‹ La France industrielle en 1789Chapitre 8 sur 36 · MC · texte numérisé non relu

MC

Ce qui était incontestable, c'est que l’industrie traversait une grande crise. On a voulu représenter ces douloureuses contractions du travail et du bien-être comme une maladie de notre siècle, engendrée par la concurrence, et on s’est complu à opposer l'existence calme et unie des anciens artisans aux agilalions anxieuses de nos manufacturiers. C'est une erreur qui se dissipe devant la lumière des faits. L'industrie était sans doute moins agitée parce qu'elle était moins active, parce qu’elle tenait moins d'existences suspendues à ses destinées, et qu’elle-même dépendait moins du crédit. Mais elle connaissait les crises, et elle était peutêtre moins armée que nous ne le sommes aujourd'hui contre celles qui proviennent des diseltes ou des guerres. Elle les subit quatre ou cinq fois dans la seconde moitié du xvine siècle : crise en 4752; crise plus violente et beaucoup plus longue en 1756 au moment où éclata la guerre de Sept-Ans ; crise momentanée quand la France entra en lice dans la querelle des Etats-Unis et de l'Angleterre; en 1784, quand elle eut fait la paix, crise monétaire, produite, disait-on, par l'encombrement des magasins et par la défiance qui gênait la circulation du numéraire; crise, quand elle eut signé le traité d'Éden. En 4756 et 1757, l'intensité du mal avait été telle qu’une foule d'ouvriers aflamés n'avait tronvé de ressources « que dans le parti des armes, » et que la seule ville de Rouen avait vu les recruteurs en quinze mois lui enlever 10,000 ouvriers (1).

(1) Enc. mét., Man. et Arts, t. I, p. 250. Ve Toiles. — Voir sur les crises à Lyon, Tours, ete., de 1749 à 1757, les Mémoires de d'Argenson, t. VI, passèm.

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