‹ La France industrielleChapitre 163 sur 170 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La découverte de rimprimerie est sans contredit une de celles qui ont exercé le plus d'influence sur la marche de l'humanité : propager la connaissance de chefs-d'œuvre qui restaient forcément le privilège €ie quelques-uns, permettre la reproduction à l'infini des travaux de l'esprit, faciliter entre les hommes récliango journalier de leurs idées et de leurs conceptions, développer enfin l'instruction de chacun, tels sont les caractères propres de cette grande découverte qui remonte ôu XV* siècle.

Avant celte époque, malgré quelques essais déjà faits dans la voie du progrès, on était encore réduit à copier à la main les œuvres des littérateurs et des savants. Ces copies, appelées manuscrits^ étaient souvent exécutées avec un grand soin, et des artistes distingués y traçaient de luxeuses illustrations; mais, quelque simples que fussent les manuscrits, ils exigeaient toujours un temps considérable pour leur confection et, par suite, leur prix restiiit très-élevé. Vers 1440, Jean Genslleich ou Gutenberg, surnom qu'il a depuis immortalisé, imagina de graver à la surface de planches en bois des lettres en relief, d'enduire cette planche d'une encre grasse et d'y appliquer ensuite une feuille de papier. Toutes les parties en relief touchées par l'encre se reproduisirent en noir sur la feuille de papier. Une bible fut imprimée par ce procédé. Tel est encore aujourd'hui le principe de toute impression. Mais la nécessité de graver ces planches à la main en restreignait beaucoup l'usage ; déplus, elles ne donnaient que des épreuves assez imparfaites. Gutenberg s'associa à Jean Faust de Mayence, puis à Pierre Schœffer, et, parleurs efforts réunis, ils arrivèrent à la découverte des procédés en usage aujourd'hui, c'est-à-dire

6(52 INDUSTIUES SATISFAISANT AUX BESOINS INTELLECTLEl^.

1 ^emploi de lettres mobiles que Ton dispose les unes à côté de^ autres dans Tordre voulu et dont Tensemble forme les lignes et les phrases à reproduire.

Nous ne suivrons pas les progrès de cette industrie, qui a maiatenant une importance considérable. Nous la décrirons telle qu'elle est pratiquée actuellement.

L'imprimerie est surtout développée à Paris, où il existe d'ailleurs (m établissement modèle placé sous la surveillance de TÉtat : c'est rimprimerie nationale. A côté d'elle fonctionnent des maisons aussi remarquables par la nature de leurs produits que par Timportance de leur fabrication. Les maisons Claye, Didot, Lahure, Martinet, Ploo et Raçon ont acquis à l'imprimerie française une juste réputation. Depuis quelques années, pour é\iterles frais qu'entraîne le séjour dans la capitale, et pour profiter des avantages dus au voisinage de ce grand centre, cette industrie s'est répandue aux environs de Paris, où elle a pris une large extension : à Corbeil on remarque l'imprimerie Crété; Puleaux, Saint-Germain, Poissy» Coulommîers possèdent aussi d'in)]H>rtants établissements. La maison Mameà Tours, est une des plus considérables de France; Lyon, Avignon, Lille, Limoges, Rouen, Hennés, Toulouse, Amiens et Abbeville sont encore à citer.

Il y a trois ospèi*es d'imprimeries : la typographie^ la lithographie et la taille-douce,

IMPRIMKRIE TYrOiiKAl'HUjlE.

L*imprimerie tyjHigraphique consiste dans la reproduction du manuscrit d\in autour à Taide de lettres mobiles en relief, que l'on assemble jKHir former dos mots et des phrases, et qui, après l'improssion, {nnnent être désunies de manière à servir de nouveau à hi reprinluotiou d'autres manuscrits.

L'industrie de la typt»graphie comprend trois parties principales que nous evauiinerons séparément : la fonte des caractères^ la corn- P'jsUioHs lo tinjge.

