‹ La France industrielleChapitre 67 sur 170 · CAOUTCHOUC ET CITTA-PERCHA. M · texte numérisé non relu

CAOUTCHOUC ET CITTA-PERCHA. M

linze el vingt couches d'enduit qui IbrnieiU une épaisseur que Ton pare en mouillant le dessous de la toile avec un dissolvant. Les vêtements obtenus par enduits préî^cnlcnt des inconvénients TÎeux : le soleil, la chaleur, les corps gras, les rendent poisseux; 5 se durcissent au froid. La volcanisalion, qui consiste à combiner î caoutchouc avec une certaine quantité de soufre, remédierait à ces aconvénients; malheureusement la soie et la laine, employées à la onfection des vêtements de luxe, ne peu\ent supporter, lorsqu'elles iont en contact avec le soufre, la température nécessaire à cette opéfation. Le coton, le chanvre et le lin résistent au contraire trés-ljien. aussi M. Gérard a-t-il mis à proQt cette résistance pour faire à bon Biarché des vêtements imperméables et solides ; il étend à la surface d'étoffes faites avec ces textiles une couche de dissolution de caout- Aouc mélangée au soufre, puis il enroule ces ét(»ffes sur un cylindre de tôle, et les soumet à l'action de la vapeur à l/iO degrés pour d'Herminer la volcanisation.

EnBn, .\L Gérard est parvenu à faire des fils ù section ronde en dissolvant du caoutchouc dans une fois et demie son poids de sulfure dccarbone additionné de 6 à 8 pour 100 d'alcool. H obtient ainsi une pâte qu'il p!ace dans un réservoir communiquant a\ec un cylindre percé de trous. Dans ce réservoir i)eut descendre un piston qui et mû par une forte pression et oblige la pc\to à sortir, par les trous du cylindre, à l'éîat de lils que l'on reçoit sur une toile en mouveniieiit:le sulfure de carbone s'évapore à l'air et le fd obtenu peut être employé au tissage; il offre l'avantage de ne pas présenter d'an* gfc'S comme le fil découpé dont nous avons parlé, et a, par suite, lûoins de chances de s'écorcher et de se casser.

Les chaussures de caoutchouc se font avec dos étoffes recouvertes d'un enduit appliqué mécaniquement. Le ca(;utcliouc est mélangé i?ec environ deux fois son poids de sul stances étrangères, telles que h craie, la litharge, le noir de fumée et le soufre en fleurs de.-tiné à fevolcaniser; le mélange peut se laminer entre des cylindres chauffés par un courant de vapeur. Ces cylindres sont au nombre de trois : la lame obtenue par le passage entre les deux premiers s'eni^agc entre le second et le troisième ; à la surface de celui-ci elle rencontre un tifsu auquel elle se soude. Ave<î ces étoffes ont fait les chaussures, dont les différentes parties (semelle, empei,£:ne, renfort du talon) .-ont soudées au lieu d'être clouées el vissées. On recuit et Ton place li's souliers, en les laissant sur formes, diuis des étuves chauffées à 130 l^rés, où la chaleur détermine la volcanisation du caoutchouc.

-270 LNDrSTKIES PRÉPARATOIRES.

(îette dernière opération a pour but d'empêcher le caoutchouc de durcir au froid et de se ramollir à une basse température, inconvénients qui restreignirent pendant longtemps le nombre des applications de cette substance. Elle consiste, comme nous Tavons déjà dit, à le combiner avec une certaine quantité de soufre.

C'est à M. Charles Goodyear que Ton doit cette importante découverte : tandis qu'en Angleterre on développait l'emploi du caoutchouc au poijit de \ue de rimperméabilité des étoffes, et qu'en France où profitait do son élasticité pour la fabrication de certains tissus, on Tulilisait aux Etats-Unis à la confection des chaussures huperméables, en se basant sur les procédés découverts par M. Charles Goodyear. Dès 18Û2, cet industriel importait en Europe des chaussures qui se firent remarquer par leur élasticité presque illimitée et par la manière dont elles résistaient aux îibaissements de température; on pouvait presser Tune contre Taulre deux lames de cette variété de caoutchouc sans qu Viles manifestassent la moindre adhérence. Or, ce sont les qualités remarquables du caoutchouc vulcanisé. M. Balard, dans un rapport fîiit à propos h l'Exposition de 1851, raconte dans les termes suivants les circonstances de cette découverte :

