R O T — H — S — C — II — I — L — D
Quel que soit le délai qu’on puisse assigner à cette éventualité, l’issue iinale est certaine.
haque mois, et il donnait pour excuse à cette indélicatesse que son
rere lui devait beaucoup d’argent et qu’il rentrait ainsi dans ce u il avait avancé.
Le Cri du peuple du 29 septembre 1886 contient quelques rensignements très curieux sur la façon dont les Juifs se sont empaes. de là Préfecture de police. C’est aux Rothschild, s’il faut en mire l’organe socialiste, que nous devons l’étonnaut chef de la Sù- 3te qui veille si singulièrement à la tranquillité de Paris. Ce Taylor uand il était commissaire de police de la Chaussée-d’Antin, était Q véritable employé des Rothschild et s’occupait de leurs affaires s plus intimes. Encore aujourd’hui, d’après le Cri du peuple , a brigade de gardiens de la paix du neuvième arrondissement urmt des^ plantons permanents à la banque Rothschild ; on •ganise même des services extraordinaires, en tenue et en bour- !0is, de sorte qu’un citoyen, attaqué par des malfaiteurs à l’exennte de la circonscription, boulevard de Clichy, par exemple,
? Couverait aucun agent pour le défendre, tandis qu’il y en aurait x prêts à lui mettre la main au collet s’il s’avisait de venir se aindre d une affaire véreuse chez celui qui l’aurait lancée. »
Au lieu de désorganiser tous les services avec leurs venettes conluelles, les Rothschild ne feraient-ils pas mieux d’ordonner au mstère de l’Intérieur de reconstituer, sous les ordres d’un comssaire de police spécial désigné par les princes d’Israël, ce qu’on : pelait autrefois : t le service du château ? »
DEVANT L’OPINION
Ce ne sont ni les articles de journaux, ni les dis cours de M. Jules Guesde, ni mes livres qui ont cré cette situation. La puissance des Rothschild doi tomber parce qu’elle est contraire à toutes les con' ditions d’existence d’une société quelle qu’elle soit Empire, Monarchie ou République.
On a vu à Carthage et en Italie des familles réus sir à conquérir le premier rang, non par la verti militaire, mais par la supériorité de l’argent; mais dès qu’elles ont disposé de tous les ressorts du gou vernement, elles ont, comme les Rorgia et les Mé1 dicis, pris Y imperium directement; leur caisse es devenue le Trésor public. Les chefs de ces maisons arrivés à un certain degré, ont voulu avoir les joie: de l’autorité suprême, ils en ont accepté aussi le: responsabilités ; ils se sont exposés, comme les Suf-1 fêtes de Carthage ou comme les tyrans des ville* d’Italie, à mourir dans des séditions ou à tombei sous le poignard d’assassins.
Ce qu’on ne peut concevoir, c’est une famille asseï riche pour avoir à elle toutes les forces gouvernementales et ne se servant de ces ressources, de ce* moyens d’action, de ces secrets d’État que pour augmenter sa fortune privée aux dépens des citoyen* d’un pays incapables de lutter contre elle, el qu’on brise quand par hasard ils veulent essayer la lutte.
Sans avoir eu la belle audace et la courageuse' logique d’essayer de se faire proclamer Rois, Présidents ou Suffètes, les Rothschild mourront, comme certains souverains, par raison d’État.
le système juif et la question sociale i63
Quoique toute comparaison entre les deux exécu- | ions lut mal séante, le procès des Rothschild sera le giand evenement, le great event, ainsi que s’ex priment les journaux mondains, de cette fin de , siede comme le procès du Roi a été l’événement de la fin du dix-huitième siècle. R éclairera par les faits qui seront versés aux débats, car ce que nous n’écrivons n est qu une documentation préparatoire, parles
KéT l-r ", Sa,nl'Fl0renlin et rue Laffîtte, tout -un cote de 1 histoire contemporaine; il permettra
*r,dTrrrpied“'oncii“"“'”'“"^«
nef d J f’ d0nl n0US VOyons ,es résultnte sans en P 'on encore analyser complètement les mille rouages. e
[ Quelfiue etranger qu’il soit à nos passions, l’obser-
Jevam ,®sinte^essé "'éprouvera guère de sympathie levant 1 écroulement de cette famille, que rien ne
jrotegera devant la Postérité et qui restera comme
n témoignage de l’irrémédiable impuissance du
ud a se rendre utile àla civilisation. Lesgrands sei-
- euis du passe ont construit partout des hôpitaux
, rce des routes, fondé des églises, élevé des monu-
£te- LePlu! Petitdes Pinces italiens a enrichi sa S e qu elle s appelât Florence, Milan, Pise, Sienne
ft dl tUei d lmpénssables merveilles; et, que ce ’ dans ,a de'"eure des Médicis ou dans le palais des onzague, l’Art était partout chez lui. Autour de taque famille illustre, a grandi une littérature, une '«le, un groupe d’esprits originaux ou charmants. Hiei encore, un proscrit, dont l’ambition un peu op modeste s’était bornée à être un bon général en
DEVANT L’OPINION
France, se souvenait qu’il était prince dans 1 exil. Il léguait au pays cette demeure glorieuse qui îaconte les hauts faits d’une famille qui fut toujouis biave sur les champs de bataille; ce château de Chantilly dans lequel le vainqueur de Rocroy reçut Louis \1\ , et où l’on pourra voir, à côté de l’épée du connétable de Montmorency et du bâton de commandement de Gondé, le sabre que le duc d Aumale poitait quand
il enleva la smala d’Abd-el-Kader.
Les Rothschild n’ont point de ces munificences. Ils ont toujours pris et n’ont jamais rien donné à la France qu’un Botticelli des Batignolles, qui valait bien cent écus, et que le Louvre s est empresse de refuser. . . .
C’est qu’en réalité la richesse autrefois, même en ses prodigalités et en ses écarts, se sentait responsable devant l’opinion des hommes comme devant la justice de Dieu; elle était une fonction et non un privilège. La propriété, d’après la notion que s en faisait l’ancienne société, était inséparable de certaines obligations à remplir. Elle imposait des devoirs ; aujourd’hui, dans la doctrine juive, elle ne confère plus que des droits.
Profondément remués par l’écho qu’a eu dans tous les pays le coup de cloche de la France juive , les Rothschild et les autres Juifs notables n’ont cependant qu’une perception assez trouble des périls qui les menacent.
Ils sont par nature, et ceci n’est pas absolument de leur faute, incapables de rien comprendre aux
conditions de cette civilisation chrétienne en dehors de laquelle ils ont vécu pendant des siècles. Dans leur commerce avec une aristocratie dégénérée, ils ne retrouvent plus de cette civilisation que le côté superficiel, le côté de tenue et de forme, l’hésitation d’une duchesse cà danser le Vendredi-Saint, hésitation qu’on pourrait vaincre à la rigueur avec des négociateurs, comme Meyer, qui se chargeraient de prouver que c’est pour le bon motif. Dans leurs rapports avec ceux qui sont à la tête du gouvernement, ils ne rencontrent que des gens plus pressés de se vendre qu’on n’est désireux de les acheter; ils savent qu il n est pas une concession inique, une convention pour des chemins de fer, une illégalité ou une spoliation qu’on ne puisse obtenir en y mettant le prix. Quant au peuple, ils ont toujours cru le tenir avec des journaux comme la Lanterne qui le pousse sans cesse sur le curé.
L état d âme des Aryens épris d’idéal, de justice, de générosité est donc inconnu, et doit nécessairement être inconnu, à des hommes qui n’aperçoivent chez les représentants de l’aristocratie que le désir de s’amuser, et chez les représentants du gouvernement que le désir de s’enrichir. La situation économique réelle, les lois exactes qui régissent le monde du travail échappent également à ces êtres qui n’ont jamais voulu être que des intermédiaires parce que ce rôle leur rapportait davantage.
L’intelligence du Sémite, très subtile, très déliée mais très étroite, ne lui permet pas d’entrevoir cette
DEVANT L’OPINION
évidence, qn après avoir détruit à son profit tout l’équilibre des intérêts, il crée un état de choses dans lequel personne ne pourra plus vivre et où tout le monde se retournera contre lui. Ce moi sémitique que Renan, avant sa conversion au Judaïsme, nous a montré si âpre, si fermé à tout ce qui n’est pas lui, si égoïstement préoccupé de lui seul, en rendant le Juif indifférent à tout ce que peut souffrir le prochain, le tient, par une conséquence logique, dans une ignorance dangereuse de ce que le prochain peut penser de lui.
Une presse indépendante, discutant des idées, pourrait éclairer les gros Juifs. L’essentiel au contraire à leurs yeux est qu’on ne parle pas d’eux en dehors de comptes rendus adulateurs de leurs fêtes.
Ils obtiennent ce résultat avec un négociateur au courant de toutes les coulisses de la presse qui, dans les circonstances critiques pour Israël, va, de journaux en journaux, démontrer que si la parole est d’argent le silence est d’or. Le communiqué qui s’appelait jadis M. Ernest s’appelle maintenant M. Chut!
Il en a été ainsi de l’affaire Erlanger, qui aurait offert un sujet d’études inépuisables, au point de vue social, sur la façon dont le Tribunal a écarté le lait d’escroquerie, en se retranchant derrière un non-lieu imposé par le ministère; sur le sort différent de celui qui a tout conduit et des sous-ordres, des faiseurs subalternes, comme les frères Certifier, qui payent pour ce Juif.
LE SYSTÈME JUIF ET LA QUESTION SOCIALE. i67
De lout ceci, personne n’a parlé. Les pins hardis ont consacre dix lignes à l’affaire. Le Gaulois n’en a inmais soufflé mol ; il s’est contenté d’annoncer qu aux courses de Trouville M“ Erlanger avait une robe de foulard blanc. Les dirigeants abonnés à ce journal doivent être bien informés des opérations economiques de leur temps !
, M"' G;'anif ou M,“ TJ^o perdraient leur houppette i poudie de riz que les journaux disserteraient tendant trois colonnes sur cet événement. C’est à terne si l’on s’est occupé dans un coin de journal de
1 ’ . *îe, us ^e,z- Comment cet aventurier en était-
1 arrivé à la situation qu’il a conquise à Paris? Pour ;uels services avait-il été nommé grand officier de la .légion d’honneur? Comment M. de Freycinet si igide, a ce qu’on dit, et qui avait dû signer la ommation puisqu’elle avait été faite au titre étraner, avait-il accordé à un Prussien américanisé dont s opérations au delà de l’Atlantique avaient été ctraordinaires, une distinction que n’obtiennent ts beaucoup de nos généraux ?
Aucune de ces questions n’a été soulevée.
De ce résultat, les Juifs triomphent. « Encore une nose qui a passé ! » s’écrient-ils.
Non! cela na pas passé. Gela reste sur la con-
ience des gens comme certains morceaux de galette
ir ^estomac; et, quand, au fond des provinces, il
nbe un livre comme la France juive, les lecteurs
mt pas d’étonnement, ils disent : « Enfin, vodà
! hommc qui Peut parler et qui dit ce que nous. )ns sur le cœur ! »
DEVANT L’OPINION
11 n’y a là aucun phénomène nouveau, aucu mouvement socialiste, pour employer ce mot clai le sens terrifiant et niais que lui prêtent certaii conservateurs dupes des épithètes. Il y a là le recor mencement de l’éternel mécompte du Juif. E France, en Allemagne, en Espagne, dans la Grenat des Kalifes, ou dans le Paris de Philippe-Auguste, s’est toujours dit, à propos de ses plus gros méfait! « Gela passera! » et il s’est toujours aperçu, à i moment donné, que « cela n’avait pas passé ».
Les expulsions de Juifs au Moyen Age sont d actes tout physiques. Ce sont des indigestions d’i ryens auxquels on a voulu faire avaler des emprur du Honduras anticipés et des Crédits de France pr maturés, et qui, l’estomac effroyablement secou ont rejeté à la fois la cuisine et le cuisinier.
Ce que les Juifs ont acheté, en effet, pour obten le silence, ce n’est pas le journaliste, l’homme i pensée et de conscience, e’est le journal, l’entr prise, la boutique. C’est l’argent qui a pactisé av l’argent; c’est le Capital qui a échangé avec le Capil le grattement dans la main, l’attouchement maço nique impur.
Une fois de plus, nous surprenons là sur le vif système juif.
La civilisation chrétienne, étant d’essence divin est un perpétuel effort pour se rapprocher du pl divin, où tout est harmonie et justice, pour graiu l’homme, pourle hiérarchiser, pourassigner àchac une place selon sa vocation personnelle, ses faculti sa capacité, sa valeur propre, et pour veiller à ce q
cette place ne soit pas prise par un intrus. Sans doute, cette civilisation ressemble à un écolier qui voudrait copier un dessin de Raphaël, et elle ne nous a guère donné, même en ses meilleurs jours, qu’une image débile et confuse du modèle qu’elle sé proposait, mais les lignes essentielles n’en subsistaient pas moins. 1
La civilisation juive, étant diabolique, a pour devise l’étymologie même du nom du Diable : diabouleuo, « je veux », ou « je marche en travers » Elle tend sans cesse à rabaisser l’homme, à le ravaler, à le mettre à genoux devant l’argent. « Écrivain instruit, artisan habile, artiste bien doué, tu crois que ton Dieu a fait quelque chose pour toi en t’accordant ces dons? Nous allons te prouver que tu n’es rien en t’imposant pour maîtres des êtres qui te sont uen inférieurs, qui seraient incapables de rien proluire comme toi, mais qui ont de l’argent. » i L’idéal de la première civilisation, c’est le firmanent, où les astres, obéissant à une main invisible, gravitent dans un ordre qui n’est jamais troublé. Le ype de l’autre, c’est la pétaudière des régions d’en as> où les démons, se trémoussant dans un désordre ■erpétuellement renouvelé, se croient libres quand s ne sont que révoltés, et s’imaginent être délivrés
uand ils font beaucoup de bruit en remuant leurs haines.
Fidèle à lui-même, le système juif a changé la rance en une immense pétaudière, et pratiqué par- >ut, sur des nègres blancs, la méthode employée avers les noirs. Il fait commander les journalistes
par des gens qui savent à peine lire et écrire, morigéner les maîtres d’armes par des leneurs de brelans, diriger les librairies par d’anciens marchands de boulons, gouverner les mineurs par des gens qui ne sont jamais descendus dans une mine, et exploiter les ouvriers de tous les corps d’état par des millionnaires blafards qui n’auraient pas même la force detenirun outil, et qui soignent leur moelle épinière dans cet hôtel capitonné des Champs-Elysées, dont Renan parle avec tant de respect.
Quand on est prévenu d’avance, tout va bien. Depuis le rédacteur en chef jusqu’au garçon de bureau, depuis le metteur en pages jusqu’au trempeur, chacun connaît la consigne et dit : « Ne parlons pas du pouf d’hier. »
Malheureusement pour les actionnaires des journaux, le monsieur qui fait les courses pour Rothschild ne peut pas passer tous les jours, il se repose au moins le jour du sabbat....
J’ajoute que cet homme doit être bien essoufflé, car il a eu une année terriblement chargée. A peine avait-il assuré à Arthur Meyer une presse, sinon sympathique, du moins à peu près muette, qu’il lui fallait organiser une bienveillante inattention autour de l’affaire Erlanger. Quelques mois après, le Matin commençait à parler, à propos des mésaventures de Cornélius Ilerz, « du nez qu’on faisait rue Laffitte ». C’est à de semblables nez que la moutarde monte aisément, et l’agent diligent devaità la hâte remonter en voiture, pour aller demander qu’on n’aggravât pas par des commentaires indiscrets les douleurs qu’é-
prouvaient les Rothschild devant les inquiétudes d’un coreligionnaire aussi décoré.
S’il faut en croire ce qu'on raconte, un autre malheur serait imminent. C’est vraiment beaucoup pour une seule année, et cet intermédiaire surmené a quelque droit de se dire : « Quelle rage ontils donc de choisir tous le même moment pour se
i niettre dans des cas fâcheux ? Ne pourraient-ils s’espacer un peu? »
Au giand désespoir d’Israël, dès qu’on laisse une lueur de vérité arriver au public, dès qu’il y a un relâchement de surveillance dans l’exploitation, tous les nègres blancs se révoltent. Le journaliste tombe sui Ig Juif commanditaire avec un entrain sans égal; les mineurs assassinent le représenlant du Capital; et les ouvriers de tous les corps d’état se meltent en grève. Quant aux membres du faubourg Saint-Germain, ils n’ont, qu’une préoccupation au milieu de ces événements déplorables, c’est de savoir si c’est te cheval d’Ephrussi qui gagnera le prochain Saint- Léger ou le grand Critérium.
j . Ce résumé de situation vous fait comprendre combien est précaire la domination des Juifs. Ils sont trompés eux-mêmes sur tes véritables dispositions du pays par cette presse qu’ils ont corrompue, ils s’empoisonnent eux-mêmes par le narcotique qu’ils ont fait boire à la France.
En définitive, la crise sémitique prochaine, comme outes tes crises analogues dans le passé, s’explique )ar une simple erreur dans l’appréciation que les Sémites font des Aryens; ils nous regardent comme
des idiots, tandis que nous sommes seulement pro digieusement naïfs (1).
Il suffit d’une faute imperceptible comme celle-là dans la formule d’incantation de la Kabale pour faire manquer l’opération magique la mieux combinée et, au fond, le régime juif actuel n’est qu’une opération d’alchimie mieux réussie que les autres.
Les Juifs ont discipliné à leur profit toutes les ■ressources de la nature et de l’homme; ils ont résumé la puissance de la vapeur et de l’électricité dans un morceau de papier qui s’appelle une action ; ilsi ont réduit la publicité, ce formidable véhicule de la pensée humaine, à n’être qu’un instrument de réclames ; ils croient avoir absorbé la force motrice: dans une Société financière ; ils ont mis la gloire et l’héroïsme dans une fiole sur laquelle on lit :■ Emprunts , indemnités de guerre; ils ont fait tenir la question sociale dans une bouteille avec l’éti-s quette : Economie politique , quatrième section de V Académie des sciences morales ( quatrième classe de V Institut). >
Tout cela est enfermé dans un laboratoire dont
(1) Cette légère exagération dans l’idée que les Juifs se font de notre imbécillité a causé leur perte dans toutes les contrées. Après! l’expulsion d’Espagne, en 1492, ils trouvèrent un asile en Portugal, ( puis, aussitôt installés, ifs s’empressèrent, raconte don Augustin de Manuel dans sa Vie du roi de Portugal, Jean II, d’appeler leurs frères à eux : « La terre est bonne, le peuple idiot, l’eau est à nous, vous pouvez venir et tout nous appartiendra. » Les lettres furent interceptées, on ouvrit les yeux; on s’aperçut que les Juifs, en quelques années, avaient déjà attiré à eux la moitié de la richesse d u pays et on les pria de disparaître. C’est cet exode que Montaigne a raconté.
ils gardent la clef, et ils ont la joie du vieil alchimiste qui, de temps en temps, gravissait les degrés de la tour et venait constater que tout était bien en ordre.
Un beau jour, un vent de tempête entre par la fenêtre mal fermée, les fioles brisées ont déterminé : une épouvantable explosion. Tout saute, la tour, le château, le laboratoire et le nécromant lui-même, dont le Diable emporte les débris dans les airs en liant d un rire effroyable... Pourquoi n’avait-on pas
bien fermé la fenêtre ? Pourquoi faisait-il du vent ce jour-là?
Il ne i esteiait à la féodalité financière qu’un moyen, sinon de se sauver, du moins de succomber dignement. Ce serait de faire ce que la féodalité a fait elle-même et de renoncer à des droits qui semblent exorbitants même aux esprits les plus mesurés. Dans la nuit du 4 Août, la noblesse n’bésita pas, elle sentit qu’elle était impuissante à réagir contre le courant; elle abandonna spontanément des privilèges qui étaient autrement respectables que ceux de la noblesse d aigent, qui étaient le prix de services rendus au pays, la récompense du sang versé.
Il appai tiendrait à un homme dans la situation du comte Albert de Mun de rappeler ces souvenirs à la féodalité nouvelle, de lui dire :
« Le droit que vous avez de prélever par l’argent m Uibut sur tout ce qui travaille en France équivaut à ces droits d’aubaine, de mouture, de péage tue nous avons sacrifiés jadis. Faites ce que nous ivons fait : sacrifiez ce qui vous constitue à l’état
de pouvoir privilégié parmi nous, dépouillez-vous, non de votre superflu, mais de l’excessif de vos gains, restituez à la collectivité cinq ou six milliards ! Grâce à eux le travail s’organisera sous une nouvelle forme en dehors de votre monopole financier. »
Nul homme plus que le comte de Mun n’est autorisé à tenir un tel langage et à formuler une pareille mise en demeure. Il a son écusson dans la salle des Croisades, c’est-à-dire qu’il représente le Passé en ce qu’il eut de plus glorieux; il est à la tête du mouvement social chrétien, c’est-à-dire qu’il est la personnification des idées et des préoccupations de l’heure présente. Il pourraitjouerlerôled’O’Connell. Que lui manque-t-il pour cela? Il a l’éloquence, îe courage, le dévouement ; il est l’adversaire résolu du système juif et il ne tient, je crois, les Rothschild qu’en médiocre estime. Que lui manque-t-il encore une fois? La notion nette de la nécessité de parler franchement, d’en finir avec un état de choses qui ne peut plus se prolonger; la conviction qu’il faut marcher, sous peine de voir d’autres hommes marcher à notre place et transformer en une épouvantable Jacquerie, ce qui pourrait être, grâce à une mesure de salut public, une transformation pacifique et une simple évolution économique...
LES ATTAQUES PERSONNELLES
Aimez qu'on vous conseille et non pas qu'on ^us oue]
(Boileau.)
Jne appréciation inexacte Je M. Isambert. - Ma collaboration à la i'ierle. -Une lettre Je Berryer. — Un Mamzer. — M. Charles Marchai de Bussy et l'inflexible. - Le fils d’un grand avocat. -
Wolffm'i de* P'm1"' — U,le exlstence manquée. — M. Albert Woln ou le véritable ami.
Je voudrais, en terminant cette revue des critiques ui m’ont été adressées, traiter deux ou trois points )ut à fai t personnels.
Sous ce rapport, je ressens, non quelque orgueil our moi-même mais quelque orgueil pour la cororation, en constatant qu’à part quelques boulevariers qui, je 1 ai dit, se sont mis bravement à la Jîmorque de Wolff, tous mes confrères ont rendu stice à une existence exclusivement vouée au laeur littéraire. Tous ceux qui savent tenir une ;ume m’ont suivi de près ou de loin à travers d’iniimbrables journaux, des revues, des livres d’histire; ils se sont honorés eux-mêmes en respectant, f3ine dans ce qui leur semblait exagéré au point de ^e des théories, un homme qui est un homme de
DEVANT L’OPINION
lettres comme eux et qui n’a jamais été qu’un homme de lettres.
Il m’est impossible de comprendre, par exemple, qu’un vétéran du journalisme comme M. Isambert puisse me reprocher ma collaboration à un journal appartenant aux Péreire. Quelle idée se fait-il de l’écrivain et l’assimile-t-il donc au malheureux qu’on achetait pour quelques drachmes dans les villes antiques sur le marché aux esclaves? D’après lui, Spartacus n’aurait jamais dû combattre, sous prétexte que, dans l’école de gladiateurs dont il faisait partie, l’entrepreneur nourrissait ceux dont les représentations lui rapportaient de l’argent.
J’ai écrit dans la Liberté , j’ai été l’employé intellectuel des Péreire, et je n’ai eu aucun regret de l’être, puisque l’expression de mes 'opinions était d’accord avec la ligne adoptée par le conseil d’administration dont M. Louis Gai était le représentant. Anciens Français, les Péreire, je l’ai constaté dans mon livre, n’ont rien des haines abjectes du Juit allemand contre le Christ et contre nos prêtres. Ils, veulent garder leurs millions — ce qui est assez compréhensible de leur part — mais ils ne demandent pas, comme les Juifs de la Lanterne , qu’on respecte les milliards des Rothschild et qu’on enlève à un pauvre moine les cinq ou six cents francs qui lui suffisent pour vivre. ,
Il est équitable de reconnaître encore que j’ai trouvé toujours chez les Péreire des hommes parfaitement élevés; je m’en suis souvenu, et en appréciant, en toute indépendance, le rôle considérable
LES ATTAQUES PERSONNELLES
joué par les deux frères dans le mouvement de noire temps, j’ai parlé de cette famille avec les égards qui
sont dus à des gens avec lesquels on a toujours eu des rapports courtois.
Il n y a rien dans tout ceci qui implique l’idée d’un patronage, d une aflection, d’une prévenance quelconque engageant un écrivain, et lui interdisant d aborder certains sujets.
C’est le système du salariat juif, pratiqué par des parvenus de bonne compagnie sur des hommes qui ne supporteraient pas qu’on leur manquât, au lieu d’être pratiqué par des patrons insolents sur des ouvriers qui sont à leur merci. Ce n’est pas autre chose.
M. Jsaac Péreire, pour resserrer les liens qui unissaient, selon lui, le Capital au Travail, voulut bien nous offrir un jour, au Grand-Hôtel, un dîner n.v ]es asperges en branche se trouvèrent malheureusement gàtees. Nous lui rendîmes sa politesse, en lui ■offrant chez Brébant un dîner où le Ponlet Cannet parut un peu trop décanté aux connaisseurs. Ce «nu là des souvenirs qui attachent, mais qui ne ïreent pas des obligations éternelles.
