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des services réels dans leurs fréquentes pérégrinations , ensuite parce qu'ils y étaient seuls, maîtres d'eux-mêmes, souvent en, désaccord les uns envers les autres, mais toujours.en, parfaite harmonie de sentiments dans ieur défiance à l'égard des patrons.
L'Etat ne voyait pas sans quelque souci cette population floitante, rejetée en quelque sorte hors de la société légale et organisée contre elle. Au xvi° siècle surtout, depuis que le. nombre des ouvriers s'était accru avec les manufactures, il avait porté de ce côté sa sollicitude, soit pour fortifier l'autorité des corps de métiers, soit pour superposer.sa propre surveillance à celle des jurés. À plusieurs reprises il avait défendu les confréries, les sociétés secrètes, les cabales ; il avait imposé aux compagnons l'obligation de: ne quitter leur patron qu'après avoir terminé l'ouvrage commencé, prévenu au moins huit jours d'avance et obtenu un congé par écrit. Une ordonnance de 1781 avait récemment renouvelé ces diverses prescriptions, et astreint les ouvriers à avoir un livret sur lequel seraient enregistrés les congés (1).
Les ouvriers orfévres n'étaient pas affiliés aux associations de compagnonnage; mais quand à Paris ils avaient tenté de. fonder üne. confrérie: particulière, les maitres s'étaient. plaints, les, magistrats étaient intervenus el la confrérie.avait été supprimée.
Il est du droit.et du devoir de l'Etat de prendre des mesures contre les associations secrètes et de prêter son autorité à l'observation des contrats, mais il faut qu'il tienne
(1) Ord. du 12 décembre 1781.
la balance égale entre les parties et il était-loin de le faire: il ne reconnaissait que les associations de maîtres, et les conditions que ces ordonnances imposaient, pesaient presque exclusivement sur l’ouvrier. « Si la sûreté publique exige qu'on prenne quelques précautions contre des citoyens ne possédant aucune propriété qui réponde de leurs actes, l'équité exige, de son côté, qu'on protège le faible contre le fort et qu’on veille avec plus de sollicitude encore aux intérêts de l'ouvrier qui a besoin souvent, pour vivre, du salaire du lendemain, qu'à ceux du patron, qui est plus riche et qui a plus de lumières pour bien diriger ses affaires. C’est ce que le xvin° siècle semble avoir Ignoré. Il n’a considéré dans ses ordonnances que la question de police, sans regarder s'il n’outre-passait pas les bornes de la justice, et il a presque livré l’ouvrier à la merci du patron qui pouvait l’enchaîner à son atelier par des avances habilement calculées (4). »
Au moyen-âge et au xvi® siècle, l'Etat s'était fréquemment immiscé dans les questions de salaires, toujours pour . déterminer un maximum, et pour prêter l'appui de la loi au consommateur contre le marchand, au pairon contre l’ouvrier. Il était revenu de cette erreur au xvine siècle, el laissait en général les intéressés débattre eux-mêmes le prix de la journée; le système des corporations donnait d’ailleurs aux maîtres contre les exigences de leurs salariés un assez grand avantage pour que le gouvernement n'y ajoulât pas encore le poids de son autorité. Il crut pourtänt devoir intervenir à Lyon. Il le fit en 1731 pour
(1) Levasseur, Hist. des cl. ouv. II, 363.
limiter le nombre de métiers qu'un maître-ouvrier et un compagnon pourraient posséder, puis en 4737, pour rapporter son ordonnance de 1734 et accorder plus de liberté aux maitres-ouvriers. Néanmoins les salaires baissaient, la misère était grande : en 4744, maîtres-ouvriers et compa- gnons, faisant cause commune dans celte circonstance, se mirent en grève, ‘puis en insurrection, réclamant une augmentation d’un sou par aune et des réformes dans les statuts de la grande fabrique. Pendant huit jours les ouvriers restèrent maitres de la ville, et le Consulat ne put calmer la tempête qu’en rétablissant le réglement de 1737, tombé en désuétude ; maïs le gouvernement cassa l'arrêté des consuls et envoya des troupes qui firent rentrer par la terreur les mécontents dans le silence. En 41786, la crise sévissait et la misère s'était abattue de nouveau sur Lyon. Les ouvriers réclament deux sous par aune, arrêtent leurs métiers et parcourent la ville en bandes menaçantes. Comme la première fois, le Consulat cède, et 1l est désavoué par le’ gouvernement qui fait occuper militairement les faubourgs de Vaise, de la Croix-Rousse et de la Guillotière.