(( Préoccupé peut-être d'uni^ idée, trop souvent justifiée d'ailleurs, (|ue la s]>é('i(icati(jn d'une patente n'est qu'une occasion d'attirer Tattention des contrefacteurs, peut-être aussi dépourvu en ce moment (le ressources jiécuniaires, plus nécessaires eu Arigleterre, où les prix pour la pri^e d'un brevet sont assez élevés, M. Goodyear, ^an5 a\oir fait constater lé^^alement son invention, essayait en EurojMîde tirer parti de sa découverte en la communiquant comme un procédé dont il a\ait seul le secret, qui pouvait être perdu pour rhumauitêet disi)araître avec son unique possesseur, lorsque M. Thomas Hancok, de Newinglon, près de Londres, qui s'occupait en Europe du traitement du caoutchouc avec non moins de persévérance et de succès que M. Goodyear en Améri(|ue, obtint une patente a\ant que M. Goodyoar, le premier inventeur, en demandAt, mais trop lard, une j our le même objet. M. Thomas llancok découvrit qu'une bande de caoutchouc trempée dans du soufre fondu, et qui, à raison de sa i)orosité, s'im- I)réi:naitde ce corps, sans perdre aucune de ses propriétés, acquérait, quand on Tt-xi^osait à une tem[)érature de J 50 degrés centigrades d<s aj^titudos toutes nou\elles, qui étaient précisément celles que possédait la matière employée i)ar M. Goodyear pour les chaussures imperniéahles.

)) Il api)ela cette transformation opérée par le soufre d'un nom qui rappelait l'origine volcanique de ce combustible, et de là le nom de

CAOïrrCHOlIC KT tllïTA-PEIlCIlA. 471

inisfiiioUy sous lequel elle est depuis lors généralement connue.

Lit là, comme ou le voit, une découverte réelle, mais la découverte

k'clle d'un fait déjà découvert auparavant. Or, on sait que rien u'aide

à la solution d'un problème que de savoir qu'il a été déjà résolu.»

lusieurs méthodes sont aujourd'hui employées pour i>roduire cette :ani^ation. On peut avoir recours à celle d'Hancok, qui con^i^te à :tre à Tétuve les objets façonnés avec le caoutchouc naturel, et à y laisser pendant vingt-quatre à trente-six heures, de façon que soudures se consolident parfaitement, et que les traces d'humidité d'huile essentielle puissent s'échapper. On plonge ensuite les objets ivés dans le soufre en fusion et porté à une tenq)érature de 130 deés environ. La combinaison du soufre et du caoutchouc commence entôt, et au bout de deux ou trois heures elle est complète. Pour ger du |K>int auquel est arrivée l'opération, on a ordinairement de Hits morceaux de caoutchouc de l'épaisseur des objets à volcaniser, oeron [»longe dans la chaudière en les suspendant a Taide d'un fil efer; de temps en temps on les retire et on les examine. Quand la ricanisation est fiûte, les objets sont plongés dans l'eau froide. Ce irocédé présente de graves inconvénients. La caoutchouc n'est pas iricanisé dune manière assez régulière, l'extérieur Test trop et Tiii- Krietir pas assez.

Le second mode de volcanisation, qui est celui de M. Goodyear, est flos généralement employé; il produit des résultats bien meilleurs. On détermine à l'avance la proportion de soufre h combiner au caout- (kwic, au lieu de la laisser incertaine connue dans le procédé précé- ^t; elle varie de 7 à 10 p. 100 du poids du caoutchouc employé. Le Mange des deux corps se lait soit en les pétrissant ensemble, soit en %rtissant le soufre dans une dissolution de caoutchouc. Le produit losi obtenu sert à fabriquer les différents objets, et, quand ils sont ■Çonnés, on les enferme dans des chaudières où on les souniet à '•ction de la vapeur. Deux à trois heurts de chauffe, à une pression Quatre atmosphères, suffisent en général.

Le procédé Parkes consistQ à traiter les objets à volcaniser par le iUorure de soufre dissous dans quarante ou cinquante fois son poids -sulfure de carbone : il suffit de plonger le caoutchouc dans cette ^solution pour qu'en peu de tenips le chlorure de soufre ait agi à aid comme le soufre le fait à chtï,ud. C4ette méthode présente de ^nds avantages, mais elle a un inconvénient qui en ftiit rejeter mploi : une réaction acide se développe bientôt dans le caoutchouc, li devient très-cassant.

'Irl INDISTRIES PRÉPAUATOIRES.

Enfin, M. Gérard a proposé un procédé qui réussit très-bien, mak seulement pour les objets de petite épaisseur. Il plonge le caoutchouc dans une solution de persulfure de potassium à 25 ou SO degrés Ikumé, maintenue pendant trois ou quatre heures dans un appareil clos à une température de 150 degrés environ (cinq atmosphères de : pression).

Nous citerons encore comme application du caoutchouc la prépara tion du caoutchouc durcij qui sert à la fabrication d'un grand nombre d'objj^s, peignes, boutons, baleines et cannes, articles d'ébénisterie, plateaux de machines électriques, etc.