En chx ans je. n’ai pas bu un verre d’eau chez les f eieire; je n’ai pas tué un de leurs perdreaux ; je ?’ai Pas touché un centime de leurs affaires ils i ont jamais recherché mon amitié, et je n’ai jamais eclamé leur appui pour une entreprise quelconque.
Si M. Isambert le désire, je suis prêt à mettre sous 3S yeux la somme de travail produit en regard de argent reçu. Je n’ai rien à cacher, en effet, et je suis îrtain qu’aucun de mes camarades ne se lèvera pour
178 DEVANT L’OPINION
me démentir : Qui cimbulat simpliciter ambulat
conficlenter . . . .
Après avoir fait partie delà rédaction de la Liberté avec M. de Girardin, qui m’avait proposé de lui-même d’y entrer, alors que j’étais complèlement inconnu, j’y suis rentré avecM. Détroyat, avec lequel j’avais conservé des relations très cordiales. À cette époque, j’ignorais même que le journal appai tînt aux Péreire (1), car j’ai toujours été étranger à ces dessus ou à ces dessous de journaux. Quand M. Gai, officier de marine comme M. Détroyat, aussi aimable que lui, devint administrateur délégué, il me dit : « Restez donc avec nous! Pourquoi vous en iriezvous, puisque vous pouvez dire à peu près ce que vous voulez? » Je lui répondis *. « Effectivement, je ne vois pas trop pourquoi je m’en irais. »
Bref, je suis resté là dix ans. Pendant les premières années, je touchais 300 francs par mois pour trois articles par semaine , articles qui ne sont pas les plus mauvais que j’aiécrits. Paul de Saint-Victor,
(1) Remarquez que les Péreire sont les propriétaires du journal j en ce sens qn’ils possèdent le plus grand nombre d actions de la Liberté, mais que ces actions ils peuvent les négocier demain sans que la rédaction ait rien à y voir. On vend les écrivains d’un journal comme on vend des petits cochons. Tous les journaux de Paris, sauf de rares exceptions, étant ainsi aux mains des Juifs, il s'ensuivrait, s’il fallait accepter la théorie de M. Isambert, que tout jour- ! naliste écrivant dans une feuille périodique perdrait ainsi, ipso facto, le droit de discuter la question juive. On avouera que c est là une singulière façon de comprendre la liberté de 1 écrivain. Dapiès M. Isambert, M. Jacques de Riez n'aurait pu écrire la Question juive sous prétexte qu’il avait été rédacteur de la République française, qui appartenait autrefois à M. Porgés et qui appartient aujourd’hui à M. Reinach.
LhS ATTAQUES PERSONNELLES.
qui fui toujours charmant avec moi, quoique désa gréable avec tant d’autres, ayant insisté pour que je ie remplaçasse comme critique d’art, je touchais 400 francs par mois et 500 francs dans les dernières années. Une seule fois le directeur m’accorda 1000 francs pour des travaux supplémentaires, à la fin d’une année où le journal avait gagné 300 000 francs.
Que M. Isambert ne s’écrie pas que ce sont là des détails de ménage inutiles. Tout a son intérêt pour .'histoire d’une époque, et ce qui se passe pour le ravail intellectuel fait comprendre la nature des
■apports qui existent dans le système juif entre >alrons et ouvriers.
Nous sommes loin, on le voit, du type du Juif lumanilaire que Ton a essayé de mettre en circulaion. Isaac Péreire était certes un des représentants îs plus élevés, les moins judaïsants de sa race; en ealité, il n a jamais songé à rien faire pour ceux qui availlaient autour de lui. L’ancien saint-simonien consacré, par ostentation, une somme de cent mille ancs au meilleur mémoire sur le moyen d’éteindre paupérisme, mais il n’a jamais pensé à doubler le aiternent de ses rédacteurs, — ce qui aurait tout au oins éteint leur paupérisme particulier,...
Je suais demeure la dix ans encore qu’un beau atm le journal aurait brusquement changé dedirec- >n et de politique ; les J uils de Bordeaux, accessibles core à cei tains élans, étant destinés à être mangés i les Juifs allemands, comme les rats nationaux, nt 1 espèce a totalement disparu, ont été mangés r les rats de Norvège. Je me serais retrouvé vieilli
180 DEVANT L’OPINION
fourbu, ayant dépensé le meilleur de moi-même dans une tâche ingrate, devant un Juif allemand qui m’aurait dit de cette voix gutturale que je connais :
— Monsieur, nous vous remercions ; nous n’avons plus besoin de vos services.
— Mais, monsieur, il y a vingt ans que....
— Oh ! monsieur, ce sont des considérations de sentiment dans lesquelles nous ne pouvons pas entrer.
Cette voix du Juif à certains moments, cette voix des refus implacables et des non sans pitié, je l’ai entendue à cinq ou six reprises dans ma vie, en des i milieux différents, et elle est restée dans mes oreilles. J’ai vu plus d’un pauvre diable, tandis qu’elle résonnait stridente, sèche, inexorable, laisser tomber à i terre le vieux chapeau roussi aux bords fléchissants, qu’il tenait respectueusement à la main.
Si ce pauvre diable eût été un être de lutte, il i aurait eu contre son interlocuteur une arme quelconque; on en a toujours contre les Juifs, car ils i quittent généralement l’Allemagne à la suite d’une histoire malpropre, qui leur nuirait dans les grands cercles. Alors, comme par enchantement, la musique la plus caressante et la plus douce aurait succédé à ce rauque sifflement : « Ah ! mon bon ami! Un homme de votre valeur ! Tout ce que vous voudrez ! » Et le timbre de retentir, et les domestiques, les garçons, les huissiers d’accourir, et la main fondante et moite démultiplier ses étreintes, et le pauvre diable reconduit jusqu’à la porte, sortant dans une gloire, de cette maison tout à l’heure si inhospitalière pour lui....
les attaques personnelles. lg|
C’est quand on entend maintenant cette voix mit turale, partout, dans les cabinets de ceux aui «m r ou ^influence, qu’on sent bien qü’olX J' en France. C’est pas de cheu nous cet onjaneïà f Plutôt que d’entendre cette voix à claquant ns
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Ce qu’on a écrit à propos de l 'Inflexible, n’est nas i PéreS.qUe Ce qU’°n 3 dU de ”eS liaisons avec
Albert faUX’ C°mme Pa P^endu
Marchai de Bussy J ^ JamaiS ^ 16 secrétaile de
uette occasion de gagner ma vie m’eût été 0fWiP jsque je débutais dans les lettres, que j’eusse a e vo entiers. J’étais absolument étranger à la era ion de 1848, j’ignorais la légende qui s’attl ■i a M. Marchai et, l’eussé-je connue nue t JraiS eu qu’à lire la lettre adressée par’ iLyer
182 DEVAIT L’OPINION
à M. Marchai afin de figurer en têle des Œuvres de Louis XVI (1), pour que mes hésitations eussent
été facilement levées.
Monsieur,
Votre lettre ne me parvient à la campagne qu’au retour d’une assez longue absence ; très flatté de l'honneur que vous voulez me faire, je regrette de n’avoir pu vous adresser plus
tôt mes remerciements. »
Je vous prie de me compter au nombre de vos souscripteurs. >
Je vous félicite d’avoir eu la généreuse pensée de recueillir lès souvenirs et les documents authentiques qui doivent venger la mémoire du bon et malheureux Louis XVI.
Je suis, avec respect, Monsieur, votre très humble et très
obéissant serviteur.
Berryer.
Angerville-la- Riviere, 3 novembre 1863.
Il est impossible, en effet, d’imaginer un meilleur; répondant pour un homme que le témoignage public de celui qui resta si longtemps parmi nous comme1 la personnification de la droiture et de l’honneur. . ] La vérité est que ce pauvre Marchai ne fut jamais en situation d’avoir un secrétaire. 11 n’a jamais commis une action répréhensible devant moi; après une jeunesse fort agitée, il vivait très honorablement, mais très modestement, en vendant lui-même ses livres, lorsqu’il eut la funeste idée de se mêlei à Y Inflexible qui lui attira tant de haines. Il est mort à l’hôpital, ce qui dément, suffisamment F assertion
(1 ) Œuvres de Louis XVI, précédées d'une histoire de ce monarque ouvrage dédié à M. Berryer avec son autorisation et précédé U un lettre de lui .
LES ATTAQUES PERSONNELLES. jgg
de ceux qui prétendent qu’on l’a couvert d’or pour insulter les ennemis de l’Empire. F
J’ai essayé de protéger Marchai contre la foule oui voulan le jeter à l’eau ; je lui ai rendu service en a lant pour lui corriger des épreuves à Bruxelles alors que traqué partout, poursuivi de tous les côtés’
1 n avait, pour se défendre, que ce journal incohérent et bizarre, qui était une simple berquinade comparé
a ce qu on écrit aujourd’hui, et qui alors semblait le comble de la violence.
L infortuné, qui n’avait jamais eu une heure entière de bon sens et qui était complètement affolé a a fin de sa vie, ne m’a récompensé que par des injures de ce que j’ai essayé de faire. Malgré tout^ ce qui domine en moi, c’est une pitié profonde poui cette existence manquée, pour cet être qui portait en lui le poids de fatalités héréditaires et qui fut
pour ui-meme le plus dangereux et le plus persévérant des ennemis.
: Les Juifs ont le mot Mamzer, de moum-zera
!i 1 ci i .1 , . gner certains malé-
: icies de la vie, voués au malheur dès l’origine et
qui semblent justifier cette parole d’Yrabert Gallois cilee par Victor Hugo dans Littérature et philosophie melees, parole qui a l’air d’être naïve et qui est profonde : « Hélas! ô mon unique ami, qu’ils sont ne malheui eux, ceux qui sont nés malheureux ! » Marchai, auquel on avait donné en naissant le
imeT/1,6 Fél‘. ’• C°mme par un i,oni,ïue P‘’essenent, fut un véritable M armer .
DEVANT L’OPINION
La mère de Mlle Marchai descendait, je crois, d’Henriot, le général de Robespierre. Le pèie, commissaire des guerres sous Napoléon Ier, avait un peu pillé l’Espagne. Un jour il écrivit aux siens poui leui annoncer qu’il leur envoyait une cassette pleine de diamants. La cassette arriva. On l’ouvrit : elle contenait trois perruques !
Avec les miettes de sa fortune, MUe Marchai tenait un certain état dans le monde ; intelligente, spirituelle, douée d’un charme infini, elle avait une sorte de salon littéraire où se réunissaient Soulié, Our- Üac, Garaguel. Balzac avait là son fauteuil, sur lequel personne n’eût osé s’asseoir en son absence.
Philippe Dupin, très jeune encore, mais déjà dans tout l’éclat d’une naissante renommée, vit Mlle Marchai; il l’aima, l’abandonna pour faire un mariage riche, puis revint, au moment où celle qu’il avait quittée allait épouser un général qui devint député sous le second Empire. Il n’eut pas de peine à reconquérir cette femme, qui souffrait dans sa délicatesse et sa bonté de l’égoïsme féroce, de l’avidité incroyable qui étaient dans la race des Dupin, mais que subjuguait la verve étincelante de l’avocat illustre qui fut incontestablement le plus éloquent des trois frères, tous célèbres à des titres divers.
Homme de plaisir, Philippe Dupin s’en alla mourir prématurément à Pise, épuisé par les excès. Au moment d’expirer, il prit une plume, voulut écrire un testament, mais fut saisi d’une crise et tiépassa.
M,le Marchai n’avait rien demandé à l’homme auquel elle avait tout donné, et quelle avait même
LES ATTAQUES PERSONNELLES. 185
obligé pécuniairement, alors que le frère aîné tenait les cordons de la bourse serrés à l’étudiant en droit dont il dirigea les premiers pas à Paris. Réduite peu à peu à la misère, elle s’adressa à la riche famille à laquelle elle avait appartenu de loin, et fournit seulement au vieux Dupin l’occasion de prononcer quelques-uns des mots les plus étonnants de sa vie.
A Dufaure et à Duvergier, qui venaient le solliciter pour l’enfant de son frère, il répondit : «Je ne
puis donner à mon frère un fils qu’il ne s’est pas donné. »
Un des amis de Philippe Dupin, Charles Ledru, revint à la charge, et il rendit compte à Mlle Marchai de l’insuccès de ses démarches, dans une lettre dont le mot de la fin est un pur chef-d’œuvre (1) :
Madame,
Vous avez tort de croire que je néglige la triste affaire que vous m’avez confiée.
Je vous ai déjà dit que j’avais rencontré, il y a une quinzaine, M. Dupin aîné, chez M. de Lamartine, et que là j’étais convenu avec lui que je viendrais bientôt le voir pour lui parler de vos intérêts.
Je sors de chez lui; je ne puis vous raconter en détail notre conversation. Mais le résultat a été ce que j’avais prévu. Voici le résumé, en un mot, de ses observations :
Toute intervention directe ou indirecte... serait de la part de la famille une sorte d’impiété envers la mémoire de Philippe Dupin !
Agréez, Madame, mes civilités très dévouées.
5 juin 1847.
Charles Ledru.
(1) Une mère et la famille Dupin, par Félicité Marchai.
DEVANT L’OPINION
Il est bien joli, sans doute, le mot de Dupin, répondant aux députés qui lui reprochaient son inaction au 2 Décembre : « Si j’avais eu à ma disposition quatre hommes et un caporal, je les aurais fait tuer.» Je préfère cependant cette phrase monumentale : « Toute intervention directe ou indirecte serait une impiété. »
Un type à part, l’âpre rural de la Nièvre, devenu le grand homme du gouvernement censitaire et parlant en sentences prud’hommesques, se peint là ad vivum. Un régime ressuscite dans ce bourgeois implacable et digne, que rien ne touche, que rien n’émeut, qui renie le sang de son frère pour ne pas débourser quelques écus. La corruption philippiste éclate là dans un jour saisissant avec ses formules solennelles et son hypocrite respect pour la famille et surtout pour la propriété.
Cet homme, un peu oublié maintenant, sera, nous l’espérons, remis en lumière quelque jour. On le verra tel qu’il fut, représentant très curieux d’une période de notre évolution sociale. Il procède de Fouquier-Tinville et autres robins révolutionnaires qui ont abattu des têtes d’aristocrates pour faire la place nette devant les convoitises du Tiers; il annonce Grévy. Chez Dupin comme chez Grévy, vous trouvez, avec la même rondeur de faux bonshomme et la même finesse madrée, une ossification complète de la conscience. Protestations, outrages, indignations, tout glisse là-dessus. Les ïambes enflammés de Victor Hugo ne troublaient pas plus Dupin dans sa tranquille infamie, que les lettres de Mgr Gui-
LES ATTAQUES PERSONNELLES. 187
bert ne troublaient Grévy dans ses jouissances de propriétaire.
> Ce ne sont pas des hommes, c’est un homme particulier le légiste. Il se cache longtemps, honteux et poltron, dans les plis du manteau royal pour échapper à la correction manuelle de quelque seigneur; puis, avec le temps, il finit par tout manger : le roi, le seigneur, le prêtre, le soldat. Il est lui-même l’Avocat-Roi de l’Élysée, qui personnifie si bien cette France s’éteignant dans l’imbécillité sénile au milieu des paperasses administratives et des procédures parlementaires, qu’on ne conçoit pas là un autre que lui....
On a raconté, avec pièces à l’appui, l’histoire de Grévy, laissant mourir de misère un de ses cousins. La femme qui avait été la compagne de son frère, serait morte d’inanition aux pieds de Dupin, qu’il ne lui aurait pas donné dix centimes. Il avait, d’ailleurs, une théorie sur la charité; il disait: qu’elle était une offense à Dieu, puisque, s’il existait des pauvres, c’est qu’il l’avait voulu.
Le vieux crocodile , notez-le bien, ne pouvait avoir le moindre doute sur la situation. Il y avait eu de longues années de cohabitation, une liaison avouée, connue de tous, presque acceptée du monde. Les deux fils de Dupin, Eugène et Charles Marchai, avaient été élevés ensemble, étaient deux camarades inséparables.
Repoussé par les siens, Charles Marchai devint l’homme que beaucoup ont connu : mélange in-
DEVANT L’OPINION
croyable de cynisme, de hâblerie, de sincérité, d’éloquence, de bonté, de dureté, de travail, de bohème, de distinction , de grossièreté ; assemblage inouï d’Antony, de Giboyer, de Lousteau, de Guichardet, de Malitourne, de Cabrion, de Robert Macaire ; — vrai Neveu de Rameau, avec cette différence que le Neveu de Rameau était le parodiste d’un artiste, lui le parodiste d’un avocat....
Ce qui était curieux et effrayant à la fois, c’est que, dans ce déclassé et ce déséquilibré, on se rendait admirablement compte de ce qu’avait été Philippe} Dupin. C’était bien la même grosse tête, d’une si spirituelle laideur ; c’était bien aussi l’improvisation verveuse, l’amusante dialectique, la faconde inépuisable que les panégyristes du père ont tant louées.: C’était cela, non plus dans l’enceinte d’un prétoire, mais dans la salle d’un cabaret, sur une place publique, en face d’ouvriers, de cochers, de commères qui s’extasiaient devant ce faiseur de discours sans se douter qu’on leur donnait pour régal l’esprit proverbial des Dupin.
C’était bien l’avocat, avec sa facilité de parole, son inconscience absolue, sa facilité à plaider le pour et le contre.
Des Dupin, Marchai avait encore l’amour du travail. Il a publié plus de cent volumes parmi lesquels,] par une véritable grâce de Dieu, par un héritage peut-être de la mère, qui était une organisation supérieure, ne figure aucun mauvais livre, aucun livre obscène ou corrupteur. Ce n’est pas malhonnête, mais, la plupart du temps, c’est souverainement
LES ATTAQUES PERSONNELLES
médiocre, et il est aisé de comprendre pourquoi : comme tous les hommes qui ont un tempérament
d’avocat, Marchai ne pensait jamais, il écrivait comme il parlait....
Six mois en mer , en collaboration avec Caraguel,
3 et les Toquades , que Gavarni illustra, sont ce qu’il y a de mieux dans cet énorme fatras.
C’est au monde de Gavarni plus qu’au monde de Diderot, d’ailleurs, qu’appartenait Marchai. Il s’était manifesté dans les lettres par une Physiologie du ) Chicard , et ce fut même une cruelle douleur pour la mère rêvant d’un fils qui se serait fait un nom ! lui-même, comme Girardin, que d’entendre une de ses bonnes amies dire un jour d’elle au milieu d’un salon : « Mesdames, je vous présente la mère de ' 1 Buteur de la P hysiologie du Chicard. »
! Ce malheureux Marchai, au milieu des tristesses dont fut abreuvée sa vie, garda toujours du Chicard. Chicard, malgré les apparences, n’est pas un type de corrompu ni même de viveur. C’est un être de mouvement inutile et de bruit stérile comme il convenait à un contemporain du romantisme; il obéit à une espèce de suggestion involontaire en venant, dès qu’il entend le crin-crin, exécuter un en avant deux, mais il est morne dans sa gaiete comme Pierrot. Pierrot a besoin de la lune pour être lui-même ; Chicard fie se conçoitguère que sous la lumière factice d’une flle de bal qui fait scintiller son plumet; mais 'aube, la clarté du jour véritable trouve toujours ienot et Chicard a la meme place, au violon. Longtemps après que les gens de sa génération
DEVANT L’OPINÏON.
eurent accroché à un clou leur costume de bal masqué pour prendre un vêtement plus décent, Marchai garda le goût des charges, des mystifications qui avaient popularisé le nom de Romieu ; il semblait qu’il eût un inextinguible besoin de se manquer de respect à lui-même pour ravaler en lui, devant la foule, le sang des Dupin, pour répondre par des quolibets et des farces à la dignité de convention de cette famille si sévère sur le décorum.
Ce fut ce côté Ghicard qui jeta Marchai dans YInflexible.
A coup sûr, quoique Y Inflexible, je le maintiens, fût loin du ton de la littérature présente, je n’offrirai jamais ce journal comme un modèle de convenance. Ce n’est pas à un Mardi-Gras, c’est à un Jeudi de la Mi-Carême que fait songer cette polémique, où
tous les journaux finirent par se battre sur le cadavre d’un zouave pontifical, qui n’avait jamais été tué. Après le Carême rigoureux quelle avait subi, au commencement de l’Empire, la presse de
tous les partis se rua dans les violences et les invectives. Dans cette descente de la Courtille, beaucoup de collaborateurs masqués s’en donnèrent à cœur joie de tomber sur le Figaro , dont le succès exaspérait toutes les feuilles rivales. Plusieurs,
devenus bénisseurs à outrance aujourd’hui, ne se firent pas faute, grâce au tumulte et à la faveur de l’incognito, d’apostropher peu parlemenlairement leurs ennemis et même leurs meilleurs amis...»
D’ordinaire , quand la patrouille arrive pour
LES ATTAQUES PERSONNELLES
mettre le holà en ces sortes d’affaires, elle arrête toujours le plus innocent qui est resté sur le lieu du débat pour fournir des explications.
Chacun se tira de la mêlée comme il put, et l’on fut généralement d’accord pour tout rejeter sur le dos du malencontreux Chicard, que l’on voua unanimement aux dieux infernaux. On l’accusa d’avoir été payé par le gouvernement pour diffamer Rochefort. M. Wolff prétendait encore dernièrement qu’on avait trouvé la preuve de ce fait dans les papiers publiés à la suite de la révolution du 4 Septembre. Or, à ma connaissance, aucun document de cette époque ne fait mention de M. Marchai. M. Wolff aurait dû
tout au moins, placer un texte à l’appui de cette alfirmatiofl.
Remarquez que, s’il avait été vrai, le fait en luimeme n’aurait eu rien que d’assez excusable. Tous les gouvernements ont une tendance qui se comprend à accorder des subventions à ceux qui les défendent plutôt qu’à ceux qui les attaquent (1). La République na pas fait exception, je crois, à cette règle; si elle a fait baisser les fonds publics, elle n’a pas, que je sache, diminué les fonds secrets....
La vérité est que rien ne prouve l’exactitude de cette allégation. Napoléon III était un «gentleman »
(1) Vaulabe le dans son Histoire de la Restauration, nous montre les austères Üebals, pépinière d’académiciens, sanctuaire des "ont auts sur cravate et parlant toujours de conscience, non seulement réclamant du ministère Martignac le rétablissement do la subvention
sous le mini ni 1° v nu précédemment et n’avait pas touchée l'arriéré Vtllele, mais encore exigeant qu’on leur payât
DEVANT L’OPINION
et ne voulut jamais se servir conlre ses ennemis, * même lorsqu’ils attaquaient sa mère et sa femme, des documents qu’il avait à sa disposition ; il se con- [ tentait, devant certaines offenses, de se tirer flegmatiquement la moustache. Ce n’est un mystère pour personne qu’ayant dans son secrétaire les preuves des faux commis par Jules Favre, en matière d’état civil, il interdit constamment à la presse impérialiste de lancer cette réplique à la tête du Thraséas de carton qui tonnait chaque jour, du haut de Fincorruptibilité de ses mœurs, contre la corruption de la Cour.
Millière n’eut point ce scrupule. Il est vrai, qu’ad- [ versaire résolu de la peine de mort, Jules Favre ne se gêna pas davantage pour faire fusiller, sur les marches du Panthéon, ce même Millière qui, n’avant pas encore envoyé sa démission de député, était couvert par l’inviolabilité parlementaire. Cependant Laluyé, qui avait eu le tort de se mêler delà vie privée de l’irascible démocrate, était jeté, par simple ; mesure administrative, dans une prison malsaine où i il contractait les germes d’une maladie mortelle, f Nonobstant ces soucis, Jules Favre travaillait au dis- t cours sur la Vertu, dont l’Académie, toujours bien inspirée, l’avait prié de se charger. Ce morceau, malheureusement, fut perdu. On n’a pu jamais savoir ce qu’il était devenu, et la Vertu ne fut pas louée cette année-là....
Pour en revenir k Y Inflexible, il est incontestable que, loin d’être soutenu par le gouvernement, il fut
LES ATTAQUES PERSONNELLES
en butte à toutes les tracasseries ; la vente sur la voie publique lui fut toujours refusée. Il s’imprimait furtivement sur du papier à chandelle dans des imprimeries sans clientèle et il dut en fin de compte se réfugier à Bruxelles.
La mort misérable de Marchai, à Beaujon, suffirait à prouver que l’Empire ne le subventionnait pas. Un matin, le malchanceux, étendu sur un lit d’hôpital, se tourna vers le crucifix du fond de la salle, fit un signe de croix et mourut....
^ Quand on se présenta dans l’opulente demeure d’Eugène Dupin pour lui annoncer la mort de son frère, celui-ci, qui n’était pas foncièrement une mauvaise nature, mais plutôt un bourgeois égoïste et ami du repos, pleura en apprenant comment avait fini son camarade d’enfance ! Il songea à quel point une simple formalité d’état civil "pouvait rendre la destinée différente. Il fit taire brusquement ses enfants qui s’ébattaient joyeusement dans la pièce voisine et se chargea d’assurer, Ju moins pour quatre années, quelques pieds de
ei re à ce fils de Dupin qu’attendait déjà l’amphi- ■héâtre....
Je n’ai jamais songé à glorifier Charles Marchai, yOmme 1 a prétendu M. Isambert, ni à proposer cette ixistence comme un exemple. Je dis qu’on ne peut e défendre d une involontaire compassion devant et être mal né, envers lequel les siens n’ont pas iccompli leur devoir. J’affirme que, sans chercher een loin dans le monde parisien, on trouverait force
gens qui font pis et qui n’ont jamais été si dure ment traités par l’opinion.
