ARMES A FEU
On désigne sous le nom d'armes à feu des armes servant à lancer des projectiles par la force élastique des gaz que développe la combustion de la poudre, qui est un mélange de soufre, de charbon de bois et de salpêtre. Nous distinguerons les armes de guerre^ comprenant les canons et les fusils destinés à Tarmée, et les armes dt luxe, dont on se sert pour la chasse.
FABUICATION DES CANONS
La fabrication des canons est ordinairement exécutée par l'État Mais, pendant la dernière guerre, Tindustrie privée est venue largement au secours des manufactures nationales, impuissantes à produire le nombre de bouches à feu nécessaires à la défense du pays; les établissements de MM. Petin-Gaudet, à Rive-de-Gier, de M. Cail, à Paris, sont à citer parmi ceux qui, par leur activité, ont puissamment contribué à la réorganisation de notre matériel de guerre, matériel qui, par suite des premiers désastres de la néfaste campagne de 1870, était en partie tombé entre les mains de Fennemi.
La fabrication des canons ne comporte pas l'emploi de procédés bien spéciaux. Nous avons vu, ou nous verrons dans la suite de cet ouvrage, la description des principales opérations qui concourent à cette fabrication (fonderie, tournage, alésage, etc.); aussi n'avons-nous que peu de détails à donner en ce moment sur cette industrie, et ferons-nous ()orter principalement notre étude sur la description de l'objet à fabriquer, sur les modiûcations qu'il a subies dans sa coostruction, et sur les qualités des différentes matières premières employées.
Personne n*ignore ce que c'est qu'un canon ; tout le monde sait que
FABRiaTlON DES CANONS. 179
eet engin de guerre se réduit à un tube métallique plus ou moins gros, plus ou moins épais et fermé par un bout.
Udme de la pièce est le vide intérieur qu'elle présente ; la partie antérieure est la volée; la partie postérieure reçoit le nom de culasse; l'entrée de Tâme est appelée bouche^ et le renflement qui termine la volée est le bourrelet en tulipe, La pièce est percée, vers le fond de Tâme et suivant le rayon, d'un trou nommé lumière^ par lequel on met le feu à la charge de poudre qui sera placée dans la culasse. Elle porte sur les côtés deux tourillons qui reposent sur un appareil roulant nommé affût (fig. 121).
L affût se compose de deux pièces de bois nommées fla^ques^ sur lesquelles reposent les tourillons de la bouche à feu ; elles sont garnies à cet effet de sous-bandes de fer ; avec elles sont assemblées deux pièces de biûs qui constituent la flè«*hc; le tout e:^t monté sur deux rouQs. Sur la flèche et au-dessous de la partie postérieure du canon se trouve fixé un écrou dans lequel une vis verticale peut être manœuvréeàTaide d'une manivelle à quatre bras. Le canon repose sur cette vis, qui, suivant qu'on l'élève ou qu'on l'abaisse, le fait tourner sur ses tourillons dans un sens ou dans l'autre et fait varier l'inclinaison de Taxe. L'affût du canon forme l'arrière-train de la pièce; l'avant-train est constitué par une petite voiture que Ton peut réunir à l'affût et qui sert à porter les munitions.
Pour pointer la pièce dans la direction voulue, on se sert d'une hausse située à sa partie postérieure et qui se compose d'une plaquette pouvant glisser verticalement entre deux glissières divisées ; si le point que l'on veut atteindre est à 1500 mètres, on place la hausse au trait 1500 de la glissière : puis le pointeur dirige un rayon visuel qui doit passer par deux crans placés l'un sur la plaquette de la hausse, l'autre, à l'extrémité antérieure du canon, sur le bourrelet en tulipe. On doit déplacer la pièce à l'aide de la vis jusqu'à ce que le rayon visuel passe par le point que l'on veut atteindre. La hausse que nous venons de décrire, connue sous le non de hausse médiane y sert à pointer aux distances comprises entre 2500 et 1500 mètres ; une hausse latérale et un cran, appelé guidon^ situé sur le tourillon, servent à pointer à une distance extrême. (Elle est de 3200 mètres pour le canon rayé de campagne.)
Pour charger la pièce, on introduit dans le fond un sachet rempli de poudre (le poids de cette poudre varie suivant la force du canon) ; on emploie [jour cela un instrument appelé refouloir^ qui sert à pousser le sachet; ensuite on place le projectile (boulet ou obus) de la même manière.