L'administration comprit que la principale cause des souffrances et des désordres était dans les entraves mises à la liberté du travail et des contrats. Elle s’étonna de l'usage « qui est particulier à cette ville de taxer par des tarifs généraux le prix des journées d'ouvriers, tandis qu'il est nécessairement variable et subordonné aux circonstances, » et elle rendit un arrêt déclarant que le salaire serait désormais débattu de gré à gré, que le nombre des métiers cesserait d’être limité, et que les femmes ne se-
ni Nes
raient plus exclues des ateliers (1); d’un autre côté, elle proscrivait lés attroupements, lés cabales et les coalitions d'ouvriers pour faire haussér le prix des salaires. L'administration avait assurément des intentions excellentes, à demi éclairées par des idées justes ; elle n'oubliait qu’une chose, c'est qu’en face des ouvriers désarmés de leur tarif et de leurs moyens de concert, elle laissait les marchands organisés.
C'est pourquoi les maîtres-ouvriers se plaignireut dans leur mémoire aux États-Généraux. À l'appui de leurs doléances, ils présentaient un budget détaillé des recettes et des dépenses d’un chef d’atelier possédant trois métiers, le prèmier occupé par le chef, le second par sa femme, le troisième par uti compagnon, La recette, avec 272 journées de travail effectif, était estimée à 4,944 livres 16 sous ; la dépense, ÿ compris le salaire du compagnon, du dévideur et de la canneteuse, à 2,301 livres 8 sous, et l’on mettait les marchands au défi de « contester {la vérité dé ce
(1) Arrêt du 3 septembre 1786, Enc. mét. T. If, arts ef man. | page 31 : « Le roi étant informé des troubles qui se sont élevés récemment dans la ville de Lyon, et s'étant fait rendre éompte des causes qui avaient pu les occasionner, Sa Majesté a reconnu que - les contestations qui se renouvellent sans cesse entre les fabricants el les artisans, provenaient principalement de l'usage qui est particulier à cette ville, de taxerpar.. des tarifs généraux le prix des journées d'ouvriers, tandis qu'il” est nécessairement va= riable et subordonné aux circonstances: elle a vu. aussi avéc étonnement que d'anciens réglements avaient limité le nombre de métiers que les fabricants de cette ville peuvent employer, et par un autre abus, les filles et femmes étaient exclues des ateliers. »
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tableau : » déficit 359 livres 12 sous. Déjà un budget du même genre, dressé en 1744, avait accusé un déficit de 239 livres, 17 sous 2 deniers. Alors, comme aujourd’hui, quand on essayait de traduire en chiffres précis la situation de l’ouvrier, on arrivait souvent à conclure que le salaire ne suffisait pas aux nécessités de la vie’ Conclusion exagérée sans aucun doute; car une société dont tous les membres sefaient dans un état de déficit permanent, consommant plus qu'ils ne produisent, s'amoindrirait chaque année et ne larderait pas à être anéantie. Ce qui est vrai, c’est que tandis que les patrons cherchent à obtenir le travail au moindre prix possible et que les ouvriers, tout en désirant voir ce même prix s'élever, sont contenus dans leurs prétentions par la concurrence qu'ils se font entre eux, la lutte s'engage aux limites des nécessités de la vie, et le salaire, malgré ses oscillations; se maintient dans le voisinage de cette limite. Qui ne possède pour vivre que ses deux bras, . a son niveau marqué dans l'échelle du bien-être. Il est comme le liége dans l'eau; qu’on l’enfonce, il revient promptement de lui-même à la surface, mais il ne saurait s'élever au-dessus; il ne peut monter que par une crue générale qui élève le niveau des eaux. Or, en industrie, ce niveau s'élève avec l'abondance des capitaux, mais 1l représente toujours à peu près la subsistance journalière du manouvrier. Pour peu- qu'on ait par complaisance omis quelque recette ou accusé trop fortement certaine dépense, pour peu seulement qu’on ait voulu apporter une précision mathématique dans le calcul de ces existences qui se resserrent ou se dilatent au moindre changement de fortune, on passe aisément la limite et on aboutit à une conclusion
dont la conséquence logique serait horrible. Il est certain que la classe ouvrière vit de son travail : voilà une vérité évidente à laquelle il faut s'attacher. Mais il n’est pas moins certain qu'elle vit d’une existence toujours disputée, toujours menacée. On a dit que le fléau du prolétariat était né de l’industrie du xix° siècle; il est de tous les siècles, parce qu'il vient de la nature même des choses que le progrès seul de la richesse peut modifier d’une manière durable, et il n’est pas inutile de montrer qu'il existait avant 4789.