Que de choses dans ces deux mots qui servent d( titre à un roman de M. de Maupassânt : Une vie. Que d’erreurs, que de fautes, que de malheurs, qut d’efforts, que d’injustices aussi ! Quel partage de res ponsahilité parfois entre l’homme et la société! Quel contraste entre ces deux cercueils : l’un qui s’en vi obscurément vers un coin de cimetière et l’autrt qui, suivi de tous les grands corps de l’État, accompagné par une armée, emporte le cadavre du dui vieillard qui a repoussé de son seuil la compagne de son frère. « As-tu de l’écrit? N’en as-tu pas? j disent les Normands. Yoilà à quoi se réduisait la con science de celui qui représenta si longtemps près de la Cour suprême la majesté de la loi humaine....
La presse semblait être de mon avis, et le pauvre Charles Marchai eût reposé paisible au fond de la fosse commune où l’on avait fini par le mettre, si tous les ans, dans un paragraphe d’article qui revenait avec la régularité des variations sur la pêche à la ligne, M. Albert Wolfï ne se fût cru obligé d’insulter un peu ce mort.
En avait-il le droit? C’est ce que nous allons examiner.
Ces jeux de plume ardents, ces agitations de la presse et de la rue étaient alors, comme aujourd’hui, les signes précurseurs d’événements plus graves. Rochefort, le hardi pamphlétaire, l’enfant terrible et l'enfant gâté de Paris, avait vu les péripéties les plus
LES ATTAQUES PERSONNELLES. ' 1<J5
invraisemblables se succéder pour lui en moins de trois ans. Du boulevard dont il était la joie par son esprit, il avait sauté au Corps législatif, dont il était l’effroi par son nom seul; du Corps législatif il était passé dans une prison et d’une prison au gouvernement. Puis, un jour, tandis que Paris brûlait et qu’on s’égorgeait entre concitoyens, il avait traversé Versailles, les menottes aux mains, sous l’escorte des cavaliers de Gallilfet, et il se retrouvait en prison sous le poids d’une accusation capitale....
Il semblait, à qui connaissait l’intensité des haines que l’irréconciliable ennemi de l’Empire avait soulevées autour de lui, que i’existence de ce Parisien, dont la vie avait été si longtemps un éclat de rire, lût menacée de s’achever, dans la fumée d’une fusillade matinale, sur le plateau de Satory.
Les moins sensibles, parmi les ennemis mêmes de l’écrivain, ne pouvaient se défendre d’une émotion bien naturelle, en retrouvant ainsi en pleine tragédie, et comme éclairée par la lueur des incendies, la ligure de ce boulevardier spirituel.
Je n’avais nulle raison d’aimer la Commune et j’étais loin, certes, d’approuver tout ce que Rochefort avait imprimé pendant cette période orageuse; mais, quoique je publiasse à cette époque un article tous les jours au Bien public , je m’abstins soigneusement de rien écrire sur un vaincu qui n’avait qu’à gagner à ce qu’on l’oubliât un peu. Je rencontrais assez sou-vent M. Deslrem, qui fut secrétaire de Rochefort, chez Mario Protli qui, en ces temps lointains, nous offrait chaque jeudi de la bière qui
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n’était pas mauvaise à l’hôtel de Flânes, dans l’ancien appartement de Racine, dont l’ombre, par parenthèse, a dû être étonnée plus d’une fois de ce qu’elle entendait dans ces réunions. M. Destrem peut dire si j’ai jamais parlé de Rochefort autrement que de la façon dont il sied de parler d’un captif.
Un ancien collaborateur de Rochefort jugea que le moment était favorable pour faire de son ami un portrait qui attirât la sympathie sur le prisonnier et disposât les juges à l’indulgence. Il consacra tout un petit volume à nous montrer dans Rochefort le plus achevé débauché et le plus bas hypocrite que jamais la terre eût porté. Il nous le dépeignit : « Rongé par l’envie dès sa jeunesse, ressemblant à un pion déclassé auquel le théâtre n’aurait pas réussi. » Il nous le représenta, à ses débuts dans la vie, bombardant le duc d’Orléans d’hémistiches monarchiques et recevant de lui un crayon d’or, un peu plus tard accablant de louanges la maîtresse du préfet de la Seine pour en obtenir de l’avancement....
Selon lui, cet homme qui attaquait sans cesse les scandales du régime impérial, vivait au milieu d’une perpétuelle orgie :
Rien n’était à la fois plus curieux et plus triste que d’étudier l’homme sous ses deux aspects : le farouche démocrate faisant de l’austérité dans les cafés et l’élégant gentilhomme épris de luxe et parlant d’ouvrir ses salons un jour ou l’autre; le critique acerbe de l’Empire succombant du matin au soir aux goûts de dépense contre lesquels il tonnait ; flagellant tout haut les drôlesses et vivant dans le périmètre des demoi selles les plus légères, déplorant la corruption des moeurs contemporaines et menant lui-même l’existence la plus dé-
LES ATTAQUES PERSONNELLES
braillée, flétrissant les tripotages à la lui-même 1500 francs de rente (1).
Bourse et tripotant
Brave pour lui-même, Rochefort, quand il s’agissait des autres, montrait « de regrettables défaillances ». D’après son biographe, il se serait enfui brusquement le jour où Scholl avait reçu en pleine poitrine un coup d’épée de M. Paul de Cassagnac, et ne se serait souvenu du blessé que lorsqu’on lui en avait demandé des nouvelles.
Au milieu de ses désordres, Rochefort, qui gaspillait son argent dans un jeu effréné, oubliait, toujours d’après son obligeant portraitiste, « ses plus élémentaires devoirs ». « Quoique gagnant jusqu’à vingtimq mille francs par semaine avec la Lanterne, il
’efusait à son vieux père le pain quotidien auquel 1 avait droit. »
Un des membres de la Commission des auteurs Iramatiques, indigné de celte conduite, s’écria :
; Avant de donner aux autres des leçons de moraité, ce monsieur ferait bien d’empêcher son vieux
ère d’implorer à chaque instant la charité de ses onfrères. »
L’homme vertueux qui nous raconte ces choses
ous apprend à quel moment il lava la tête à ce fils ublieux :
C’est à Tours où, lors du procès du prince Pierre Bonairte, je devais revoir mon ancien collaborateur entre deux
(1) Le Rural, n° 4, 22 juillet 1871.
DEVANT L’OPINION
gendarmes, que j’entamai le chapitre paternel pour le rame ner au sentiment de son plus strict devoir.
Comme bouquet, la bonne pièce, tout en souhai tant « que les débats dégagent l’accusé d’une tell honte » visait un délit qui, je n’ai pas besoin de 1 dire, n’a jamais été relevé contre M. Henri Roche fort et le montrait préoccupé surtout dans sa prise) de V accusation de complicité dans le vol des objet d'art ayant appartenu à M. T hiers.
La brochure était datée du 22 juillet 1871, a moment où les indignations, excitées par la Cou mune, étaient au paroxysme ; où ceux qui avaient e peur et qui s’étaient cachés se montraient plu avides de répression que ceux qui avaient attaqué l Commune en face. Vous devinez quel bien cett publication devait faire à la cause de M. Hem Rochefort.
Mauvais citoyen, faux ami, fils dénaturé, joueu éperdu, habitué de mauvais lieux et soupçonné d ne pas avoir les mains nettes, l’homme était cor^ plet. En envoyant ce portrait aux siens, M. Ileni Rochefort pouvait écrire du fond de sa prison c qu’écrivait Roucher à la Conciergerie :
Ne vous étonnez pas, objets sacrés et doux,
Si quelque air de tristesse assombrit mon visage : Quand un crayon d’ami dessinait cette image, J’attendais l’échafaud et je pensais à vous.
Celui qui prenait ainsi la parole dans nos dis1 cordes civiles était un Prussien qui, revenu parn nous au moment où les chaumières de Bazeilld
LES ATTAQUES PERSONNELLES
étaient encore sous la cendre, aurait dû avoir au moins la pudeur de ne pas se mêler de nos affaires. Il avait été, non pas seulement le collaborateur de M. lien ; i Rochefort dans le même journal, mais son collaborateur pour des pièces de théâtre comme 1 Homme du Sud, les Petits Mystères de l'Hôtel des ventes, les Mémoires de Réséda. Il avait eu avec lui celte intimité particulière, cette familiarité de tous les instants qui résultent d’un travail en commun pour trouver une situation ou un dénouement.
Quoi qu en ail pu dire M. Isambert, avant de connaître les faits, j’estime que si l’épithète de bandit convient à quelqu’un, ce n’est pas à Marchai, c’est à l’homme qui se conduit ainsi. Je ne demande pas à M. Isambert d’écrire cela, car Reinach le lui défendrait, mais je crois mon confrère trop honnête pour ne pas au moins le penser....
Quelque excessif qu’ait été son langage, les attaques de M. Charles Marchai contre M. Henri Rochefort ont toujours été des calembredaines, des accusations sans queue ni tète; elles ont eu surtout le caiactère d une charge, d’une grosse caricature au charbon du genre de polémique de l’auteur de la Lanterne. Rochefort prétendait que Napoléon III était le fils de l’amiral Verhuel, qu’il avait été agent de police k Londres, qu’il avait vécu aux dépens de miss Howard. L’ Inflexible s’amusait à lui rendre la pareille. Mais qui a pu croire sérieusement que M. Henri Rochefort ait été entretenu par Cora Pearl? C’est absolument comme si on m’accusait de recevoir tnon argent de poche d’une vieille banquière israé-
200 DEVANT L’OPINION
lite ou de me promener au Bois dans une voiture à quatre chevaux payée par les Rothschild....
Quant à de prétendues attaques contre la fille de M. Henri Rochefort, ceci encore est de la pure légende. C’est une affirmation fausse de M. Wolff que le boulevard a répétée complaisamment, et je mets au défi la presse juive de me citer dans toute la collection de Y Inflexible un mot autre que celui-ci : « Quand elle sera grande, ta fille lira tes écrits, ce sera ton châtiment. »
Le seul texte un peu développé qui puisse se rapporter à cette allégation figure dans une brochure. M. Henri Rochefort avait écrit dans une Lanterne qu’au prix où en était le beurre, une jeune fille pauvre n’avait d’autre choix que de se prostituer ou d’allumer un réchaud de charbon. M. Marchai répondait : « Si vous aviez une fille, seriez -vous content qu’elle lise ce que vous faites lire à des filles du peuple, qu’on lui dise qu’il n’y a dans la vie que cette désolante alternative (1)? »
(1) Voici, du reste, le texte du passage de la Lanterne et de l’attaque de M. Marchai.
M. Henri Rochefort avait écrit : « Au prix où en est le beurre et où en sont les loyers, une femme seule ne peut pas vivre de son travail : voilà qui est prouvé. Il n’y a pour la plus honnête des ouvrières que deux voies à suivre, allumer un réchaud de charbon ou prendre un amant pour l’aider à payer le boulanger. »
M. Marchai répondait : « Si tu as une fille, tu la feras sans doute élever clandestinement au Sacré-Cœur, parce que tu as trop de mauvaise foi pour avouer que la religion seule peut faire de chastes filles, de bonnes mères. Malgré tous les soins que tu prendras de la préserver de la contagion, peut-être un jour la Lanterne infernale tombera sous ses yeux et ton enfant lira ton apologie du suicide et de la prostitution. »
LES ATTAQUES PERSONNELLES. 201
Dire à un écrivain : « Ta fille te lira plus tard et 2e sera la punition du mauvais usage que tu fais de :on talent », est un procédé de discussion d’un goût iouteux, car il vaut mieux s’abstenir de faire figurer es enfants dans ces débats. Ce manque de conveîance et de tact ne ressemble en rien néanmoins à
:e que M. Wolff appelle : « Outrager une enfant de louze ans. »
Les odieuses calomnies de Wolff, au contraire, :mpruntaient une gravité particulière aux relations uivies que l’écrivain juif avait eues avec M. Henri lochefort. Marchai, en effet, ne connaissait pas Rohefort, tandis que Wolff avait été, pendant de lonues années, son compagnon et son ami.
Ces attaques, d’ailleurs, se produisaient dans des onditions toutes différentes. Quand Marehal attauait Rochefort, il attaquait un homme en plein berté et en pleine force, appuyé par tout Paris, ans tout l'enivrement du triomphe, dans tout l’éclat
Admettre qu’un père fera tout pour élever sa fille d’une façon l’éprochable n’est vraiment pas attaquer un homme dans ses sennents les plus sacrés. M. Henri Rochefort en a écrit de plus rtes sur le Prince impérial et sur les familles bonapartes.
Dans toute cette affaire, M. Henri Rochefort, avec son tempérasnt nerveux et impressionnable, semble avoir été la dupe de 3lff, qui était jaloux de ses succès et qui lui montait la tête pour pousser à >a violence et se débarrasser de lui. Peut-être aussi a- 1 été entraîné par des amis qui étaient sincères, mais qui étaient ssionnés? Tout écrivain doit faire son profit du conseil si sage de ssuet : « Il est d’une grande importance de bien faire le choix s personnes avec lesquelles on vit familièrement. Rien n’agite îs nos passions que les actes et les paroles des hommes pasnnés; au contraire, une âme tranquille semble nous tirer de agitation pour nous communiquer son repos. »
DEVANT L’OPINION
d’une popularité sans égale. Il n’appartenait qu’à un Juif d’attendre, pour frapper un ancien ami, le moment où celui qu’il insultait pouvait se réveiller le lendemain devant le peloton d’exécution....
Ceci, je le dis sans colère et sans haine, pour poursuivre les études psychologiques et sociales,, auxquelles tant de lecteurs ont bien voulu s’intéresser, pour vous faire toucher du doigt l’état d’avilissement dans lequel est tombée notre France.
Le fait d’un Allemand arrivant, à peine la guerre finie, retrouvant sa place toute chaude, diffamant les vaincus, critiquant nos artistes du haut de sa grandeur, jugeant nos industriels comme membre du jury des Arts décoratifs, ne touche même plus cette presse du boulevard qui fait un si ridicule étalage de son patriotisme. M. Paul Fresnay, du Voltaire :, qui a reproduit avec tant de complaisance les allégations de Wolff, à propos de Y Inflexible , est tout prêt encore à baiser, au nom du journalisme républicain, la main de ce Prussien qui gagne cinquante mille francs par an ici, et à jeter un peu de boue sur un bohème français mort à l’hôpital. Delpit, le chevaleresque Delpit, va interrompre un article sur la revanche pour chanter les louanges de Wolff.
Rochefort lui-même, auquel on ne peut refuser deux qualités bien françaises : le courage et l’esprit, ne prononcera jamais une parole de miséricorde sur Marchai ; mais il vante, dans Y Intransigeant, les volumes de Wolff et fait bonne mine à celui qui l’a accusé, étant prisonnier, de laisser mourir de faim son vieux père....
LES ATTAQUES PERSONNELLES. 203
« Ils ne se sentent plus », disent les médecins i propos de certains malades.
Les hommes de ce temps en sont à ce de«ré • ils le se sentent plus.
Ma mission de sociologue est de vous les montrer els qu’ils sont.
C’est ce que je fais.
YI
Ne me sors pas du fourreau sans motif et ne m'v tais pas rentrer sans honneur.
(Devise d’une vieille épée castillane.)
qu“rV“irLe?'flenCe', 7 ? j0li ar*Umenk de H«n, Fouquier. Les bebes et les hommes. — M. Arthur Meyer ou
« 1 homme du monde ». - Une visite de magistrats !?
funambulesque . - Un sauveteur qui ne saU pa7 nte 8- Z
oi m corps a coi ps. — M. Wasktewicz. — Une lernn Ho iu u |ene Veuiilot à la presse républicaine. - Une séance du syndicat Je la presse. — L escrime française adopte Judas pourpafron —
L escrime italienne calomniée est réhabilitée. Les salles i ai mes d autrefois et celles d’aujourd’hui. — Les boursiers ter
ic réféTé. C‘ triPOtS' “ M' SaUCède- - Une introduction
J’ai commencé ce chapitre le samedi 26 juin vers iq heures du soir. M' Lente, qui n’a jamais, que je :he, manié une épée de sa vie, parlait escrime >ert Duruy, écœuré de tout ce qu’il avait entendu, ut été respirer un peu d’air pur loin de cette salle’ is laquelle le mensonge avait fini par créer une îosphère insupportable. Alphonse Daudet l’avait vt. Je voulus me lever pour rectifier une assertion îiinimeimpoi tance, mais matériellement inexacts,
échappée à Me Lenté. Le président s’était indigné comme si j’avais touché à l’Arche sainte, et, en reprenant ma place, je m’aperçus avec douleur qu’un jeune stagiaire avait profité de cette circonstance pour s’asseoir sur mon chapeau....
Je songeais mélancoliquement, et sans nulle pensée personnelle, à ce que devenait la Vérité dans ces antres. Quatre hommes d’honneur avaient vu, en pleine lumière, par un jour de printemps, un de ces jours éclatants que les Anglais appellent a g lorious day. Ils avaient dit ce qu’ils avaient vu cinq minutes après l’avoir vu; ils l’avaient dit les uns sans haine, les autres sans défaillance, sinon sans tristesse.
De tout ceci il ne restait plus rien. Sous le souffle corrupteur de ces sales robins, la Vérité s était décolorée ; pareille à ces liquides qui, dans une opération de chimie, changent de couleur sous l’action de quelque réactif, elle s’était décomposée sous nos yeux. On avait apporté un louis d’or à ces gens-là et ces faux , monnayeurs légaux en avaient fait une pièce fausse devant vous, sans qu’on pût s’expliquer au juste
comment. I
Je me consolais de ce spectacle en me disant: I
« Ma foi ! j’écrirai cela ! »
Tel n’est pas l’avis de M. Henry Fouquier.
M. Henry Fouquier est un délicat et un raffiné de plume. Avec un rayon de soleil provençal en plus, ! c’est un de ces sceptiques aimables et lettrés de l’école | de M. Magnard, qui ont toujours dans le cerveau « un petit coin pour les idées d’autrui ». En compagnie d’une dizaine d’autres — et je fais la bonne
L’ESCRIME SEMITIQUE. *07
mesure — il aurai! pu constituer le personnel dirigeant d’une république Athénienne, si la République et Athènes n’étaient pas brouillées pour jamais. Le spirituel chroniqueur, qui cache sous les cheveux blancs de Nestoi, une philosophie qui n’a rien de sénile, a fait preuve en tout ce qu’il a écrit sur la F rance juive , sinon de sympathie pour le livre, du moins de bienveillance pour l’écrivain.
Ceci est d autant plus méritoire de la part de notre confrère, que, s’il excelle à parler de h femme, à peindre certains aspects de la vie moderne, il n’a sur la répartition des richesses que des idées un peu courtes ; il s’écrierait volontiers avec un prédicateur du dix-septième siècle : « Admirez la bonté de la Providence qui a fait passer les grands fleuves près des grandes villes ! » Au moment de la mort de la baronne James de Rothschild, il a consacré trois colonnes du Figaro à dire aux ouvriers de Paris :
« Insensés! vous doutez-vous de ce que serait votre sort si les Rothschild n’existaient pas? »
Six cents millions ! Voilà ce que laissait authentiquement et officiellement comme fortune privée, en dehors des milliards de la maison, cette estimable douairière (1). Elle n’en mourut pas moins l’été aer-
1. Ces 600 millions constituent ce qu’on était absolument forcé de déclarer pour les droits de succession; on peut évaluer au même i *! re Ja somme des valeurs étrangères qu’on est parvenu à dissimuler. Additionnez avec cela la fortune personnelle de tous les lothschild de Paris seulement: Alphonse, Gustave, Édouard, Adolphe e la baronne Nathaniel, de la baronne Salomon, qui est, assure- -on, la plus riche de la famille. Recueillez-vous cinq minutes, dé°\a- ;ez-vous de toutes les rengaines de vos journaux soi-disant conser-
DEVANT L’OPINION
nier; car, ainsi que le fait observer Bossuet, dans ses Méditations sur V Évangile : «Vous avez beau dire: j’ai de quoi vivre, vous n’en vivez pas davantage. » Tous les journaux du boulevard, bons juges en ces questions, s’accordèrent à déclarer que la défunte était une sainte; d’autres la comparèrent à un ange....
Je ne vais pas à l’encontre de ces opinions. Néanmoins je suis fermement convaincu queM. Henry Fouquier ne me soutiendrait pas sérieusement, parlant à ma personne, que cette somme énorme représentait simplement la part très légitimement perçue sur des affaires heureuses mais honnêtes? Croit-il vraiment qu’il faille être un énergumène pour déclarer que c’est de Tardent volé? Je ne sais si vous êtes comme moi, mais ces masses d’or accaparées par quelquesuns éveillent invariablement dans mon esprit l’idée de quelque chose de répulsif, de difforme, d’obscène
vateurs, vous aurez bien vite la conviction que ce monstrueux prélèvement sur le travail d’un pays, pour lequel les prétendus amis de l’ordre n’ont que des admirations, est un désordre social mille fois plus graye qu’une émeute à main armée.
Supposez un chef d’État honnête et ferme faisant venir les Rothschild et leur remettant 30 millions sur toute la succession, cet acte de justice aurait causé moins de dérangement dans Paris que la chute d’un cheval de l’omnibus Madeleine-Bastille. Les Rothschild euxmêmes auraient été ravis.
Quand Napoléon, le crayon à la main, examinait, après son déjeuner, les comptes d’un fournisseur qui avait gagné 25 millions dans une campagne et lui accordait 5 millions en tout, le fournisseur s’eo allait transporté de joie; il remplissait l’antichambre de ses louanges sur la générosité de l’Empereur et Roi, et trouvait encore le moyen de glisser un gros rouleau de louis dans la main du valet qui l’avait introduit dans le cabinet du maître.
dirai-je presque; cela me fait penser à une excrois sance, a un polype gigantesque.
Quoi qu’il en soit, M. Henry Fouquier, qui s’était montre, comme la plupart des lettrés, plutôt favorable qu’hostile à mon livre, protesta énergiquement quand j eus manifesté dans une lettre adressée à la France l’intention de dire mon mot sur ce procès terminé par un si singulier verdict. Il trouva même pour m engager au silence, un argument où se révèle tout l’optimisme souriant d’un Épicurien du boulevard : « Que demandez-vous de plus ? Vous avez été traîtreusement frappé sans doute, mais enfin vous n’avez pas été condamné. »
Pour joli qu’il soit, j’avoue que l’argument me touche peu. Je connais ces invitations à tout accepter, atout subir pour ne point s’écarter des usages d’une ; bonne compagnie imaginaire ; elles sont, à mon sens une des causes de l’état de servage profondément • honteux auquel les Chrétiens sont réduits.
; , Le peuple seul a encore la force de crier et c’est une joie pour moi, un motif de patriotique esperance que d’entendre ce hurlement instantané et général que poussent les prolétaires, non point seulement quand on attente à leurs droits, mais quand on les traverse dans leurs fantaisies. ’« A la bonne heure, me dis-je, voilà des gaillards qui ne sont pas encore tout à fait morts et qui éprouvent quelque chose quand on les touche ! »
Les autres ne ressentent rien d’analogue. On pénètre par effraction dans des domiciles privés, on
DEVANT L’OPINION
jette des religieux dans la rue, on ruine quai ante mille familles par un acte de piraterie comme celui qui s’est accompli au moment de l’Union générale. Les intéressés chignent un peu : « Oh! mes pauvres prêtres! oh! mon pauvre argent! » On les laisse faire, puis le bon Juif ouvre la porte : « Ce n est pas gentil de bouder comme cela! Allons, que ce soii fini ! Qui est-ce qui va venir avec nous voir les attelages de Camondo? Qui est-ce qui va louer une loge pour i faire une ovation à Sara h? C’est Bébé. Allons, Bébé, i habillons-nous vile. La couturière juive est là qui apporte un gentil costume pour Bébé. » 1
Je ne suis pas Bébé, je suis un homme, je suis peuples des pieds à la tète, c’est-à-dire que je n’ai peur ni de l’opinion de convention des journaux, ni de la prison, ni de la mort. J’estime fort bon l’ancien adage français qui disait : « Nul n’a droit en sa | peau qui ne la défend. » Voilà pourquoi je compte bien retrousser la robe de M. Barlhelon et le fusti- . ger publiquement pour avoir mis dans un arrêt de quelques lignes toutes les menteries qu’il a mises: dans le sien....
Je n’ai pas dérangé ce bizarre magistrat, mais je n’entends, en aucune façon, lui servir de compère pour rendre du lustre à un honneur de Juif un peu terni. Si toutes les victimes de la magistrature maçonnique et juive agissaient comme moi, les ma-,
aistrals actuels, sans cesser de penser que les procès pour eux sont surtout des affaires, se décideraient peut-être à rendre un peu plus d’arrêts et moins de services.
(( Désormais, m’écrivait-on au lendemain de l’arrêt, il est admis qu’un Juif peut assassiner un Chrétien pour 200 francs. » Ce mot répondait à un propos qui fut tenu chez un des princes d’Israël: « Ma foi î Meyer a eu tort de ne pas tuer son adversaire pendant qu’il y était, cela ne lui aurait pas coûté davantage (1). »
Si j’acceptais cette mise hors la loi du Chrétien en ma personne, si j’écoutais la voix du respect humain qui parle par la bouche de Fouquier, je commettrais la pire des lâchetés: une lâcheté intellectuelle. •
Ce que j’en fais, d’ailleurs, c’est sans nulle animosité contre M. Meyer et je suis certain que M. Fouquier en est très convaincu.