La fonte des caractères se fait ordinairement dans des établissements sp^viuix. Ce^HMidant certaines maisons importantes le\cculent ellos-nié!uo<. Vi\ caractère d'imprimerie est un prisme fait avec un alliage fusible de plomb et d antimoine (tig. 406) : Tune des bases de 00 prisme ^K^rle ou relief Tune des lettres de Talphabet, c'est l'o^i/du caractère: c\*st la jKirtio qui imprime; l'autre base présente une ivliancrun* ou goattièfr. Sur l'une des faces latérales, celle qui

mil (juti jeiieruii uuiiii ivb

INPRIMEniE TYPOGRAPHIQUE. 663

correspond t la partie inférieure de la lettre, se trouve une enuiile ou cran qui sert à désigner le sens de la lettre. La grosseur du caractère est appelée force de corps. On la mesure du dessus au dessous de la lettre h. l'aide d'une unité que l'on nomme point typographique : c'est la sixième partie de la ligne du pied de roi (1). Quoique cette mesure ne rentre pas dans notre système métrique actuel, elle est restée en usage pour éviter la perturbation que jetterait dans les ateliers l'adoption d'une nouvelle unité. Les caractères employés le plus ordinairement ont une force de corps variant entre & et 1 1 points.

• On fabrique le caractère d'imprimerie en coulant de l'alliage de plomb et d'antimoine dans un moule qui forme un petit canal allongé et prismatique, à la Fm. 406. — Caracttret J'imbase duquel on applique une plaque de primene.

cuivre appelée matrice et portant en

creui ^l'empreinte de la lettre. Cette empreinte est obtenue de la manière suivante. Un ouvrier, nommé graveur en caractères, grave en relief, & l'extrémité d'une tige d'acier appel>ie poinçon, la lettre à reproduire. Ce travail demande une grande habileté et exige de véritables artistes. Lorsque le poinçon est acheva et qu'on lui a donné la trempe nécessaire, on s'en sert pour /rap^er la matrice. Pour faire h frappe, on applique la lettre gravée sur une planche de cuivre, et en frappant sur l'autre extrémité du poinçon on la force à s'imprimer en creux -, les matrices subissent ensuite un travail désigné sous le nom de justification, qui a pour but de les équarrir et d'égaliser la profondeur des empreintes.

La fonte des caractères peut se faire dans des moules composés de quatre parties dont deux, parallèles, sont invariables et règlent la force de corps ; les deux autres, parallèles aussi, se rapprochent ou s'éloignent suivant la largeur de In lettre. Ces quatre pièces laissent entre elles un conduit prismatique où l'on coulera le métal. La matrice est placée contre l'une des bases de ce conduit ; elle le ferme et se trouve maintenue à l'aide d'un crochet en Fer. On a été longtemps réduit à se servir de ces moules, oîi l'on ne pouvait fondre qu'un seul caractère à la fois; dès 1816, Henri Didot inventait le polyamalype, qui a été perfectionné depuis et permet de fondre 120 lettres & la fois.

(I) Le pied de rai iquiraul à 144 lignes et U ligne éiiuiv.-iul à S"', 356.

INDISTRIES SATIJiFAiSANT AIX ItESOI.NS l.NTELIJXrrtEl* Cet instrument est disposé sur le devant d'tinc table (fig. A07) ci^

^H compose de plusieurs pièces mobiles qui forment le moule multiple

^H destiné à recevoir l'alliage en fusion : au milieu est une rigole oï

^H arrivera le métal liquide ; sur les côtés sont ajustées deu v règles en kt

^1 dans lesquelles sonl entaillées des rainures, qui représentent le corpsde

^1 la lettre et dont l'une des extrémités vient déboucher perpeudiculoire-

^1 ment dans la rigole ; contre l'autre extrémité des raînuies sedre^ iinr

règle en fer où sont enchâssées les matrices représentant l'œil de 1» lettre. En résumé, l'appareil se réduità une rigole qui fournira le tn^la! et à des rainures dans lesquelles il se moulera. Quand ces pièces sont bien assemblées sur la table de la machine, un ouvrier verse l'alHif? liquide dans un entonnoir qui est au-dessus de la rigole, puis ilbil descendre un levier à contre-poids ou mouton, dont lextrérailé entre dans le polyaraatype et refoule le métal avec pression. Lorsque» métal est solidifié, on démonte le polyamatype et l'on en sort une planche métallique constituée par toutes les lettres de l'alphabet, répétées chacune un nombre de fois qui varie suivant l'usage [^usou moins fréquent de chaque lettre : on lessépare à la main enlescassanl aux points de jonction et l'on recommence l'opération.

