RELIURE
Lorsque les feuilles d'un ouvrage sortent des mains de rimprimeur, elles sont réunies par paquets ne contenant que des feuilles d'un même numéro. Le papier étant encore plus ou moins humide, on le fait sécher en le suspendant sur des cordes ou, ce qui est mieux, car on évite ainsi la poussière, on le place pendant vingt-quatre heures dans des étuves à circulation d'air chaud. A la sortie de ces étuves, on l'abandonne à l'air, pendant le même temps, pour lui faire reprendre le degré d'humidité correspondant à l'état ordinaire de l'atmosphère, et Ton dispose sur une table les paquets les uns à la suite des autres et par numéro de feuilles. On procède alors à Y assemblage^ c'est-àdire qu'un ouvrier se déplaçant le long de la table prend une feuille à chaque paquet; quand il est arrivé au bout de la série, il a assemblé la matière d'un volume et il recommence la même opération. Ces nouveaux paquets sont livrés aux plieuseSy qui, comme leur nom l'indique, sont chargées de plier les feuilles, de manière que les pages se suivent dans leur ordre naturel. Le mode de pliure dépend évidemment du format ; cela ressort de ce que nous avons dit sur l'imposition. Les divers cahiers résultant du pliage sont ensuite cousus et assemblés avec un fil et recouverts d'une couverture imprimée. Dans cet état le livre est dit broché et se vend souvent ainsi; mais il ne présente pas assez de solidité et tôt ou tard il est nécessaire de le relier.
La reliure s'exerce, soit dans de grands ateliers où l'on travaille pour les libraires, qui font maintenant relier la plupart des livres de luxe avant de les mettre en vente, soit dans de petits ateliers oîi l'on relie pour les particuliers qui ont acheté les livres brochés. Ce second genre de travail diffère un peu du premier et pourrait être désigné sous le nom de reliure d'amatenr^ l'autre constituant la reliure industrielle.
L'industrie qui nous occupe est répandue dans toute la France, mais c'est à Paris qu'elle a pris le plus de développement. Nous en décrirons les points principaux.
Lorsque le livre a été plié, il doit subir l'opération du battage, qui a pour but de comprimer le papier et de réduire son volume. Le battage se fait à l'aide d'un marteau en fer, à tête carrée et à manche court, pesant 5 kilogrammes environ. Le relieur, tenant d'une main un paquet de cahiers appelé battee, le place sur une grosse pierre de 0",80 de haut environ ; de l'autre main il soulève le marteau et le
laisse retomber sur le paquet à battre. Pendant le battage, Touvrier doit déplacer la battée, de manière qu'un coup de marteau empiète toujours sur le précédent. On évite ainsi de foire des bosses, quon nomme noix. Aujourd'hui le battage est presque toujours remplacé par un laminage entre des feuilles de zinc. Ce procédé est plus expèditif, moins fotigant et plus efficace. Les livres sont ensuite mis en presse pour faire disparaître le gondolage qu'a produit ropération précédente. Chaque volume sous presse est séparé du suivant par une planchette appelée ais. Â la sortie de la presse, les exemplaires sont collationnés, afin de vérifier si les cahiers sont bien en ordre et s'il n'en manque pas; puis on colle, le long du dos du premier et du deuxième cahier [une feuille de papier blanc pliée en deux, nomnoée garde blanche. Ce sont ces feuilles blanches que nous voyons an commencement et à la fin de nos livres, et dont la moitié forme Temers de la feuille colorée qui se trouve immédiatement après le couvert et qu'on appelle la garde marbrée.
Il faut alors réunir tous ces cahiers en les cousant, mais le cousage est précédé du grecquage^ opération qui consiste à faire sur le dos du volume, mis entre les mâchoires d'un étau, plusieurs sillons destinés à loger les ficelles, qui serviront tout à l'heure de points d'attache pour les fils de la couseuse. Le grecquage s'exécute, soit à la main avec une petite scie, soit mécaniquement avec des scies circulaires montées sur un axe horizontal tournant en dessus des mâchoires del'étau.
Le cousage est ordinairement fait par des femmes à l'aide d'un appareil fort simple, qui se compose d'une tablette horizon taie sur laquelle s'élèvent deux tiges verticales filetées et munies d'écrous (fig. 415) : ces écrous servent à fixer à une hauteur convenable une barre horizontale, dans laquelle sont prises des ficelles qui descendent verticalement et viennent s'attacher à la tablette. La couseuse prend un cahier, le place à plat sur la tablette, en logeant les ficelles verticales dans les sillons formés par le grecquage, puis, avec un fil et une aiguille, elle relie le cahier à la ficelle. Le premier et le dernier sillon ne reçoivent pas de ficelles : l'ouvrière y fait avec son fil un point de chaînette qui retient les cahiers.
Après le cousage, on coupe les ficelles en laissant excéder un bout de chacune d'elles ; on passe une couche de colle forte sur le dos du livre et l'on fait sécher : on applique ,'ordinairement la colle sur plusieurs volumes à la fois.
Dans la reliure industrielle, au collage succède la rognure^ opération par laquelle on aplanit parfaitement les tranches du livre. Pour cela, on le serre dans une pince horizontale en bois, d'où Ion ne fait
sortir <]ue ce qui doit être rogné; puis, avec un couteau, on coupe tout ce qui excède. Le couteau est Gvé dans une monture appelée fiU, qu'il sufOt de faire glisser sur la presse.