M. Meyer est moins intéressant par lui-même que parles choses auxquelles il fait penser.
Sans manquer de respect à une très honnête femme, qui aurait pu être plus heureuse dans le choix de ses amitiés, il est permis de rire un peu en songeant à la tête que feraient tous les d’Uzès du
(1) C’est'le pendant du mot qui fut dit dans un salon juif à propos de cette malheureuse Mme Noirmont que Sarah Bernhardt cravachait à tour de bras à Rio de Janeiro pendant que deux misérablesla maintenaient chacun par un bras: « Sarah Bernhardt a eu rudement raison et c’est un grand honneur qu’elle a fait à cette chienne! Cette chère Sarah! elle peut être sûre d’avoir ici une rentrée triomphale ! »
L’épithète de chienne n’a rien qui doive étonner dans la bouche d’une grande mondaine juive. C’est l’expression usitée pour désigner les Chrétiens. C’est le mot exact dont s’est servi Sarah Bernhardt, à propos de Mme Noirmont, d’après le récit même de tous les journaux : « Je n’ai pas besoin de cette chienne ici. » Selon le Talmud, tout Chrétien est « de la semence de bétail ».
DEVANT L’OPINION
passé, s’ils descendaient de leurs cadres de cuivre et qu’ils aperçussent ce petit youtre installé dans leur demeure ducale.
Ceci affirme une fois de plus ce qu’il y a d’habileté, de persévérance dans les desseins, de ténacité pratique dans la cervelle du Juif. Être laid, chauve, sans esprit, sans talent, avoir l’air d’un chemisier et se dire : « J’aurai ma place dans une société d’élite qui a été réputée longtemps pour la plus difficile de l’Europe », — est une gageure que ne hasarderait pas un Chrétien.
Gagner cette gageure suppose évidemment des ressources qui nous échappent, un art diplomatique particulier à la race sémitique et qui attire l’observateur comme malgré lui.
Pour des psychologues, comme nous le sommes tous plus ou moins, il y a quelque chose qui attache dans le spectacle de cet homme qui touche au but et qui échoue au dernier moment. Il s’est fait une espèce de figure; il n’a plus qu’à tenir cinq minutes pour revenir en galant paladin dans ces salons où la Juiverie lui prépare une aubade.... Tout à coup il défaille devant 1 épee, non d un spadassin, mais d’un homme de lettres paisible de sa nature, n’ayant appris à faire des tieicesetdes quartes que pour défendre ses écrits, myope par surcroît, comme était Paul Foucher lui-même qui, trompé par les bocaux multicolores, se précipita un jour dans une pharmacie, en croyant monter dans un omnibus.
N’est-ce pas l’image de la destinée du Juif? Il n’est point lâche, car, je l’ai dit, je regarde la volonté,
l’esprit de résistance, la résolution du cerveau comme une des formes du courage, mais il n’est pas guerrier. Après avoir tout conquis par la ruse, il se heurte toujours à l’épée que l’Aryen le plus inexpérimenté manie comme son arme naturelle, et’ à laquelle il a toujours recours quand il est réduit au désespoir.
Tout cela est du domaine de la philosophie, de d’appréciation individuelle. Aurais-je eu dans les magistrats actuels une confiance que je n’ai pas, que je me serais gardé de leur demander de se prononcer sur un cas en dehors de leur compétence. Quand ils se transportèrent en fiacre chez moi, avec tou t ce qu’il faut pour écrire, et qu’ils y barbouillèrent du papier, je me hâtai de leur déclarer que le duel étant qualifié d’affaire d’honneur, le seul châtiment que me parût mériter celui qui manquait à l’honneur était une volée de coups de pied au derrière.
Je n’ai pas changé d’opinion...,
— A quoi sert de vous échiner ainsi le tempérament? répétais-je à mes visiteurs, en les voyant grossoyer avec fureur, cela n’aboutira pas....
Il y avait là un vieux malin avec une de ces figures m lame de couteau, dont le flot des affaires semble ivoir poli et durci les traits, comme le flot de la mer )olit et durcit les cailloux. De son nom il s’appelait üenoist; il était très poli et même, je le crois, honîête, mais je serais étonné s’il ne trouvait pas, lui iussi, qu’à notre époque « il y a bien du travail à ivre » . En m’entendant parler et en se rappelant sans loute que, dans sa longue carrière de magistrat, il t’avait jamais vu une instruction judiciaire tourner
DEVANT L’OPINION
mal pour un Juif, il opinait du bonnet en dessous et, tout en instrumentant ferme, il disait probablement à part lui : « Voilà un particulier qui connaît son temps! »
Son compagnon semblait avoir encore des illusions sur la justice. Il se nommait Dilte et était tout jeune, avec une physionomie ouverte. Je serais étonné s’il n’était pas encore relativement candide, bien qu’il soit, m’a-t-on dit, protestant.
Honnêtes ou non, je ne demandais rien à ces magistrats que de me laisser tranquille.
S’il faut dire toute ma pensée, avec cet amour de l’analyse qui ne m’abandonne jamais, je suivais non sans intérêt les efforts de Meyer pour se tirer d’affaire.
« Pauvre Meyer! Il s’est tué en duel...! » avait dit une femme de beaucoup d’esprit.
C’était spirituel sans doute, mais inexact. Le Sémite est indestructible. Il rebondit comme un chat; il a la souplesse, l’élasticité, la diplomatie du félin; il s’abaisse, mais pour se relever tout de suite.
Ne vous est-il jamais arrivé, en rêvant au bord de la mer, de déranger quelque scurrile du bout de votre canne? Vous le voyez soudain reprendre sa course interrompue et, avec cette sorte d’inconsciente taquinerie qui est dans l’homme, vous lui barrez encore' le passage. 11 fait un crochet et retourne dans le chemin qu’il avait choisi. Vous jetez un peu de sable sur lui ; il disparaît et, cinq minutes après, il a écarté le sable et le voilà reparti. Vous en avez assez ; vous vous laissez bercer par le clapotement des flots ou
vous perdez dans la contemplation de l’infini. Le scurille vous a vaincu, il vous a lassé.
Ce scurrille, c’est le Juif: dès qu’il a secoué son sable, il se remet en voyage et suit Ja ligne qu’il suivait auparavant.
Quoi de plus typique sous ce rapport que l’entrée en matière de Meyer devant le juge d’instruction ?
La veille, le directeur du Gaulois était allé, la corde au cou, demander l 'aman à M. Magnard, le supplier
de ne rien laisser passer d’hostile contre lui dans le Figaro.
Le ^lendemain, il explique au juge d’instruction que c’est M. xWagnard qui a causé tout le mal. Qu’at-il voulu faire, lui? accomplir une mission d’apaisement, rassurer , comme il le dit lui-même, les consciences catholiques inquiétées par les insinuations le M . Magnard.
C’est une note du Figaro qui m’a appris l’existence du ivre de M. Drumont. Dans cette note M. Magnard insinuait jue derrière M. Drumont se cachait l’Archevêché. Voulant létiuiie au plus vite un courant aussi dangereux, je me rendis i l’Archevêché. En ma double qualité d’Israélite et de direceur d un journal qui défend les idées catholiques et royalistes, e me suis toujours efforcé d’apaiser certaines questions irr antes, de démontrer aux Israélites qu’ils n’avaient pas à 'effrayer de l’éventualité du triomphe des monarchistes, aux Catholiques, que les Israélites s’abstenaient de toute politique eligieuse militante (1) et qu ils étaient avant tout de simples t bons Français.
(1) Se rappeler les articles publiés par la presse juive au moment es décrets, relire dans la France juive k réponse de la Lanterne
DEVANT L’OPINION
Mer Guibert m’autorisa à déclarer que tout Je monde à l'Archevêché ignorait le livre et que personne n’y pouvait être soupçonné d’entretenir des guerres religieuses.
Je rentrai au Gaulois et je fis une note pour rassurer les consciences que M. Magnard avait pu inquiéter.
Ne trouvez-vous pas cela immense : ce malheureux Iouddi boulevardier qui ne connaît pas le premier mot du Catéchisme, que nos affaires ne regardent en aucune façon et qui, au lieu de s’excuser d’avoir fait si piteuse figure sur le terrain, prétend rassurer les consciences catholiques ? Cela dit à propos d’un livre comme le mien, que toutes les feuilles religieuses ont loué à l’envi, que le Père de Pascal, le missionnaire apostolique à la voix chaleureuse et vibrante, a tenu à présenter, le jour même de l’apparition de l’ouvrage , aux lecteurs de la Croix ! A propos d’un livre qui m’a valu des milliers de lettres d’ecclésiastiques, prompts à excuser quelques fautes involontaires dans l’interprétation des Écritures en faveur de la foi profonde, de l’indignation généreuse qui avaient dicté ces pages !
N’est-ce pas tout un monde que cette phrase, et se peut-il concevoir plus invraisemblable impudence?
Hélas ! les hommes d’aujourd’hui croupissent dans
n° du 4 décembre 1883) à un correspondant qui blâmait le massacre des otages :
Vous concluez, qu'on a eu tort de fusiller les pauvres calotins de 1871. Nous sommes d'un avis contraire ; nous estimons même qu'on t a usé de trop de ménagements vis-à-vis d'eux. Ils ne l'avaient pas volé.
Si M. Meyer ne trouve pas que ce soit là de la politique religieuse militante, qu’est-ce qu’il entend par militer? !
l’escrime sémitique.
un beotisme trop épais pour comprendra |a ’1? de ces choses! n e *a saveur
Fidèle à mon principe, je ne dis rîpn t qui me sont venus voir alors en peuvent t ' CeUX qui ne fût une paraphrase du dédaigneux eTS? ’’ cordieux : « Pauvre... diable ! >, deDaude/ -un é T de cet apitoiement qui prend tous 1 pc h ’ ( 10
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les plus insolents et les plus durs au temps de l! passagère fortune. P de Jeur
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cile. s a’ d a'Heurs, rendu
Je me disais: « L’arrêt admettra dans une certaine esure le mouvement instinctif T’;nfl,
:*«, Meyer a.,. h„K ”1 de '""Z
m‘T “> d“"PS ™r le soleil se coucher dans f radieux horizons d’été. » aD"
MWêÎI ÜUfalTent de mon haut lorsque je
bthelon 1 a a lois funambulesque et infâme de 4U1 avait ete incorrect f
Ï Z CT bkn ^ dire SOn fait â Barthelon
Ue brochure ou dans un volume, puisque tous lournaux m’élaient fermés, et, après avoir respiré
218 DEVANT L’OPINION
la brise marine à mon aise, je me tiens parole aujourd’hui....
Il est impossible, en effet, de voir accumulation pareille de mensonges et de bêtises.
Je vous mets d’abord cet arrêt baroque sous les
yeux :
Le Tribunal,
Attendu que dans un duel à l’épée qui a eu lieu le 24 avril, à la Celle-Saint-Cloud, Meyer a blessé Drumont à la cuisse gauche, et qu’il en est résulté une maladie de plus de vingt jours; que ce fait est réprimé par la loi pénale;
Attendu que, pour apprécier la culpabilité du prévenu, il importe de prendre en considération les circonstances dans
lesquelles le délit s’est produit;
Attendu que Meyer a été provoqué par de graves outrages; Attendu qu’il s’est, à la vérité, soumis à la décision des témoins autorisant l’engagement corps à corps, et que rien ne saurait excuser ce genre de combat;
Qu’en effet le corps à corps « où les membres s’entrecroisent, les souffles se confondent, les poitrines se heurtent, où les mouvements sont désordonnés », ainsi que dans 1 espèce il a été décrit par tous, n’est autre chose que le duel au couteau, avec la seule différence de la longueur des lames;
Qu’il y a lieu cependant de reconnaître que, sur ce point, le prévenu n’a qu’une faible part de responsabilité;
Attendu que Meyer a été accusé d’avoir, dans une première lutte corps à corps, porté la main gauche sur l’épée de son adversaire, puis, malgré un avertissement, de s’être, dans un second corps à corps, servi à nouveau delà main pour détourner l’arme de Drumont, et, à ce moment même, de l’avoir frappé sans défense;
Mais attendu qu’il est impossible de déterminer si la blessure et la main mise sur l’épée de Drumont ont été simultanées, les deux adversaires fourrageant déjà depuis quelque
L’ESCRIME SÉMITIQUE. m
instants entre leurs jambes, suivant l’expression caractéristique d un témoin, et Drumont n’ayant constaté qu'il était blesse qu un certain temps après la fin de la lutte;
Que dans tous les cas, et sans que le tribunal’ait à rechercher dans quelles limites le corps à corps prolongé laisse les combattants maîtres de leurs actes, les témoins des deux parties, expressément interpellés, ont estimé tous qu'il n’y a nas eu intention déloyale de la part de Meyer; 1
. ,esarL 309 et*63 du Code pénal, en faisant application au prévenu, le condamne à 200 francs d’amende et aux dépens.
Vous prétendez que le fait de blesser quelqu’un en duel est réprimé par la loi pénale ?
Nous voilà retournés au code fantaisiste de Diaoulé Karamoko.
Vous, juges, vous punissez quelqu’un pour avoir causé une incapacité de travail de plus de vingt jours, et vous n’avez condamné ni même jugé M. Kœchlin Schwartz qui a tué M. Lichtenberger en duel ? Vous n’avez condamné ni même jugé M. Charles Viguier qui a tué M. Robert Caze en duel? Vous n’avez condamné ni même jugé les centaines de duellistes qui, depuis dix ans, ont blessé plus ou moins grièvement leurs adversaires?
G est ainsi que vous comprenez l’égalité devant la loi ? Farceurs !
S il était condamné pour cela, Meyer serait très intéressant. Ce serait une victime de l’injustice des hommes. C’est l’argumentation de Delpit (1) du reste,
(I) Quel type encore que ce Delpit ! Il m’écrivait un jour pour me r ppeler que j’avais publié, il y a de longues années, le prcmTer arl.ce qu on att imprimé sur lui. Cela n’a pas d’importance et, à
DEVANT L’OPINION
dont Me Lenté, à l’audience, lut l’article à Barthelon qui parut le priser fort.
Vous citez les phrases d’un journal pour faire croire que ce duel était un duel de sauvages. Vous n’avez donc pas lu l’interrogatoire de M. Meyer devant le juge d’instruction? Vous y auriez vu cette phrase :
M. Drumont me dit à la fin de la première reprise : « Ma . foi, c’est bien dommage que l’on nous ait séparés, cela commençait à devenir amusant. »
Ce propos, tenu en souriant, indique-t-il un homme hors de lui, un homme qui ait perdu cette pleine possession de lui-même qu’un Français et un Chrétien, soldat, artiste ou ouvrier, garde toujours
notre époque comme à toutes les époques de guerre civile, il peut parfaitement arriver qu’on soit obligé de combattre cà outrance des gens avec lesquels on a eu jadis des rapports très agréables. Avouez cependant que c’est une idée biscornue, lorsqu’on laisse volontiers accoler à son nom l’épithète de chevaleresque, d’aller faire des démarches actives en faveur d’un félon et de prendre chaleureusement la défense de quelqu’un qui s’est déloyalement conduit dans un duel, contre un confrère qui vous a souhaité amicalement la bienvenue dans les lettres.
Ce n’est pas un méchant homme, malgré tout, que ce Delpit. On l’a appelé : « Un sauveteur qui ne sait pas nager. » C’est surtout un sauveteur qui a la spécialité des sauvetages ridicules. Il voit un homme en jeter un autre à l’eau..., il s’élance aussitôt.. . au secours de l’assassin. Son curriculum vilœ sous ce rapport est véritablement stupéfiant.
Un jour à Pantin, raconte la légende, on découvre les cadavres de la famille King, et la foule n’a pas même la force de pousser un cri d’indignation. « Pauvre Tropmann 1 » s’écrie une voix. C était Delpit qui débutait....
Une femme de cœur fait d’une fille sans dot la plus riche grande dame de France. La fille sans dot trompe indignement son mari et diffame odieusement cette belle-mère qui avait été si généreuse pour
un milieu du péril et qu’un Juif perd dès qu’il voit luire une épée?
J’imagine, en effet, quelle aurait été la stupéfaction des vieux maîtres d’armes, si on leur avait dit qu il suffisait pour devenir tout à coup furibond d’avoir, selon leur langage, la main en pronation au lieu de 1 avoir en supination. C’est l’état d’âme intérieur qui est tout là dedans. On peut avoir la main en quarte et être excessivement agité, on peut l’avoir en prime et être absolument calme.
La phrase sur le duel au couteau ne dépare pas cet édifice d’inepties.
Le corps à corps, dites-vous, n’est qu’un duel au
couteau avec la seule différence de la longueur des lames.
îîjLï £T‘vnge que. CeUe jeui,e ferame ! * * un journaliste
c était Delpit qui continuait.... journaliste.
et dnanhsTe‘"calUr‘ î; ** ^ da"S U"e aVenlure ““Meuse,
d Ulle dame> s engage ce mémorable dialogue
- S?r Ch‘,‘1 n-Tr Sir Char‘es Dilke- au Pied I’esca'er : ou Ciiarles Dilke, je pense ?
— Oui, monsieur.
*t~ £h bien> J’ai à vous dire, s’écrie le capitaine Forster que vous êtes une canaille et un menteur F ’ q
au^iIrLPh°MrieZ aj°Uter’ rép°nd Sir Charles Dilke» je suis aussi un lâche! mais je suppose que vous êtes un gentleman et que
p ar- dessus1 tout f ^ situation Politi<^, à laquelle je tiens
maYnSrn^T6 CÎ!arleS Dilke et la reine Ie raye de sa P™Pre main de la liste des membres du Privy Council : P
« Quel galant homme que ce Charles Dilke 1 » lit-on un iour dan*
une chr°n|que du Figaro. Celait Delpit qui poursuivait soi œuvre
pré?ére re “i “ VOit C0mmc cela- 11 semble nffectionuer ie P p i ,,?e X qUI man<îuent au devoir essentiel, qui est le couâge chez l'homme et la pudeur chez la femme. Chacun son go™
’ann.f !qU01 dl&b 6 Ies j°urnaux du boulevard s’obstinent-ils à ppe er toujours « notre chevaleresque confrère Delpit »?
w222 DEVANT L’OPINION.
Or, je ne vous propose pas un lapin, comme on fait en pareil cas, je vous ollre une immense, une , gigantesque gibelotte, à la dégustation de laquelle j’invite, non seulement le tribunal, le substitut, le greffier, mais tous ceux qui ont figuré dans l’affaire : Lente, Waskiewicz, Saucède, Treille, Danet, Meyer lui-même — à une seule condition .
Gitez-moi, dans toute l’histoire des duels, un duel, un seul, vous m’entendez bien, qui n’ait pas été un duel au couteau avec la seule différence de la Ion gueur des lames.
Est-il donc nécessaire d’apprendre à ce président, positivement surprenant, qu’une épée n’est qu’un couteau qui a seulement, comme il le fait îemarquer avec beaucoup de sagacité , une lame plus
ongue? .
Les fusils, également, sont des pistolets, mais ils
ont un canon plus long; les canons, eux-mêmes, ne i sont que des fusils plus gros. J’ajoute que les arbres ne sont que des arbustes, seulement ils sont plus hauts. Quant aux hommes, ce sont des enfants qui ont grandi.
L’affirmation qui termine cette série d’impostures est digne de tout ce qui précède. Les témoins « expressément interpellés » n’ont pas estimé du tout i qu’il n’y avait pas eu intention déloyale de la paît de M. Meyer. Ils ont tous déclaré qu'il y avait eu un acte déloyal de commis , mais ils ont répondu comme ils le devaient à une question que le président leui posait d’une façon captieuse. Ils ont relusé de se faire les juges de ce qui s’était passé dans une conscience,
el de décider s il y avait eu oui ou non préméditation.
Ceci est le secret de M. Meyer; c’est à lui que le président devait le demander.
Je vois un homme tricher au jeu, je vous dis : 11 a triché. Mais je ne puis vous affirmer que, si le hasard des cartes lui avait mis naturellement tous les atouts dans la main, il aurait triché quand même. C’est une tentation qui a pu l’assaillir devant le tapis \eit ou sui le terrain, c’est une tentation même qu il peut n’avoir pas eue au commencement de la partie et qui peut lui être venue à la fin.
Voilà les âneries que les magistrats sont arrivés à mettre dans leurs jugements!
Je vais maintenant, après avoir causé jurisprudence avec mes lecteurs à propos de l’Union générale, causer escrime avec eux à propos du fameux corps à corps. Qu’ils ne s’effrayent pas! C’est simple comme bonjour. Il suffit pour comprendre d’avoir du bon sens et d’être honnête.
Je ne m’adresse pas au faux monde de l’escrime, dont je tracerai un croquis tout à l’heure. Il y a dans ce monde force braves gens et force gens braves, mais, dominés par les Juifs comme tous ceux qtv vivent d une vie plus ou moins d’apparat et montent sur des estrades, ils attendent qu’un Jacob leur ail fait signe pour se prononcer, et ils ont laissé déshonorer l’escrime française sans protester.
Je parle aux simples et aux loyaux. Une paysanne me comprendrait, et un curé de village, tout en corn
DEVANT L’OPINION
damnant, bien entendu, le principe même du duel, s’expliquerait très bien ce que je veux dire et l’expliquerait à son sacristain.
Ne suis-je pas un sacristain moi-même? C’est le nom que donnait volontiers aux écrivains catholiques ce polisson de Lockroy, qui se permettait d’appeler « drôles » les rédacteurs du Monde. C était leur faute après tout. Pourquoi lui avaient-ils parlé poliment? Il fallait faire comme moi, qui, dans la France juive , ai eu la satisfaction d’administrer à ce queue-rouge la plus exemplaire correction que jamais fesses de Bobèche aient reçue, depuis qu’il y a des fesses et des Bobèche sur la terre....
Ce mot de sacristain, je me hâte de le dire, ne me choque point. Je ne vous cache pas qu’étant méditatif, mon rêve eût été, en des temps calmes, d’être bibliothécaire dans une abbaye ou sacristain dans une église. Quoi de plus charmant que de classer les chefs-d’œuvre du génie humain, d’aider ceux qui écrivent et de n’écrire point soi-même? Quoi de plus doux que d’entrer le premier à l’église, quand l’aube, colorant à peine les vitraux, met une clarté indécise dans le sanctuaire, et de prendre soin de la demeure de Dieu? Quoi de plus poétique que de sonner ces cloches qui annoncent qu’un fils de la mère Ève, Eva matre natus , comme disent certaines inscriptions de cimetières, va recevoir l’eau du baptême, qu’un Chrétien de plus, étant bien mort, est recueilli sans doute par la miséricorde de Dieu dans le Paradis éternel?
Tous les sacristains de France ont, d’ailleurs, un
pati on cjui no leur lait pas déshonneur. A la Révolution, quand le sacristain du Pin en Mange vit que l’on chassait les prêtres du saint lieu et que l’on ne pouvait plus dire la messe, il sonna une dernière fois les cloches, mais cette fois ce fut pour appeler les gars des environs aux combats. Ce ne fut plus près de l’autel, ce fut au milieu de la mêlée que l’on revit le sabre à la main, le Sacré-Cœur sur la poitrine, le généralissime de l’armée catholique et royale, Jacques Cathelineau, le sacristain du Pin en Mange....
Pour en revenir à l’escrime, elle comprend huit positions pour l’épée qui équivalent à peu près aux notes de la gamme.
Les notes de la gamme s’appellent : do , ré , mi, fa, sol, la, si, ut.
Les positions s’appellent : prime, seconde, tierce, quarte, quinte, sixte, septime, octave.
On ne peut pas plus supprimer une position parce qu’elle gêne la main du Juif, qu’on ne peut supprimer une note sous prétexte qu’un gosier israélite ne pourrait donner Yut ou le sol.
Tout ce qu’ont garanti aux Juifs les principes de 89, c’est le droit de ne pas prendre une position qui leur déplaît, comme de ne pas fournir une note qu’ils n’ont pas.
La position de prime est définie ainsi par le plus récent traité d’escrime (1) :
(1) Traité d'escrime, pointe et contre-pointe , par Romuald Brunet, ouvrage illustré de cinq dessins, par Eugène Chaperon, et de vingt-sept planches inédites.
DEVANT L’OPINION
Position de prime.
La main en tierce à la hauteur du front, le pouce en dessous, Je coude ployé, la pointe baissée. Position . bas du
dedans.
Quand on est dans la position de prime, on tient, selon l’expression de M. Paul de Cassagnac, 1 épée en chandelle, seulement la mèche de la chandelle, c’est-à-dire la pointe de l’épée, est en bas, tandis que le chandelier, c’est-à-dire la poignée de l’épée, est en haut.
Dès que l’on se met entre les mains des hommes composant la corporation, jadis si honorable, des maîtres d’armes, ils vous ordonnent tour à tour, dans le cours de la même leçon, de parer quarte , tierce , septime , prime.
Il n’est donc pas besoin d’avoir une intelligence prodigieusement développée, pour comprendie que ces braves gens ne vous enseigneraient pas des coups dont vous ne pourriez pas vous servir.
Mon maître, qui avait appartenu à l’école de Joinville, affectionnait le coup de prime , et l’idée ne m’est jamais venue que le ministre de la guerre fût assez astucieux pour breveter des militaires, les chevronner, les médailler à la seule fin d’inculquer a leurs disciples les principes d’une escrime qui parût irrégulière à M. Barthelon.
