CONFECTION DES VÊTEMENTS
Les industries que nous avons étudiées dans les chapitres précélents avaient toutes pour but de fournir à l'homme les tissus destinés i la fabrication de ses vêtements; cette fabrication fait l'objet d'inliistries diverses, comme celles du tailleur, de la couturière, de la lin- ;;ère, etc. Tout le monde connaît les principaux détails de ces inlustries, qui s'exercent à la main et qui, malgré leur importance, l'offrent rien de particulier à décrire. Nous dirons seulement que les toffes sont d'abord coupées sur des patrons^ ou morceaux de papier pais, dont la forme varie avec la nature du vêtement ; les dimensions ont données par la mesure que prend le tailleur sur le corps môme 6 la personne qui commande l'objet à confectionner; puis les diffé- -Dtes pièces sont livrées à l'ouvrier qui les assemble et les prépare ^ur l'essayage. Les retouches à faire sont indiquées par le maître illeur à l'aide de traits faits avec un morceau de savon taillé, et le 'tement, rendu à l'ouvrier, est définitivement confectionné. Le lent d'un bon ouvrier tailleur ne consiste pas seulement dans ^actitude et dans le soin qu'il apporte à exécuter les indications qui i sont données au point de vue des dimensions et de l'ajustement ^ pièces, mais aussi et surtout à donner au vêtement du cachet, de ^I^nceetdela résistance à la déformation, etc. Toutes ces qua- ^ês dépendent des garnitures intérieures que l'ouvrier doit savoir lacer et ajuster, de son habileté à manier le fer à repasser qui, par ^D poids et par sa chaleur cambrera certaines parties du vêtement our leur faire prendre la forme du corps, etc.
L'industrie du tailleur comprend deux classes distinctes : celle des
tailleurs à façon et celle des confectionneurs. Les premiers essayeni le vêtement lorsqu'il est ajusté, les autres le font sans essayage, lia résulte évidemment qu'un Jiabit de confection est toujours moi» soigné et moins bien ajusté que celui qui est fait à façon. Mais noos devons ajouter que les confectionneurs produisent à meilleur marché, tant à cause des capitaux considérables dont certaines maisons disposent, que par suite de la facilité qu'elles ont d'entretenir constamment le travail de leurs ouvriers, même pendant la morte-saison. Sous ce rapport, cette industrie rend chaque jour de grands service: le bon marché auquel elle arrive permet de répandre dans les classes ouvrières un confortable auquel elles ne pouvaient prétendre autrefois, et sous ce rapport on ne saurait trop encourager ses progrès.
L'invention de la machine à coudre a beaucoup contribué au résultat que nous signalons. Chacun connaît cette machine, qui se répand maintenant jusque dans nos maisons particulières; il en existe bien des modèles capables d'exécuter les ouvrages les plus divers* Dans les plus simples, qui ne font que le point appelé point de chaînette, une aiguille disposée verticalement et recevant le fil d'une bobine montée sur l'appareil, est mise en mouvement alternatif, soil par une roue mue à la main, soit par une pédale. Dans ce mouvement elle vient traverser TétolTe placée sur un porte-objet et entraîne le fil: à chaque passage un organe situé au-dessous du porte-objet rencontre le fil et fait la boucle nécessaire à la formation du point. Quant à l'étoffe, elle est entraînée par le mouvement d'une pièce rugneuse qui se meut dans une fente percée dans le porte-objet, et se trouve serrée contre lui par une autre pièce appelée presse-étoffe. L'ouvrière n'a qu'à guider le tissu dans son mouvement. Ces machines ont Finconvénient de ne pas arrêter le point, c'est-à-dire que, lorsque la couture est faite, si le fil vient à se casser, il suffira de tirer sur l'une de ses extrémités pour qu'il quitte l'étoffe et que la couture se défasse tout entière.
