DÉCORATION DE LA PORCELAINI:: ET DE LA FAÏENCE
La porcelaine et la faïence sont souvent enrichies de couleurs ou de lessins coloriés qui en font quelquefois de véritables objets d'art. Telles sont, par exemple, les porcelaines peintes de la manufacture le Sèvres, dont la réputation est établie dans le monde entier. Les natières colorantes employées sont ordinairement des oxydes métaliques, qui doivent satisfaire à la condition de donner aux pâtes, à la empérature de leur cuisson, la couleur que Ton veut obtenir. Tantôt îlles sont mélangées à la pâte elle-même, tantôt appliquées sur la pâte, nais recouvertes par la glaçure qui, en fondant, les recouvre et les îxe; dans d'autres cas, elles sont réparties dans la glaçure; enfin, et î'est le cas le plus fréquent, le peintre sur porcelaine applique à la surface de la glaçure des matières colorantes qu'on peut ranger dans trois classes différentes, les couleurs^ les métaux et les lustres métalliques.
Les couleurs sont, en général, des oxydes métalliques mêlés à des oaatières vitreuses et plus ou moins fusibles. Le mélange, après avoir été fondu, est réduit en poudre impalpable, broyé avec des essences ie térébenthine ou de lavande, puis appliqué au pinceau par les artistes décorateurs. Quand il s'agit de filets circulaires à faire sur des pièces rondes, assiettes, tasses à café, soucoupes, l'ouvrier place la pièce sur une plate-forme horizontale, mobile autour d'un axe vertical, et, pendant qu'elle tourne entraînée par la plate-forme, il présente le pinceau, à la hauteur voulue, au contact de la porcelaine: le filet circulaire est ainsi exécuté avec autant de rapidité que de précision.
On distingue trois espèces de couleurs vitrifiables, suivant la température à laquelle il convient de les fixer sur les poteries : 1" les couleurs de grand feu, qui ne s'altèrent même pas à la température où l'on cuit la porcelaine vernissée ; elles sont peu nombreuses : nous citerons le bleu donné par l'oxyde de cobalt, le vert d'oxyde de chrome, les bruns d'oxydes de fer et de manganèse, les jaunes obtenus par l'oxyde de titane, les noirs d'oxyde d'uranium ; 2* les cotdeurs
de mouffle^ qui sont vitrifiées dans des fourneaux particuliers appelés fours à mouffle\ 3" les couleurs de demi grand feu^ qui cuisent à une très-haute température de mouffle et sur lesquelles on peut appliquer Tor comme les couleurs de grand feu. Ces couleurs s'obtiennent en mélangeant ou en fondant dans un creuset des oxydes métalliques avec des verres incolores nommée fondants. Parmi les couleurs de ces deux dernières classes, nous citerons le bleu (oxyde de cobalt), le vert (oxydes de chrome et de cuivre), le jaune (oxyde d'uranium et oxydes d'antimoine alliés aux oxydes de fer et de zinc), les rouge? (sesquiôxyde de fer provenant de la calcination de la couperose verte), les violets et roses (pourpre de Cassius qui est un mélange d'or et de peroxyde d'étain) .
Les métaux employés dans la décoration des porcelaines sont ceux qui, aune température élevée, conservent leur éclat au contact de Tair. Ce sont principalement l'or, l'argent et le platine. On les mélange à une petite quantité de fondant qui les fait adhérer à la surface de la poterie et on leur donne ensuite le poli par le brunissage.
Les lustres tnétalliques se composent de métaux très-divisés qui sont appliqués sur les poteries en couches excessivement minces; iN n'ont pas besoin de brunissage pour avoir de l'éclat et produisent souvent les plus beaux effets.
Les fours appelés mouffles dans lesquels on cuit les couleurs sont des cavités en fonte ou en terre cuite, qui reçoivent les pièces et qui sont chauffées extérieurement, soit au bois, soit à la houille. L'ouvrier est guidé dans la conduite du feu par l'examen de montres ou petits morceaux de porcelaine, sur lesquels il applique une des couleurs les plus susceptibles, qui se trouvent sur les vases et qu'il place dans le four à côté des pièces à cuire. Il retire ces montres de temps en temps et dirige le feu d'après le résultat qu'elles offrent à son observation.
D est enfin un autre procédé d'application des couleurs, qui s'emploie spécialement sur la faïence : c'est Vimpression. On grave le dessin à reproduire sur une planche de cuivre, à la surface de laquelle on passe ensuite un rouleau chargé de la couleur délayée dans l'huile. En appliquant alors sur le cuivre une feuille de papier, on reproduit sur celle-ci le dessin gravé ; on la colle sur l'objet en porcelaine et on lave à l'eau pour enlever le papier, qui laisse la couleur sur la faïence. Afin de détruire l'huile mélangée à la couleur, on soumet les pièces à un feu petit rouge, qui brûle la matière organique et
lisse la couleur minérale; on pose ensuite les couvertes : le dessin isparaît sous la couche de couverte, mais redevient visible après I cuisson par la vitrification de k substance employée pour faire stteglaçure.