Il occupait une place moindre, parce que la manufacture était beaucoup moins étendue que de nos jours; mais le prolétariat n’est pas la seule forme de la misère. Qu'un grand nombre d'individus vivent du labeur manufacturier, agglomérés autour des fabriques, suspendus au salaire de chaque jour, sans épargne, sans lendemain, sous la menace toujours instante d’une diminution ou d'une cessation de travail, c'est-à-dire d’une privation du pain quotidien, sans qu’ils puissent régler ni même prévoir les fluctuations du marché dont dépend leur existence, voilà ce qu’on désigne ordinairement sous le nom de prolétariat : c'est un spectacle qui frappe les yeux, qui émeut et effraie. Mais qu'une population tout entière languisse dans une com-: mune indigence, attachée à la terre qui ne lui fournit qu'une maigre pitance, ou covrbée, de père en fils, sur le même établi, et que les générations se succèdent, végétant et mourant les unes apres les autres, sans espérer ni même concevoir la pensée d’une situation meilleure, le silence de l'histoire cachera à la postérité ces misères muettes, mais les souffrances n'en seront pas moins réelles, et, si une
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main Curieuse vient à soulever le voile, le tableau sera bien plus afiligeant pour lPhumanité que celui du prolétariat dans une société industrieuse, parce que la ‘lèpre de la misère y sera plus générale et moins facile à guérir.
La moyenne de la vie était alors de 28 ans environ ; elle dépasse aujourd'hui 36 ans, c’est-à-dire qu'avant 1789 beaucoup plus d'enfants ou de jeunes gens, faute de soins, d'aliments, de bien-être, étaient moissonnés avant l'âge : signe de misère. Les générations qui s’élevaient étaient, quoi qu’on en dise, plutôt chétives que robustes. Un homme de 5 pieds (4 m. 625), était bon pour Ja milice, et le quart, ou 25 p. 100 de ceux qui tiraient, étaient exemptés pour défaut de taille (4). Aujourd'hui, la taille moyenne de l'armée est de 4 m. 65. :
L'instruction primaire, source féconde de l'amélioration des masses, élait {rès-négligée. Une ordonnance du xvin® siècle avait prescrit aux seigneurs d'entretenir deux écoles dans chaque paroisse; mais elle était aussi mal observée que les canons des Conciles qui obligeaient chaque église cathédrale ou collégiale et chaque monastère à fonder une prébende pour entretenir un instituteur (2). Le plus souvent, il y avait seulement un clerc chargé d'apprendre aux enfants le Pater et quelques prières ; le curé, dans sa paroisse, n'en faisait pas davantage; et quand 1] y avait une école, l'instituteur, grossier paysan lui-même, se contentait d'apprendre aux enfants, garcons et filles, les éléments de la lecture, rarement l'écriture, et rien au-delà,
(1) Journal de la Soc. de stat. de Paris, déc. 1863, p. 323. (2) Dareste, Hist. des classes agricoles, 1" éd., p. 152.