Ce produit s'obtient en augmentant notablement la proportion du soufre dans la volcanisation. 11 se prépare spécialement avec du caoutchouc (le ri nde (jue Ton ramollit a 80 degrés, et qu on débile en petits fragments ipii sont soumis ensuite à Faction d'un api^areil a{)i)elé pi/c, dont rdlut est de le découper en très-petits morceaux et de lui enlever toutes les impuretés qu'il renferme. Les morceaux ainsi déchiquetés sont séchés, battus et traités par une dissolution de soude qui achève la puiidcatiun. Après un nonveau passage à la pile, le caoutcliouc parlaitcment nettoyé est livré à un laminoir chauffé à 50 ou (30 degrés, et, pendant ce laminage, on lui incorpore la proportion de fliuir de soufre (jui doit le vdcaniser, et qui varie entre 25 et 35 p. 100. La patMiinsi obtenue aune couleur jaun(;; elle est cuite, dans des chaudières In'nnétiquement closes, par raclicn de la vapeur à une pression do (jiialre atmosphères et demi. La cuisson la duicit et lui ciunnuinique une très-belle couleur noire.

Lij caoutchouc durci est ordinairement réduit en plaques quo Ton travaille à la lime, au f;rattoir et à la scie. Oii peut aussi fabriquer certains objets par moulage de la pâte dans des moules de métal ; mais la cuisson cpron leur fait subir pour durcir le caoutchouc a linconvénient de produire des déformations dues au retrait inégal que la jàte et le métal prennent pendant le refroidissement.

La ijutta-pcrchn est une substance qui présente beaucoup dauiilogie avec le caoutchouc; (pioique d'aspect bien différent, elle a la même composition cliiniicpie que lui. Elle proNient du suc laiteux qui sVcoule d'un arbre [Isonundra percha) croissant au midi de l'Asie. Elle fut envoyée en ICurope en 1822 par le docteur Monigommerie. \/^ Malais la récoltent par un [irocédé barbare, qui consiste à coiipiT l'arbre et à le placer dans une position inclinée pour faciliter l'éiDUlenient de la sève, qu'ils reçoivent dans des vases placés au-dessous de

LiAUUl'CllUti; ET (UirJA-l'EKCIlA. iT.i

Itii. La guHa-percha diffère du caoutchouc en ce qu'elle se raraoIlîL très-facilement wus l'action de ia chaleur, et qu'à froid elle n'a pas l|éiisticité qu'U présente : la \olcariisation peut lui communiquer l'i^las- Ucilé et l'empêcher de se ramollir à la chaleur. Quand elle nous arrive sur les marchés de l'Enropi-, elle l'inilicnl

une grande quantité d'impuretés dont il faut d'abord la débarrasser. On la découpe en prismes avec une scie circulaire) que l'on [arrose pendant le travail : puis, à l'aide d'une râpe (fi^. 16S) et 1 70) formée

de dîsqup!) dentés A, que l'on a montés sur un même arbre en alternant leurs dents, on déehire ces prismes continuellement arrosés avec I'mu, et on les réduit en pulpe. Cette pulpe est ensuite épurée par un lavage à trois eaux, sécliée et malaxée entre les deux cylindres d'un laminoir chauffé â la vapeur. On la réduit ainsi en Teuilles que l'on soude par une fusion pâteuse dans une chaudière plate A (flg. 171), munie d'un double fond dans lequel on tait arriver un jet de vapeur par te tuyau G, Lorsque la pâte est parfaitement desséchée, elle est portée dans un pélrisseur à deuv cylindres cannelés Det C (lig. 172), qui tournent en sens inverse dans une chaudière A présentant aussi

tli INDUSTRIES PRÉPARATOIRES.

un double fond B chauffé à la vapeur. Au bout d'une heure de ma* laxation, la p&te de gutta-percha est livrée à des cylindres chauffés,' dont la forme varie : ils sont plats quand on veut des feuilles unies, cannelés quand il s*agit de faire des iils ou des cordes, à parties creuses et plates quand il faut obtenir des lanières ou des courroies.

Les tuyaux de gutta-percha se fabriquent comme ceux de caoutchouc, en faisant passer la matière ramollie dans un intervalle annulaire : à leur sortie on les reçoit dans Teau froide. Pour recouvrir les iils télégraphiques, on se sert du même moyen, mais on fait passer I au centre de la filière le fil de cuivre qui doit être recouvert de gutta- 1 percha.

Beaucoup d'objets, comme les cadres, moulures ou sculptures diverses, s'obtiennent en comprimant, dans des moules solides et chauds, la gutta chaude et, par conséquent, capable d'en épouser la forme.

La gutta-percha peut être volcanisée comme le caoutchouc, mais il faut prendre quelques précautions indispensables à la réussite de l'opération : par exemple, chauffer la matière à 150 degrés environ pendant quelques heures avant d'y introduire le soufre, afin de chasser une huile essentielle qui produirait des soufflures dans le produit volcanisé. En augmentant les proportions de soufre, on peut aus>i la durcir comme le caoutchouc.

Page 1