Pour enflammer la charge, autrefois on remplissait la lumière de poudre, à laquelle on mettait le feu avec une mèche; aujourd'hui on se sert rf'une étoupille, c'est-à-dire d'un tube de cuivre que Ton entre dans la lumière. Il renferme de la poudre et, suivant son axe, se trouve un petit tube qui contient de la poudre fulminante et qui est traversé par un fil de cuivre terminé par un T appelé rugueux. L'autre extrémité du fil sort au dehors de Tétoupille ; elle est repliée et forme boucle. Le tube de Tétoupille est fermé à sa partie inférieure par de la cire, à sa partie supérieure par une rondelle de caoutchouc, un petit tampon de bois et de la cire. .
Lorsqu'on veut faire feu, un des servants de la pièce accroche une % corde terminée par une boucle à la boucle du fil de cuivre. Cette corde, appelée tire-feu^ se termine par un bracelet de cuir que le servant tient dans la main droite. Au commandement de feu, le servant tire la corde; il fait ainsi remonter le fil de cuivre dans l'étoupille; le rugueux frotte sur le fulminate et l'enflamme, celui-ci communique l'inflammation à la poudre de l'étoupille, la cire qui forme la base inférieure se fond et la combustion se propage jusqu'à la poudre du sachet. Les gaz produits prennent une tension considérable et chassent le projectile en avant.
Au début, la tension est très-grande, car la masse du boulet l'empêche de se mettre immédiatement en mouvement; un effort violent se produisant sur le fond, sur les parois du canon et sur le projectile, celui-ci s'avance comme poussé par un ressort puissant qui se détendrait au fur et à mesure. Tant qu'il n'est pas sorti de l'âme de la pièce, comme les gaz ne peuvent s'échapper que par le très-faible espace, appelé ve?ity existant entre lui et les parois, ils continuent à exercer une pression qui va en diminuant, mais qui pousse le projectile et tend à faire éclater le canon. Au moment où le projectile sort, la pièce prend elle-même d'avant en arrière une vitesse qui est d'autant plus petite que sa masse est plus grande et qui constitue le recul.
Le boulet en quittant l'âme de la pièce, fait avec l'horizon un angle égal à celui que fait lui-même l'axe du canon ou angle de tir; il parcourt dans l'air une ligne courbe appelée trajectoire^ et, suivant la portée de la pièce, il va frapper le sol en un point plus ou moins éloigné.
La quantité de poudre est variable; son poids peut être le tiers, le quart. ou le cinquième du projectile. Le calibre du canon et du projectile s'évalue d'après le poids de ce dernier exprimé ordinairement en kilogrammes, ou d'après le diamètre de l'âme de la pièce.
Les canons que nous venons de décrire sont lisses à leur intérieur,
et le bouJel sphériqué ne remplit pas exactement Tâme: entre lui et les parois existe un espace libre que nous avons désigné sous le nom Aeveni; il en résulte que le projectile a un mouvement plus ou moins irrégulier dans T intérieur de la bouche à feu ; il est sujet à des battements, à des ricochets contre les parois de l'âme, et la justesse du tir se trouve diminuée.
Depuis le commencement du siècle on avait cherché à remédier à ces inconvénients; mais ce n'est guère que depuis 1850 que des essais véritablement sérieux furent tentés dans cette voie. Parmi les officiers français qui se sont le plus occupés de cette question et dont les travaux ont mené à la solution de cet important problème, nous citerons MM. Tamisier, Burmer, Didion, Chanal, Treuille de Beau- Kea.
Les essais nombreux faits en France, de 1850 à 1859, conduisirent à l'adoption du canon rayé français^ qui fit son apparition dans la campagne d'Italie, et donna de si excellents résultats.
L'âme de ce canon, au lieu d'être lisse, est munie de rayures ou r^les disposées en hélice. Le projectile, au lieu d'être rond, a la Ibrrae oblongue et porte à sa surface des saillies en zinc qui s'engagent dans les rayures; il en résulte qu'il doit tourner sur lui-même pour avancer dans Tintérieur de l'âme sous l'influence de la pression des gaz. Ce mouvement de rotation rapide autour de son axe lui fait conserver sa pointe en avant, diminue les effets de la résistance de l'air et, par suite, donne au tir plus de justesse et de précision.