Tandis que M9 Lenté se gargarisait avec la déclaration de MM. Jacob et Mérignac, condamnant le corps à corps , c’est-à-dire le coup de prime , j avais la langue levée pour dire au président :
« Faites donc grimper un municipal sur une impériale d’omnibus et envoyez-le à la salle de ces fieffés imposteurs, il trouvera ces deux pendards sur une planche en train d’enseigner à leurs élèves, moyennant une bonne rétribution, ce coup qu’ils déclarent inadmissible. »
Plus heureux en effet que M. Barthelon, un enfant en bas âge comprendrait qu’un monsieur qui a le bras levé en Pair ne peut toucher son adversaire qu’en s’approchant tout près de lui.
Ce rapprochement est ce qu’on appelle le corps à corps , le terrible, l’épouvantable corps à corps qui a fait pousser des cris d’horreur au président de la 10e Chambre.
Or, de toutes les positions qu’on peut prendre en duel, le corps à corps est incontestablement la moins dangereuse. On risque d’être traversé de part en part en marchant, mais c’est tout.
Faites encore appel à cette simple raison qui avait ce jour-là complètement abandonné M. Barthelon. et vous vous expliquerez parfaitement qu’un coup porté ainsi par une main placée dans une attitude peu naturelle, qui gêne toujours les plus adroits, a bien des chances pour être hésitant et débile.
Le coup redoutable, le coup meurtrier, c’est le coup envoyé à distance lorsque la main peut se déployer dans un élan plein d’élasticité, lorsque l’homme bien assis sur ses jambes peut prendre, en se fendant, une impulsion qui double la force de son bras.
La main gauche, que l’on est libre de tenir
DEVANT L’OPINION
comme à la salle, élevée derrière la tête, sert de balancier et, en retombant, accélère encore ce mouvement harmonieux et complet où tout, sans secousses, sans raideur, sans brusquerie, concourt à l’eflet général.
C’est le comble de l’art. Quand vous en êtes là, vous êtes sûr de votre affaire.... Vous etes tue a la première rencontre par quelqu’un qui n a jamais tenu une épée de sa vie, mais vous avez la consolation de mourir selon les principes.
C’est à peu près le cas de l’infortuné colonel Herbinger, une lamentable victime de l’opportunisme, pour laquelle je me reproche d’avoir été un peu sévère dans la France juive. Il était professeur de tactique à l’École de guerre et son cours, au dire des plus difficiles, était le plus remarquable de l’École. Quand il fut investi du commandement suprême, tout ce qu’il put faire comme tactique dans les circonstances où il se trouvait, fut de dire à ses soldats : a Nous ne sommes pas les plus forts, filons le plus vite possible, si nous ne voulons pas que les Chinois
nous scient la tête à tous. »
Le corps à corps ne sera donc jamais recherché par le véritable spadassin. C’est un souvenir de la furià francese , il répond à un instinct national : le besoin de charger, d’aller en avant, de se rapprocher de son ennemi. C’est le système offensif qui nous a si souvent réussi et que le général Boulanger, qui a été quelquefois moins bien inspire dans ses propos, a eu raison de recommander aux généraux à la suite des grandes manœuvres.
En tout cas, le corps à corps est une péripétie très normale du duel (1).
C’est l’avis de Vigeant, qui ne pouvait en croire ses yeux en lisant dans la Gazette des Tribunaux les déclarations de MM. Waskiewicz, Saucède, Roulez, et surtout de Jacob et de Mérignac.
« Le corps à corps, me disait-il, fait partie intégrante de l’enseignement de l’escrime. Sans doute on recommande aux débutants de ne pas en abuser, car il est disgracieux lorsqu’il n’est pas exécuté avec virtuosité et élégance; mais dans tous les assauts au conti aiie, le corps a corps donne lieu à des lins de phrase splendides qui excitent les applaudissements des assistants. »
C est absolument comme la gamme dont je vous parlais tout à l’heure. Pour assouplir le mécanisme — le mot est le même en musique qu’en escrime — on prépare progressivement les élèves à aborder certaines notes un peu hautes pour eux au début, mais on n a jamais songé à interdire ces notes.
M. Paul de Cassagnac a, du reste, parfaitement élucidé tout cela dans un article de l’ Autorité à pro-
(1) Je demande pardon à mes lecteurs de province d’insister sur ces explications. Le moindre sous-officier, en prenant le vermouth matinal avec un camarade, le plus humble maître d’armes tenant une salle dans un faubourg de sous-préfecture, va s’écrier : * C** ! quel besoin éprouve M. Drumont de nous apprendre que
deux et deux font quatre? » Détrompez-vous, mes amis, dans le monde chic de l’escrime, à Paris, deux et deux ne font pas quatre, ils font cinq, quand il s’agit d’un Juif. Ils en sont arrivés, dans ce monde, à ce point d’inconscience de ne pas comprendre ce qui vous semble une vérité de La Palisse. En revanche, quels plastrons! mmme c’est bien soutaché, agrémenté, souple et fort !
DEVANT L’OPINION
pos du duel de MM. Ilarden-Hyckey et Lavertujon(l).
Je reviens au corps à corps, dont l’interdiction est une bêtise.
En a-t-on assez parlé du corps à corps dans le duel Drumont-Meyer !
J’ai encore à l’oreille l’écho des phrases indignées par lesquelles le président du tribunal flétrissait le corps a corps, cette phase abominable, féroce, sauvage d un duel acharné.
Et tout le monde a frémi sur la barbarie d’un pareil combat.
Aussi les témoins du duel Harden-Hyckey-Lavertujon 1 ont proscrit avec horreur, ce qui est une puérilité d abord et une sottise ensuite.
Le corps à corps est d’abord ce qu’il y a de moins dangereux dans un duel, par la bonne raison que l’on est armé d’une épée dont la lame est trop longue pour qu’on puisse faire autre chose que de la tenir en chandelle en 1 air, ou en canne en bas, lorsqu’on est poitrine contre poitrine.
11 est presque impossible de se toucher dans un corps à
corps réel.
■ Si l’on se battait au couteau, oui (2).
Mais avec une épée allongée encore de toute la longueur du bras, le corps à corps est absolument inoffensif.
On a l’air de s’égorger et l’on ne se touche presque jamais.
Il est bien autrement dangereux, bien autrement terrible, de se trouver à lm50 de distance, d’où chaque coup d épée peut vous traverser de part en part, dans une fente à fond.
Donc, défendre le corps à corps, c’est obéir à une niaiserie de mélodrame.
Et puis, c’est manquer gravement à son devoir de témoins prudents.
(1) Autorité du 27 août 1886. , I
(2) Pour mettre les points sur les i, M. Paul de Cassagnac aurait, dû écrire : « Si l’on se battait avec cette épée à lame très courte qu’on appelle un couteau. »
Règle générale, vous ne devez jamais fixer, comme conditions de combat, que les conditions que vous êtes en état physiquement, matériellement, de faire exécuter.
Celles dont l’exécution peut échapper à votre surveillance, sont des conditions imprudentes et téméraires, pleines d’imprévu et que l’on doit éviter avec soin.
Or je voudrais bien savoir comment s’y prendront les témoins pour empêcher un corps à corps que les adversaires peuvent rechercher dans un moment donné ?
^ S’ils crient d’arrêter, c’est généralement, dans ces momentslà, comme s’ils chantaient.
Et en admettant qu’il y en ait un qui obéisse, ils le font tuer par l’autre qui continue pendant que son adversaire s’arrête.
Quant à se jeter sur eux et à les prendre à bras-le-corps pour les séparer, c est de la folie pure, parce que, pour peu que vous reteniez celui-ci une demi-seconde avant celui-là, c est juste le temps nécessaire pour le faire traverser par celui dont le bras est encore libre.
Je le répète, toutes les conditions de combat dont vous ne pouvez pas surveiller et assurer l’exécution pratique, sont autant de pièges, autant de surprises, autant de causes de malheurs.
Qu’on proscrive l’usage du bras gauche, c’est tout naturel, car un honnête homme ne saurait s’en servir en duel sans exciper d un funeste moment d’aberration ou d’oubli, mais qu on laisse le corps à corps tranquille, car il n’est dangereux qu aux yeux de ceux qui ne savent pas ce que c’est que les armes, et, de plus, il vous est impossible, sur le terrain, de 1 empêchei sans donner malgré vous un terrible avantage à l’un des adversaires, et au moins intéressant, c’est-à-dire à celui qui n’obéirait pas instantanément.
C’est la confirmation de ce que disait M. Albert Duruy, qui affirmait, malgré les hochements de tête du président, qu’il était impossible d’arrêter un corps à corps ; c’est la réponse à M. Treille, qui,
232 DEVANT L’OPINION
dépêché par M. Weil-Picard, le coreligionnaire de M. Meyer, au secours du directeur du Gaulois , déclarait que le coup de prime était criminel et qu’il se faisait fort d’arrêter tous les corps à corps j présents, passés et futurs. Il n y a qu un moyen pour j arrêter les corps à corps , c’est celui qu’employa le docteur Danet à la première reprise, en me saisissant à bras le corps au risque de me faire tuer. M. Barth elon paraissait trouver cela très bien, mais je crois M. Treille trop homme d’honneur pour recourir à ces procédés.
Étant donné ce qui précède, M. Paul de Gassagnac me paraît illogique de ne pas reconnaître hautement que mes témoins ont fait tout ce qu’ils devaient
faire. ^ ,
Attacher la main gauche de M. Meyer à la seconde
reprise était impraticable. M. Paul de Gassagnac ne consentirait jamais à se battre avec un adversaire qui serait dans ces conditions d’infériorité évidente.
M. de Cassagnac semble blâmer la modération du procès-verbal et en ceci il se trompe ; — ce qui s’explique par ce fait qu’il est plus polémiste que psychologue.
Il y a vingt ans, ce procès-verbal eût été écrasant. Si les gens qui se piquent de correction mondaine n’ont pas su le comprendre, c’est que la société actuelle, dans les hautes classes particulièrement est tombée, en ce qui touche à l’honneur, au dernier degré de l’indifférence. J’ai eu une preuve très frappante de cet abaissement dans l’opinion en
constatant que tous ceux qui m’avaient envoyé leur carte comme témoignage de sympathie et de protestation contre le jugement de la 10e Chambre : officiers, amateurs d’armes, hommes du monde, appartenaient à la génération d’autrefois.
Les témoins n’avaient pas à se placer à ce point de vue. Ils n’avaient à prévoir ni l’effronterie toute juive de Meyer, ni la lâcheté de la presse, ni la profonde immoralité de Barthelon ; ils n’avaient qu’à dire ce qui était dans les termes où ils l’ont dit.
La démonstration est donc absolument faite. Je l’aurais faite plus complète encore si M. Waskiewicz, au lieu de mettre son nom au bas d’un petit papier, se fût présenté en personne devant le tribunal et eut obtenu de Barthelon qu’on laissât discuter la question.
Ce Waskiewicz, qui a pour le coup de prime une horreur incompréhensible chez un homme qui en a placé beaucoup jadis sous les colonnades de la Bourse, est, paraît-il, le premier tireur de Paris. M. Tavernier, un spécialiste de l’épée, trace de lui un portrait qui glace les sens d’épouvante. On eût dû le peindre sur les drapeaux dans l’expédition du Tonkin, pour l’opposer aux Dragons tirant la langue et roulant des yeux menaçants que les Chinois représentent sur leurs étendards.
Le brillant élève de Cordelois est surtout « attaqueur », comme la majorité des disciples de ce maître éminent, comme A. d’Ezpeleta, comme Cordelois lui-même.
Ce n’est pas à dire qu’il pare médiocrement. Il a, au contraire, une main excellente et prend notamment le contre de
quarte avec une vraie maîtrise. Ses ripostes et contre-rï postes sont aussi fort réputées. Mais la force de Waskiewicz,— il n’y a pas à dire, — c’est l’attaque.
Les coups droits, les une-deux dedans au changemen d’engagement, les battements au changement dégagé pleuven alors drus comme grêle sur la poitrine de l’adversaire. Tou; ces coups sont exécutés d'allonge , car Waskiewicz possèd* mieux que personne ce qu’on a appelé « la rouerie de U garde » ou le calcul de la distance. Il sait se « loger » d’un< admirable façon.
Ajoutez à cela que c’est un tireur de tête habile à tendn à ses adversaires des pièges machiavéliques (1).
— Eh bien, aurais-je dit à ce foudre de guerre, si je m’étais trouvé en face de lui, vous affectionnez les coups d’attaque, c’est parfait. Supposez que j’écarte s votre épée par un vigoureux battement et que je saute sur vous la main en prime. Qu’est-ce que vous feriez, vieux malin? Attendriez-vous que les témoins, selon la théorie deM. Treille, s’élancent poui dénouer la situation? Saisiriez-vous mon épée de lq main gauche? Je vous estime peu, mais je vous croisi incapable d’une telle infamie. Que feriez-vous?
— Ce que je ferais? aurait répondu Waskiewicz, mais vous êtes un enfant de m’adresser celte question. Vous vous battez loyalement, comme moi, vous ne vous servez donc pas de la main gauche, conséquemment vous ne paralysez pas mon mouvement....! Ce que je ferais? je m’en irais tout simplement si vousa ne m’aviez pas touché tout de suite et s’il ne me
(1) Amateurs et salles d’armes de Paris, par Adolphe Tavernier. ' Illustrations de Genilloud.
plaisait pas de riposter en prime; j’exécuterais un saut en arrière, ou un bond à droite ou à gauche et, mis sur mes gardes cette fois, je vous tiendrais si droite la pointe de l’épée que vous ne pourriez avancer sans vous percer vous-même.
— Yous voyez donc bien que vous avez menti en prétendant que le corps à corps était un combat en dehors de toutes les règles? M. Meyer, qui avait cinquante mètres de route derrière lui , n’avait qu’à faire ce que vous dites et à rompre brusquement.
Avancer, rompre, avancer de nouveau, selon l’inspiration du moment, tout le duel est là, surtout lorsque le corps à corps a été consenti d’avance.
M. Meyer, que je n’ai pas été chercher et auquel je n’ai demandé aucune rencontre, est dans la position de quelqu’un qui vient vous proposer une partie, en accepte les conditions, en détermine ’enjeu, et qui, au moment critique, quand les :hances sont égales, et qu’on a le même nombre le points, sort brusquement un roi de sa manche. Il îst bon d’être royaliste, mais il ne faut pas l’être usque-là....
Je n’ai jamais réclamé qu’on guillotinât ce comptant sans scrupules. Je ne suis point de ceux qui iccablent les vaincus, mais j’aurais trouvé décent jue M. Meyer eût la catastrophe plus modeste, et pi’à la suite de cet accident, il allât faire un petit oyage et disparût pour quelques mois.
Je m’étonne même que les chefs du parti monar-
DEVANT L’OPINION
chique, ne fut-ce que dans l’intérêt de leur cause, n’aient pas eu assez de délicatesse et de tact pour faire entendre au directeur du Gaulois qu’il était malaisé de rester à la tête d’un journal qui se donnait pour le champion de la vieille France, lorsqu’on manquait de la plus élémentaire qualité française : la loyauté sur le terrain.
Je suis d’autant plus à l’aise pour écrire ceci qu’en pareille occurrence je n’aurais eu à compter sur nulle pitié. Un clérical saisissant l’épée de son adversaire de la main gauche pour le frapper plus sûrement ! Entendez-vous le ramage d’ici? Devinez-vous ce qu’aurait été cette chasse au calotin? Quel charivari, depuis la République française jusqu’au Radical , depuis la Lanterne jusqu’au Voltaire! La main gauche se serait appelée du coup la calotine , et l’on 1 n’aurait pu prendre une salière de la main gauche, 1 dans une table d’hôte de commis-voyageurs, sans qu’on s’écrie : « C’est le coup d’Escobar! »
Voilà ce que ne disent pas des hommes comme M. Henry Fouquier, qui s’en tiennent toujours à la surface des choses, avec un certain penchant pour la Vérité, quand cette Vérité ne doit les brouiller avec personne.
Voilà ce que M. Eugène Veuillot a eu le courage de dire dans une situation bien difficile pour un Chrétien tel que lui. Sans doute, en se plaçant au point de vue de l’Église, il a condamné le duel, et il a bien fait; mais, en se plaçant au point de vue humain, il s’est retourné vers les défenseurs de Meyer ‘ et leur a dit : « Si c’était M. Drumont qui eût man-
qué ainsi de cœur, quels cris n’auriez-vous pas poussés ! »
Les journaux républicains ont baissé la tête et se sont tus. Une fois de plus, le courageux écrivain venait de démontrer à quel point la presse de toutes les opinions appartient à Israël. Tout Juif qui tombe est certain de se relever et de trouver des mains qui l’aideront. Un Catholique peut tenir tant qu’il est debout, regardant en face ses adversaires; on se dit : « Il n’est pas méchant, mais il est énergique. Avant de succomber, il ramassera un tronçon d’arme pour nous en frapper. » Dès que le pied lui manque, il est mort, et tout le monde se précipite pour l’achever.
Ah! oui! ils en auraient fait de la musique si je m’étais servi de la main gauche! Le Syndicat de la presse aurait été capable de statuer sur le cas.
Quel poème de ridicule que ce Syndicat! Il est le gardien de la dignité professionnelle, professionnelle, monsieur.... Et tous ses membres, sans excepion, seraient trouvés porteurs de petites cuillers en argent dérobées dans des lieux publics, qu’il ne donnerait pas signe de vie. Il n’eut de velléité de se nanifester que dans une circonstance unique.
Une voix indignée et frémissante avait électrisé es membres de cet aréopage assoupi.
« La presse est comme la femme de César, elle ne loit pas être soupçonnée. Pour être généralement carrée, la table d’un bureau de rédaction n’en est )as moins une Table ronde autour de laquelle ne loivent s’asseoir que des preux qui n’ont jamais ailli. Or un des nôtres a failli. Selon une parole
célèbre : « Il a manqué d’imprudence » dans un moment décisif. Rayons ce membre trop peu solide1 delà liste des membres du Syndicat! »
Ainsi parlait la voix que semblait accompagner une espèce de cliquetis belliqueux.
On se consulta, on alla au vote, et l’on opina à l’indulgence, tout en admirant la crânerie du promoteur de la proposition, auquel chacun disait en sortant :
« Sacristi ! mon cher confrère, des gaillards comme vous ne doivent pas être commodes sur le pré. » L’intraitable champion de la dignité professionnelle était M. Arthur Meyer et celui qu’il voulait faire expulser était M. Edmond Magnier, qui, acculé à une voiture, avait rompu un peu en désordre;] mais, somme toute, n’avait porté aucun coup déloyal à son adversaire!
Considérez cependant quelle est la puissance de la Juiverie dans les journaux. Cet excellent M. Magnier, qui trouvait, non sans raison, que les articles publiés dans le Gaulois , contre lui à cette occasion, étaient1 « abominables », n’a jamais eu un mot de commentaires sur l’étrange jugement qui acquittait celui qui avait voulu le faire chasser du Syndicat (1).
(1) La presse, presque tout entière, a été muette sur un jugement qui a une importance considérable à une époque où tout le monde s’occupe d’escrime. La Lanterne et les Débats, Eugène Mayer et Léon Say, ont été d’accord pour féliciter le tribunal de la sagesse de ses décisions. M. Albert Rogat- vaillant comme toujours, a montré à quel point Barthelon était inepte. L’article le plus juste et le plus complet a été publié dans l 'Écho de Paris, par un de mes confrères que je ne connais pas personnellement, M. Dubrujeaud, ce qui est d’autant plus méritoire de sa part qu’il ne peut pas souffrir la France juive, — ce qui est parfaitement son droit.
A côté de ce silence presque absolu de la presse, il faut noter le silence profond de tout ce monde de l’escrime qui, depuis quelques années, fait un vacarme du diable. C’est en recherchant les causes de ce mutisme que nous allons rentrer dans l’étude sociale, qui est autrement intéressante que l’examen du cas particulier de M. Meyer.
On a bouleversé la société sous prétexte de réformes indispensables dans l’éducation, et jamais les enfants n’ont été plus insolents, plus mal élevés, plus précocement corrompus, plus irrespectueux envers leurs parents; jamais on n’a vu tant d’assassins de quatorze ans et de suicidés de douze ans.
On a publié sur l’escrime plus de volumes en ces dix dernières années qu’on n’en avait publié en cent ans autrefois. On nous a fatigué les oreilles des prouesses accomplies dans tous les assauts publics et privés.
La conclusion, qu’ont relevée tous les journaux d’Italie (1), est que, de l’avis même de maîtres
(1) Jamais l’école italienne moderne n’a admis qu’on se serve de la main gauche depuis qu’on n’emploie plus la dague. Tous les journaux italiens, dont les journaux français se sont bien gardés de parler, ont été d’accord pour déclarer que M. Meyer avait agi déloyalement, no cavalcamente.
Le code de l’escrime italienne, le Coclice cavalleresco italiano, rédigé par Achille Angelini, tenante generale, sous les auspices d’un comité où figurent le vice-amiral Acton, le chevalier Émile Conti, président de la Société d’escrime de Milan, le prince Belgiojoso, le général Cialdini, est formel sur ce point :
a Celui qui se servira également bien des deux mains devra, avant le commencement du duel, déclarer de quelle main il entend se servir.
« Dans le duel à l’épée, il n’est pas permis d’empoigner l’épée de
DEVANT L’OPINION
comme Jacob et Mérignac, et d’amateurs en renom comme Waskiewicz et Saucède, l’usage de la main gauche est autorisé et qu’il est permis de saisir l’épée de son adversaire pour le frapper (1).
Peut-être ces messieurs, sentant un peu de rouge leur monter au visage, légèrement gênés par le ! regard de quelques honnêtes gens qui ont le courage de ne pas cacher leur mépris, protesteront-ils qu’ils n’ont pas été jusque-là? Ce serait un men- 1
l’adversaire, pas plus que de parer un coup avec la main désar- j mée. »
Jamais San Malato n’a approuvé l’emploi de la main gauche. J’ai j sous les yeux une lettre de lui, bien antérieure au duel Meyer, dans laquelle il proteste contre l’opinion qu’on lui a attribuée. J’en cite quelques passages, en leur laissant leur forme originale : « Je suis étonné, quand ils m’ont fait dire que j'admets la parade de la main gauche!... Chose que je n’ai jamais dit ni pensé. Vous comprendrez ' que je ne veux pas qu’on dise une chose tout à fait contraire à ma pensée.... Peut-être que je ne me suis pas bien expliqué dans ma première lettre.... Jamais j’ai admis la main gauche, jamais. »
Quelques maîtres d’armes français, non pas des simples, des bons, I des convaincus, que j’aime de tout mon cœur, ils le savent bien; mais des piliers de tripots et des affamés de réclames, ont profité de ce que San Malato ne connaissait pas bien toutes les finesses de la langue française pour lui faire dire ce qu’il ne pensait pas, et ils se sont écriés alors : « Voyez comme nous sommes chevaleresques ' nous autres! » Quelque temps après, un Juif a besoin d’une déclal ration contraire : « A vos ordres, monsieur Meyer, ont répondu Jacob et Mérignac. Vous plaît-il que nous déclarions que le premier 1 principe de l’escrime est de frapper son adversaire avant qu’il se soit mis en garde, au moment même où il est en train de remonter un 1 peu sa culotté, nous sommes prêts, et le monde de l’escrime a roulé si bas que l’on nous offrira encore des banquets. »
(1) Dans l’affaire Harden-Hyckey-Lavertujon, on a interdit, il est vrai, l’emploi de la main gauche, mais à aucune époque on n’avait songé en France, avant l’alfaire Meyer, à inscrire une intervention de ce genre dans le procès-verbal, pas plus qu’on ne met au bas i d’une invitation à dîner : « On est prié de ne pas emporter l’argenterie. » Cela est sous-entendu entre honnêtes gens.
L’ESCRIME SÉMITIQUE. m
songe de plus, et il serait vraiment trop commode de décliner la responsabilité de ce qu’on a écrit, quand
le résultat qu’on voulait obtenir en l’écrivant est acquis.
L’affirmation de M* Lenté a la netteté d’une condamnation :
Maintenant, messieurs, puisqu’on vous a fait juges du camp, permettez-moi de vous le dire, il paraît démontré que Meyer aurait pu même en raisonnant faire ce qu’il a fait.
C est grave. En tout cas, telle est l’opinion de gens absosolument compétents.
C’est grave, comme le dit avec raison Me Lenté. ]ela signifie simplement ceci :
L’escrime française avait jadis pour patrons >aint Michel et saint Georges, elle a désormais pour tatron Judas.
Voilà le fait dans toute sa brutale évidence.
! Le 24 a vi il, M. Albert Duruy, saisissant la main e M. Ai thur Meyer tenant mon epée, lui disait ; i Monsieur, je vous y prends.... »
Les quatre témoins, pâles comme la mort, semlaient anéantis.
j Le jeudi 8 juillet 1886 les Archives israélites ouvaient écrire :
L’afTaire du duel de M. Arthur Meyer, directeur du Gaulois, ec M. Édouard Ürumont s’est dénouée samedi dernier vant le Tribunal dans des conditions honorables et relative- 3nt avantageuses pour le premier: M. Meyer a été condamné 200 francs d’amende ; mais l’arrêt reconnaît qu’il avait été ovoqué par de graves outrages et que les circonstances de Ite rencontre ont été irrégulières des deux côtés.
242 DEVANT L’OPINION
L’habileté que les Juifs déploient dans ces opérations de sauvetage touche au génie ; il y a là comme > une espèce de sortilège, un art du prestige véritablement inouï.
Seulement il faut tomber sur quelqu’un qui rentre, par un côté quelconque, dans la convention générale, qui soit involontairement du complot, par amour pour son repos, par crainte pour les siens, pai puéril respect humain, par une ambition littéraire qui lui fait redouter de se mettre mal avec la presse.