Dans les machines plus complètes, on ne rencontre pas cet inconvénient : le point est constitué par l'enchevêtrement de deux fils, l'un est porté par l'aiguille, l'autre est livré par une navette qui est située au-dessous du porte-objet et s'y déplace d'un mouvement horizontal alternatif. La figure 299 représente une machine à deux aiguilles.
L'industrie de la confection des vêtements est répandue dans toute la France : Paris en est le centre principal. Cette ville comptait en 1866 plus de 1720 tailleurs payant patente, travaillant à façon et faisant un chiffre d'affaires de 90 millions de francs. Il faut ajouter
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ifectionnenrs civils et militaires, dont le chiffre d'alTaires était à poque de 100000000 (civils 100000000, militaires 0 000000), les tailleurs pour enfants, dont les affaires s'élevaient à KM), Dans ce total 205000000, le prix de la matière première pour 107000000, celui de la main-d'œuvre pour 63 000 000. léfice brut est donc de 15000000. Là nombre des ouvriers
Fie. 299. — Macliine A c
rs à Paris était àcette époque de 3A 000 hommes, dont le salaire était par jour de h fr. 05 c, et de 6000 femmes gagnant en De 2 fr, 30 c. par jour.
CIIAPELLERIE
;hapellerie comprend la fabrication des coiffures d'hommes et mes ; nous ne nous occuperons que des premières : la confecs autres se fait exclusivement à la main et ne comporte pas jcription détaillée, le talent de la modiste consistant surtout boo goût et dans l'élégance des produits fabriqués, bapellerie pour hommes est une industrie très-importante, qui (se la fabrication des chapeaux de feutre, de soie, de paille, et » casquettes.
chapeaux de feutre entrent aujourd'hui pour les neuf dixièmes
INDUSTRIES D(J VÊTEMENT ET UE LA TOILETTE, dans la consommation aonuclli;, et la France en fabrique pour prt de 80 millions de francs, sommi' dans laquelle lu consommation rieure est représoiitôe par (il> millions environ. Les principaux ceotn
de Tabricalion sont Paris, Lyon, Aix, Bordeaux, Homan, Boni Péage, Tarascon, Chazelles, Esperaza, Fonlenay-le-Ctimlc.
L'usage des chapeaux de feutre remonte au régne de ChariesVl Les premiers feutres furent faits en laine d'agneau, ensuite enpoil de castor; plus tard on mélangea àla laine le pnll de chevreau eldt veau ; aujourd'hui le feutre, qui sert h la confection des chapentUrtst fait avec des poils de chèvre, de lapin, de loutre, de rat gondin, n^ quel on mélange quelquefois une certaine quantité de lune.
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La laine possède nalurellemenl la propriété feutrante, c'est-à-dire que, si on la fuule, les différents brins s'entrecroiseront, se fixeront l'un à l'autre par les aspérités qu'ils présentent et finiront parconstitoer an tissu appelé feutre. Les poils, dont nous avons parlé tout à àl'heure, ne pdâ^èdent pas naturellement la propriété feutrante et l'on doit la développer chez eux par l'opération du sécrétage, qui consiste i les imprégner d'une dissolution de nitrate de mercure, avant de les détacher de la peau de l'animal : cela se fait en frottant celte peau du ràtédu poil avec iiQe brosse préalablement trempée dans la dissolulion. Après a\oir séché les peaus, on arrache le poil ou on le coupe avec un outil très-tranchant. Dans les usines bien^montées, celte opération est exécutL^ mécaniquement par un couteau ù lames hélicoïdales qui est animéd'un mouvement rapide de rotation et qui rappelle les tondeuses enqiloyéea pour les apprêts des étoffes. Le cuir sort do m machines ft l'état de copeaux.
Après ces opérations préliminaires commence la fabrication proprement dite du chapeau ; nous la décrirons d'abord telle qu'elle a été pratiquée jusqu'à ces dernières années, telle qu'elle l'est encore duu beaucoup de localités, et nous indiquerons ensuite les modificatioDs que la grande industrie y a apportées.