Dans les canons rayés français, néerlandais et norvégiens, comme dans les anciens canons rayés russes, suisses, italiens, espagnols et autrichiens qui se chargent par la bouche, le projectile est guidé dans Tâme par douze ailettes ou appendices en zinc qui s'engagent dans douze rayures ayant une forme telle, que l'ailette ne les remplit pas, mais laisse derrière elles un peu de jeu ou vent.
L'artillerie autrichienne, dont les canons se chargent aussi par la bouche, a adopté six rayures, dans lesquelles glissent six côtes en plomb saillantes sur le boulet.
On comprend facilement que lorsqu'on doit charger une pièce par la bouche, il est nécessaire de donner aux ailettes des dimensions un peu plus petites que celles des rayures, sans quoi on ne pourrait ladre pénétrer le projectile jusqu'au fond de la pièce, par suite de la résistance que crée le frottement de Taîlette contre l'intérieur de la rayure. Il en résulte que le vent n'est pas complètement supprimé. Dans les canons prussiens, anglais, belges, suisses, italiens, espagnols
et russes, comme dans le canon de 7 qui a été construit pendant
le siège de Paris, on a supprimé complètement le vent en enveloppant le projectile d'une chemise de plomb cannelée transversalement; celui-ci, poussé par les gaz, s'avance dans Tâme de la pièce pendant que Tenveloppe de plomb pénètre dans les rayures et s'y force de manière à ne pas laisser de jeu. Le frottement est beaucoup plus considérable, mais comme les gaz ne peuvent s'échapper, la vitesse initiale est plus grande encore.
Il est important de remarquer qu'il y a intérêt à diminuer autant que possible l'effet du choc qui se produit toujours plus ou moins dans le tonnerre au moment où le projectile se met en mouvement. On a adopté à cet effet plusieurs dispositions.
Pour les canons de la marine française, qui sont en fonte, on emploie un système de rayures paraboliques dont l'inclinaison sur l'axe, nulle dans la culasse, va en augmentant lorsqu'on approche de la bouche. Dans les canons à projectile complètement forcé, comme les canons prussiens et le canon de 7, système de Reffye, la chambre où se trouve la gargousse a un diamètre un peu plus grand que celui de l'Ame rayée et se raccorde avec elle par une partie conique qui forme la chambre du projectile ; il en résulte que les rajures viennent mourir à fleur de l'âme dans cette partie conique. De plus, on facilite le forcement de la chemise de plomb dans ces rayures en leur donnant une largeur qui va en diminuant depuis le tonnerre jusqu'à la bouche.
Il est évident que le système des projectiles forcés dans l'âme de la pièce ne permet pas d'employer le chargement par la bouche et qu'il est nécessaire de charger parla culasse.
En France, ce dernier mode de chargement n'était adopté, avant la campagne de 1870, que pour les pièces de marine. Le système de fermeture est un bouchon fileté que l'on visse dans la culasse filetée elle-même à sa partie postérieure. Mais comme le vissage et le dévissage complet exigeraient un temps trop long, puisqu'il faudrait faire faire au bouchon autant de tours qu'il y aurait de pas filetés (1), on a imaginé la disposition suivante : la surface extérieure du bouchon a été divisée en six parties ; sur trois de ces parties, et de deux en deux, on a abattu les filets de vis, de sorte que la surface latérale du bouchon se compose de trois parties filetées et saillantes^ de Uoh partie lisses et en creux. Dans la culasse on a exécuté la même opération sur les filets de vis. On voit alors que, pour fermer le canon, il suffira d'entrer le bouchon en faisant glisser ses parties filetées dans les pa^
(1) On appelle pas d'une vis la distance de deux fllets consécutifs.
lies lisses de la culasse et réciproquement; lorsque le bouchon sera entré à fond, on n'aura qu'à le faire tourner d'un sixième de circonférence pour mettre ses filets en prise avec ceux de la culasse. Une
■ lie 7 sp rlinrfcsint par In ciiInsM',
poignée et un br-is de \e\ ier placés sur la tète du boudion facilitent Mte opération. l»our assurer une obturation complète et empêcher
Ftc. in. — Deuils de U
Il fuite des gaz par la culasse, une rondelle d'acier circulaire est bée & la partie antérieure du bouchon, de manière qu'au moment de l'inflammation des gaz, ceux-ci, par leur tension, l'appliquent làrtement sur le joint qu'elle est destinée & fermer hermétiquement.