Les poteries communes employées à la cuisson des aliments sont lites avec des argiles ferrugineuses auxquelles on ajoute une certaine uantité de chaux à l'état de marne et de sable quartzeux. Elles se içonnent par les procédés ordinaires; leur couverte est formée par n silicate double d*alumine et d'oxyde de plomb. Il faut éviter de lisser séjourner dans les poteries du vinaigre et des corps gras, qui issoudraient peu à peu le vernis plombifère et produiraient un sel énéneux. On comprend sous le nom de terres cuites les briques, les iiiles, les pots à fleur, etc. Ces objets sont fabriqués avec des argiles égraissées avec du sable.
Les briques ordinaires sont faites dans des moules, soit à la main, oit mécaniquement. Quand on opère à la main, on se sert de moules n bois, simples bu doubles, quelquefois doublés de métal, dans les- [uels le mouleur comprime la pâte, qui a été préalablement marchée t malaxée ; il unit la surface extérieure avec une sorte de racloir ppelé plane. Pour faciliter le démoulage et empêcher la pâte de coller, ouvrier doit sabler le moule, c'est-à-dire y jeter une petite quantité le sable. Quand les briques sont moulées, un apprenti les transporte vec le moule sur une aire bien dressée et bien sèche, et, en retourlant le moule, il les fait sortir et les aligne sur le sol, où elles sont ibandonnées à la dessiccation.
On a inventé beaucoup de machines pour la fabrication des briques; îUes se réduisent toutes à quatre types principaux :
!• Machines imitant le travail à la main, — Elles se composent *n général d'un cadre en fonte qui sert de moule; il se remplit en lassant sous une trémie qui contient la pète, arrive sous une pièce chargée de comprimer la pâte qu'il a reçue, et enfin vient subir Tacion d'un organe refouleur qui démoule la brique.
2* Machines faisant le moulage par mouvement de rotation coninue. —Elles diffèrent des précédentes en ce qu'au lieu d'un moule ïlles en ont plusieurs, qui tournent et viennent successivement se ■emplir et se présenter à l'action du refouleur.
3** Machines faisant le moulage avec un moule qui découpe, —
592 INDI STRIES DU LOGEME.\r ET DE LAMELBLEMEM.
Lorsque la lerre a été façonnée en croûtp d'une épaisseur convenable, le moule tombe sur cette croate tivec une pression suf&sanle pour a|pr comme emporte-pièce.
h° Mnchines faisant le moulage par filière. — La pftie est poiisaw par un piston qui la Tait passer par une ouverture ayant la forme tie la brique; elle sort lantôl d'un mouvement continu, tantât d'un mou-
vement interniÎLtent. Dans les deux cas, il faut un couteau ou un SI de luitun pour découper les briques k la sortie. C'est à l'aide d'un* mactÙEie analogue que se font les tuyaux de drainage.
On fabrique maintenant des carreanx en terre cuite, qui iniiti'iillf* incrustations en mosaïques et qui servent au carrelage des vestibulesdes salles de bain, des cafés, des magasins. Vuici le procédé que douj avons vu employer à leur fabrication dans l'uMne de M. Botilanger^i Aurieuil (Oise).
Le carreau. est moulé avec de Targile comme la brique; pendant u'elle est encore molle et plastique, on imprime en creux dans sa lasse les dessins que Ton veut reproduire : on se sert pour cela d'une latrice sur laquelle ils sont en relief. Après dessiccation imparfaite,
I verse dans les cavités ainsi obtenues une espèce de sirop composé eau, d'argile et de la matière qui, après la cuisson, doit être colorée >our les noirs on emploie Toxyde de manganèse, pour les bleus )x\ de de cobalt, pour le blanc la craie blanche, pour les rouges des •i:iles ferrugineuses, etc.); chaque couleur est versée dans la cavité x\ doit la recevoir. Puis on racle la surface avec un couteau pour
rendre bien plane, on laisse sécher et Ton porte au four. La lisson durcit le tout et fait apparaître les différentes colorations du îssin.
Quand il s'agit de pièces un peu grandes, on n'opère point par im- :ession, mais on coule la pâte dans un moule en plâtre présentant en îlief les dessins que Ton veut reproduire.
Les poteries de grès, ou grès cérames^ se fabriquent avec une pâte ii ne diffère de celle de la porcelaine qu'en ce qu'elle est colorée par
II fer; le travail est fait avec moins de soin et la cuisson s'exécute ms un four de forme particulière. On les vernit en projetant dans le •ur une certaine quantité de sel marin humide : celui-ci se volatilise, î combine avec l'argile et produit avec elle un silicate fusible, qui se nd à la surface de la poterie et la vernit.