s TÏPOGRAPIIIQllE.

kvons vu fonctionner aussi chez M. Virey, fondeur en carac-

iris, une machine fort ingénieuse, qui permet d'opérer d'une

B continue. Elle est représentée dans son ensemble par la

08, et la figure 400 nous permeltra d'en expliquer les détails.

it un creuset chaulTé par un foyer dont on voit le tuyau de

ir la figure âOS; ce creuset renferme l'alliage en fusion. Sur ses parois e=t un trou qui peut élre alternativement bouché I par le mouvement d'un piston vertical P. Lorsque le piston !vé, le métal liquide se répand, par différence de niveau, dans uit c c qui aboutit â une plaquette trouée soutenue par la lige m de cette plaquette, qui est dessinée àpart dans la figure 409, întrée d'un canal pratiqué dans une plate-forme i et repréecor^s de la lettre j la basede ce canal, opposée à la plaquette,

l!(ii! INIIUSTRIES SATISFAISAIT AUX IIESOINS INTELI.ECTIELS. est coiislituée par une matrice où se trouve en creux l'empreinte àe Vml de la lettre. Ajoutons qu'une pièce II, animée d'un raouïenrat alternatif d'arrière en avant et d'avant en arrière, glisse sur la plïte- Tormc el vient successivement couvrir et découvrir la rigole. Touste orgatics de la machine sont mus par nue manivelle que fait lourner l'ouvrier fondeur. Cela posé, au moment où le piston P s'abaisse, le métal liquide est lancé dans la rigole et dans la matrice; la pièce H recouvrant alors la rigole, l'alliage se trouve emprisonné et se soli-

dilic iKiii* l;i (■a\ili' fornuV |iar la ritrole el par la matrico. Au mou- \i'iiu'nt t^ni\aTit, la pièce U n'cnlt', le caractère est [xm^sé en (ioli'irdo la cavilt.' et tomlie dan# le condtiil )■ H, à rextrt-miti; duquel il (•' rtviu'illi. l'ri riiunirit iVeaii conliim, qui circule dans leson> imli'iur )nr li'> tlèt-Iie-, refrnidit confia ni mont l'appareil. Celti'inadiine i*iit r,ii:v lOUOI.'Itr.'sàriiHUv.

ApiHV la fi-rnlerit^, le> cunulères sidûsi^cnt un travail qui se coniporf d\ip.>ration> nnilliplos. dont li? luit e*t d"on réculariser les détail?. On cis^if to y'i'/. o'Oït-à-dire la prirtie solide qui e\cèdf le corps tii' 1^ l-'lliv, ot i>n enlève les asiieiilo* des faces en l<-^ frottant sur Je? lut'uli's à ciniwsituin d oin>'fi. ].>?•■ caractères s<>nl ensuite ju\t.i]«i;''> sur uiu' ri\ilo de bois punr pcrmoltre do vorifier ^'il^ ont hioa t.iiLla nu'ini' hauteur; puis, après on a\oir tîxo un certain m-mlnv sur une rèplo dacior. l'ii lal.'io !our pied et les deu\ faces de lœil.

Enfin, chaque lettre est examinée à la loupe, retouchée s'il y a lieu, ou rejetée s'il est impossible de corriger ses défauts. Après ce travail de retouche, les caractères sont assemblés régulièrement en paquets, bien ficelés et expédiés chez l'imprimeur, qui les vérifie et en fait opérer la distribution dans les casses.

On donne le nom de casse à Tensemble de deux boîtes à compartiments, dont Tune, appelée haut decetsse, contient les lettres capitales ou majuscules, et dont l'autre, nommée bas de casse, renferme les lettres courantes ou minuscules. Chacun des compartiments, appelés cassetinsj contient une sorte de lettres, et la grandeur de ce cassetin varie avec la grandeur de la lettre et le nombre de lettres de la même

FiG. 110. — Composteur.

espèce qu'il doit recevoir. En effet, le cassetin qui correspond à une lettre se présentant souvent dans la composition, doit en renfermer un plus grand nombre, et par suite 6lre plus grand que le cassetin correspondant à une lettre moins souvent employée. Ajoutons aussi que les caractères sont distribués dans les cas-etins de manière que l'ouvrier ait immédiatement sous la main les lettres les plus usitées.

