèrent le joug étranger. L'épée de Du Gucsclin fil le reste.

Dans la guerre contre les d'Armagnac, Rodez fut assiégée et prise par le dauphin, plus tard Louis XI (1444). Cependant, fidèle à la cause catholique comme à la cause royale, elle souffrit peu des guerres de religion et repoussa toujours les huguenots. Richelieu et Louis XIII la visitèrent en 1630. Depuis ce temps, à part le procès du malheureux Fualdès, dont la fin tragique a donné lieu à une complainte célèbre, modèle du genre, rien n'est venu troubler la tranquillité de cette ville.

Au xni» siècle. Rodez était le siège d'une sénéchaussée qui fut plus tard érigée en sénéchaussée royale. Villefranche, rivale de Rodez, s'opposa en vain à celte érection; elle fut confirmée en 163S.

Rodez est située sur la rive droite de l'Aveyron, qui coule rapidement et presque circulairemenl dans les gorges qui entourent ses anciens remparts. Sise sur la crête et sur le penchant d'une colline, elle est petite et généralement mal bâtie ; ses rues sont étroites, tortueuses, escarpées et sales; le

pavé y est inégal, raboteux, sillonné de profondes ornières, hérissé de cailloux pointus. Cependant elle travaille depuis quelques années à s'embellir. On y remarque d'assez belles places publiques, des boulevards ombragés d'arbres et des promenades agréables d'oîx la vue s'étend sur un paysage varié. Bien que l'air y soit vif et pur, cette ville a été six fois ravagée par la peste. Avant ces calamités, elle avait eu à souffrir de la famine en 975, 1028, 1029, 1030 et 1259; enfin, en 1555 et en 1750, on y ressentit deux tremblements de terre assez forts.

Rodez ne possède qu'un seul édifice vraiment remarquable, la cathédrale. Commencée en 1277 sous la surveillance d'un chanoine-ouvrier chargé d'inspecter les travaux, elle ne fut achevée que vers le milieu du xvi» siècle, sous l'épiscopat du cardinal d'Armagnac. C'est un bel édifice d'architecture gothique, bâti sur les ruines de l'ancienne métropole. « Il est, dit M. Bousquet, en forme de croix latine; vingt-sept chapelles rayonnent autour de l'église et forment une dernière enceinte parrallèle aux bas côtés. La hauteur de ses voûtes, la teinte des pierres, le jour sombre, le retentissement de la voix, tout annonce le génie qui a présidé à la construction de cette église. » Dans la nuit du 28 avril 1510, le feu ayant consumé l'ancien clocher, qui était en bois, on le remplaça par une magnifique lourde plus de 81 mètres d'élévation- et qu'on aperçoit à 72 kilomètres de distance. Cette tour s'élève à l'extrémité du flanc septentrional de l'église. D'abord carrée, puis surmontée par une tour octogone flanquée de quatre tourelles, qui posent sur les angles de sa base, elle est couronnée par une coupole qui contient le timbre de l'horloge et sert de piédestal à une statue colossale de la Vierge. Pendant la Révolution, des vandales eurent l'idée de la détruire. Quelques amis des arts s'avisèrent, pour la sauver, de la dédier à Marat, et ce nom la fit respecter.

L'église Saint-Amans, qui date du xi" siècle, a été complètement remaniée à l'extérieur. Le palais épiscopal, construit au xvii" siècle, a été agrandi en 1875.

Rodez possède, en outre, un musée, un lycée, un grand et un petit séminaire (à Saint-Pierre); deux vastes casernes. Sur la place de la Cité, on a érigé une statue à M'^"' Affre, archevêque de Paris, tué sur une barricade en juin 1848.

Rodez est la patrie de saint Amans et de saint

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Dalmas, deux de ses évoques; de Joseph Ségui, orateur et poète ; du baron de Villaret, évèque de Casai, aumônier du roi Joseph; des généraux Beteille et Yiala ; de Vaysse de Villiers, auteur d'une description routière de la France; de l'historien Alexis Monteil; de iM"» Pauline Flaugergues, poète; du naturaliste Martin Saint-Ange.

Les armes de Rodez sont : de gueules, à trois besanls d'or; — aliàs : de gueules, à trois roues d'or, deux en chef et une en pointe; au chef d'azur, chargé de trois fleurs de lis d'or, et pour devise:

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