‹ La France industrielle en 1789Chapitre 7 sur 36 · HR © TR · texte numérisé non relu

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Les tissus occupaient alors, comme aujourd'hui, le premier rang dans le travail manufacturier. Le lin et le chanvre étaient cullivés dans presque toutes les provinces, et partout on faisait de la toile; peu de grands ateliers d’ailleurs; chaque chaumière, pour ainsi dire, avait son métier (4) dont le produit, après le prélèvement nécessaire pour les besoins de la famille, était vendu au marché de la ville, Aussi, les ordonnances de 1762 et de 1765 qui, en autorisant légalement cette fabrication rurale, l'avaient soustraite aux persécutions jalouses des corps de métiers, avaient-elles été un grand bienfait (2). Les toiles fines ellesmêmes étaient tissées dans les campagnes et recevaient à la ville leurs derniers apprêts. Saint-Quentin y excellait ; ses linons, ses balistes, ses gazes de fil faisaient alors les délices de la mode et occupaient, dit-on, 60,000 fileuses et 6,000 tisserands (3). On estimait à 200 millions la valeur des toiles fabriquées (4) ; l’exportation seule atteignait 20 millions et, l’agriculture ne suffisant pas à fournir la maüère première, on achetait chaque année à l'étranger pour 6 ou 8 millions de chanvre et de lin (5). Aussi, le prix du chanvre brut s’était-il élevé depuis le commencement du règne de Louis XVI, de 30 à 40 livres le quintal (6).

1) Arthur Young, Voyages en France, IE, 381.

2) E. Levasseur, Hist. des classes ouvrières, t, Il, p. 364.

3) Dict. du Commerce et des March., V° Saint-Quentin, p. 1,988. 4)

5) Arthur Young, Voyages en France, t, Il, p. 351 et suiv. —

( (4) Enc. mét., Arts et mét. V° Toileries.

Il est vrai que par compensation l'étranger nous vendait de son côté pour 9 à 12 millions de toiles.

(6) Enc. mét., p. 270,

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Le coton n'était encore qu’un annexe dé la toilerie, mais un annexe déjà fort important. Dans le principe, la France l'avait recu tout filé du Levant et ne l'avait employé qu'en le mélangeant avec d'autres fils. Le xvin® siècle avait vu les premiers succès de cette matière textile; il avait appris à le filer et à en faire des tissus variés, siamoises, rouenneries, toiles peintes, que le goût des femmes pour les parures légères avait mis en vogue. Rouen et Mulhouse étaient à la tête de cette fabrication ; Amiens faisait des velours d'Utrecht; mais Mulhouse ne comptait pas encore dans l'inventaire de la richesse française, et c'élaient la Normandie et la Picardie qui filaient et tissaient la plus grande partie des 44 millions de livres de coton en laine que nous importions en 1788 (1).

La draperie était aussi une industrie répandue dans la . plupart de nos provinces et dont les origines élaient aussi anciennes que l’histoire du pays, comme le sont d’ailleurs les origines de la plupart des grandes industries ayant pour objet de vêtir ou de nourrir l'homme avec des produits indigènes. Les types étaient nombreux, et chaque canton restait fidèle à celui qu’il avait coutume de fabriquer depuis de longues années (2); ici des draps fins, là des londrins, des pinchinas, des camelots, des droguets. Il y avait cependant des manufactures, quelques-unes même étaient assez considérables et avaient été libéralement encouragées par Colbert; mais la majeure partie des étoiles de laine provenait des métiers isolés des tisserands de

(1) Ouin Lacroix, p. 113.

(2) Enc. méth., Manuf. et Arts, V° Draperie.

campagne. La fabrique de Sedan, avec ses 10,000 ouvriers et ses 713 métiers, occupait le premier rang dans la draperie fine, et jouissait depuis longlemps de la réputation qu'elle a toujours su conserver à travers les vicissitudes de notre industrie; derrière elle venaient Lorient, Elbeuf, Abbeville, Darnetal (1). La draperie commune était fabriquée surtout dans le centre de la France et dans le Languedoc où Lodève avait déjà le privilége d’habiller ‘les troupes et où Carcassone approvisionnait encore une partie des marchés du Levant. Sous le nom de petite draperie, ou faisait en Flandre, en Picardie, en Champagne, diverses étoffes de laine peignée : mais cette fabrication était dans l'enfance, tandis que celle de la laine cardée donnait dans les qualités supérieures des produits excellents. On avait