La composition ne comprend pas seulement la combinaison des caractères et la formation des pages : elle comprend réellement toute» les opérations qui précèdent le tirage et qui sont la composition pro* prement dite, la mise en pages, V imposition et la correction.

La composition proprement dite consiste à assembler, en suiyant le manuscrit de l'auteur, les lettres une à une pour en former des mots, des lignes et des pages. Voici comment on opère : L'ouvrier typographe, placé devant sa casse posée sur un pupitre appelé rang, tient de la main gauche un outil nommé composteur. Cet instrument n'est autre qu'une lame de fer (fig. AlO) dont le bord est relevé en équerre dans toute sa longueur : à l'un des bouts se trouve une facette carrée fixe ; le long de la règle glisse une autre facette carrée que l'on peut fixer à l'aide d'une vis. La distance des deux facettes doit être égale à la longueur qu'aura la ligne imprimée : cette longueur est désignée sous le nom ùq justification. L'ouvrier lit le manuscrit qui est posé devant lui et de la main droite prend chaque lettre l'une après l'autre dans les cassetins et les place, le cran en-dessous, dans

son composteur : c'est ce qui s'appelle lever la lettre. Comme le salaire dépend du nombre de lettres levées, l'ouvrier compositeur a intérêt à acquérir le plus de vitesse et de régularité possible dans les mouvements. Pendant qu'il lève une lettre, l'habitude lui apprend i diriger le regard vers le cassetin qui renferme la lettre qu'il faut lever au mouvement suivant. Quand le compositeur a placé toutes les lettres d'un mot, il pose à leur droite une petite lame métallique

appelée espace^ qui est moins haute que la lettre et qui séparera le mot composé du mot suivant. Lorsque la ligne est Fie. 411 — Calée. finie, OU la consolide, ou justi-

fie ^ en y introduisant de petites espaces destinées à maintenir solidement les lettres et, autant que possible, à espacer également les mots; puis on place au-dessus une petite réglette nommée interligne^ qui est moins haute aussi que la lettre et constitue Uintervalle devant exister entre chaque ligne.

Cela fait l'ouvrier enlève du composteur la quantité de lignes qu'il peut contenir et les place sur une planchette munie d'un bord en équerre (fig. 411) et appelée galée. Les lignes suivantes sont composées de la môme manière, posées à leur tour sur la gai ée après les premières, et ainsi de suite jusqu'à ce que la galée soit à peu près pleine, delà fait, on lie loutos les lignes ensemble avec une ficelle, de manière à former ce qu'on appelle un paquet.

Les opérations ])r('cé(lentes constituent la composition proprement dite. \'ient maintenant la mise en paf/es^ qui consiste à prendre dan> chacun des paquets composés le nombre de lignes qui entrent dan> une page et à y mettre le folio, le titre courant et la signature (on appelle signature le numéro d'ordre des différentes feuilles: il h' trouve au bas de la première page de chaque feuille) .

A la mise en pages succède Vimpositioft^ opération par laquelle nn dispose, dans un ordre convenable, à l'intérieur d'un cadre nommé fonne, toutes les pages qui doivent être imprimées d'un môme côté do la feuille de papier. Cette imposition sera telle, que lorsque le tirage aura été fait sur les deux faces de la feuille de papier, on puisse ensuite plier celle-ci et faire un cahier dans lequel les pages se succèdent dans l'ordre de leur pagination.

Pour imposer, l'ouvrier dispose d'abord ses paquets sur une table appelée marbre^ dans l'ordre qui correspond au format adopté pour l'ouvrage. Dans tous les cas, le nombre de pages composant la feuille se trouve divisé en deux parties égales, dont chacune est destinée à

imprimer Tun des côtés du papier. L'une des faces de la feuille est nommée côté de première j et l'autre coté de seconde.