Le plus souvent ce mode de rognase est remplacé par l'emploi d'une machine qui permet diî roi'niT un !;raiid numbre de iivresà
la fois, et qui consiste essentiellement en un couteau animé d'un mouvement verlical. Les livres sont places en pi!e sur une plate-forme, et le couteau, en descendant, les rogne.
On procède ensuite à Vendossafje, opiîratinn qui a pour but d'arrondir le dus et de produire la saillie, nommée mors, que les longs côtés du dos forment sur le corps du volume et qui doit recevoir la couverture en carton. On frappe d'abord surle dos du livre placé h. plat, puis on le met dans un étau horizontal dont les mâchoires sont inclinées de dedans en dehors et ne laissent sortir que ia partie destinée à faire le dos. Enserrant l'étau on comprime le livre et les longs côtés du dos font alors saillie sur les mâchoires ; on les rabat
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sur elles parquelques coups de marteau et, lorsqu'on desserre lelhR,
le mors se trouve fait.
Chacun a remarqué que dans un livre la trancbe parallèlt- au df"< i toujours une forme concave : celte concavité est appelée la gouiiirrt. Il est facile de se rendre compte de la manière dont elle est ])n>duil«. Avant l'arrondis-'age du dos, la tranche est parruilement pinte, anii cette opération ayant pour eiïct de pousser cii avant lest feiiillttdB
commencement et de la fin du livre, tandis que cellw du bougent guère, il en résulte que la tranche prend une fonnc le fond de la concavité corresimndant aux pages du centre.
Il faut mai[itenant poser la couverture, qni est faite avec ddu lames de carton perçues sur l'un de leurs longs côtés d'autant ûe hi^ deux trous qu'il y a de ficelles au do^i du livre. Ces carions, dansU reliure industrielle, sont découpés à laide d'une macliine que représente la Csure 416. Celte machine se compose csscotjtfllenietit de couteaux circulaires, qui tournent autour d'un même a\e peoduit qu'on fait passer le carton au-ilessous d'eux : ces couteaux peinrCDl être placée sur l'jLxe ù des distances qui varient avec la laideur qoc l'on veut donner à la bande de cai-tou. Le carton esl livrt à I"
large de le poser ; celui-ci passe chaque ficelle dans chaque paire de rous, en allant, au premier trou de dedans en delmr-;, an second te dehors en dedans. r;ilior le Imul sur roMrriciir iln i.nlnn el l'y
olie en l'aplatissant. Les bouts di's ticullcs, dans ni\v ti|)ùralion spéïale, ont élé prfilés ou époittth de manière qu'au collage ils puissent 'étaler sur le carton el ne pas faire d'épaisseur. On comprend que les celles non-seulement fixent les cartons au livre, mais qu'elles fnroent en môme temps les charnières aulour desquelles ils tournent. )d pose ensuite le dos de toile du de peau en collant ses bords sur le
carton et en l'amincissant avec un outil tranchant; puis on colle h couverture et les gardes marbrées.
Le titre et les ornements dorés que Ton voit sur le dos du livre se placent de la manière suivante : On passe une couche d'albumine m blanc d'œuf sur la région à dorer, on la recouvre d'une feuille d'or, c'est ce qu'on appelle écoucher^ et, à l'aide d'une matrice en cui\reï nommée /i?r, portant en relief les caractères à dorer et que roni chauffée, on appuie sur la partie à dorer. Il se produit une espèce de gaufrage dans lequel entre l'or. Si l'on passe alors un blaireau, Texcès d'or s'en va et il n'en reste que dans les sillons formés parle fer.
Dans la reliure industrielle, oîi l'on a souvent à faire à la fois un grand nombre de dos ou de couvertures portant le même titre et les mêmes ornements, cette opération s'exécute au moyen de machines! estamper (lîg. 417) . La couverture à dorer est placée sur une plaieforme fixe, et le mouvement de la machine vient faire peser sur la feuille de cuir ou de toile une matrice chauffée qui gaufre toute la région où doivent être mis les ornements dorés. On écouche ensuite la feuille d'or à la surface de cette région gaufrée, puis avec une autre matrice portant les lettres et dessins que l'on veut faire, on fixe la dorure. C'est ainsi que l'on applique les écussons dorés que Ton voit sur chaque exemplaire des collections de la maison Hachette, dite^ Bibliothèque rose et Bibliothèque des merveilles.
Pour les livres à bon marché la reliure est souvent simplifiée. Au lieu, par exemple, de relier le dos au carton à l'aide de ficelles, on colle sur le livre un dos et une couverture ne formant qu'une pièce; les ficelles sont rabattues sur les gardes. Ce genre de reliure, nominé emboîtage, est beaucoup moins solide.
Nous ajouterons que la reliure d'amateur comporte quelques opérations de détail que nous avons laissées de côté et qui produisent un travail plus soigné, plus solide, mais en même temps plus coûteux. Par exemple, pour ce genre de rehure, on ne rogne le li\Te qu'aprfe l'arrondissage du dos et la pose des cartons. Il faut que la gouttière soit faite par un procédé particulier, qui demande une certaine habileté delà part de l'ouvrier. Avant de mettre le livre dans la presse à rogner, il pince la tranche entre deux ais qu'il tient à la main, et par un mouvement particulier donné aux feuilles il fait avancer celles du centre et reculer celles des extrémités. C'est ce qu'on appelle bercer la gouttière. Il résulte de cette disposition que la rogneuse coupera une plus large bande sur les feuilles qui sont le plus en avant, et, lorsque le livre reprendra sa position normale, la tranche de ces feuilles se retirera plus en arrière et la gouttière se fera d'elle-même.