TABAC
La consommation du tabac en France devient chaque jour plus considérable, et sa fabrication fait l'objet d'une industrie importante dont rÉtat a pris le monopole depuis 1811, monopole qui constitue pour lui annuellement un bénéfice de plus de deux cents millions.
La plante qui fournit le tabac appartient à la même famille botanique que la pomme de terre : c'est une solanée^ et elle est aussi originaire de TAmérique méridionale. Elle fut introduite en Europe par les Espagnols et les Portugais au commencement du xvi* siècle, et c'est Jean Nicot, ambassadeur de France à Lisbonne, qui l'importa en France en 1559. Catherine de Médicis adopta l'herbe nouvelle, qui passa pendant longtemps pour guérir tous les maux et porta les noms de nicotiane^ nicoiiana tabacum^ herbe à la reine. Ce sont les sauvages de l'Amérique qui enseignèrent aux Européens à fumer et à mâcher le tabac; mais l'usage du tabac à priser a pris naissance sur notre continent.
Les tabacs étrangers ne suffisent pas à la consommation de laFrance; aussi seize départements cultivent-ils cette plante. Cette culture n'est pas libre ; les seize départements autorisés à la faire sont ceux des Alpes-Maritimes, Var, Bouches-du-Rhône, lUe-et-Vilaine, Gironde, I/)t-et-Garonne, Meurthe-et-Moselle, Nord, Pas-de-Calais, Hautes- Pyrénées, Landes, Haute-Saône, Haute-Savoie et Savoie; elle est soumise à une surveillance active de la part de l'administration. Les ^cultivateurs ne peuvent employer les graines de leur choix ; chaque année ils reçoivent les espèces appropriées à la nature des terrains cultivés.
Quand la plante est arrivée à maturité, c*est à-dire lorsque les feuilles ^ rident, deviennent plus rugueuses et plus cassantes, on la coupe et <>& la laisse sécher. On dépouille les tiges de leurs feuilles en séparant
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celles (lu sommet de celles d'en bas et Ton en fait deux ou trois classes. Après une nouvelle dessiccation , on les réunit au nombre de dix ou douze liées ensemble. Ces petites bottes, appelées manoqueSj sont expédiées dans les centres de fabrication . L'État possède actuellement .seize manufactures, qui sont celles de Paris (Reuilly et Gros Caillou), Lille, le Havre, Dieppe, Lyon, Marseille, Nice, Toulouse, Châteauroux, Tonneihs, Bordeaux, Morlaix, Nancy, Nantes et Riom. Strasbourg et Metz étaient aussi le siège de manufactures importantes. Le tabac fabriqué dans ces établissements est livré h des entrepôts chargés de le distribuer entre les différents débits, qui sont au nombre de 40559. La remise faite aux débitants a été, dans Tune des dernières années, de 28 800 676 fr. 22 c, soit en moyenne 709 fr. 39 c. par débit. Paris et le département de la Seine, dans leurs 1071 débits, consomment environ pour 40000 000 francs de tabac.
A l'arrivée dans les manufactures, les caisses, tonneaux ou ballots de tabac sont éventrés et l'on en extrait les manoques. Après un mouillage à l'eau salée, destiné à diminuer la friabilité des feuilles, celles-ci sont séparées les unes des autres ; c'est ce qui constitue Yépou" /ardage, opération qui est suivie d'un triage fait avec soin pour séparer les qualités en vue des différentes fabrications.
Le tabac est livré à la consommation sous quatre formes princi- I)alcs : le rdpé, ou tabac à priser ; les rôles^ ou tabac h mâcher ou à chiquer ; le scaferlati^ ou tabac à fumer en pipes ou en cigaretteï:;les c if/ares.
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On choiï-it pour la fabrication du râpé les espèces de tabac qui renferment la plus grande proportion d'une substance appelée nicotme^ car c'est elle qui communique au tabac le montant que recherchent les priseurs. On fait un mélange composé, pour 100 parties, de : Virginie, 25; Kentucky, 5 ; Nord, 8; Ille-et-Vilaine, 5; Lot-et-Garonne, 12 ; Lot, 18 ; coupures de Kentucky, 5 ; côtes et rejets d'autres fabrications, 22.
Quand le mélange est fait, il est entassé dans des compartiment? dont le sol est dallé en pierres et il est arrosé avec de l'eau salée : c'est l'opération qu'on appelle la mouillade. L'emploi de l'eau salée a un double but : le sel agira comme substance antiseptique, c'est-à-dire qu'il empêchera la fermentation des matières animales contenues dans les feuilles, et, en sa qualité de corps essentiellement hygrométrique, il maintiendra dans le tabac le degré d'humidité nécessaire à la fabri-