S'il s'agit d'un in-folio, c'est-à-dire d'un format tel que l'on n'imprime que deux pages à la fois de chaque côté de la feuille, voici la disposition adoptée ; les chiffres représentent les numéros de pages :

VMé de première. COté de seconde.

Pour un in-quarto, on imprime quatre pages à la fois sur chaque côté de la feuille et l'imposition se fait comme l'indique le tableau suivant :

Côté de première. Coté de seconde.

Pour l'in-octavo on imprime huit pages à la fois; pour l'in-douze, douze pages et ainsi de suite.

Les pages étant rangées suivant Tordre prescrit par leur format, on entoure chaque forme d'un châssis. On sépare ensuite les pages en tous sens par des blocs de fonte qui représentent les marges et que Ton appelle garnitures. Enfin, à l'aide de pièces notnmùcs réglettes, biseaux et coins, qu'on dispose contre les bords intérieurs du châssis, on achève de serrer toutes les pages de manière à en faire un tout parfaitement solide, qui constitue la forme ou planche destinée à l'impression.

On tire alors une épreuve, c'est-à-dire qu'après avoir réparti de l'encre à la surface de la forme à l'aide d'un rouleau dont nous parlerons à propos du tirage, on applique sur cette forme une feuille de papier et Ton soumet le tout à l'action d'une presse. Les caractères qui seuls ont pris l'encre, puisqu'ils font saillie, impriment les lettres à la surface de la feuille de papier, et l'on a ce qu'on appelle h première épreuve, qu'on donne à l'employé nommé correcteur, avec le manuscrit de l'auteur, ou copie. Un autre employé, appelé teneur decopie, lit à haute voix le manuscrit pendant que le correcteur suit sur l'épreuve et indique en marge, par des signes conventionnels, les différentes fautes faites par le compositeur.

L'épreuve corrigée est rendue au metteur en pages qui remet les formes sur le marbre, les desserre et appelle successivement chaque compositeur pour qu'il ait à corriger la portion qu'il a composée. Cette

uirniMEniE tïpogp.aphioie. cti

d'influence sur la qualité de l'irapression. Elle doit être appropriée à sa nature et se compose de deux parties : la trempe et le remaniement. Pour tremper le papier, l'ouvrier en prend une main, l'ouvre et la place sur une table appelée nis; il asperge avec un balai de bouleau trempé dans l'eau la feuille qui se trouve au-dessus, prend une autre

main, la place sur la première et répèle la même opération. Quand un certain nombre de mains ont été superposées et mouillées, on les met en presse et on les abandonne pendant quelques heures : la pression fait pénétrer l'eau dans toutes les Teuilles. Pour assurer la répartition égale de l'Iinmidité on remanie le papier, c'esl-à-dire que l'ouvrier, prenant successivement des paquets de plusieurs feuilles, les retourne tantôt de gauche 'a droite, tantôt de bas en haut, en ayant soin à chaque fois de les lisser avec la main pour étendre et effacer les rides. L'humidité est ainsi répartie trôs-égaleiaeiit et chaque feuille ne con-

672 INDUSTRIES SATISFAISANT AUX DESOINS LNTELLECTIÏLS.

serve qu'une simple moiteur. On met en presse de nouveau et 1 on procède, pour les ouvrages soignés, au glaçage, qui consiste à placer les feuilles entre des lames de zinc et à faire passer le tout entre les cylindres d^m laminoir (fig. A 12); la pression des cylindres écrase le grain du papier et, par conséquent, glace la surface.

Avant de faire le tirage, on commence par laver les formes avec une dissolution de potasse pour enlever Tencre qui reste à leur surface et qui a été mise pour le tirage des épreuves. On les laisse ensuite sécher et on les porte à la presse.

11 y a deux sortes de presses : la presse à bras et la presse mécanique. Cette dernière est maintenant la plus employée.

hdi presse à brq^ (fîg. 413) présente une plate-forme appelée marbre sur laquelle on pose la forme. On peut rabattre sur elle un cadre nommé tympan^ qui est garni de drap et sur lequel on place la feuille de papier dont la position a été bien déterminée, une fois pour toutes, dans une opération qui consiste à faire la marge. La marge est une feuille prise dans le papier à imprimer et qui, collée sur le tympan, sert d'indicateur à Timprimeur pour toutes les feuilles qu'il doit tirer.