Les poils de diverse nature sont d'abord mélangés suivant la qualité àa lentra que l'on veut faire ; après ce mélange, il faut ouvrir les poils, c'estA-dire raréfier la masse par l'agitation et la faire foisonner : c'EStlebutde l'ar^onna^e, opération qui tire son nom de l'outil dont on se sert. Varçon est un.arc de 2°, 50 environ, suspendu k une petite distance d'une table sur laquelle on met les poils. L'oumer, en bisant vibrer la corde au milieu de ces poils, les agite et les projette & une certaine hauteur ; ils retombent peu à peu, s'enche- TËtrent et forment une masse que l'on divise en plusieurs lots ou capides, pour la transformer par l'opération du bastissage en un tissu ■ïant la forme d'une cloche. Pour cela, on place une première capade nrune toile mouillée, appelée /eu/n'ere ; au-dessus on applique une feuille de papier mouillée, puis la seconde capaile, et l'on replie la feutriëre; en la pressant avec les mains, en la pliant et la repliant en Ions sens, on commence le feutrage et l'on obtient deux lames de poils feutrés qui ont déjà une certaine consistance. On les réunit par leurs bords et on les remet en feutriëre pour opérer la soudure par Qd nouveau feutrage. Il faut avoir soin de séparer les deux lames par Une feuille de papier pour les empêcher de se réunir sur toute leur tluface.
Le tissu qui constitue la cloche n'ayant pas encore assez de consi-
stance, on le porte au foulage. La ligure 300 représente une fmk Cet appareil se compose d'une chaudière remplie d'eau acidulée par l'acide sulfurique. Sur les bords sont disposés des plans indinés bancs. L'ouvrier trempe son feutre dans Teau de la chaudière, piû le place sur son banc, où il s'égoutte, le presse avec un rouleni bois, l'arrose d'eau froide et, pendant quatre heures, continue à fouler en tous sens, d'abord avec les mains nues, puis avec les garnies de manicles ou semelles de cuir.
Le feutre, après foulage, est placé sur une forme dont on le prendre les contours en le pressant fortement avec les mains.' faire les bords, l'ouvrier attache l'étoffe sur le bas de la fonne une forte ficelle et relève en tirant, en long et en large, la partie tissu qui se trouve au-dessous de cette ficelle et qui constituen bord du chapeau. On laisse sécher, on polit à la pierre ponce etk peau de chamois; puis on teint dans un bain composé suinnt nuance que l'on veut obtenir. Après teinture, le tissu, lavé et l'étuve, est livré à l'appréteur, qui l'imprègne d'une dissol gomme laque; on fait ensuite sécher à lair et la gomme laque, est entrée dans les pores du chapeau, lui donne de la fermeté.* TeW sont les principales opérations que comporte la fabrication d'un chapeau de feutre. Le travail à la main, que nous venons de décrire, est assez long et le plus habile ouvrier ne peut guère bastir et ftHikt plus de trois chapeaux dans sa journée; la substitution du travailmécanique a fait une véritable révolution dans la chapellerie : en rngmentant la production et en abaissant le prix de revient, elle a mis le chapeau de feutre à la portée de toutes les bourses; c'est ce qui explique le développement important que cette industrie a pris dus ces dernières années.
Le mélange des poils se fait dans une série d'armoires commumquant entre elles ; le poil est placé sur une toile sans fin où il est pris par des cylindres alimentaires et par un arbre à palettes qui le lancent dans la première armoire. Un ventilateur entretient son mouvement, et Ton voit, à travers les vitres de ces armoires, voltiger et tourbillonner les poils, qui se mélangent et laissent déposer le ^arre, ou poil de qualité inférieure, dans des tiroirs situés à la partie inférieure de 'appareil.