Ajoutons que, pour faciliter la manœuvre et permettre de démasquer complètement l'ouverture par laquelle on charge la pièce, on a imaginé un ensemble de dispositions destinées à porter et à diriger le bouchon. Un cadre de bronze est fixé autour de Touverturedu trou de culasse ; il supporte une console creusée d'une gouttière qui reçoit le bouchon à sa sortie. Cette console doit ensuite être déplacée pour démasquer l'ouverture postérieure de la pièce. Ce déplacement s'obtient de deux manières, soit en faisant glisser la console sur une glissière établie à l'arrière, en travers de la culasse, soit en la faisant tourner autour d'une charnière fixée à la tranche de culasse.
Pendant le siège de Paris on a construit en France un grand nombre de canons se chargeant par la culasse, et l'industrie privée a rendu alors les plus éclatants services à la défense nationale. Le canon inventé par le colonel de Reffye est celui qui a été le plus employé. Les figures 121 et 122 le représentent dans son ensemble et dans ses détails. 11 est en bronze, rayé et muni d'un système de fermeture analogue à celui des canons de marine. Le bouchon est fileté et présente des segments lisses et saillants, comme celui que nous avons déjà décrit. 11 est porté par un collier CC, à charnière, dans lequel il peut glisser horizontalement, grâce à des vis, v v, qui traversent le collier et entrent dans des rainures, r, pratiquées sur la partie postérieure du bouchon. Quand on veut charger, on introduit le projectile et la charge par l'ouverture béante ; puis, en faisant tourner tout le système de fermeture autour de la charnière, on entre le bouchon dans la culasse, on fait glisser ses parties saillantes dans les parties lisses de celle-ci, et, par une rotation d'un sixième de circonférence, ses filets sont mis en prise avec ceux de la culasse.
D'autres modes de fermeture ont été adoptés à l'étranger pour les canons à culasse ; nous citerons les systèmes Withworth, Wahrendorf, Armstrong, Wiesener et Kriner, et enfin celui de Broadwell, qui a été perfectionne par M. Krupp pour l'artillerie prussienne (1).
Ce dernier système se compose d'un verrou d'acier qui peut glisser, perpendiculairement à Taxe de la pièce, dans une ouverture faite dans l'épaisseur de celle-ci, épaisseur qui est plus grande à la culasse qu'à la volée. Ce verrou présente une ouverture circulaire qui a le môme diamètre que l'âme de la pièce. Quand on veut charger le canon, on place le verrou dans une position telle, que son ouve^ ture circulaire corresponde à l'âme; lorsque le projectile et la poudre
(1) Voyez, pour les détails, un article publié en décembre 1870 par M. Jordan dans le Bulletin de la Société des ingénieurs civils.
I FAURICATION DFS CANONS. 185
I »Dl introduits, on repousse le verrou de manière que sa partie ' pJelne \ienne remplacer l'ouverture circulaire. Co mouvement s'obtient à l'aide d'un mécanisme spécial que nous ne décrirons pas ; la manœuvre se fait rapidement et sans accident. Quant à l'obturation, elle est produite soit par un anneau de cuir que la force élastique des gaz presse fortement contre le joint, soit par la gargousse dle^mâme au moyen d'un culot do cartoo ou <Ie cuivre que les gaz appliquent contre le joint en l'emboutissant. Avant (l'étudier le mode de fabrication des canons, nous dirons
Fiu. iî3. — Obus fronçai».
quelques mots sur la nature des projectiles employés par rnrtillerie moderne. .\ux xiv' et xv' siècles, on se servait de flèches de fer en forme de pyramide quadrangulaire, plus tard de balles de plomb, de boulets sphériqnes en pierre, puis de boulets en fonte. Aujourd'hui, on a adopté des obus creux, de forme oblonpue, contenant de la poudre qui s'enQamme quelque temps après avoir quitté la pièce; an moment de l'inflammation, l'obus éclate et lance de toutes parts, soit seulement ses propres fragments, soit des projectiles plus petits renfemiés dans son intérieur.