(1) Voici la liste des principales fabriques de lainage en 1789. — Au Nord, Rethel fabriquait des étamines, des burates, des croisés, des flanelles; Sedan, des draps superfins noirs ou de couleur, draps amarante, écarlate, pourpre, marron, puce, etc., bleu de Saxe, vert de Saxe, eic., des casimirs, des serges, des Londres : Troyes, des ratines, des molletons, des espagnolettes, des serges; Semur, des draps, des droguets, dés tricots ; Reims, des silésies, des impériales, des ras castors. des flanelles, des étamines, des burats; Beauvais, Grandvilliers, Breteuil, des sommières, des ralines, des molletons ; la Flandre, des draps et des pinchinas ; Amiens, Abbeville, des pannes, des serges, des crèpons, des baracants, des camelots; Rouen, Darnetal, Elbeuf, des flanellés, des espagnolettes, des draps ordinaires et de gros draps: Louviers, des draps fins, des casimirs: Lisieux, Vire, des couvertures, des molletons, des tiretaines; Dreux, Nogent-le-Rotrou, des serges, des étamines,.des couvertures ; Angers, des étamines et des flanelles.

Dans le centre on faisait des pinchinas: des cadis dans la Saintonge; des serges et des droguets dans la Marche : quelques

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pour 23 livres un fort beau drap noir de Sedan (4).

De notre temps le progrès a été beaucoup moins sensible pour cet article que pour les draperies communes, d’une consommation générale. J’ai eu entre les mains des échantillons de draps du Languedoc qu'au xvin® siècle quelque inspecteur des manufactures, avait sans doute adressés au bureau du commerce; ce sont des ratines de Limoux, des draps facon d'Elbeuf, de Carcassonne, des draps blancs et gris-blancs de Lodève qui valent en moyenne de 6 à 10 livres l’aune (2), grossières étoffes pour la plupart, dont les meilleures présentent un tissu épais et sans souplesse, et dont les plus communes sont ou mal peignées ou grossièrement foulées ou mélangées de brins de paille, et n’ont guère plus d'apparence qu'une couverture de lit; dans les mêmes qualités et dans les mêmes prix, on obtient aujourd’hui, sinon plus de solidité, du moins beaucoup plus d'élégance et de commodité. Encore ces étoffes communes étaient-elles

draps dans le Berri; quelques serges, tiretaines et draps communs en Bretagne; des étamines, des serges et des droguets dans le Bourbonnais ; des couvertures à Orléans.

Dans le Midi, la Provence faisait des cadis et des cordelats; le Dauphiné, quelques draps de billard; Lodève, Montpellier, des draps pour la troupe, des draps d'exportation, des couvertures ; Saint-Gaudens, Toulouse, Rieux, La Réole, Bagas, des cadis, des burats, des droguets, des couvertures, des draps ; Montauban, des draps; le Vivarais etle Gévaudan des cadis, des draps fins d’Aubenas. des rases, des flanelles; le Rouergue, des cadis, des sergettes et des rases. (Voir pour plus de détails les tableaux du maximum.) |

(1) Enc. mét., Manuf. et mét., t. I, p. 273.

(2) Archives de l'Emp., H. 748?

én trop petite quantilé; on en exportait, il paraît, pour sprès de dix millions par an; mais à l'intérieur du royaume uné partie des paysans ne portait que des haillons de toile. Un des écrivains de l'encyclopédie se plaint de cette misère (4), et ses observations sur ce point confirment celles d'Arthur Young.

La soierie était, au xvrr° siècle, bien plus encore qu'aujourd'hui une industrie de luxe, car elle était presque exclusivement à l'usage des classes riches. Aussi celte -belle fabrication était-elle fort sujette aux caprices de la mode, et la mode la délaissait alors pour combler de ses faveurs les toiles peintes. Lyon souffrait, et aurait souffert davantage sans le succès de ses gazes de soie. Sur des 44,711 métiers que recensait la communauté en 1788, 5,442 avaient cessé de battre. En temps ordinaire on comptaitenviron 30,000 personnes, maîtres, ouvriers ou enfants vivant de cette industrie, et on employait 2,250,000 livres de soie, c'est-à-dire à peu près la moitié de la consommation totale de la France (2).

La bonneterie employait les mêmes matières que le tissage, fil, coton, laine et soie, et formait comme lui une des branches importantes de notre industrie. La Picardie seule possédait 66,000 métiers, et produisait une valeur de 60 miliions. Lyon avait eu 2,000 métiers à faire des bas de soie, Paris , presque autant, Nîmes, plus de 3,000; Orléans et Poiliers fabriquaient des bas drapés ; Rouen et la Champagne, des bas de coton (3). On retrouve encore

(1) Enc. mét., Manuf. et arts. V° Lainage.

(2) Ibid., V° Bonneterie, p. 43 à 45.