sinon le catéchisme et le calendrier. Aussi l’Assemblée provinciale du Berry se plaignait-elle à juste titre, en 1786, que l'instruction des paysans fût nulle. En 1789, la grande majorité des bailliages tint le même langage dans la rédaction de ses cahiers ; de toutes parts, ils demandèrent « des écoles dans les paroisses, des maîtresses d'école dans les villages, l'instruction gratuite pour les paysans, la création d'un système d'éducation publique. » |
Les villes étaient un peu mieux partagées; les sœurs de charité et quelques autres communautés tenaient des écoles de filles ; les frères de la doctrine chrétienne avaient des écoles de garcons; \parmi les cinq ou six cents colléges qui existaient alors en France, beaucoup n'étaient que des écoles fréquentées en réalité par la petite bourgeoisie. : |
Une demande qui ne revient pas moins souvent, est celle de sages-femmes; les campagnes en étaient presque enlie rement privées, et la naissance des enfants se trouvait en quelque sorte abandonnée au hasard come leur éducation.
La charité ne faisait pas défaut au xvinr siècle, mais elle manquait encore de cette intelligence qui rend le secours | aussi profitable à celui qui le recoit qu'il est méritoire pour qui le donne. Les couvents nourrissaient un grand nombre de pauvres. Les églises distribuaient libéralement les secours, surtout dans les villes où elles avaient de grandes ressources; la paroisse de Saint-Sulpice, par.exemple, qui disposait de 35,000 livres, assistait 20,000 persoïnes, Sur une population totale de 80,000 ouailles (1). Mais ces
di
(1) De Gerando, de la bienf. pub. T. IV, p. 196.
aumônes entretenaient la misère au MOINS autant qu’elles la soulageaient. Les mendiants pullulaient et pouvaient devenir un danger public (4). On s’en défiait, les cahiers des bailliages réclamaient la prohibition de la mendicité avec non moins d'instance que l'établissement des écoles, et, avant 4789, la police sévit souvent avec une rigueur outrée contre ce fléau. I fallait, disait-elle, « enfermer les gueux valides, les punir par la perte de leur liberté, les faire travailler (2), » et dans ses accès de sévérité intermittente, elle les envoyait aux galères; elle en arrêta 50,000 ‘dans une année, puis elle établit dans chaque ÿ wénéralité une maison de correction distincte des hôpitaux dont on trouvait la discipline trop douce (3):
Le règne de Louis XVE plus éclairé et plus humain sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres, avait fort adouci cette législation, tout en consacrant le sage principe que «les secours ne sont dus qu'à ceux qui ne peuvent gagner leur vie et sont dus par chaque paroisse. » Pendant la crise commerciale aggravée par deux hivers rigoureux, nécessité fut de se départir de cette règle : il y a des lois qui doivent se taire dans-les grandes calamités publiques. On établit dans chaque province des ateliers de charité; on permit de te dans les bois de l'État les matériaux du travail (4) ;
n laissa un libre cours à la charité des particuliers, et Lyon
(1) En 1791 le recensement à Paris donnait 118, 784 indigents pour 650,000 personnes ; aujourd'hui il y a pour une population presque triple (1,696, 000 h.) en 1862, 90,000 indigents.
(2)-Ord..du/23 mars 1720.
(3) Ord. de 1764 et du 21 septembre 1767.
(4) Ord. du 11 mai 1786.
se distingua par la bienfaisance éclairée de ses magistrats.