Il y a deui espèces d'obus, les obus fusants et les ohus. percutants. Us premiers -portent à leur partie supérieure un trou appelé œi/ qui Wrrespond à l'intérieur du projectile. Il est fileté et reçoit un boucbon h vis appelé fusée, qui est en bronze et dans la tète duquel sont pratiqués des trous horizontaux nommés éi-ents, correspondant eux- Œ^mes à des canaux verticaux remplis aussi de composition fusante tt aboutissant à l'intérieur de l'obus. I^es canaux horizontaux n'ont pn tous la m£me longueur dans la télé de la fusée ; ils sont plus ou
18(î INDUSTRIES PRÉPARATOIRES.
moins longs, pour que la poudre qu'ils contiennent mette plus ou moins de temps à brûler. Les évents sont bouchés extérieureroent avec des rondelles de papier portant des chiffres indiquant la distance à laquelle doit éclater l'obus. Avant d'introduire le projectile dans la pièce, on enlève la rondelle correspondant à la distance du point qu'il faut atteindre. Si Ton veut que Tobus éclate à 800 mètres, on arrache la rondelle marquée 800. Au moment de l'inflammation de la poudre contenue dans le canon, les gaz de la combustion enflamment la composition renfermée dans Tévent débouché, le projectile s'avance dans Tair et la composition fusante, ayant besoin pour brûler de tout le temps que doit mettre Tobus à atteindre le point visé, n'enflamme la poudre du projectile et ne le fait éclater que lorsqu'il est arrivé à 800 mètres. Dans la pratique, on débouche aussi les évents marqués de chiffres supérieurs à 800, afin que, si Tévent à 800 mètres ne j fonctionnait pas bien, les autres fissent éclater l'obus, mais à une i distance plus grande, il est vrai, que celle que Ion avait en vue.
La seconde, classe d'obus comprend les obus percutants : leur ] structure est variable. Nous dirons seulement qu'ils renferment une | composition fulminante qui, par suite du choc de l'obus lorsqu'il î arrive contre le point visé, s'enflamme et communique l'inflarama- i lion à la poudre qui doit faire éclater le projectile. Souvent le moyen i employé pour produire la détonation du fulminate est le suivant :l6 bouchon de l'obus présente une tige ou broche qui, au moment du , choc, s'enfonce à l'intérieur, vient frapper le fulminate et l'enflamme.
La matière servant à la fabrication des canons doit satisfaire à plusieurs conditions; il faut qu'elle offre : 1" une ténacité suffisante pour que, sans exiger des dimensions énormes qui augmenteraient le poids de la pièce et la rendraient d'un transport difficile, elle puisse résister à la pression des gaz ; 2* une dureté assez grande pour que la pièce ne soit pas promptement détériorée par l'action du projectile dans l'âme. Les chiffres suivants, déterminés aux États-Unis par le major Wade, donnent une idée des qualités des métaux employés à la construction des canons :
Tdnacitë. Duretë. .
Fonte de fer 6 à 32 4 à 33
Fer 27 à 52 10 à 12
Bronze./ 12 à 40 4à 6
Acier 90 »
Le métal doit avoir une structure telle, que, si le canon ne peut résister à la pression des gaz, la fissure commence à l'intérieur et,
se propageant de proche en proche, arrive jusqu'à Textérieur, de manière que la pièce s'ouvre sans éclater. Le fer et lo bronze présentent cet avantage, tandis que la fonte en est dépourvue; aussi est-on obligé de donner aux canons de fonte une épaisseur beaucoup plus grande. Ajoutons enfin que le prix du métal ne doit pas être trop élevé, à cause de la valeur énorme que représente rartillcrie d'une Dation.
Jusqu'ici la France a employé le bronze pour la construction de ses canons, à l'exception toutefois de ceux de la marine qui sont en fonte. Le bronze à canons est composé de H parties d'étain pour 100 de nii\Te; on a essayé des alliages de nature un peu différente, mais on esttoujour? revenu h celui dont nous venons de donner la composition. Les pièces faites avec ce métal ont Tavantage de ne pas relater en cédant brusquement à la pression intérieure des gaz, mais d'avertir, an conlrairc, par des dégradations apparentes, du moment où l'emploi de la pièce devient dangereux. Le prix de la matière est assez élevé, mais il conserve une grande partie de sa valeur alors même que la pièce est hors d'usage, car le métal peut être refondu.
Les canons de bronze sont obtenus par coulée du métal dans des moules; nous n'entrerons pas dans la description de l'opération et renverrons le lecteur aux détails donnés à propos de la fonderie en général. Nous ferons seulement quelques remarques sur le cas particalier qui nous occupe.
Les bouches à feu en bronze se coulent toujours pleines et sans noyau, à l'exception des mortiers de gros calibre.
Le modèle de la culasse s'exécute en plâtre ; celui du corps de la pièce est en terre et façonné sur un axe en bois appelé trousseau que fon enveloppe de tresses de paille, qui sont ensuite recouvertes de terre, de manière à atteindre les dimensions indiquées par un gabarit on planche découpée suivant la section extérieure de la pièce ; les tourillons faits en plâtre sont supportés au moyen de grands clous.