Après avoir fait la marge, on fixe sur le tympan deux petits ardillons, appelés /?om/w;*^5, qui perceront dans la feuille des trous destinés à servir plus tard de point de repère. Sur cette dernière peut luimôme se rabattre un cadre à jour nommé frisquette^ formé par le colla^^e de i^hisieurs feuilles de papier superposées. L'ou\rier, apK^s a\oir placé sa feuille avec soin et rabattu la frisquette, encre sa forme, c'est-à-dire qu'au moyen d'un rouleau fait a\ec un mélange de frtlatine et de mélasse coulé sur un mandrin en bois il prend de l'eiicro sur une table-encrier, que nous décrirons à part, et 1 étend sur la forme en passant plusieurs fois le rouleau à la surface.

Il rabat ensuite la frisquette et le tympan sur la forme et fait glisser le tout sous une plaque appelée platine ^ qui est portée par une \i^ verticale entre deux montants nommés y////?e//e5. A l'aide d'iu) le\ier il fait descendre la platine, et, la feuille de papier se trouvant pre>ste entre la forme et le tympan, les lettres s'impriment à sa surface. La frisquette, par ses parties pleines, préservera de toute maculature les portions de la feuille qui, comme les marges, doivent rester blanches. On ramène alors le marbre et le tympan, on enlève la feuille de papier et on en place une autre.

Revenons maintenant sur deux points que nous avons lais>és do coté à dessein pour ne pas nuire à la clarté de l'explication : la de^cription de la table-encrier et celle d'une ojKTation appelée mi^e eu train.

A la partie postérieure d'une table ordinaire se trouve une boîte longue dont la face antérieure manque. Dans cette boîte peut tourner un cylindre; on a versé l'encre entre ce cylindre et la face postérieure de la botte. C'est une pâte semi-fluide formée par un mélange de vernis et de noir de fumée. Lorsqu'on fait tourner le cylindre à l'aide de la manivelle, une certaine quantité d'encre, entraînée par la rotation, vient se présenter entre le cylindre et la table. On la recueille avec un rouleau à poignée et on la distribue sur la table en faisant rouler le rouleau à la surface jusqu^à ce qu'il en soit lui-même couvert.

Nous avons supposé que, dès que la forme avait été encrée et la feuille bien placée sur le tympan, il n'y avait plus qu'à faire le tirage. Les choses ne sont pas aussi simples : quand l'ouvrier a tiré une première feuille, il s'aperçoit le plus souvent que les lettres ne sont pas toutes imprimées avec la môme intensité, qu'il va, comme on dit, des forts et des faibles. Les forts correspondent aux parties où la feuille de papier a été trop pressée contre la forme: il s'est môme produit une espèce de gaufrage nommé foulage; les faibles correspondent aux régions où la pression n'a pas été aussi grande. Pour corriger ces défauts, il suffît évidemment de découper la marge aux endroits forts et de coller de petits morceaux de papier aux endroits faibles. L'épaisseur devenant moindre aux parties foulées, phisgrande aux parties faibles, la feuille se trouvera uniformément press»'îe, et par suite le tirage aura plus de régularité. On modifie l'épaisseur de la marge jusqu'à ce qu'on soit arrivé à une épreuve parfaitement régulière. Cette opération s'ap[)elle la mise en train.

Pour les ouvrages illustrés, la mise en train est plus importante encore, elle constitue une opération très-longue et très-minutieuse.

La reproduction des illustrations se fait en intercalant dans la forme, aux endroits réservés aux figures, des planches gravées sur bois oudes clichés en cuivre dont nous décrirons bientôt la fabrication. Pour que le tirage des gravures intercalées dans le texte soit aussi parfait que possible, le metteur en train est obligé de découper tous les détails du dessin et de les coller sur le tympan (ou sur le cylindre dans les presses mécaniques), en augmentant l'épaisseur dans les endroits faibles, en la diminuant aux endroits foulés.