Au moyen-âge, les enfants trouvés étaient à la charge du seigneur du fief; mais les seigneurs, qui n'avaient plus la puissance, se souciaient peu de supporter les charges ; il avait fallu des ordres réitérés du Parlement ou du Roi pour les rappeler à leurs devoirs ou les obliger à contribuer aux frais que faisait l'État pour ce service (1). On avait fondé l’hospice des enfants trouvés. Les enfants affluèrent bientôt, non-seulement des environs de Paris, mais des provinces éloignées; on en expédiait ainsi plus de 2,000 chaque année, par l'entremise des voîturiers, el, la plupart de ces pauvres créatures périssaient : sur dix, ilen mourait en moyenne neuf dans les trois mois-de leur arrivée. Le nombre des dépôts augmentait néanmoins et s'était élevé à 6,703 (2). « Insensiblement, écrivait Necker (3), on s’est accoutumé à envisager les hôpitaux d'enfants trouvés comme des maisons publiques, où le souverain trouvait juste de nourrir et d'entretenir les enfants des plus pauvres d'entre ses sujets; et celte idée, en s'étendant, a relâché, parmi le peuple, les liens du devoir et ceux de l'amour paternel. L'abus grossit chaque jour et ses progrès embarrasseront un jour le gouvernenfent. » Et défense fut faite
(1) Voir entre autres l'arrêt de 1782 qui fut mal exécuté, parce que les seigneurs se plaignirent, disant qu'il était dangereux de faire savoir au peuple que les mœurs n'étaient plus assez surveillées, et que l'impôt était mal réparti. Voir le rapport fait par Larochefoucault au nom du comité de mendicité, p. 20.
(2) En 1770, Arm. Husson, Consomm. de Paris, p. 46. En 1861, , le nombre des dépôts a été de 3,709.
(3) Necker, de l’adm. des fin. 111, 112.
aux voituriers de se charger de ce genre de bagage. Mais le mal subsista en grande partie (1). En 4790, sur 45 enfants déposés, 13 mouraient avant d’être envoyés en nourrice, et ceux qui étaient élevés jusqu’à l'adolescence à la maison de Saint-Antoine, devenaient presque tous des vagabonds (2).
Les hôpitaux étaient nombreux; on en comptait, d'après le rapport fait à l’Assemblée Constituante, 2,185, jouissant, à divers titres, de 40 millions de revenu (3). Mais
leur administration était vicieuse; la plupart étaient des asiles insuffisants, dont les frais généraux se trouvaient hors de proportion avec les services réels, Les srands établissements dépendant de l'État présentaient alors eux: mêmes un bien triste spectacle. On connaît le rapport que Tenon publia sur l'Hôtel-Dieu à la suite de l'enquête ordonnée au commencement du règne de Louis XVI. On mettait ordinairement quatre malades, quelquefois huit dans le même lit; à peine six pouces et demi de largeur pour chacun; 1l fallait de toute nécessité se tenir sur le flanc ou attendre pendant une partie de la nuit son tour de sommeil ; lun d'eux venait-il à mourir, son cadavre restait des heures entières avant qu'on l’enlevât et répandait autour de lui la contagion de la mort. À Bicêtre, à la Salpétrière, même incurie. Le cœur se souleva quand on sut ces horribles
() 1* Rapport du Comité de mendicité à l’Ass. nat.
(2) 11 existait encore d’antres hospices pour orphelins, tels que , l'hospice Beaujon, l'Enfant-Jésus, l'école des orphelins militaires.
(3) P. Boiteau. État de la France en 1789, p. 441. Necker donne seulement 700 hôpitaux, contenant 110,000 personnes et ayant 20 millions de revenu, adm. des fin. 111, 155.
détails, et on apporta quelques améliorations à ce régime barbare. Necker fonda à ses frais un hôpital modèle, mais la révélation du mal et l'exemple d’un homme de bien avaient à peine porté leurs premiers fruits, lorsque la révolution éclata. Le comité de mendicité trouva encore les hôpitaux de Paris dans un état affligeant, plusieurs individus dans le même lit, des enfants laissés sans éducation et sans travail, des malades sans air, des infirmes sans soin, des pauvres entassés dans des « cloaques infects. » « Chaque pas fait dans les hôpitaux, disait La Rochefoucauld, persuade davantage: que ces maisons sont l'asile des préjugés qui s’y conservent bien des années après qu'ils ont disparu du reste du monde (1). »
L'amour de l'humanité qui avait distingué la philosophie du xvru° siècle commençait néanmoins à pénétrer, quoique lentement, dans les institutions. Pendant qu’on ordonnait une enquête dans les hôpitaux, on fondait un Mont-de- Piété à Paris, puis à Metz, à l’image de ceux qui existaient déjà depuis un ou deux siècles dans diverses villes de France. Ressource toujours coûteuse et souvent pleine de séductions et de périls, le Mont-de-Piété n'en était pas moins, à défaut de tout autre moyen de crédit, un bien pour les artisans auxquels il offrait, pendant les crises et le chômage, un asile temporaire contre l'indigence.