Le charme est rompu dès que 1 on tombe sui un cœur simple qui a compris la parole de Bossuet « Qui peut mourir n’est jamais faible. »
Celui-là regarde fixement les Waskiewicz et les' Saucède en face, il leur met la vérité sous le nez et leur dit : « Vous qui posez volontiers pour de, galants hommes et des raffinés en matière d hon-| neur, voilà le rôle que vous avez joué. »
Tout ce monde encombrant et fanfaron, qui s’est fait une carrière de l’escrime, qui a toujours les mots de coupé et de dégagé à la bouche, va-t-il donc protester i
Non.
Quelques-uns disent : « C’est un peu raide, toul de même ! » mais ils se résignent. Le Juif a réussi, là encore, à imposer sa législation à lui, à forcer k loi générale à se plier à sa convenance individuelle
Jkii vu des maîtres d’armes désolés, prêts à pleurer de cette doctrine nouvelle qui faisait tomber s bas l’escrime française. Ils sont venus me dire « J’ai des élèves juifs dans ma salle.... J’ai peur qu’oi n’annonce plus mes assauts dans les journaux.... J1
crains.... Néanmoins, il arrivera ce qui pourra,... Si vous voulez, je signerai bien quelque chose.... »
Je leur ai répondu : « Gardez-vous-en bien ! Je suis bon cheval de trompette. Pour confondre tous les mensonges juifs, que la société parisienne est assez avilie pour accepter docilement, je ne compte que sur moi seul, sur la puissance du raisonnement mise au service de la vérité. »
Si j’ai cité plus haut le nom de Yigeant, c’est qu’il est dans des conditions toutes particulières. Par ses relations dans le monde, par son talent d’écrivain, par ses manières, il occupe à Paris une grande situation personnelle et il n’est pas réduit, comme d’autres maîires, à signer, moyennant vingt francs et un verre de vin, des certificats qui puissent aider à se tirer d’affaire un Sémite dont l’honneur est endommagé....
Les autres maîtres d’armes, même parmi les plus honnêtes, n’ont point cette indépendance. C’est une profession perdue depuis que les Juifs ont passé par là. De professeur, le maître d’armes est devenu employé, valet d’escrime
Le système juif se retrouve là fidèle à lui-même. La manière d’opérer du Juif est simple et ne varie guère. Elle consiste à prendre des hommes indépendants qui, réunis, formaient une corporation, à les noyer dans une collectivité de façon à leur faire perdre leur force propre. On agit ensuite sur cette collectivité par l’ascendant d’une tribu dont tous les membres se tiennent étroitement entre eux, de façon
Mi DEVANT L’OPINION.
à confisquer au profit d’Israël les souvenirs, l’autorité morale que ces hommes représentaient.
Celte main mise sur l’escrime est de date relativement récente. En déménageant 1 ancienne société pour s’approprier tout ce qui pouvait leur servir là dedans, les premiers Juifs ont d abord néglige l’Épée, qui ne leur disait rien qui vaille. Ils n’avaient gardé un souvenir bien agréable, en effet, ni de la Durandal, ni de l’épée du Campéador, la Tizona baptisée qui, selon l’expression de Saint-Victor , « récitait la Salutation angélique gravée sur sa lame .
Ave Maria gratia plena ».
D’autres Juifs vinrent, regardèrent la vieille Epée
réléguée dans un coin.
— C’est bien malheureux, tout de même, de laisser quelque chose dans un déménagement aussi complet...
— A quoi cela peut-il être bon ?
— Qui sait? On peut s’en servir comme d’une enseigne, organiser des cercles, de là à une cagnotte il n’y a qu’un pas.
Les camarades comprirent et l’on emporta l’Épée avec le reste....
Jadis le professeur d’escrime était maître chez lui comme le charbonnier. Même quand il n’arrivait pas à la célébrité, il était entouré d’un petit groupe d’élèves dévoués qui l’aimaient pour avoir subi ses remontrances au début. Modeste et digne à la fois, il avait, non pas l’amour de la réclame comme aujourd’hui, mais l’orgueil de la profession consciencieusement exercée qui faisait la supériorité de tous les
corps d’état du Passé. Avec lui, qu’on fût fils de millionnaire ou simple étudiant, il ne fallait pas discuter; l’apprentissage était dur et pénible et l’on ne vous permettait de tirer qu’après un long stage. On retrouve ainsi le vieux maître d’armes dans quelques anciennes gravures et l’on aperçoit ces salles primitives dans des brevets de maître, sur des lithographies coloriées où l’on déchiffre, entre des faisceaux de drapeaux, des devises qui sentent l’Empire et la Restauration : Hommage aux braves ! Honneur aux dames !
C’eût été miracle que les Juifs, qui ont tout dérangé à Paris, puissent laisser cet homme de bien tranquille dans sa salle. Les boursiers, les coulissiers se sont dit : « Il faut encourager l’escrime ! » Sous ce prétexte, ils ont créé des salles de cercle, auxquelles on pouvait s’abonner moyennant un supplément de cotisation de 80 ou de 100 francs par an.
De ce jour l’enseignement de l’escrime était fini. Quelle autorité voulez-vous que puisse avoir un professeur sur des gens qui viennent là par pose, pour s’amuser avec l’épée, qui commandent au maître au lieu de lui obéir?
Placé dans un état de sujétion absolu, le maître d’armes devint, je le répète, une sorte de joujou, de patito , entre les mains des boursiers, désireux de se donner un vernis de bretteur. Chaque financier eut son maître d’armes, comme tout grand seigneur avait jadis son astrologue. Le dernier des remisiers se fit peindre, en costume de salle, le fieu-
240 DEVANT L’OPINION
ret à la main, farouche, ayant l’air de dire aux j
spectateurs épouvantés :
. Je veux croiser le fer
Avec Don Spavento, capitan de l’Enfer.
Les serviles s’accommodèrent de ce régime et se firent une douce habitude de s’écrier, à chaque coup ; porté par un membre du cercle, podagre, égrotant, essoufflé dès qu’il s’était fendu une fois : « Décidé- ; ment, monsieur, je ne tire plus avec vous ! Vous êtes j
trop fort ! » |
Les indépendants, par caractère et par position, ,
comme Vigeant, envoyèrent tout promener et se ( contentèrent de leur belle clientèle privée. ,
Quelques-uns voulurent essayer de lutter et firent , des efforts désespérés pour conserver leur salle. Avoir une salle ! cela prenait pour eux une impor- , tance dont rien ne peut donner l’idée. Avoir une J salle ! c’était avoir encore un moi , une individualité, j garder le droit aussi de servir l’art qu’ils aimaient j passionnément en faisant de vrais élèves. <
Ce qu’il y eut dans ce genre de souffrances ignorées, de privations subies, nul ne pourrait le dire, j Un des meilleurs professeurs de Paris me racontait que, pendant trois mois, il avait vécu de pommes de terre et bu de l'eau, pour laisser le vin à sa
femme malade. j
C’est presque un tour de force, en effet, que de pouvoir conserver une salle, et cela se comprend aisément. Les leçons d’armes se payaient convenablement autrefois; aujourd’hui, un élève, même j
riche, croit faire un véritable sacrifice lorsqu’il dépense trente ou quarante francs par mois de leçons, alors qu’il en serait quitte avec un très minime supplément dans un cercle. L’hiver, tout va encore, mais l’été, quand le monde élégant est absenl, le maître meurt à peu près de faim dans sa salle déserte.
Grâce au génie essentiellement confusionniste du Juil, qui excelle à mettre chaque chose hors de sa place, la vieille salle d'armes de nos pères aura bientôt disparu de Paris. En revanche, il y aura des salles partout, dans les clubs où l’on s’occupe de beaux-arts, dans les cercles où se réunissent les coulissiers, dans les magasins de nouveautés et même dans les établissements d’hydrothérapie.
Pourquoi joue-t-on au baccarat dans un cercle qui s’appelle le cercle de l’Escrime ? Les organisateurs pourraient seuls nous révéler ce mystère. L’art de irer à fond n’a effectivement qu’un rapport éloigné ivec l’art de tirer à cinq. Quand un joueur s’écrie : t En cartes ! » je ne suppose pas que le rôle du pré- . ddent consiste à intervenir en disant : « Prenez le :ontre de sixte ! Pressez sur l’épée et tirez droit ! »
C’est de cette vie de cercle que sont nés les prinipes de l’escrime sémitique. Les gens affolés de mblicité, craignant que leur cercle ne soit attaqué, lonnent au hasard les attestations que l’on veut.
Je mets à part M. Roulez qui a eu le courage et la ranchise de se présenter à la barre et qui acceptait insi une discussion qui eût pu être instructive
sans la mauvaise volonté du président. Mais que penser d’un maître d’armes comme Jacob, intervenant de loin dans un débat, au mépris de toute bienséance, en faveur de quelqu’un dont il a été le professeur? Si l’ancienne corporation des maîtres d’armes existait encore, celui qui eût commis un tel acte en eût été chassé honteusement. Ce nom, d’ailleurs, comme celui d’Agamemnon, est suffisamment significatif.
Ce nom seul, je pense,
Ce nom me dispense D’en dire plus long.
Que penser d’hommes comme Waskiewicz et Saucède qui émettent des apophtegmes semblables à ceux-ci :
11 est du devoir absolu des témoins de conserver au combat, autant qu’il leur est possible, un caractère correct et digne d’adversaires loyaux et courtois.
A. Waskiewicz — J. Jacob, professeur d’escrime.
Moi, témoin, je ne tolérerai jamais dans toute la mesure possible qu’un duel dégénère en pugilat (1).
Alf. Saucède.
Cela ne rappelle-t-il pas le jeu des petits papiers :
(1) M. Saucède, peu familier probablement avec la langue française, ne s’aperçoit même pas, dans son zèle à plaire au Gaulois, que ce qu'il dit est la condamnation même de son client. Les témoins n’ont jamais toléré le pugilat, attendu que je ne me suis jamais servi du poing, puisque ma main gauche, de l’aveu de tous, sans être même passée dans la boucle du pantalon, était absolument immobile derrière mon dos et que le combat a cessé, précisément au moment où l’on a vu que M. Meyer faisait du pugilat, c’est-à-dire avait pris et tenait mon épée dans son poing fermé.
Comment V aimez-vous? ou les avis sibyllins de l’ancienne sorcière de Mabille : S'il est châtain clair , je n'épouserai pas ? Gela ne fait-il pas songer aux affiches que l’on trouve dans les Rambuteaux : Docteur Bienaimé : on peut consulter par correspondance.
Quand on occupe dans le monde de l’escrime la situation qu’une réclame complaisante a faite à M. Waskiewicz et à M. Saucède, on répond nettement aux gens dans l’embarras qui viennent vous trouver :
« Je suis assez Parisien pour deviner ce que vous souhaitez. Vous désirez vous servir de mon nom, or je ne mets pas mon nom au bas de consultations données à l’aveuglette sur des faits que je n’ai pas vus. Les quatre témoins qui ont constaté les faits qu’ils ont vus sont d’une droiture que personne ne conteste. Je vais me rendre chez eux, les prier de me raconter dans les moindres détails ce qui s’est passé, et alors seulement je pourrai formuler une opinion.»
Voilà ce que le plus vulgaire respect de soimême commandait à d’honnêtes gens de faire, avant de déposer leur signature au bas d'un papier destiné à être lu devant un tribunal et à exercer sur lui une influence décisive.
Cette immixtion dans les affaires d’autrui est d’autant plus inconvenante que, dans les mœurs présentes, les témoins sont tout dans un duel. Jusqu’au dernier moment, le principal intéressé ne joue là dedans que le rôle secondaire de patient. On vient le chercher en landau, on lui offre la place d’honneur, on le descend, on lui montre l’endroit et on lui dit :
(( Allez-y ! » Non seulement il ne peut discuter ses intérêts que par ambassadeurs, ce qui se comprend, mais, s’il lui vient un joli mot sur le terrain, il est obligé de le renfoncer, ce qui le gêne... (1).
J’avoue que ce dernier point m’a toujours paru excessif. Il faut voir là encore une manifestation du faux chic mis à la mode par le nouveau monde de l’escrime, qui prend l’air compassé et poseur pourla dignité; on a dénaturé là comme ailleurs le tempérament français. M. de Bouteville était peut-être de meilleure maison que tous ces boursiers, puisqu’il était Montmorency; — ce qui ne l’empêcha de finir en Grève dans un temps où l’on pratiquait l’égalité devant la loi, tandis qu’on se contente aujourd’hui de l’écrire dans les codes. Il aimait cependant à égayer de saillies ses estocades de la place Royale et ce devait être ravissant : deux Français s’escrimant de la langue et de la pointe à la fois, enveloppant une riposte dans une réplique mordante. On poussait i
(1) C’est là une des perles de l’interrogatoire de M. Meyer devant le juge d’instruction. Il venait de rappeler le propos que je lui avais tenu pour essayer de me dérider devant cette face de Carême : « Mais je ne répondis pas, ajouta-t-il, caron ne parle pas ' sous les armes. » Vous voyez d’ici l’air ahuri et admiratif du magistrat, qui se dit : « Mon Dieu, comme ce monsieur est distingué ! » Vous retrouvez là ce respect des apparences, cette tenue que le Juif garde au milieu de tous ses méfaits. Cet homme, qui a commis une normité au point de vue de l’honneur, n’a point contrevenu aux prescriptions du pschutt; il n’a point parlé sous les armes ! Vous 1 rencontreriez un Juif en train d’emporter l’obélisque qu’il vous répondrait : « Oh ! Monsieur, je n’ai rien à me reprocher, je sais parfaitement qu’on ne se met pas en habit avant six heures du soir. »
Tout cela est d’un comique intense, mais d’un comique spécial, d’un comique un peu en dedans. La jovialité bruyante des ancêtres
un éclat, de rire au milieu des duels à mort de jadis; il est convenu qu’on doit être sérieux dans les duels pour rire d’aujourd’hui. Huit mille gentilshommes tombèrent en quelques années dans ces rencontres où l’on plaisantait constamment. Aujourd’hui on se pique généralement à la main, mais il est accepté qu’il faut aller là avec une gravité de croque-morts....
La vérité m’oblige à dire qu’on cite, malgré tout, quelques mots réussis prononcés sur le terrain par Paul de Cassagnac, Henri Rochefort, Aurélien Scholl. Ces messieurs passent cependant pour avoir toujours bien fait sur le terrain. Au temps où l’on ignorait le cabotinage effréné mis à la mode par les Juifs, cet éloge suffisait aux plus difficiles. « Sire, écrivait Turenne à Louis XIV après une bataille terrible, où la Maison du Roi avait perdu la moitié de ses officiers, je ne doute point que Votre Majesté ne soit heureuse d’apprendre que les régiments de la Maison du Roi ont très bienfait devant l’ennemi.. »
n’aurait pas de place ici; ce qui se dégage du spectacle des choses actuelles, c’est une sorte de gaieté d’un genre particulier, qui se résume dans le sourire du mystificateur sémitique, éclairant un visage exsangue. Il y a des effets semblables dans quelques paysages à certaines saisons, un coup de lumière non pas vif, mais rasant les objets, glissant à la surface de tout, s’accrochant à des bouquets de bruyères, exigeant de l’artiste des tons très fins.
Cette société bizarre n’a pas trouvé un peintre. Bourget est trop fourré dans la Juiverie, trop préoccupé de l’Académie, il voit trop les êtres, d’ailleurs, à travers les livres; Lemaître est trop fraîchement débarqué encore de sa province; Bonnières, qui a de la netteté dans le regard et de la subtilité dans l’esprit, est passé à côté de l’œuvre à faire.
DEVANT L’OPINION
Pour conclure sur le Waskiewicz et le Saucède, que cette digression m’a fait perdre de vue, je dois dire que rien dans ma conduite n’a pu les exciter à prendre parti contre moi en faveur d’un pleutre qui m’avait déloyalement frappé.
J’ai parlé toujours de la Pologne comme un Chrétien et un Français doit en parler, avec une fraternelle pitié pour cette héroïque nation que les Juifs ont livrée aux Russes. J’ai rencontré parmi les Polonais d’admirables exemples de foi, de travail, d’invincible et généreuse espérance, et je n’ai jamais confondu ces proscrits de la plus noble des causes avec les Polonais de table d’hôte que nos pères ont connus et qui ont été remplacés, paraît-il, de nos jours, par des Polonais de salle d’armes....
Quant à M. Saucède, je n’ai eu que des rapports indirects avec lui. Au moment où il vendit sa galerie de tableaux, Gai, le directeur de la Liberté , me dit : : « Saucède est un aimable homme; il est obligé de se séparer de sa collection. 11 serait très désireux d’avoir un article de vous là-dessus. »
Je fis l’article, comme j’en ai fait pas mal dans ma vie pour des gens que je ne connaissais pas, car, je fai dit déjà, je suis né avec des instincts obligeants, et c’est l’opiniâtreté des Juifs à nous faire du mal qui m’a seul rendu violent.
M. Saucède m’écrivit pour me remercier avec effusion. Je ne lui demandais pas, pour ce léger office, de me coucher sur son testament, mais j’estime qu’il eût mieux agi en demeurant neutre dans un débat qui ne le concernait aucunement. S’il a la
un beotisme trop épais pour comprendre la saveur de ces choses d eur
ft
Fidèle à mon principe, je ne dis rien, et tous ceux qui me sont venus voir alors en peuvent témoigner qui ne fut une paraphrase du dédaigneux et miséricordieux : « Pauvre. . . diable ! » de Daudet, — u n écho de cet apitoiement qui prend tous les hommes avant un cœur, devant la chute de ceux mêmes qui ont été les plus insolents et les plus durs au temps de leur passagère fortune.
Au moment où les débats s’engagèrent, il fut expressément convenu avec M- AufTray, qui m’avait offrit le secours de sa vive et mordante parole qu a moins d attaques contre mes témoins ma personne ou mon livre, il garderait un silence que
facileUrt°1Sle ^ M” LeDté n°US a’ d’ailleurs> rendu
Je médisais: « L’arrêt admettra dans une certaine mesure le mouvement instinctif. L’influence juive aidant, Meyer aura huit jours de prison et nous
irons tous aux champs voir le soleil se coucher dans es radieux horizons d'été. »
Je tombai littéralement de mon haut lorsque je us 1 arrêt à la fois funambulesque et infâme de arthelon. C’était l’assassiné qui avait tort ! C’était
6 U1 dont on avait traîtreusement et lâchement saisi epee qui avait été incorrect !
Je me promis bien de dire son fait à Bartheïon ans une brochure ou dans un volume, puisque tous s journaux m étaient fermés, et, après avoir respiré
«218 DEVANT L’OPINION
la brise marine à mon aise, je me tiens parole aujourd’hui....
Il est impossible, en effet, de voir accumulation pareille de mensonges et de bêtises.
Je vous mets d’abord cet arrêt baroque sous les
yeux :
Le Tribunal,
Attendu que dans un duel à l’épée qui a eu lieu le 24 avril, à la Celle-Saint-Cloud, Meyer a blessé Drumont à la cuisse gauche, et qu’il en est résulté une maladie de plus de vingt jours; que ce fait est réprimé par la loi pénale;
Attèndu que, pour apprécier la culpabilité du prévenu, il importe de prendre en considération les circonstances dans lesquelles le délit s’est produit;
Attendu que Meyer a été provoqué par de graves outrages;
Attendu qu’il s’est, à la vérité, soumis à la décision des témoins autorisant l’engagement corps à corps, et que rien ne saurait excuser ce genre de combat;
Qu’en effet le corps à corps « où les membres s’entrecroisent, les souffles se confondent, les poitrines se heurtent, où les mouvements sont désordonnés », ainsi que dans l’espèce il a été décrit par tous, n’est autre chose que le duel au couteau, avec la seule différence de la longueur des lames;
Qu’il y a lieu cependant de reconnaître que, sur ce point, le prévenu n’a qu’une faible part de responsabilité;
Attendu que Meyer a été accusé d’avoir, dans une première lutte corps à corps, porté la main gauche sur l’épée de son adversaire, puis, malgré un avertissement, de s’être, dans un second corps à corps, servi à nouveau delà main pour détourner l’arme de Drumont, et, à ce moment même, de l’avoir frappé i sans défense ;
Mais attendu qu’il est impossible de déterminer si la blessure et la main mise sur l’épée de Drumont ont été simultanées, les deux adversaires fourrageant déjà depuis quelque
instants entre leurs jambes, suivant l’expression caractéristique d’un témoin, et Drumont n’ayant constaté qu’il était blessé qu’un certain temps après la fin de la lutte;
Que dans tous les cas, et sans que le tribunal ait à rechercher dans quelles limites le corps à corps prolongé laisse les combattants maîtres de leurs actes, les témoins des deux parties, expressément interpellés, ont estimé tous qu’il n’y a pas eu intention déloyale de la part de Meyer;
\ u les art. 309 et 463 du Gode pénal, en faisant application au prévenu, le condamne à 200 francs d’amende et aux dépens.
Vous prétendez que le fait de blesser quelqu’un en duel est réprimé par la loi pénale ?
Nous voilà retournés au code fantaisiste de Diaoulé Karamoko.
Vous, juges, vous punissez quelqu’un pour avoir causé une incapacité de travail de plus de ving t jours, et vous n’avez condamné ni même jugé M. ïvœchlin Schwartz qui a tué M. Lichtenberger en duel? Vous n avez condamne ni meme juge M. Charles Viguier qui a tué M. Robert Caze en duel? Vous n’avez condamné ni même jugé les centaines de duellistes qui, depuis dix ans, ont blessé plus ou moins grièvement leurs adversaires?
C’est ainsi que vous comprenez l’égalité devant la loi? Farceurs !
S il était condamné pour cela, Meyer serait très s intéressant. Ce serait une victime de l’injustice des hommes. C’est l’argumentation de Delpit (1) du reste.
^ (1) Quel type encore que ce Delpit ! II m’écrivait un jour pour me rappeler que j’avais publié, il y a de longues années, le premier article qu’on ait imprimé sur lui. Cela n’a pas d’importance et, à
dont Me Lenté, à l’audience, lut l’article à Barthelon qui parut le priser fort.
Vous citez les phrases d’un journal pour faire croire que ce duel était un duel de sauvages. Vous n’avez donc pas lu l’interrogatoire de M. Meyer devant le juge d’instruction? Vous y auriez vu cette phrase :
M. Drumont me dit à la fin de la première reprise : « Ma foi, c’est bien dommage que l’on nous ait séparés, cela commençait à devenir amusant. »
Ce propos, tenu en souriant, indique-t-il un homme hors de lui, un homme qui ait perdu cette pleine possession de lui-même qu’un Français et un Chrétien, soldat, artiste ou ouvrier, garde toujours
notre époque comme à toutes les époques de guerre civile, il peut parfaitement arriver qu’on soit obligé de combattre à outrance des gens avec lesquels on a eu jadis des rapports très agréables. Avouez cependant que c’est une idée biscornue, lorsqu’on laisse volontiers accoler à son nom l’épithète de chevaleresque, d’aller faire des démarches actives en faveur d’un félon et de prendre chaleureusement la défense de quelqu’un qui s’est déloyalement conduit dans un duel, contre un confrère qui vous a souhaité amicalement la bienvenue dans les lettres.
Ce n’est pas un méchant homme, malgré tout, que ce Delpit. On , l’a appelé : « Un sauveteur qui ne sait pas nager. » C’est surtout un sauveteur qui a la spécialité des sauvetages ridicules. Il voit un homme en jeter un autre à l’eau..., il s’élance aussitôt.. . au secours ' de l’assassin. Son curriculum vilæ sous ce rapport est véritablement stupéfiant.
Un jour à Pantin, raconte la légende, on découvre les cadavres de la famille King, et la foule n’a pas même la force de pousser un cri d’indignation. « Pauvre Tropmann 1 » s’écrie une voix. C’était Delpit qui débutait... .
Une femme de cœur fait d’une fille sans dot la plus riche grande dame de France. La fille sans dot trompe indignement son mari et diffame odieusement cette belle-mère qui avait été si généreuse pour
un milieu du péril et qu’un Juif perd dès qu’il voit luire une épée?
J imagine, en effet, quelle aurait été la stupéfaction des vieux maîtres d’armes, si on leur avait dit qu’il suffisait pour devenir tout à coup furibond d’a- \oir, selon leur langage, la main en pronation au lieu de l’avoir en supination. C’est l’état d’âme intérieur qui est tout là dedans. On peut avoir la main en
on peut l’avoir
en prime et être absolument calme.
La phrase sur le duel au couteau ne dépare pas cet édifice d’inepties.
Le coips à corps, dites-vous, n'est qu'un duel an
couteau avec la seule différence de la longueur des lames.
5u.el. ang® qu®. cette J'eune femme ! » exclame un journaliste, t, était Delpit qui continuait....
et dan^IWar angl?iS Se f0Urre dans une aventure scandaleuse, t dans 1 escalier d une dame , s’engage ce mémorable dialogue.
Le capitaine Forster à sir Charles Dilke, au pied de l’escalier :
Sir Charles Dilke, je pense ?
— Oui, monsieur.