(3) Ibid., p. 8 à 12.

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aujourd'hui les mêmes industries à peu près fixées dans les mêmes lieux. Les hommes et les institutions passent, mais il est des usages qui persistent sans qu'on puisse toujours marquer une cause précise qui les ait fait naître et qui les fasse durer. La différence n’est pas aussi grande qu'on pourrait se l’imaginer entre la géographie industrielle de notre pays au xvim® siècle et au xix°: la plupart des grands centres de fabrique de notre temps, étaient déjà des centres avant la Révolution de 4789. I] y a eu développement plus que déplacement ; il ya un mouvement de concentration dans les grands ateliers; il y a eu surtout de nouveaux modes d'activité qui ont donné naissance à de nouvelles entreprises; mais on peut affirmer hardiment que les progrès accomplis depuis cent ans ont allumé beaucoup plus de foyers de travail qu'ils n’en ont éteints.

Je n'en finirais pas si je voulais énumérer toutes les sources de la richesse industrielle de la France. Aux tissus il faudrait rattacher les tapisseries, celles des Gobelins, de Beauvais, de Flandre, d'Aubusson, qui faisaient toujours l'admiration de l'Europe, les tentures d'appartement dont la valeur avait, il est vrai, bien baissé, depuis que la perse avait détrôné la soie (1), les modes que nous avions, comme toujours, le privilége de fournir au monde élégant dans l'Europe entière, et que nos marchands, comme ioujours, se plaignaient de voir copiées par des plagiaires étrangers (?). Il faudrait citer l’ébénisterie qui produisait alors

(1) Enc. mét., Manuf. et arts. V° Ameublements. (2) Ibid. V° Modes.

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ces jolis ouvrages de marqueterie, longtemps dédaignés, aujourd’hui ardemment recherchés par un caprice de la mode, non moins que par un relour au bon goût (1). La porcelaine avait à peu près les mêmes qualités et se distinguait par la coquetterie quelque peu mignarde de Ja forme et des peintures; la verrerie et la faïence suivaient de loin, mais on remarquait que leur prospérité avait été profondément ébranlée lorsqu'elles s'étaient trouvées en concurrence avec la verrerie et la faïence anglaises (2). Nos glaces ne craignaient plus depuis longtemps la concurrence de Venise. Les papeteries devaient à deux causes un redoublement d’activilé; on commençait à tendre les appartements de papiers peints et jamais on n'avait tant imprimé (3).

Le fer n'était pas encore l’âme de la manufacture et n’avait pas tenté d'envahir les domaines jusque-là incontestés du bois et de la pierre; on le produisait en trop petite quantité et à trop haut prix Il avait néanmoins une grande importance; car par lui-même ou par l'acier, 1l fournissait au travail la plupart de ses outils, et sa fabrication offrait d'autant plus d'intérêt que les premières machines à feu commençaient à lui ouvrir une nouvelle carrière. On faisait très-peu de fer à la houille ; mais les fers doux de Dauphiné et de Roussillon, les fers de Franche-Comté, d'Alsace, de Berri, de Bourgogne et de Champagne et les tôles au miarteau élaient justement estimés On comptait alors en France 243 hauts fourneaux et 315 feux d'affinage produisant

(1) Enc. méth., Manuf. et arts. — V° Ébénisterie. (2) Ibid. V° Porcelaine.

(3) Ibid. V° Papeterie.

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environ 400 millions de livres de fer et 6 millions de livres d'acier (1).

Un intendant du commerce estimait, en 1788, la production de l’industrie française à 934 millions, soit environ un milliard de francs (2). Sans doute nous avons depuis ce temps marché à pas de géant, etil n’est pas exagéré de dire que la production a pour le moins quintuplé dans l’espace de trois quarts de siècle. Mais, en 1788, lorsque ne prévoyant pas encore ce que pouvait donner l'avenir, on considérait ce qu'avait donné le passé, on devait envisager la situation sans amertume et affirmer hautement la prospérité et le progrès de l'industrie. On en avait des preuves sous les yeux. L'esprit d'invention commencait à percer lépaisse enveloppe de la routine : c'était le soufile nouveau qui, après avoir animé ja science, allait bientôt transformer l’industrie. Le coton en avait senti les premiers effets. Il était lui-même une nouveauté des premières années du xvin® siècle, et il avait eu à soutenir une longue lutte contre la routine et les intérêts privés. Pour le tisser plus avantageusement on avait changé quelques dispositions du métier et on avait obtenu des lancés à fleurs, des chinés qui avaient fait la fortune des rouenneries; pour en fabriquer des toiles peintes, on avait déjà perfectionné divers procédés de teinture et imaginé les réserves (3) ; enfin, après la suppression de la compagnie des Indes, l'administration avait

(1) Costaz, Hist. de l'Admin, cité par Boiteau, État de la France en 1789, p. 508. — L'Encyclopédie méthodique indique 600 grosses forges donnant 166 millions de livres de fer.