La retiralion est le tirage du second côté de la feuille. Lorsqu'un certain nombre de feuilles ont été tirées du premier côté, on les reprend pour faire le tirage du second. L'ouvrier place sur la marge une

liTi INDISTIUKS SATISFAISANT AIX BESOINS INTELLECTIELS.

ieuille de décharge, après avoir diminué la pression d'un tour de \is IK)iir compenser T augmentation d^épaisseur. Celte feuille est destinée à recevoir une partie de l'encre du premier côté qui n'a pas encoreeo le temps de sécher complètement : elle doit être renouvelée dès qu'étant trop chargée d*encre elle menace de maculer la feuille imprimée.

Avant de procéder au tirage, l'ouvrier s'assure que les pages da verso^ ou second côté, s'impriment exactement derrière les pages du recto^ ou premier côté. 11 y arrive après quelques tAtonnemeots et modifications dans la position des pointures. Cela fait, il met en Iran et procède enfui an tirage.

La pres!ie mécanique est une machine qui permet de faire mécaniquement toutes les opérations du tirage ; l'ouvrier n'a qu'à mettre en place la feuille de papier, qui se trouve saisie par la machine et n'est rendue qu après Timpression. C'est à un mécanicien anglais, nommé Nicholsoi), que Ion doit la première idée de la presse mécanique; mais c'est à MM. Kœnig et Hauer, horlogers saxons, qu'est due k construction de la première machine véritablement pratique (18U). Il y a maintenant des variétés très- nombreuses de ce genre d'appiH reils.

Lu ])r<'<so mécanique la plus simple se compose d'un bîlti rectanliiil liiiMMi Innte, (lîins Tintériour duquel sont disposés le luarbre, la table à t.MioriM' et TiMUTicr. L'encrier est à peu près semblable à l'ennier de la presse à main. \\\v la rnnstruction même de la macliiop, le niarhri'et la lableà encrer, qui sont placés à la suite l'uuderautpe, peuM'iit être animés d'un luouvenient de va-et-\ient dans lequel la tal)l«* à encrer reçoit l'encre de l'encrier, passe ensuite sous des rouli'au\ (li-lributeurs ap[)elés tomlœuni^ puis sous d'autres mulcaiis qui j)ui-riii l'encre à sa surface. La forme a été déposée sur le marbre (jui fail suite à la table <*t, pendant que celle-ci va cliurcher roucre, elle passe sous (I(»s rouleaux qui en distribuent une certaine quantité h sa surfaiv. Dans le mou\einent suivant, qui s'exécute en sens contraire du premier, le marbre passe sous un cylindre hori/i)ntal en ft)ule parfaileujeut tourné et ^arni de drap. Ce cylindre reniplacele tunpan et <•>! animé d'un mouvement de rotation autour de son axe qui n'pf.se sur le bîlti rectiuiirulairc. La lif^uire 41A représente une prr>>e mé<*ani({ue qui imprime deux feuilles à la fois, une à chaque extriTuil»''.

L'nu\ri<'r jïlaee la feuille sur une espèce de pupitre; t-lle est s.?i-io par (!<'> pinces qui l'appliquent sur le cjlindre : celui-ci dans mi n-- ;tion reutraîne et \irnt la présenter à la forme. On couiprend que d.»':*

IMPItl.MKniE TVl'OGRAPllIi.KE.

STÉRÉOTYPIE. 677

ce mouvement la forme et le cylindre marchent dans le même sens : aussi , lorsque le cylindre a successivement appliqué et pressé toutes les parties de la feuille sur toutes les parties de la forme, l'impression est faite d'un côté. La feuille est alors reprise par des cadres en mouvement qui la conduisent à Textrémité de la machine, où elle est reçue par un enfant nommé receveur. On voit que le cylindre fait à la fois l'office du tympan et de la platine de la presse à la main. C'est à sa surface que l'on colle les morceaux de papier que l'on emploie dans la mise en train pour rendre le tirage régulier. Nous ajouterons que sur la table oti Ton place la feuille se trouvent des pointures destinées à guider l'ouvrier.

Certaines machines impriment la feuille sur ses deux faces. Le principe de leur fonctionnement est le même; mais le marbre reçoit les deux formes correspondant aux deux côtés de la feuille. A la sortie du premier cylindre, la feuille est prise par des rubans qui la conduisent sur un second cylindre, contre lequel ils appliquent la face imprimée : la face blanche restée en dehors est amenée par la rotation du second cylindre sur la seconde forme, qui imprime à son tour.