— Eh bien j’ai à vous dire, s’écrie le capitaine Forster, que vous
êtes une canaille et un menteur ! q
— Vous pourriez ajouter, répond sir Charles Dilke, que je suis aussi un lâche! mais je suppose que vous êtes un gentleman et que
par-dessu0sUtoutZ P“ ^ à ^ SitUation politique> à Quelle je tiens
Le jury condamne sir Charles Dilke et la reine le raye de sa propre main de la liste des membres du Privy Council :
« Quel galant homme que ce Charles Dilke ! » lit-on un jour dans une chronique du Figaro. C’était Delpit qui poursuivait son œuvre. Ce n est pas sa faute. Il voit comme cela. Il semble affectionner de preference ceux qui manquent au devoir essentiel, qui est le couage chez 1 homme et la pudeur chez la femme. Chacun son coût* mais pourquoi diable les journaux du boulevard s’obstinent-ils à appeler toujours « notre chevaleresque confrère Delpit »?
*222 DEVANT L’OPINION
Or, je ne vous propose pas un lapin, comme on fait en pareil cas, je vous offre une immense, une gigantesque gibelotte, à la dégustation de laquelle j’invite, non seulement le tribunal, le substitut, le greffier, mais tous ceux qui ont figuré dans l’affaire : Lenté, Waskiewicz, Saucède, Treille, Danet, Meyer lui-même — à une seule condition .
Gitez-moi, dans toute l’histoire des duels, un duel, un seul, vous m’entendez bien, qui n’ait pas été un duel au couteau avec la seule différence de la Iongueur des lames.
Est-il donc nécessaire d’apprendre à ce président, positivement surprenant, qu’une épée n’est qu’un couteau qui a seulement, comme il le fait, remarquer avec beaucoup de sagacité, une lame plus
ongue?
Les fusils, également, sont des pistolets, mais ils ont un canon plus long; les canons, eux-mêmes, ne sont que des fusils plus gros. J’ajoute que les arbres ne sont que des arbustes, seulement ils sont plus hauts. Quant aux hommes, ce sont des entants qui
ont grandi.
L’affirmation qui termine cette série d’impostures est digne de tout ce qui précède. Les témoins « expressément interpellés » n’ont pas estimé du tout qu’il n’y avait pas eu intention déloyale de la paît de M. Meyer. Ils ont tous déclaré qu'il y avait eu un acte déloyal de commis , mais ils ont répondu comme ils le devaient à une question que le président leur posait d’une façon captieuse. Ils ont refusé de se faire les juges de ce qui s’était passé dans une conscience,
el de décider s’il y avait eu oui ou non préméditation.
Ceci est le secret de M. Meyer; c’est à lui que le président devait le demander.
Je vois un homme tricher au jeu, je vous dis : Il a triché. Mais je ne puis vous affirmer que, si le hasard des cartes lui avait mis naturellement tous les atouts dans la main, il aurait triché quand même. C’est une tentation qui a pu l’assaillir devant le tapis vert ou sur le terrain , c’est une tentation même qu’il peut n’avoir pas eue au commencement de la partie et qui peut lui être venue à la fin.
Voilà les âneries que les magistrats sont arrivés à mettre dans leurs jugements!
Je vais maintenant, après avoir causé jurisprudence avec mes lecteurs à propos de l’Union générale, causer escrime avec eux à propos du fameux corps à corps. Qu’ils ne s’effrayent pas! C’est simple comme bonjour. Il suffit pour comprendre d’avoir du bon sens et d’être honnête.
Je ne m’adresse pas au faux monde' de l’escrime, dont je tracerai un croquis tout à l’heure. Il y a dans ce monde force braves gens et force gens braves, i mais, dominés par les Juifs comme tous ceux qtv vivent d’une vie plus ou moins d’apparat et montent sur des estrades, ils attendent qu’un Jacob leur ait fait signe pour se prononcer, et ils ont laissé déshonorer l’escrime française sans protester.
Je parle aux simples et aux loyaux. Une paysanne me comprendrait, et un curé de village, tout en con-
221 DEVANT L’OPINION
damnant, bien entendu, le principe même du duel, s’expliquerait très bien ce que je veux dire et l’expliquerait à son sacristain.
Ne suis-je pas un sacristain moi-même? C’est le nom que donnait volontiers aux écrivains catholiques ce polisson de Lockroy, qui se permettait d’appeler « drôles » les rédacteurs du Monde. C’était leur faute après tout. Pourquoi lui avaient-ils parlé poliment? Il fallait faire comme moi, qui, dans la France juive , ai eu la satisfaction d’administrer à ce queue-rouge la plus exemplaire correction que jamais fesses de Bobèche aient reçue, depuis qu’il y a des fesses et des Bobèche sur la terre....
Ce mot de sacristain, je me hâte de le dire, ne me choque point. Je ne vous cache pas qu’étant méditatif, mon rêve eût été, en des temps calmes, d’être bibliothécaire dans une abbaye ou sacristain dans une église. Quoi de plus charmant que de classer les chefs-d’œuvre du génie humain, d’aider ceux qui écrivent et de n’écrire point soi-même? Quoi de plus doux que d’entrer le premier à l’église, quand l’aube, colorant à peine les vitraux, met une clarté indécise dans le sanctuaire, et de prendre soin de la demeure de Dieu? Quoi de plus poétique que de sonner ces cloches qui annoncent qu’un fils de la mère Ève, Eva matre natus , comme disent certaines inscriptions de cimetières, va recevoir l’eau du baptême, qu’un Chrétien de plus, étant bien mort, est recueilli sans doute par la miséricorde de Dieu dans le Paradis éternel?
Tous les sacristains de France ont, d’ailleurs, un
patron qui ne leur fait pas déshonneur. A la Révolution, quand le sacristain du Pin en Mange vit que l’on chassait les prêtres du saint lieu et que l’on ne pouvait plus dire la messe, il sonna une dernière fois les cloches, mais cette fois ce fut pour appeler les gars des environs aux combats. Ce ne fut plus près de l’autel, ce fut au milieu de la mêlée que l’on revit le sabre à la main, le Sacré-Cœur sur la poitrine, le généralissime de l’armée catholique et royale, Jacques Cathelineau, le sacristain du Pin en Mange. . . .
Pour en revenir à l’escrime, elle comprend huit positions pour l’épée qui équivalent à peu près aux notes de la gamme.
Les notes de la gamme s’appellent : do, ré, mi, fa, sol, la, si, ut.
Les positions s’appellent : prime, seconde, tierce, quarte, quinte, sixte, septime , octave.
On ne peut pas plus supprimer une position parce qu’elle gêne la main du Juif, qu’on ne peut supprimer une note sous prétexte qu’un gosier israélite ne pourrait donner Yut ou le sol.
Tout ce qu’ont garanti aux Juifs les principes de 89, c’est le droit de ne pas prendre une position qui leur déplaît, comme de ne pas fournir une note qu’ils n’ont pas.
La position de prime est définie ainsi par le plus récent traité d’escrime (1) :
(1) Traité d'escrime, pointe et contre-pointe, parRomuald Brunet, ouvrage illustré de cinq dessins, par Eugène Chaperon, et de vingt-sept planches inédites.
DEVANT L’OPINION
Position de prime.
La main en tierce à la hauteur du front, le pouce en dessous, le coude ployé, la pointe baissée. Position : bas du dedans.
Quand on est dans la position de frime, on tient, selon l’expression de M. Paul de Cassagnac, 1 épée en chandelle, seulement la meche de la chandelle, c’est-à-dire la pointe de l’épée, est en bas, tandis que le chandelier, c’est-à-dire la poignée de l’épée, est en haut.
Dès que l’on se met entre les mains des hommes composant la corporation, jadis si honorable, des maîtres d’armes, ils vous ordonnent tour à tour, dans le cours de la même leçon, de parer quarte , tierce , septime , prime.
Il n’est donc pas besoin d’avoir une intelligence prodigieusement développée, pour comprendre que ces braves gens ne vous enseigneraient pas des coups dont vous ne pourriez pas vous servir.
Mon maître, qui avait appartenu à l’école de Joinville, affectionnait le coup de prime , et l’idée ne m’est jamais venue que le ministre de la guerre fût assez astucieux pour breveter des militaires, les chevronner, les médailler à la seule fin d’inculquer à leurs disciples les principes d’une escrime qui parût irrégulière à M. Barthelon.
Tandis que Me Lenté se gargarisait avec la déclaration de MM. Jacob et Mérignac, condamnant le corps à corps , c’est-à-dire le coup de prime , j’avais la langue levée pour dire au président :
« Faites donc grimper un municipal sur une impériale d’omnibus et envoyez-le à la salle de ces fieffés imposteurs, il trouvera ces deux pendards sur une planche en train d’enseigner à leurs élèves, moyennant une bonne rétribution, ce coup qu’ils déclarent inadmissible. »
Plus heureux en effet que M. Barthelon, un enfant en bas âge comprendrait qu’un monsieur qui a le bias levé en 1 air ne peut toucher son adversaire qu’en s’approchant tout près de lui.
Ce rapprochement est ce qu’on appelle le corps à corps , le terrible, l’épouvantable corps à corps qui a fait pousser des cris d’horreur au président de la 10e Chambre.
Or, de toutes les positions qu’on peut prendre en duel, le corps à corps est incontestablement la moins dangereuse. On risque d’être traversé de part en part en marchant, mais c’est tout.
Faites encore appel à cette simple raison qui avait ce jour-là complètement abandonné M. Barthelon. et vous vous expliquerez parfaitement qu’un coup porté ainsi par une main placée dans une altitude peu naturelle, qui gêne toujours les plus adroits, a bien des chances pour être hésitant et débile.
Le coup redoutable, le coup meurtrier, c’est le coup envoyé à distance lorsque la main peut se déployer dans un élan plein d’élasticité, lorsque l’homme bien assis sur ses jambes peut prendre, en se fendant, une impulsion qui double la force de son bras.
La main gauche, que l’on est libre de tenir
comme à la salle, élevée derrière la tête, sert de balancier et, en retombant, accélère encore ce mouvement harmonieux et complet où tout, sans secousses, sans raideur, sans brusquerie, concourt à l’effet général.
C’est le comble de l’art. Quand vous en êtes là, vous êtes sûr de votre affaire.... Vous êtes tué à la première rencontre par quelqu’un qui n a jamais tenu une épée de sa vie, mais vous avez la consolation de mourir selon les principes.
C’est à peu près le cas de l’infortuné colonel Herbinger, une lamentable victime de l’opportunisme, pour laquelle je me reproche d’avoir été un peu sévère dans la France juive. Il était professeur de tactique à l’École de guerre et son cours, au dire des plus difficiles, était le plus remarquable de l’École. Quand il fut investi du commandement suprême, tout ce qu’il put faire comme tactique dans les circonstances où il se trouvait, fut de dire à ses soldats : t Nous ne sommes pas les plus forts, filons le plus vite possible, si nous ne voulons pas que les Chinois nous scient la tête à tous. »
Le corps à corps ne sera donc jamais recherché
par le véritable spadassin. C’est un souvenir de la
furià francese , il répond à un instinct national : le
besoin de charger, d’aller en avant, de se rapprocher
de son ennemi. C’est le système offensif qui nous a si
souvent réussi et que le général Boulanger, qui a été
quelquefois moins bien inspiré dans ses propos, a eu
raison de recommander aux généraux à la suite des
grandes manœuvres.
En tout cas, le corps à corps est une péripétie très normale du duel (1).
C’est l’avis de Vigeant, qui ne pouvait en croire ses yeux en lisant dans la Gazette des Tribunaux les déclarations de MM. Waskiewicz, Saucède, Roulez, et surtout de Jacob et de Mérignac.
« Le corps à corps , me disait-il, fait partie intégrante de l’enseignement de l’escrime. Sans doute on recommande aux débutants de ne pas en abuser, car il est disgracieux lorsqu’il n’est pas exécuté avec virtuosité et élégance; mais dans tous les assauts au contraire, le corps à corps donne lieu à des fins de phrase splendides qui excitent les applaudissements des assistants. *
C’est absolument comme la gamme dont je vous parlais tout à l’heure. Pour assouplir le mécanisme — le mot est le même en musique qu’en escrime — on prépare progressivement les élèves à aborder certaines notes un peu hautes pour eux au début, nais on n’a jamais songé à interdire ces notes.
M. Paul de Cassagnac a, du reste, parfaitement lilucidé tout cela dans un article de Y Autorité à pro-
! (1) Je demande pardon à mes lecteurs de province d’insister ur ces explications. Le moindre sous-officier, en prenant le vermouth matinal avec un camarade, le plus humble maître d’armes enant une salle dans un faubourg de sous-préfecture, va s’écrier :
' Ah çà! quel besoin éprouve M. Drumont de nous apprendre que leux et deux font quatre? » Détrompez-vous, mes amis, dans le nonde chic de l’escrime, à Paris, deux et deux ne font pas quatre, ls font cinq, quand il s’agit d’un Juif. Ils en sont arrivés, dans ce monde, à ce point d’inconscience de ne pas comprendre ce qui vous emble une vérité de La Palisse. En revanche, quels plastrons! iomme c’est bien soutaché, agrémenté, souple et fort!
DEVANT L’OPINION
pos du duel de MM. Harden-Hyckey et Lavertu
Je reviens au corps à corps, dont l’interdiction est un bêtise.
En a-t-on assez parlé du corps à corps dans le duel Dru mont-Meyer !
J’ai encore à l’oreille l’écho des phrases indignées par les quelles le président du tribunal flétrissait le corps à corps cette phase abominable, féroce, sauvage d’un duel acharné.
Et tout le monde a frémi sur la barbarie d’un pareil combat
Aussi les témoins du duel Harden-Hyckey-Lavertujon l’on proscrit avec horreur, ce qui est une puérilité d’abord et um sottise ensuite.
Le corps à corps est d’abord ce qu’il y a de moins dangereu: dans un duel, par la bonne raison que l’on est armé d’un< épée dont la lame est trop longue pour qu’on puisse fain autre chose que de la tenir en chandelle en l’air, ou en cann» en bas, lorsqu’on est poitrine contre poitrine.
Il est 'presque impossible de se toucher dans un corps à corps réel.
Si l’on se battait au couteau, oui (2).
Mais avec une épée allongée encore de toute la longueui du bras, le corps à corps est absolument inoffensif.
On a l’air de s’égorger et l’on ne se touche presque jamais,
Il est bien autrement dangereux, bien autrement terrible de se trouver à lm50 de distance, d’où chaque coup d’épée peut vous traverser de part en part, dans une fente à fond.
Donc, défendre le corps à corps, c’est obéir à une niaiserie de mélodrame.
Et puis, c’est manquer gravement à son devoir de témoins prudents.
(1) Autorité du 27 août 1886.
(2) Pour mettre les points sur les i, M. Paul de Cassagnac aurait dû écrire : « Si l’on se battait avec cette épée à lame très courte qu’on appelle un couteau. »
L’ESCRIME SEMITIQUE. 231
Règle générale, vous ne devez jamais fixer, comme conditions de combat, que les conditions que vous êtes en état physiquement, matériellement, de faire exécuter.
Celles dont l’exécution peut échapper à votre surveillance, sont des conditions imprudentes et téméraires, pleines d’im- I prévu et que l’on doit éviter avec soin.
Or je voudrais bien savoir comment s’y prendront les témoins pour empêcher un corps à corps que les adversaires peuvent rechercher dans un moment donné ?
S’ils crient d’arrêter, c’est généralement, dans ces moments- | là, comme s’ils chantaient.
Et en admettant qu’il y en ait un qui obéisse, ils le font | tuer par l’autre qui continue pendant que son adversaire s’arrête.
Quant à se jeter sur eux et à les prendre à bras-le-corps pour les séparer, c’est de la folie pure, parce que, pour peu que vous reteniez celui-ci une demi-seconde avant celui-là,
• c’est juste le temps nécessaire pour le faire traverser par celui dont le bras est encore libre.
Je le répète, toutes les conditions de combat dont vous ne pouvez pas surveiller et assurer l’exécution pratique, sont autant de pièges, autant de surprises, autant de causes de malheurs.
Qu’on proscrive l’usage du bras gauche, c’est tout naturel,
\ car un honnête homme ne saurait s’en servir en duel sans < exciper d’un funeste moment d’aberration ou d’oubli, mais [ qu’on laisse le corps à corps tranquille, car il n’est dangereux qu’aux yeux de ceux qui ne savent pas ce que c’est que les \ armes, et, de plus, il vous est impossible, sur le terrain, de l’empêcher sans donner malgré vous un terrible avantage à l’un des adversaires, et au moins intéressant, c’est-à-dire à celui qui n’obéirait pas instantanément.
C’est la confirmation de ce que disait M. Albert Duruy, qui affirmait, malgré les hochements de tête du président, qu’il était impossible d’arrêter un corps à corps ; c’est la réponse à M. Treille, qui,
DEVANT L’OPINION
dépêché par M. Weil-Picard, le coreligionnaire de M. Meyer, au secours du directeur du Gaulois , déclarait que le coup de 'prime était criminel et qu’il se faisait fort d’arrêter tous les corps à corps présents, passés et futurs. Il n’y a qu’un moyen pour arrêter les corps à corps , c’est celui qu’employa le docteur Danet à la première reprise, en me saisissant à bras le corps au risque de me faire tuer. M. Barth elon paraissait trouver cela très bien, mais je crois M. Treille trop homme d’honneur pour recourir à ces procédés.
Étant donné ce qui précède, M. Paul de Gassagnac me paraît illogique de ne pas reconnaître hautement que mes témoins ont fait tout ce qu’ils devaient faire.
Attacher la main gauche de M. Meyer à la seconde reprise était impraticable. M. Paul de Gassagnac ne consentirait jamais à se battre avec un adversaire qui serait dans ces conditions d’infériorité évi- ' dente.
M. de Cassagnac semble blâmer la modération du procès-verbal et en ceci il se trompe; — ce qui s’explique par ce fait qu’il est plus polémiste que psychologue.
Il y a vingt ans, ce procès-verbal eût été écrasant. Si les gens qui se piquent de correction mondaine n’ont pas su le comprendre, c’est que la société actuelle, dans les hautes classes particulièrement, est tombée, en ce qui touche à l’honneur, au dernier degré de l’indifférence. J’ai eu une preuve très frappante de cet abaissement dans l’opinion en
constatant que tous ceux qui m’avaient envoyé leur carte comme témoignage de sympathie et de protestation contre le jugement de la 10e Chambre : officiers, amateurs d’armes, hommes du monde, appartenaient à la génération d’autrefois.
Les témoins n’avaient pas à se placer à ce point de vue. Ils n’avaient à prévoir ni l’effronterie toute juive de Meyer, ni la lâcheté de la presse, ni la profonde immoralité de Barthelon; ils n’avaient qu’à dire ce qui était dans les termes où ils l’ont dit.
La démonstration est donc absolument faite. Je l’aurais faite plus complète encore si M. Waskiewicz, au lieu de mettre son nom au bas d’un petit papier, se fût présenté en personne devant le tribunal et eût obtenu de Barthelon qu’on laissât discuter la question.
Ce Waskiewicz, qui a pour le coup de prime une horreur incompréhensible chez un homme qui en a placé beaucoup jadis sous les colonnades de la Bourse, est, paraît-il, le premier tireur de Paris. M. Tavernier, un spécialiste de l’épée, trace de lui un portrait qui glace les sens d’épouvante. On eût dû le peindre sur les drapeaux dans l’expédition du Tonkin, pour l’opposer aux Dragons tirant la langue et roulant des yeux menaçants que les Chinois représentent sur leurs étendards.
Le brillant élève de Cordelois est surtout « attâqueur », comme la majorité des disciples de ce maître éminent, comme A. d’Ezpeleta, comme Cordelois lui-même.
Ce n’est pas à dire qu’il pare médiocrement. Il a, au contraire, une main excellente et prend notamment le contre de
quarte avec une vraie maîtrise. Ses ripostes et contre-ri postes sont aussi fort réputées. Mais la force de Waskiewicz, ü n’y a pas à dire, — c’est l’attaque.
Les coups droits, les une-deux dedans au changemen d’engagement, les battements au changement dégagé pleuven alors drus comme grêle sur la poitrine de l’adversaire. Tous ces coups sont exécutés d'allonge , car Waskiewicz possède mieux que personne ce qu’on a appelé « la rouerie de la garde » ou le calcul de la distance. Il sait se « loger » d’unt admirable façon.
Ajoutez à cela que c’est un tireur de tête habile à tendre à ses adversaires des pièges machiavéliques (1).
— Eh bien, aurais-je dit à ce foudre de guerre, si je m’étais trouvé en face de lui, vous affectionnez les coups d’attaque, c’est parfait. Supposez que j’écarte votre épée par un vigoureux battement et que je saute sur vous la main en prime. Qu’est-ce que vous feriez, vieux malin? Attendriez-vous que les témoins, selon la théorie deM. Treille, s’élancent pour dénouer la situation? Saisiriez-vous mon épée de la main gauche? Je vous estime peu, mais je vous crois incapable d’une telle infamie. Que feriez-vous?
Ce que je ferais? aurait répondu Waskiewicz, mais vous êtes un enfant de m’adresser cette question. Vous vous battez loyalement, comme moi, vous ne ’vous servez donc pas de la main gauche, conséquemment vous ne paralysez pas mon mouvement.... Ce que je ferais? je m’en irais tout simplement si vous ne m aviez pas touché tout de suite et s’il ne me
(1) Amateurs et salles d’armes de Paris, par Adolphe Tavernier. Illustrations de Genilloud.
plaisait pas de riposter en prime ; j’exécuterais un saut en arrière, ou un bond à droite ou à gauche et, mis sur mes gardes cette fois, je vous tiendrais si droite la pointe de l’épée que vous ne pourriez avancer sans vous percer vous-même.
— Vous voyez donc bien- que vous avez menti en prétendant que le corps à corps était un combat en dehors de toutes les règles? M. Meyer, qui avait cinquante mètres de route derrière lui , n’avait qu’à faire ce que vous dites et à rompre brusquement.
Avancer, rompre, avancer de nouveau, selon l’inspiration du moment, tout le duel est là, surtout lorsque le corps à corps a été consenti d’avance.
M. Meyer, que je n’ai pas été chercher et auquel je n’ai demandé aucune rencontre, est dans la position de quelqu’un qui vient vous proposer une partie, en accepte les conditions, en détermine l’enjeu, et qui, au moment critique, quand les chances sont égales, et qu’on a le même nombre de points, sort brusquement un roi de sa manche. Il est bon d’être royaliste, mais il ne faut pas l’être jusque-là....
Je n’ai jamais réclamé qu’on guillotinât ce combattant sans scrupules. Je ne suis point de ceux qui accablent les vaincus, mais j’aurais trouvé décent que M. Meyer eût la catastrophe plus modeste, et qu’à la suite de cet accident, il allât faire ün petit voyage et disparût pour quelques mois.
Je m’étonne même que les chefs du parti monar-
DEVANT L’OPINION
chique, ne fut-ce que dans l’intérêt de leur cause, n’aient pas eu assez de délicatesse et de tact pour faire entendre au directeur du Gaulois qu’il était malaisé de rester à la tête d’un journal qui se donnait pour le champion de la vieille France, lorsqu’on manquait de la plus élémentaire qualité française : la loyauté sur le terrain.
Je suis d’autant plus à l’aise pour écrire ceci qu’en pareille occurrence je n’aurais eu à compter sur nulle pitié. Un clérical saisissant l’épée de son adversaire de la main gauche pour le frapper plus sûrement! Entendez-vous le ramage d’ici? Devinez-vous ce qu’aurait été cette chasse au calotin? Quel charivari, depuis la République française jusqu’au Radical , depuis la Lanterne jusqu’au Voltaire! La main gauche se serait appelée du coup la calotine , et l’on n’aurait pu prendre une salière de la main gauche, dans une table d’hôte de commis-voyageurs, sans qu’on s’écrie : « C’est le coup d’Escobar! »
Voilà ce que ne disent pas des hommes comme M. Henry Fouquier, qui s’en tiennent toujours à la surface des choses, avec un certain penchant pour la Vérité, quand cette Vérité ne doit les brouiller avec personne.
Voilà ce que M. Eugène Veuillota eu le courage de dire dans une situation bien difficile pour un Chrétien tel que lui. Sans doute, en se plaçant au 1 point de vue de l’Église, il a condamné le duel, et il a bien fait; mais, en se plaçant au point de vue humain, il s’est retourné vers les défenseurs de Meyer et leur a dit : « Si c’était M. Drumont qui eût man-
que ainsi de cœur, quels cris n’auriez-vous pas poussés! »
Les journaux républicains ont baissé la tête et se sont tus. Une fois de plus, le courageux écrivain venait de démontrer à quel point la presse de toutes les opinions appartient à Israël. Tout Juif qui tombe est certain de se relever et de trouver des mains qui l’aideront. Un Catholique peut tenir tant qu’il est debout, regardant en face ses adversaires; on se dit : (( Il n est pas méchant, mais il est énergique. Avant de succomber, il ramassera un tronçon d’arme pour tous en frapper. » Dès que le pied lui manque, il est nort, et tout le monde se précipite pour l’achever.
Ah! oui! ils en auraient fait de la musique si je n’étais servi de la main gauche! Le Syndicat de la tresse aurait été capable de statuer sur le cas.
Quel poème de ridicule que ce Syndicat! Il est le •ardien de la dignité professionnelle, professionîelle, monsieur.... Et tous ses membres, sans excepion, seraient trouvés porteurs de petites cuillers en jirgenl dérobées dans des lieux publics, qu’il ne tonnerait pas signe de vie. Il n’eut de velléité de se nanifester que dans une circonstance unique.
Une voix indignée et frémissante avait électrisé es membres de cet aréopage assoupi.