Le moule de la culasse et celui du corps de la pièce se font à part à l'aide d'un mélange d'argile, de sable, de crottin de cheval et de brique pilée; on les superpose ensuite et on les entoure de terre bien damée, puis on coule le bronze qui a été fondu dans des fourneaux à réverbère. La coulée se fait en siphon, c'est-à-dire que le canal de coulée arrive à la partie inférieure de la pièce pour que le métal fondu remplisse le moule de bas en haut en chassant peu à peu l'air devant lui. On donne toujours au moule une longueur plus grande que celle du canon, pour obtenir à la partie supérieure une masse appelée masselotte qui sera plus tard séparée. La masselotte présente plusieurs avantages : elle
iHH IMMSTRIES PRÉPARATOIAES.
liTfijt Afrr* con-^irlérée comme un réservoir qui fournit du métal à me- -iir^f qijrî cHiii rl#;.s parties inférieures se contracte en se refroidissant; l'IUî nftardr; le refroidi.ssfment dans la partie supérieure de la pièce, (u> qui nîfid Uî tassement du bronze plus régulier; elle reçoit les gaz et lr*s matières rHraiifières qui, en vertu de leur légèreté, s'élèventàla jmrtie snpéri(îiire.
I.es linndies h feu étant coulées pleines, on les termine à rextérieur [lar le loiir et In ciselure, à l'intérieur à Taide de machines à forer qui creusent le Irou (levant former Tâme et l'amènent au diamètre voulu. Nous n'av(Hîs pas à entrer à ce sujet dans de grands détails; ce que ; nniiH (lirons plus tard sur ces sortes de machines permettra deœm- j prendre cette ()[)ération. Nous remarquerons seulement qu'elles se ! composent (»ssenti(»llenient d'un foret qui entre dans la pièce à mesure ; (|ue (*(»II(»-ri, anim(''(» (rini mouvement de rotation, vient présenter le métal h ra<*ti(>n de Toutil.
Ouant aux rayures, elles sont creusées au moyen d'une machine faisant avancer des lames tranchantes dans la pièce, en leur communiquant un mouNcment hélicoïdal.
Depuis prés de deux sitVles, on a fabriqué des bouches à feu en fonte (h* fer pour Tarmeiuent dos places fortes et des navires de guerre. Le prix [)eu éle\é de la fonte et la résistance qu'elle présente à Tusurela rendent excessivement propre aux besoins de larlillerie; malheureusement elle est sujette à se briser par la pression des gaz de la poudre: aus<i en a-t-tui abandonné Tusaiio exclusif, excepté dans les pays qui, ci»!nme la ^uéde, la Nor\és;e et les Ktals-Unis, possèdent des fontes d'une ténacité supérieurt\ l>ans ces [vivs, on fabrique en fonte de fer nvMi-seulement les canons de place et de marine, mais ceux de campuiîue, Les oflîcîers d\utillerie des États-Unis se sont livrés à d'impi»rtanli^s rwheivhos à ce sujet, et le major Rodmann est arrivé à nuHlilier le s>stètne de coulée.
On cv>ulait habituellement les canons pleins; mais, dans ce cas, le »vrri»idissemeut de la fiwite se taîsiint de Textérieur au centre, il en résultait, fvir suite du rv*trait du méral. une disposition moléculaire qui diminuait la resistaïice des couches extérieures. Aussi, dès 1S5I, le itMJor lWtiui!!ii a été ar:duît à couler les pièces creuses ax"ccun uo>au ddîi^ U\|uel circule un courant d^eau* afin que le refroidisseiitenr de la fonte et s;i >i.>!iditîcatiori commencent au centre. Parce s\<éuio, les ooucivs i:;tcrio«res se sc^Iidifiant les premières se trouvent con)pri'ue<.*s par les cvuches extérieures qui se refroidissent sur ellc< et, en se c\.mtractant* j^-n^nluisent TeffeC daaoeaux superposés
|ui serrent les parties intérieures et accroissent leur résistance. En France, la marine de guerre a adopté les canons en fonte de fer lont ]a solidité est augmentée par Tusage d une double épaisseur Vanneaux d'acier puddlé ou freiies dont on entoure le canon.
C'est à Ruelle, près d'Angoulême, que se fabriquent les bouches à Vu destinées à la marine française.
