ZINCS D'ART
reste souvent employée. Après le cuivrage, les objets sont recouverts d'une peinture qui leur donne la couleur de bronze. C'est par ce procédé qu'ont été bronzées les fontaines de la place de la Concorde, les candélabres qui servent à Téclairage des rues de Paris. Le prix de revient de ces candélabres bronzés par la méthode de M. Oudry est plus élevé que celui des candélabres en fonte ordinaire, mais leur inaltérabilité supprime les frais qu'occasionne le renouvellement fréquent de la couche de peinture destinée à préserver la fonte de loxydation.
La galvanoplastie a aussi une importante application dans la fabrication d'objets constitués tout entiers par le dépôt d'un métal dans un moule en gutta-percha. La difficulté était de faire pénétrer le courant dans toutes les parlies du moule : on y est arrivé à l'aide de fils de plomb. La figure 386 représente un moule en guttapercha obtenu en ap[)liquant de la gutta-percha ramollie par la chaleur sur l'objet à reproduire. Ce modelage se fait souvent en plusieurs pièces. La figure 387 représente le vase fabriqué par dépôt galvanique dans le moule. La surface des moules doit être rendue conductrice par une couche de plombagine qui est étendue à la brosse et sur laquelle se dépose le métal. C'est par ce procédé qu'ont été faits les bustes qui décorent la façade du nouvel Opéra.
ZINCS d'à Kl.
Le bronze coûtant toujours assez cher, l'industrie a essayé de mettre à la portée de ceux qui ne pouvaient se le procurer des objets d'art faits avec une matière d'un prix moins élevé : c'est le zinc qu'elle a choisi dans ce but. Par sa couleur, ce métal ne flatte pas l'œil et il est tout à fait impropre à faire valoir la forme modelée; aussi a-t-on d'abord imaginé de recouvrir les pièces fondues en zinc d'une couche de peinture couleur de bronze ; mais cette couche donnait aux objets un aspect lourd et disgracieux, qui les faisait repousser par les gens de goût, et l'on peut dire que cette industrie serait morte au berceau si la galvanoplastie n'était venue la sauver. On recourut au procédé électrochimique pour déposer à la surface des objets en zinc fondu le cuivre jaune destiné à leur donner l'apparence du bronze. Mais en même temps une autre difficulté se présentait relativement aux moules où devait se faire la coulée du métal fondu. Les objets en bronze ayant une valeur intrinsèque assez grande, le fabricant peut faire pour chacun d'eux les frais d'un moule, qu* ne sert
qu'une fois, comme nous Tavons vu plus haut ; au contraire, pour les objets en zinc, la matière première ayant peu de valeur, le fabricant ne pouvait grever le prix de revient de chacun d'eux des frais d'un moule spécial : l'écart du prix du bronze et du zinc d'art n'aurait pas été suffisant pour faire accepter largement ce dernier parla consommation. Aussi a-t-on imaginé de couler le métal dans des moules en bronze qui peuvent servir indéfiniment ; la reproduction d'un grand nombre d'exemplaires de la même œuvre permet aux fabricants de ne rien épargner pour la confection des modèles et de confier leur exécution à des statuaires de premier ordre. Ce n est pas sans étonnement. nous l'avouons, qu'en visitant l'usine de M. Ranvier, nous y avons trouvé les œuvres de maîtres célèbres, Carrier- Belleuse, C4arpeaux, etc., œuvres qui autrefois étaient l'apanage de rindustrie du bronze.
Les zincs d'art constituent l'objet d'une industrie toute parisienne, et nous devons citer parmi ceux qui ont porté ses procédés à un degré de rare perfection, MM. Roy et Ranvier, Miroy ^frères, Bioî et Drouard.
Les moules sont faits en bronze, comme nous l'avons dit plus haut, et se composent de parties différentes que l'on agence. Chaque partie est munie de petites tiges, ou goujons, entrant dans des trous pratiqués dans la partie contiguë, si bien qu'elles se tiennent toutes comme les pièces d'un jeu de patience. La confection des parties d'un moule exige le plus grand soin, pour que le métal fondu que Ton y coulera y prenne des formes aussi parfaites que possible au point de vue artistique. Les deux moitiés d'un moule sont habituellement réunies par une charnière autour de laquelle elles peuvent pivoter et, quand on les a appliquées l'une contre l'autre, on les consolide par une armature extérieure.
Le zinc employé pour la fabrication des objets d'art doit être trèspur : le métal, fondu dans des cuillers de fer, est coulé dans les moules dont l'intérieur a été préalablement enduit d'une couche de noir de fumée qui donnera plus de velouté aux surfaces ; on applique cette couche de noir en faisant brûler au-dessous du moule une torche résineuse, d'où se dégage une fumée abondante qui dépose le noir sur le bronze. On coule ordinairement beaucoup plus de métal qu'il n'en faut pour faire l'objet que l'on a en vue; le refroidissement du zinc fondu contre les parois du moule en bronze amène bientôt la solidification d'une couche assez mince ; dès qu'on juge qu'elle estasse/ épaisse, on renverse le moule, qui laisse écouler l'excès de métal non encore solidifié et destiné à servir à une autre opération. Ce procédé,
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appelé moulage au renversé^ permet de se passer de moules à noyau et de n'employer qu'une quantité relativement faible de zinc. Quand il est à craindre que les objets ne présentenl pas la solidité voulue, on garnit Tintérieur des moules de pièces en cuivre qui se trouvent enveloppées de métal fondu et qui constituent une espèce de charpente intérieure servant à les consolider.
Les grandes pièces ne se coulent pas d'un seul morceau : elles sont faites en plusieurs parties, que Ton soude entre elles avec un fer à souder chauffé avec le chalumeau à gaz. A Taide d'un grattoir, on enlève les bavures, ou coutures^ que forme le métal suivant les lignes de jonction; on retouche les parties défectueuses, on décape, puis on galvanise en plongeant les pièces dans un bain de sel de cuivre, qui les recouvre d'une couche de cuivre brillant. A la sortie de ce bain, on procède au gratte-brossage et, à partir de ce moment, l'industrie du zinc d'art emploie les procédés des bronzeurs.