Le compagnonnage était proscrit, les confréries de compagnons rarement - autorisées. Il en existait pourtant. D'abord les petits corps de métiers, tels que ceux des fripiers, des sayetiers, où les maîtres, pauvres artisans,
(1) 1* Rapport du comité de mendicité ; chapitre de la Pitié.
travaillaient sans compagnons, seuls où avec leur apprenti, peuvent être considérés comme de véritables communautés d'ouvriers à facon. Dans les communautés moyennes il y avait des maitres sans fortune qui ne s’élevalent guere au-dessus de celte condition d'ouvriers à façon. L'exercice de certaines professions, surtout le transport des fardeaux, le chargèment et le déchargement, étaient réservés à des sociétés d'ouvriers qui, sans former un corps de métier, étaient tolérées ou même autorisées par l’administration, et jouissaient, à litre de confrérie, de certains priviléges : tels étaient, par exemple, à Paris, les forts de la la halle, au Havre, les calfats et les pilotes lamaneurs, à Marseille, les portefaix.
La confrérie des portefaix de Marseille a été surtout citée ; simple association de prières dans le principe, elle était devenue, vers la fin du xvu° siècle, une association de seCOUTS, alimentée par la générosité des fondateurs, par les cotisations des membres et par les contributions des négociants. Mais les négociants refusèrent de payér et obtinrent du parlement d'Aix une sentence favorable; l'associalion, réduite à ses propres ressources, subsista néanmoins et rendit encore des services. Elle avait pourtant un grave défaut, c'est que les recteurs ne rendaient pas de
comptes, et, quand on voulut, en 4789, les y astreindre,
leur mécontentement ameéna une sCISSION dans la s0-
ciété (1).
Mais, dans ces diverses formes d'associations, On
(1) Voir les portefaix de Marseille, par M. Rondelet, Revue contemporaine , 1864.
chercherait en vain à découvrir la charité faite par l'entrepreneur au salarié, et le patronage unissant les membres, riches et pauvres, de la grande famille ouvrière : cé sont partout des artisans petits ou grands , travaillant pour teur compte, s s’associant el se soulageant. Assurément cette forme de secours n'eût pas été la moins louable, si à côté de l'assistance ne s’étaient rencontrées les prétentions du monopole.
[existait aussi certaines confréries de salariés, les unes anciennes et vivant depuis longtemps dans l'ombre comme les confréries ouvrières de Lille; d’autres nées au souffle de l'esprit nouveau, enveloppant dans une même association de secours mutuels soit les ouvriers d’un métier, soit même les habitants d’un quartier. Celle de Sainte-Anne, par exemple, qui recevait des compagnons menuisiers et des ‘habitants du Temple datait de 1694: mais elle ne comptait guère que 60 à 80 membres, et subyenait en partie à ses dépenses par une quête faite dans tont le quartier. La société panotechnique de prévoyance, confrérie qui datait de 1720, avait pris en 1780 un caractère mieux accusé de mutualité en créant dans son sein une caisse spéciale pour les malades et les vieillards aux indemnités de laquelle on acquérait droit par une cotisation mensuelle de cinq sous. En 1789, il existait, à Paris deux pelites sociétés de ce genre constituées d'après des vues différentes, mais se proposant à peu près le même objet : la sociélé des menuisiers en meubles, datant de 1760, et la société fraternelle de Saint-Eustache, datant de 4782 (4! (1).
(1) Hubbard, de l'org. des soc. de prév. p. 4, et Emile Laurent,
le paupérisme et les assoc. de prév. T. I. p. 263.