Ces canons sont coulés creux ; le moule est fait en sable, avec un modèle en sapin, dans des châssis qui, après dessiccation à Tétuve, sont superposés et reliés entre eux ; on le dresse ensuite verticalement dans une fosse creusée dans le sol. Autrefois la culasse formait la parlie inférieure du moule ; aujourd'hui on préfère la mettre à la [)artie supérieure et la surmonter d'une masselotte qui sera enlevée plus tard ; car on a reconnu que, dans un cylindre de fonte coulé verticalement, le métal le plus dur et le plus résistant se trouve au milieu de la hauteur environ. On coule en siphon et de bas en haut.
Après solidification de la fonte on procède au dénwulaf/e^ qui est facilité par une précaution prise avant la coulée et consistant à enduire rintérieur du moule de poudre de coke. Après refroidis>enient complet, on enlève au burin les inégalités de la surface : c'est ce qui constitue le décroiktage. On sépare la masselotte en la couj)ant par morceaux qui ne doivent pas dépasser 300 kilogrammes et qui seront refondus pour une autre coulée. Cette dernière opération, appelée décajntaye^ est suivie de Talésage du canon, que Ton fixe pour cela sur un banc de Ibrerie ; il y est immobile et un burin tournant dans son intérieur coupe le métal et amène l'âme au diamètre voulu.
La pièce est ensuite montée sur un tour qui, l'animant d'un mouvement de rotation, présente sa surface extérieure à l'action d'un outil chargé de lui donner la forme prescrite. La partie destinée à recevoir lesfrettes doit être tournée avec une grande précision. Ces frettes sont des anneaux d'acier puddlé que l'on (lose à chaud, de manière que le refroidissement, en les contractant, leur fasse serrer la fonte. On en place deux rangs l'un sur l'autre, en ayant soin de disposer la rangée supérieure de telle sorte que la ligne de séparation de chacun d'eux I corresponde au milieu des frettes inférieures, et réciproquement. L'une des frettes extérieures porte les tourillons qui servent à faire reposer la pièce sur ses coussinets. C'est principalement dans l'usine de MM. Petin-Gaudet, & Saint-Chamond, que se fabriquent les frettes en acier.
LiOrsque le canon a reçu sa garniture de frettes moins une, on le replace sur le tour pour égaliser parfaitement la surface formée par leur juxtaposition et effacer toute distinction entre elles. Il n'y a plus
190 INDUSTRIES PRËPARATOIRBS.
alors qu'à poser le cercle de culasse à l'arrière de la pièce, ce qui jse fait de la même manière que pour les autres frettes.
Le canon retourne aux ateliers de forerie, où la partie destinée à recevoir le bouchon mobile est alésée et filetée mécaniquement.
La première tentative sérieuse pour construire des canons en fer forgé a été faite par M. D. Treadwell, professeur de mécanique aui États-Unis, qui fit fabriquer des bouches à feu formées par une spirale ! en fer dont les spires étaient soudées entre elles à la forge.
En ISAi), MM. Petin-Gaudet fabriquèrent, sur la demande du goavernement français, sept bouches à feu en fer forgé sous le marteaupilon. Mais CCS essais ne donnèrent pas d'excellents résultats, et les officiers d'artillerie s'opposèrent à l'adoption de ce système. Plus tard, les canons Arnistrong, en An^rlcterre, montrèrent tout le parti qu'on peut tirer du fer fur^é pour les bouches à feu. L'&me de ces canons est formée par des rubans de fer enroulés en hélice et soudés à la forge; le tube intérieur ainsi fait est renforcé extérieurement par d'autres tubes ou manchons fabriqués de la môme manière et posés à chaud. Dans ces dernières années, le canon Armstrong a été modifié en ce sens que le tube intérieur est en acier doux.
La grande ténacité de l'acier œiistitue pour la construction des bouches à fini un avantage sérieux ; on fut arrêté pendant longtemps par la difficulté de fondre ce métal en grandes masses. Ce progrès a été réalisé par M. Krupp, d'Essen, et toute l'artillerie prussienne est aujourd'hui en acier fondu.
Les canons Krupp sont construits par le forgeage d'un seul lingot d'acier doux, les tourillons étant pris sur le bloc même qui forme le canon. Ils sont ensuite forés, alésés et rayés par un travail analogue ^ celui que subissent les canons de bronze.