Le mélange ainsi produit est livré à une machine appelée bastit seiise^ chargée d'exécuter Varçonnage et le bastissage. Les poils sont placés sur la toile sans fin T (lîg. 801), et y sont pris par des cylindres alimentaires qui viennent les présenter à un cylindre garni de brosses disposées suivant sa longueur : la rotation les lance dans un
CHAPEI.LEItrE.
uit A, oi'i ils sont agités en tous sens par un couniut d'air Actif qui lit progresser dans ce conduit. Arrivés à l'estrémitt', ils sortent me large fente et vont se fiver sur une cloche de cuivre percée tius et recouverte d'un linge mouillé. Elle tourtje lentement au-
- Puiiçagi!
d'un axe vertical et repose sur un pied P, dans lequel se fait le , la pompe à air, qui communique avec l'appareil, aspire les poils ; fixe sur la cloche. Comme celle-ci est conique, on comprend sa base il se déposerait moins de poîk qu'à son sommet, puisque antîté qui sort en un temps donné, par une longueur déterminée fente, étant in môme partout, se répartirait h la base sur une large surface et y rournirait une moins grande épaisseur. Pour ariser cette répartition, la fente n'est pas ouverte en même temps
sur toute sa hauteur : un ouvrier place devant elle une plaque R, qui soulève peu à peu de bas en haut; le mouvement qu'il donne à plaque est plus lent en bas qu'en haut, de telle sorte que la partie férieure de la cloche reçoit le poil pendant plus de temps que la pa supérieure. On recouvre ensuite la cloche d'une toile mouillée, et l'enlève pour la plonger dans un bain d'eau acidulée, qui aiigme la consistance du tissu et permet de le détacher plus facilement de cloche.
Le tissu très-léger ainsi obtenu est ensuite assuré^ c'est-à-dii qu'on augmente sa solidité en le plaçant dans une foutrière et en I faisant subir le feutrage à la main que nous avons décrit. Le feutr; est achevé dans une machine à feutrer^ où l'étoffe est soumise à pression et à une friction simultanées. Le feutre passe cnsur k la foule, au dressage et aux apprêts. Ces opérations se font de manière que nous avons décrite ; le ponçage seul s'exécute mécaniquement sur des formes que représente la figure 302. formes F, animées d'un mouvement rapide de rotation, reçoivent chapeau, et, pendant qu'elles tournent, l'ouvrier appuie sur l'étolfe la ponce qui doit la polir. Le ponçage des bords se fait en plaçant le chapeau dans une forme creuse et en les rabattant sur une partie plate qui se trouve autour de la cavité. On voit en T un tuyau par lequel une pompe aspire d'une manière continue la poussière qui nuirait à la santé de l'ouvrier.
Le chai)e;iu de soie fut inventé à Florence vers 1760; en 1770, il y en avait déjà deux fabriques à Paris : cependant cette industrie sommeilla jusqu'en 1828, époque à laquelle elle a pris un grand essor; aujourd'hui elle a diminué beaucoup d'importance, par suite du développement de l'usage des chapeaux de feutre. Les principaux centres de fabrication sont Paris, Lyon, Bordeaux, Douai, Rouen, Marseille, Arras, Nantes, Yvetot, Essonne.
Un chapeau de soie se compose d'une carcasse, ou galette^ à la surface de laquelle on colle un tissu de soie appelé peluche^ qui se fabrique, comme nous l'avons dit plus haut, àSarreguemines et à Tarant. La galette était faite autrefois en poils de lapin feutrés et apprêtés; aujourd'hui elle est en toile recouverte de couches de gomm^ laque destinées à lui donner de la roideur : elle se compose de trois parties: la partie latérale, le fond et les bords. La partie latérale se fait en entourant une forme cylindrique d'un morceau de toile apprêtée dont on réunit les bords en les collant l'un à l'autre. Sur le fond de cette forme on applique un disque circulaire que l'on colle au premier IDO^