Telle est la presse mécanique dans toute sa simplicité; des perfectionnements nombreux y ont été apportéi^, au point de vue de la régularité et de la rapidité du tirage. On fait maintenant pour les journaux des machines qui tirent jusqu'à sept mille exemplaires à l'heure sur les deux faces.

Lorsqu'on a tiré le nombre d'exemplaires commandé à l'imprimeur, les formes sont lavées et desserrées, et les caractères sont remis à des ouvriers qui les répartissent dans les différents cassetins des casses. Cette opération appelée distribution doit être faite avec le plus grand soin ; car c'est d'elle que dépend la régularité de composition de l'ouvrage pour lequel on se servira des mêmes caractères,

STÉRÉOTYPIE.

La stéréotypie est une opération qui permet de faire, en un seul bloc de métal fusible, une page semblable à la page composée en caractères mobiles. Ces blocs sont conservés après le tirage jusqu'au moment où, les exemplaires tirés étant vendus, l'éditeur fait réimprimer l'ouvrage. Il n'est pas nécessaire alors de composer à nouveau ; les mêmes planches servent à la réimpression.

Voici comment on obtient ces blocs. On compose une première fois l'ouvrage en caractères mobiles et Ton prend en creux l'empreinte des pages composées; dans les moules ainsi obtenus on coule un

alliage liquide qui, en s'y solidifiant, reproduit tous les détails des pages. Ces blocs sont mis à épaisseur convenable, et ce sont eux que Ton impose dans les formes. Il y a deux procédés principaux pour faire le moule.

1" Clichage au plâtre. — La page que Ton veut stéréotyper étant composée en caractères ordinaires, on la serre fortement dans un châssis de fer et on la place sur'un marbre. On pose alors sur le chftssis un petit cadre qui est un peu plus large que la page et va en s'évasant vers le haut. Puis, après avoir enduit la page avec un corps gras, pour éviter toute adhérence, on applique sur elle, avec un pinceau et avec une brosse dure, un bouillie très-claire de plâtre fin, qui pénètre dans tous les détails ; on remplit ensuite b cadre avec du plâtre plu? épais. Quand le plâtre est pris, on enlève verticalement le cadre qui, à cause de sa forme évasée, entraîne la masse de plâtre. Celle-ci constitue un moule en creux des lettres formant la page. On le place dans une cuvette en fonte que l'on descend dans un bain d'alliage :1e métal liquide pénètre dans tous les détails du moule et, après solidification, on a la reproduction exacte de la page à stéréotyper. Le cliché est mis à épaisseur convenable et livré à l'imprimeur.

2° Clichage an papier. — Ce genre de clichage, qui est le plus employé, est plus rapide et plus économique que le précédent. lia aussi ravantage de ne pas exiger qu'on graisse la surface des raractères, ce qui crée une difficulU' pour leur emploi ultérieur. Il reud de très-praiids services dans l'impression dos journaux tirés à un uomi.'re considérable d'exeniplaires. On commence par faire ce que Ton ap[)olle UD /la?}, en superposant un certain nombre de feuilles de papier mince collées entre elles avec un mélange de blanc de Meudon et de culle de pûte. C'est avec ce flan qu'on prend l'empreinte de la page à stéréotyper. Pour cela, le mouleur applique le flan sur elle et, h l'aide d'une brosse, il fra])pe sur le flan en allant du centre vers les bords : il force ainsi le papier humide à pénétrer dans les creux laissés entre les reliefs des caractères ; puis il place le tout sous une [»resse dont la plaque est chauffée. Le moule en carton se sèche, et quand il est bien sec, on le retire de dessus la page h. stéréolyper pour le mettre dans un moule en fer à charnières. Lorsque celui-ci est refermé, ^ il y a entre l'une de ses faces et le moule en carton un intervalle égal à l'épaisseur que l'on veut donner au cliché; c'est dans cet intervalle qu'on coule en une fois le métal liquide. On laisse refroidir et, après solidification, on ouvre le moule en fer, on détache le carton de l'alliage et l'on met le cliché à épaisseur.

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