On fait aussi chez M. Krupp des canons de gros calibre dans lesquels les tourillons sont portés par une frette en acier forgé, sans soudure. Le gros canon pesant 20 tonnes qui figurait à l'Exposition universelle en 18(57 avait trois rangées de frettes autour du tonnerre et deui autour du reste de la culasse.
MM. Petin-Gaudet et C* ont fait pour la marine de guerre un certain nombre de gros canons en acier formes d'un tube central et de plusieurs rangs de frettes rapportées extérieurement. Le tube est coulé creux aw un noyau ; puis, pour le forger, on introduitàson intérieur un mandrin de 1er (|ui sert en quelque sorte d'enclume.
Les canons d'acier joignent à l'avantage d'une grande ténacité celui
MITHAILUiUSES.
Igèreié ; toutefois ce dernier avantage est en partie compensé par B qu'il faut donner à l'affût pour quelereculn«soil pas trup confie ; mais cette légèreté rend pluâ Faciles les mancEuvres de mon- Uge et de démontage. L:i pièce de â prussieune, en acier, pèi^e '275 kilo-
YlO. 131. — MilraillEusc Ctuiïtoplic et Huiitigii;,
pamtiH.-â cl lance uu ulius de A^'','i5 ; ta pièce de h française, en bronze, pèseSSO et lance un obus de h kilug ranimes.
Les détails dans les(|ue!s nous sommes entré à propos de la fabricam des canons nous permettent de ne pas insister sur celle des mitrailtaja». Cependant l'usage [jui a ùlâ raît, dans ces dernierâ temps, de ces inoes dont le? elTels sont terribles, quoiqu'ils laissent & désirer, sous lerapi'urt de la précision, nous engage h donner la description de la xntniilleuâo Obrislopbe et Montigny (fi^'. i'ih et tSo). Comme toutes ha armes de ce genre, t-lie |iermet de lancer un j^rand nombre de pnjrctiles qui si* succèdent très rapidement.
Elle se compose essenliellement : 1° d'une partie tixe formée par la ironion de canons juviaposés ; '!" d'une partie mobile dans laquelle se Innifeni les pennileurs qui, en frappant sur les cartouches, en dêter-
!mt^,i \ \ut\wtuiHivti\ : la partie iDobiae. pixr Tkfiktt ^ Wi^r L'. pe t^ff. H'riuh^-j; lui fifi|iro<;iiée de l'on&tt i^^ts^nmr ôes «anoGâ : 3* d'i ^0irU-4:nrVtwh*-ii I' '-t rl'tiiif; [flaqu« de drt«fl*^ D. 'q^i ïf»! ref^êseot A li^irt : I': \mit\ii:T i-^-l ixrrcii de t^>u^ qui reiçonfol duoiD uoeca VmiSu:. Ajirti in'iir tjloîgrié ta partie DKjbile. it<i ilmx le portena 1/>iir-|iin l'I' Al: nintiiëre que chaque cartourbe entre dans un caDoi \u-rt\i:\i: lui w. tmiive In plaque de déteole. de icLe fiMte que. lonqu' i\<-U: iiiixtrii |ilii(!('i'ti|iin )>iirl':iction du levier L ODarapprocbélapaili
illi'ii«f r.hrjsloplic el MonLîgnj.
uii>liili>, 11"! i>oiv»li>ins, iK>u>st>!î [vir »W ressorts que montre la fipiiît MiMiut'iil |nv>M'i»vulft' 1,1 plaqnt' Je détonte. Si alors, par l'action do li'Mi'c \ , l'M \>oiil À «K«issi-r ivllo |>laqm\ les ressorts poussentlcspn' t-ii:»'ut " i-.>»tiv tt'-' (■!«\t>> \\i\c l OH \»»il en a\ant de chacun d'eux; cell»o \ie(ui«'nl l'\\*t'(w >iir K-* »-i*rSn»Wu's»iiv;t elles enflamment la poudre.U t*l.<Hne \\<.- lîeloulo su- il\'MVti.'.tvt i^tte [enteinonl. toutes les carloudw 'ï.' îvirU'tiS t\<N o:-. ;"<*■■,■-■ *otu[v<, e!. (K>iirenip^"her que toutes edlB .;;u v«;iï >'.'.v «"o iv.v*".',- 'v-tî\'ti:A"e ne fij^nt e\|ilosion simultatii- —,■;;;, ,'v .1 ,■, :;a-..\v .1 -.vc. uo >;::*-.: :;!\> de oetle plaque, et les saillie
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