(2) Tolosan, Mém. sur le comm. de la France el de ses colonies

(3) Enc. mét., Man. et Arts. V° Toiles.

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cru pouvoir se relâcher de ses rigueurs, et Oberkampf avait fondé à Jouy, en 1770, la première manufacture d'indiennes. Après le tissage on s'était occupé de la filature, et quelques inventeurs s’appliquaient à introduire en France les mécaniques qui faisaient la supériorité de l'Angleterre. Depuis 1773, un fabricant de velours de coton à Amiens avait fait monter, dans ses ateliers, sur des dessins pris chez nos voisins, quelques machines à filer de 18 à 20 broches (4). Bientôt, en 1784, un autre amienois, nommé Martin, apporla à l’Académie des sciences le métier de filer d’Arkwright; l'Académie applaudit ét le roi accorda un privilége pour l'érection de la manufacture de Poix, près d'Arpajon (2). Le gouvernement fit construire lui-même et distribuer quelques métiers mécaniques afin d'en propager l'emploi.

L'outillage des anciennes fabrications tendait aussi à se perfectionner. Le métier à bras avait recu quelquesaméliorations de détail et le roi avait encouragé plusieurs inventeurs. On venait tout récemment d'importer le métier anglais que patronuait l’Académie ; Lyon avait reculé devant la dépense, mais on avait créé à Paris, dans lefaubourg Saint-Antoine, une manufacture qui n'eut malheureusement qu’une existence éphémère (3). Les machines de Vaucanson commençaient à se répandre et permettaient à la France de rivaliser avec les organsins du Piémont. Argand appliquait aux lampes les lois de la combustion; un rapport venait

(1) Dict. du Comm. et des March. V° Coton, p. 707. (2) Enc. mêt., Man. et Arts, t. I, p. 15.

(3) Enc. mêt., Man. et Arts. V° Bonneterie, p. 59.

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d'être présenté à l’Académie, en 1786, sur la substitulion du blanc de zinc au blanc de céruse (4). On sentait ‘qu'un rapprochement était à la veille de s'opérer entre la science el l’industrie, trop longtemps indifféréntes l’une à l’autre, et qu’il était temps de réformer les vieux procédés. L'exemple était venu d'outre-mer, il était nécessaire de le suivre : « Partout où la main-d'œuvre est chère, écrivait un inspecteur, il faut suppléer par des machines ; il n’est que ce moyen de se mettre au niveau de ceux chez qui elle est à plus bas prix. Depuis longtemps, les Anglais l’apprennent à l’Europe (2). »

- Vingt ans auparavant on n'aurait peut-être pas tenu ce langage. Mais le traité d'Éden venait d’être conclu et les marchandises anglaises affluaient sur nos marchés; nos fabriques, surprises par celte brusque invasion, avaient gémi de leur infériorité. Quelques-unes avaient succombé ; beaucoup languissaient; presque toutes réclamaient, s’adressaient au public, aux ministres et bientôt après aux États-Généraux qu’elles chargèrent de remédier à leurs misères. « Le traité de commerce a porté le coup le plus funeste à nos manufactures, » disait un des cahiers du Tiers-État. Rouen, Reims, Rennes, Lyon étaient les plus

(1) Enc. mét., Arés et mél. V° Zinc.

(2) Enc. mét., Man. et Arts. V° Cordage, p. 127. — Après le traité d'Éden, la commission intermédiaire de l'assemblée de Rouen aîtribuait la supériorité des cotonnades anglaises : 1° au bon marché de la houille; 2° à l'emploi des machines qui économise la main-d'œuvre. — M. de Lavergne, les Ass. prov. sous Louis X VI, p. 246. !

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amers dans l'expression de leur mécontentement (1). Nevers déplorait la ruine de ses fabriques de faïence (2). Bordeaux seul, qui exportait ses vins et dont la population avait augmenté, applaudissait sans réserve (3). On se plaignait surtout de la manière dont l'industrie avait été exposée sans son aveu à la concurrence étrangère. « Lorsqu'il fut question de ce traité de commerce, écrivait la ville de Lyon, le ministère anglais en donna avis aux maires de toutes les villes manufacturières du royaume, avec ordre d'en faire part aux négociants et de leur demander des mémoires relatifs aux objets de leur fabrique. En France, nous ne fûmes instruits du projet de ce traité que par les papiers publics anglais. Nous nous hâtâmes de faire parvenir au ministère des mémoires où nous demandâmes que quelque faveur fût accordée à l'exportalion des productions des manufactures de cette ville. Que nous fut-il répondu? Qu'il était trop tard et que le traité était si-

(1) Rouen, Cah. du Tiers, art. 58 et 59.

Reims, Cah. du Tiers, Commerce, art. 109.

Rennes, Cah. du Tiers, Commerce, art. 185, 186 et 206.

Senéchaussée de Lyon, Cah. du Tiers, passim.

Voir aussi le Cahier du Ponthieu, Agr. et Comm., art. 1 et 8: celui de Calais et Ardres: celui de Dunkerque, art. 26; celui de Mantes et Meulan, chap. IX, art. 3; celui de Metz, art. 63: celui de Paris extrà muros, Commerce, art. 1: celui de Saumur, art. 35; celui de Villiers-le-Bel. — Archives de l'Emp. Collection gén. des procès-verbaux, mémoires, leltres el autres pièces concernant les députations à l’ass. nat-de 1789.

(2) Cahier du Tiers, art. 22.

(3) Arthur Young, t. I, p. 82

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qgné » (1). Aussi, dans tous les cahiers où la question est soulevée, le Tiers-État est-il unanime pour demander qu'il ne puisse être conclu à l'avenir de traité de commerce « sans que le projet ait été communiqué à toutes les chambres de commerce et aux États-Généraux. »

Le désir était légitime et le tarif de 1791 prouve qu'une assemblée guidée par l'amour de la justice était capable de régler avec impartialité les rapports commerciaux de la France avec l'étranger. Mais, avant le grand mouvement imprimé aux idées libérales par la révolution de 1789, les esprits étaient mal éclairés sur cette matière; Îles intérêts froissés couvraient du bruit de leurs colères la voix de quelques économistes isolés et avaient pour eux les apparences de la raison, parce que, d'une part, leurs souffrances étaient réelles et que, d'autre part, les avantages de la facilité des échanges ne pouvaient, à l'égard du public, se produire. qu'avec le temps et ne se traduisaient pour les intéressés que par la nécessité coûteuse de transformer leur matériel. Parmi les hommes de théorie euxmêmes, beaucoup étaient hostiles au traité qu'ils croyaient désavantageux au peuple ; l'un des plus honnêtes du siècle, Roland de la Platière, oubliait sa placidité philosophique quand celte question se présentaitsous sa plume : « Brülez, brûlez, brûlez ces objets prohibés, écrivait-il en style emphatique; détruisez , anéantissez ces sortes de marchandises ; faites vivre le peuple, les agriculteurs, les arti-

(1) Addition au mémoire sur le commerce de Lyon, cité par V'Enc. mét., Man. et Arts, t. IL, p. 6,

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sans ; le reste n’est plus que vanité, puérilité, sottise (4). »

Du reste, l'opposition n'avait pas été moins vive de l’autre côté du détroit. Dans tous les pays, les intérêts privés sont les mêmes : ils s’effraient de la concurrence. Les manufucturiers anglais se plaignirent ; Fox dans la chambre des Communes, le marquis de Lansdwone et le docteur Watson dans Ja Chambre Haute, attaquèrent violemment le ministère; mais le Parlement lui donna une imposante majorité.

Le traité d'Éden était loin d’avoir fait en France tout le m&l qu'on lui imputait. Par l'obligation qu'il imposait de perfectionner les instruments de travail, il avait rendu un service dont on ne lui savait pas assez de gré. L'effet de deux disettes consécutives, le trouble apporté au travail par les préludes d’une grande révolution retombaient à sa charge, et c'était lui qu’on accusait à tort ou à raison des chômages et de la fermeture des ateliers. La vérité est, que l'importation des marchandises étrangères s'était tout à coup accrue de #0 millions, mais l'exportation avait gagné la même somme (2), et s’il y avait eu déplacement, on ne pouvait pas soutenir, même au nom de la balance du commerce, qu'il y eût amoiïndrissement de la production nationale.

(1) Enc. mêt., Man. et Arts, t. 11, p. 68. Ve Bonneterie. (2) C'est du moins ce qui ressort des chiffres donnés par Art. Young:

{ exportation. 307 millions

En 1784 À importation . 271

différ. 36 millions environ

En 1 nes importation . 310 —

“exportation . 349 — |

En 1784, l'importation des matières premières qui servent en grande partie à alimenter l’industrie est de 135 millious; elle atteignait 155 millions en 1787. — Art. Young, II, p. 355 et suiv.

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