« La presse est comme la femme de César, elle ne oit pas être soupçonnée. Pour être généralement arrée, la table d’un bureau de rédaction n’en est as moins une Table ronde autour de laquelle ne oivent s’asseoir que des preux qui n’ont jamais nlli. Or un des nôtres a failli. Selon une parole
DEVANT L’OPINION
célèbre : « Il a manqué d’imprudence » dans un moment décisif. Rayons ce membre trop peu solide delà liste des membres du Syndicat! »
Ainsi parlait la voix que semblait accompagner une espèce de cliquetis belliqueux.
On se consulta, on alla au vote, et l’on opina à l’indulgence, tout en admirant la crânerie du promoteur de la proposition, auquel chacun disait en sortant : « Sacristi ! mon cher confrère, des gaillards comme vous ne doivent pas être commodes sur le pré. » L’intraitable champion de la dignité professionnelle était M. Arthur Meyer et celui qu’il voulait faire expulser était M. Edmond Magnier, qui, acculé à une voiture, avait rompu un peu en désordre; mais, somme toute, n’avait porté aucun coup déloyal à son adversaire!
Considérez cependant quelle est la puissance de la Juiverie dans les journaux. Cet excellent M. Magnier, qui trouvait, non sans raison, que les articles publiés dans le Gaulois , contre lui à cette occasion, étaient « abominables », n’a jamais eu un mot de commentaires sur l’étrange jugement qui acquittait celui qui avait voulu le faire chasser du Syndicat (1).
(1) La presse, presque tout entière, a été muette sur un jugement qui a une importance considérable à une époque où tout1 le monde s’occupe d’escrime. La Lanterne et les Débats , Eugène Mayer et Léon Say, ont ôté d’accord pour féliciter le tribunal de la sagesse de ses décisions. M. Albert Rogat; vaillant comme toujours, a montré à quel point Barthelon était inepte. L’article le plus juste et le plus complet a été publié dans l'Écho de Paris, par un de mes confrères que je ne connais pas personnellement, M. Dubrujeaud, ce qui est d’autant plus méritoire de sa part qu’il ne peut pas souffrir la France juive, — ce qui est parfaitement son droit.
A côté de ce silence presque absolu de la presse, il faut noter le silence profond de tout ce monde de l’escrime qui, depuis quelques années, fait un vacarme du diable. C’est en recherchant les causes de ce mutisme que nous allons rentrer dans l’étude sociale, qui est autrement intéressante que l’examen du cas particulier de M. Meyer.
On a bouleversé la société sous prétexte de réformes indispensables dans l’éducation, et jamais les enfants n’ont été plus insolents, plus mal élevés, Mus précocement corrompus, plus irrespectueux envers leurs parents; jamais on n’a vu tant d’assassins de quatorze ans et de suicidés de douze ans.
On a publié sur l’escrime plus de volumes en ces lix dernières années qu’on n’en avait publié en cent ans autrefois. On nous a fatigué les oreilles les prouesses accomplies dans tous les assauts pu- )lics et privés.
La conclusion, qu’ont relevée tous les journaux l’Italie (1), est que, de l’avis même de maîtres
(1) Jamais l’école italienne moderne n’a admis qu’on se serve de a main gauche depuis qu’on n’emploie plus la dague. Tous les ournaux italiens, dont les journaux français se sont bien gardés le parler, ont été d’accord pour déclarer que M. Meyer avait agi déloyalement, no cavalcamente.
Le code de l’escrime italienne, le Coclice cavalleresco italiano , édigé par Achille Angelini, tenante generale , sous les auspices l’un comité où figurent le vice-amiral Acton, le chevalier Émile Conti, président de la Société d’escrime de Milan, le prince Beljiojoso, le général Cialdini, est formel sur ce point :
a Celui qui se servira également bien des deux mains devra, avant e commencement du duel, déclarer de quelle main il entend se ervir.
« Dans le duel à l’épée, il n’est pas permis d’empoigner l’épée de
DEVANT L’OPINION
comme Jacob et Mérignac, et d’amateurs en renom comme Waskiewicz et Saucède, l’usage de la main gauche est autorisé et qu’il est permis de saisir l’épée de son adversaire pour le frapper (1).
Peut-être ces messieurs, sentant un peu de rouge leur monter au visage, légèrement gênés par le regard de quelques honnêtes gens qui ont le courage de ne pas cacher leur mépris, protesteront-ils qu’ils n’ont pas été jusque-là? Ce serait un men- 1
l’adversaire, pas plus que de parer un coup avec la main désarmée. »
Jamais San Malato n’a approuvé l’emploi de la main gauche. J’ai sous les yeux une lettre de lui, bien antérieure au duel Meyer, dans laquelle il proteste contre l’opinion qu’on lui a attribuée. J’en cite quelques passages, en leur laissant leur forme originale : « Je suis étonné, quand ils m’ont fait dire que f admets la parade de la main ' gauche!... Chose que je n ai jamais dit ni pensé. Vous comprendrez que je ne veux pas qu’on dise une chose tout à fait contraire à ma pensée.... Peut-être que je ne me suis pas bien expliqué dans ma première lettre.... Jamais j’ai admis la main gauche, jamais. »
Quelques maîtres d’armes français, non pas des simples, des bons, des convaincus, que j’aime de tout mon cœur, ils le savent bien' 1 mais des piliers de tripots et des affamés de réclames, ont profité de ce que San Malato ne connaissait pas bien toutes les finesses de la langue française pour lui faire dire ce qu’il ne pensait pas, et ils se sont écriés alors : « Voyez comme nous sommes chevaleresques I nous autres! » Quelque temps après, un Juif a besoin d’une déclaration contraire : « A vos ordres, monsieur Meyer, ont répondu Jacob et Mérignac. Vous plaît— il que nous déclarions que le premier principe de l’escrime est de frapper son adversaire avant qu’il se soit mis en garde, au moment même où il est en train de remonter un i peu sa culotte, nous sommes prêts, et le monde de l’escrime a roulé si bas que l’on nous offrira encore des banquets. » 1
(1) Dans l’affaire llardcn-Hyckey-Lavertujon, on a interdit, il est Niai, 1 emploi de la main gauche, mais a aucune époque on n’avait songé en France, avant 1 affaire Meyer, à inscrire une intervention < de ce genre dans le procès-verbal, pas plus qu’on ne met au bas d une invitation à dîner : « On est prié de ne pas emporter l’argenterie. » Cela est sous-entendu entre honnêtes gens. I
L’ESCRIME SÉMITIQUE. m
songe de plus, et il serait vraiment trop commode de décliner la responsabilité de ce qu’on a écrit, quand le îesultat qu on voulait obtenir en l’écrivant est acquis.
L’affirmation de Me Lenté a la netteté d’une condamnation :
Maintenant, messieurs, puisqu’on vous a fait juges du camp, permet tez-moi de vous le dire, il paraît démontré que Meyer aurait pu même en raisonnant faire ce qu’il a fait.
C est grave. En tout cas, telle est l’opinion de gens absosoiument compétents.
C’est grave, comme le dit avec raison Me Lenté. Cela signifie simplement ceci :
L escrime française avait jadis pour patrons saint Michel et saint Georges, elle a désormais pour patron Judas.
Voilà le fait dans toute sa brutale évidence.
Le 24 avril, M. Albert Duruy, saisissant la main le M. Ai tliui Meyer tenant mon epée, lui disait i f Monsieur, je vous y prends.... »
Les quatre témoins, pâles comme la mort, semdaient anéantis.
Le jeudi 8 juillet 1886 les Archives Israélites •ouvaient écrire :
L’affaire du duel de M. Arthur Meyer, directeur du Gaulois, vec M. Édouard Drumont s’est dénouée samedi dernier evant le Tribunal dans des conditions honorables et relativeient avantageuses pour le premier: M. Meyer a été condamné 200 francs d’amende ; mais l’arrêt reconnaît qu’il avait été ’ovoqué par de graves outrages et que les circonstances de Hte rencontre ont été irrégulières des deux côtés.
DEVANT L’OPINION
L’habileté que les Juifs déploient dans ces opérations de sauvetage touche au génie ; il y a là comme une espèce de sortilège, un art du prestige véritablement inouï.
Seulement il faut tomber sur quelqu’un qui rentre, par un côté quelconque, dans la convention générale, qui soit involontairement du complot, par amour pour son repos, par crainte pour les siens, par puéril respect humain, par une ambition littéraire qui lui fait redouter de se mettre mal avec la presse.
Le charme est rompu dès que l’on tombe sur un cœur simple qui a compris la parole de Bossuet : « Qui peut mourir n’est jamais faible. »
Celui-là regarde fixement les Waskiewicz et les Saucède en face, il leur met la vérité sous le nez et leur dit : « Vous qui posez volontiers pour de galants hommes et des raffinés en matière d’honneur, voilà le rôle que vous avez joué. »
Tout ce monde encombrant et fanfaron, qui s’est fait, une carrière de l’escrime, qui a toujours les mots de coupé et de dégagé à la bouche, va-t-il donc protester l Non.
Quelques-uns disent : « C’est un peu raide, tout de même ! » mais ils se résignent. Le Juif a réussi, : là encore, à imposer sa législation à lui, à forcer h loi générale à se plier à sa convenance individuelle J’ai vu des maîtres d’armes désolés, prêts à pieu-, rer de cette doctrine nouvelle qui faisait tomber s, bas l’escrime française. Ils sont venus me dire], « J’ai des élèves juifs dans ma salle.... J’ai peur qu’oi n’annonce plus mes assauts dans les journaux.... J<
crains.... Néanmoins, il arrivera ce qui pourra.... Si vous voulez, je signerai bien quelque chose.... »
Je leur ai répondu : « Gardez-vous-en bien ! Je suis bon cheval de trompette. Pour confondre tous les mensonges juifs, que la société parisienne est assez avilie pour accepter docilement, je ne compte que sur moi seul, sur la puissance du raisonnement mise au service de la vérité. »
Si j’ai cité plus haut le nom de Yigeant, c’est qu’il est dans des conditions toutes particulières. Par ses relations dans le monde, par son talent d’écrivain, par ses manières, il occupe à Paris une grande situation personnelle et il n’est pas réduit, comme d’autres maîtres, à signer, moyennant vingt francs et un verre de vin, des certificats qui puissent aider à se tirer d’affaire un Sémite dont l’honneur est endommagé....
Les autres maîtres d’armes, même parmi les plus honnêtes, n’ont point cette indépendance. C’est une profession perdue depuis que les Juifs ont passé par là. De professeur, le maître d’armes est devenu employé, valet d’escrime....
Le système juif se retrouve là fidèle à lui-même. La manière d’opérer du Juif est simple et ne varie guère. Elle consiste à prendre des hommes indépendants qui, réunis, formaient une corporation, à les noyer dans une collectivité de façon à leur faire perdre leur force propre. On agit ensuite sur cette collectivité par l’ascendant, d’une tribu dont tous les membres se tiennent étroitement entre eux, de façon
244 DEVANT L’OPINION
à confisquer au profit d'Israël les souvenirs, l’autorité morale que ces hommes représentaient.
Celte main mise sur l’escrime est de date relativement récente. En déménageant 1 ancienne société pour s’approprier tout ce qui pouvait leur servir là dedans, les premiers Juifs ont d’abord négligé l’Épée, qui ne leur disait rien qui vaille. Ils n’avaient gardé un souvenir bien agréable, en effet, ni de la Durandal, ni de l’épée du Campéador, la Tizona baptisée qui, selon l’expression de Saint-Victor,
« récitait la Salutation angélique gravée sur sa lame :
Ave Maria gratia plena ».
D’autres Juifs vinrent, regardèrent la vieille Épée
réléguée dans un coin.
— C’est bien malheureux, tout de même, de laisser quelque chose dans un déménagement aussi complet...
— A quoi cela peut-il être bon? 1
— Qui sait? On peut s’en servir comme d’une enseigne, organiser des cercles, de là à une cagnotte il n’y a qu’un pas.
Les camarades comprirent et l’on emporta l’Épée avec le reste....
Jadis le professeur d’escrime était maître chez lui comme le charbonnier. Même quand il n’arrivait pas à la célébrité, il était entouré d’un petit groupe d’élèves dévoués qui l’aimaient pour avoir subi ses remontrances au début. Modeste et digne à la fois, il avait, non pas l’amour de la réclame comme aujourd’hui, mais l’orgueil de la profession consciencieusement exercée qui faisait la supériorité de tous les
L’ESCRIME SÉMITIQUE m
corps d’état du Passé. Avec lui, qu’on fût fils de millionnaire ou simple étudiant, il ne fallait pas discuter; l’apprentissage était dur et pénible et l’on ne vous permettait de tirer qu’après un long stage. On retrouve ainsi le vieux maître d’armes dans quelques anciennes gravures et l’on aperçoit ces salles primitives dans des brevets de maître, sur des lithogra- .phies coloriées où l’on déchiffre, entre des faisceaux de drapeaux, des devises qui sentent l’Empire et la
Restauration : H ommage aux braves ! Honneur aux dames !
C’eût, été miracle que les Juifs, qui ont tout dérangé à Paris, puissent laisser cet homme de bien tranquille dans sa salle. Les boursiers, les coulissiers se sont dit : « Il faut encourager l’escrime t » Sous ce prétexte, ils ont créé des salles de cercie, auxquelles on pouvait s’abonner moyennant un
supplément de cotisation de 80 ou de 100 francs par an.
De ce jour l’enseignement de l’escrime était fini. Quelle autorité voulez-vous que puisse avoir un professeur sur des gens qui viennent là par pose, pour s’amuser avec l’épée, qui commandent au maître au jeu de lui obéir?
j dans un état de sujétion absolu, le maître larmes devint, je le répète, une sorte de joujou, le patito, entre les mains des boursiers, désireux le se donner un vernis de bretteur. Chaque financer eut son maître d’armes, comme tout grand seineur avait jadis son astrologue. Le dernier des remisiers se fit peindre, en costume de salle, le fieu-
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ret à la main, farouche, ayant l’air de dire aux , spectateurs épouvantés : 1
. . Je veux croiser le fer Avec Don Spavento, capitan de l’Enfer.
Les serviles s’accommodèrent de ce régime et se firent une douce habitude de s’écrier, à chaque coup porté par un membre du cercle, podagre, égrotant, essoufflé dès qu’il s’était fendu une fois : « Décidément, monsieur, je ne lire plus avec vous ! Vous êtes
trop fort !»
Les indépendants, par caractère et par position, comme Vigeant, envoyèrent tout promener et se contentèrent de leur belle clientèle piivée.
Quelques-uns voulurent essayer de lutter et fnent des efforts désespérés pour conserver leur salle. Avoir une salle ! cela prenait pour eux une importance dont rien ne peut donner 1 idée. Avoii une salle ! c’était avoir encore un moi, une individualité, garder le droit aussi de servir l’art qu’ils aimaient passionnément en faisant de vrais élèves.
Ce qu’il y eut dans ce genre de souffrances ignorées, de privations subies, nul ne pourrait le dire, Un des meilleurs professeurs de Paris me racontai! que, pendant trois mois, il avait vécu de pommer de terre et bu de Peau, pour laisseï le vin à s< femme malade.
C’est presque un tour de force, en effet, que d( pouvoir conserver une salle, et cela se comprent aisément. Les leçons d’armes se payaient convena blement autrefois; aujourd’hui, un élève, mênr
L’Ei CRIME SÉMITIQUE.
riche, croit faire un véritable sacrifice lorsqu’il dépense trente ou quarante francs par mois de leçons, alors qu’il en serait quitte avec un très minime supplément dans un cercle. L’hiver, tout va encore , mais l’été, quand le monde élégant est absent, le maître meurt à peu près de faim dans sa salle déserte.
Grâce au génie essentiellement confusionniste du Juif, qui excelle à mettre chaque chose hors de sa place, la vieille salle d’armes de nos pères aura bientôt disparu de Paris. En revanche, il y aura des salles partout, dans les clubs où l’on s’occupe de beaux-arts, dans les cercles où se réunissent les coulissiers, dans les magasins de nouveautés et même dans les établissements d’hydrothérapie.
Pourquoi joue-t-on au baccarat dans un cercle qui s’appelle le cercle de l’Escrime ? Les organisateurs pourraient seuls nous révéler ce mystère. L’art de tirer à fond n’a effectivement qu’un rapport éloigné i avec Part de tirer à cinq. Quand un joueur s’écrie : « En cartes ! » je ne suppose pas que le rôle du président consiste à intervenir en disant : « Prenez le contre de sixte ! Pressez sur l’épée et tirez droit ! »
C’est de cette vie de cercle que sont nés les principes de l’escrime sémitique. Les gens affolés de publicité, craignant que leur cercle ne soit attaqué, donnent au hasard les attestations que l’on veut.
Je mets à part M. Roulez qui a eu le courage et la franchise de se présenter à la barre et qui acceptait ainsi une discussion qui eût pu etre instructive
DEVANT L’OPINION
sans la mauvaise volonté du président. Mais que penser d’un maître d’armes comme Jacob, intervenant de loin dans un débat, au mépris de toute bienséance, en faveur de quelqu’un dont il a été le professeur? Si l’ancienne corporation des maîtres d’armes existait encore, celui qui eût commis un tel acte en eût été chassé honteusement. Ce nom, d’ailleurs, comme celui d’Agamemnon, est suffisamment significatif.
Ce nom seul, je pense,
Ce nom me dispense D’en dire plus long.
Que penser d’hommes comme Waskiewicz et Saucède qui émettent des apophtegmes semblables à ceux-ci :
Il est du devoir absolu des témoins de conserver au combat, autant qu’il leur est possible, un caractère correct et digne d adversaires Joyaux et courtois.
A. W askiewicz — J. Jacob, professeur d’escrime.
Moi, témoin, je ne tolérerai jamais dans toute la mesure possible qu’un duel dégénère en pugilat (1).
Alf. Saucède.
Cela ne i appelle-t-il pas le jeu des petits papiers i
(1) M. Saucède, peu familier probablement avec la langue française, ne s aperçoit même pas, dans son zèle à plaire au Gaulois que ce qu il dit est la condamnation même de son client. Les témoins n’ont jamais toléré le pugilat , attendu que je ne me suis jamais servi du poing, puisque ma main gauche, de l’aveu de tous sans etre même passée dans la boucle du pantalon, était absolument immobile derrière mon dos et que le combat a cessé, précisément au moment ou Ion a vu que M. Meyer faisait du pugilat, c’est-à-dire avait pris et tenait mon épée dans son poing fermé.
L’ESCRIME SÉMITIQUE. m
Comment V aimez-vous? ou les avis sibyllins de l’ancienne sorcière de Mabille : S'il est châtain clair , je n'épouserai pas ? Cela ne fait-il pas songer aux affiches que l’on trouve dans les Rambuteaux : Docteur Bienaimé : on peut consulter par correspondance.
Quand on occupe dans le monde de l’escrime la situation qu’une réclame complaisante a faite à M. Waskiewicz et à M. Saucède, on répond nettement aux gens dans l’embarras qui viennent vous trouver:
« Je suis assez Parisien pour deviner ce que vous souhaitez. Vous désirez vous servir de mon nom, or je ne mets pas mon nom au bas de consultations données à l’aveuglette sur des faits que je n’ai pas vus. Les quatre témoins qui ont constaté les faits qu’ils ont vus sont d'une droiture que personne ne conteste. Je vais me rendre .chez eux, les prier de me raconter dans les moindres détails ce qui s’est passé, et alors seulement je pourrai formuler une opinion.»
Voilà ce que le plus vulgaire respect de soimême commandait à d’honnêtes gens de faire, avant de déposer leur signature au bas d’un papier destiné à être lu devant un tribunal et à exercer sur lui une influence décisive.
Cette immixtion dans les affaires d’autrui est d’autant plus inconvenante que, dans les mœurs présentes, les témoins sont tout dans un duel. Jusqu’au dernier moment, le principal intéressé ne joue là dedans que le rôle secondaire de patient. On vient le chercher en landau, on lui offre la place d’honneur, on le descend, on lui montre l’endroit et on lui dit :
DEVANT L’OPINION
(( Allez-y î )) Non seulement il ne peut discuter ses
intérêts que par ambassadeurs, ce qui se comprendj mais, s’il lui vient un joli mot sur le terrain, il est obligé de le renfoncer, ce qui le gêne... (1).
J’avoue que ce dernier point m’a toujours paru excessif. Il faut voir là encore une manifestation du faux chic mis à la mode par le nouveau monde de l’escrime, qui prend l’air compassé et poseur pour la dignité ; on a dénaturé là comme ailleurs le tempérament français. M. de Bouteville était peut-être de meilleure maison que tous ces boursiers, puisqu’i était Montmorency; — ce qui ne l’empêcha de finii en Grève dans un temps où l’on pratiquait l’égalité devant la loi, tandis qu’on se contente aujourd’hu de l’écrire dans les codes. Il aimait cependant i égayer de saillies ses estocades de la place Royale e ce devait être ravissant : deux Français s’escrimanl de la langue et de la pointe à la fois, enveloppam une riposte dans une réplique mordante. On poussai
(1) C’est là une des perles de l’interrogatoire de M. Meyer devan le juge d’instruction. Il venait de rappeler le propos que j lui avais tenu pour essayer de me dérider devant cette face d Carême : « Mais je ne répondis pas, ajouta-t-il, carôn ne parle pa sous les armes. » Vous voyez d’ici l’air ahuri et admiratif du magisf trat, qui se dit : « Mon Dieu, comme ce monsieur est distingué ! Vous retrouvez lace respect des apparences, cette tenue que le Ju garde au milieu de tous ses méfaits. Cet homme, qui a commis un normité au point de vue de l’honneur, n’a point contrevenu au prescriptions du pschutt; il n’a point parlé sous les armes ! Vou rencontreriez un Juif en train d’emporter l’obélisque qu il vou répondrait : « Oh ! Monsieur, je n’ai rien à me reprocher, je sa* parfaitement qu’on ne se met pas en habit avant six heures d' soir. »
Tout cela est d’un comique intense, mais d’un comique spécial d’un comique un peu en dedans. La jovialité bruyante des ancêtre
un éclat de rire au milieu des duels à mort de I jadis; il est convenu qu’on doit être sérieux dans les duels pour rire d’aujourd’hui. Huit mille gentilshommes tombèrent en quelques années dans ces rencontres où l’on plaisantait constamment. Aujourd’hui on se pique généralement à la main, mais il est accepté qu’il faut aller là avec une gravité de croque-morts....
La vérité m’oblige à dire qu’on cite, malgré tout, quelques mots réussis prononcés sur le terrain par Paul de Cassagnac, Henri Rochefort, Aurélien Scholl. Ces messieurs passent cependant pour avoir toujours bien fait sur le terrain. Au temps où l’on ignorait le cabotinage effréné mis à la mode par les Juifs, cet éloge suffisait aux plus difficiles. « Sire, écrivait Turenne à Louis X1Y après une bataille terrible, où la Maison du Roi avait perdu la moitié de ses officiers, je ne doute point que Votre Majesté ne soit heureuse d’apprendre que les régiments de 4a Maison du Roi ont très bienfait devant l’ennemi. »
n’aurait pas de place ici; ce qui se dégage du spectacle des choses actuelles, c’est une sorte de gaieté d’un genre particulier, qui se résume dans le sourire du mystificateur sémitique, éclairant un visage exsangue. Il y a des effets semblables dans quelques aaysages à certaines saisons, un coup de lumière non pas vif, mais •asant les objets, glissant à la surface de tout, s’accrochant à des Douquets de bruyères, exigeant de l’artiste des tons très fins.
Cette société bizarre n’a pas trouvé un peintre. Bourget est trop ourré dans la Juiverie, trop préoccupé de l’Académie, il voit trop es êtres, d’ailleurs, à travers les livres; Lemaître est trop fraîchencnt débarqué encore de sa province; Bonnières, qui a de la netteté lans le regard et de la subtilité dans l’esprit, est passé à côté le l’œuvre à faire.
DEVANT L’OPJNION.
Pour conclure sur le Waskiewicz et le Saucède, que cette digression m’a fait perdre de vue, je dois dire que rien dans ma conduite n’a pu les exciter à prendre parti contre moi en faveur d’un pleutre qui m’avait déloyalement frappé.
J’ai parlé toujours de la Pologne comme un Chrétien et un Français doit en parler, avec une fraternelle pitié pour cette héroïque nation que les Juifs ont livrée aux Russes. J’ai rencontré parmi les Polonais d’admirables exemples de foi, de travail, d’invincible et généreuse espérance, et je n’ai jamais confondu ces proscrits de la plus noble des causes avec les Polonais de table d’hôte que nos pères ont connus et qui ont été remplacés, paraît-il, de nos jours, par des Polonais de salle d’armes....
Quant à M. Saucède, je n’ai eu que des rapports indirects avec lui. Au moment où il vendit sa galerie de tableaux, Gai, le directeur de la Liberté , me dit : « Saucède est un aimable homme; il est obligé de se séparer de sa collection. Il serait très désireux d’avoir un article de vous là-dessus. »
Je fis l’article, comme j’en ai fait pas mal dans ma vie pour des gens que je ne connaissais pas, car, je l’ai dit déjà, je suis né avec des instincts obligeants, et c’est l’opiniâtreté des Juifs à nous faire du mal qui m’a seul rendu violent.
M. Saucède m’écrivit pour me remercier avec effusion. Je ne lui demandais pas, pour ce léger office, de me coucher sur son testament, mais j’estime qu’il eût mieux agi en demeurant neutre dans un débat qui ne le concernait aucunement. S’il a la
manche aussi laige en affaires qu’en escrime, je m’explique que la Société des agents de change ait éprouvé le désir de se priver de sa compagnie.
On m’a affirmé que M. Saucède avait eu le malheur de tuer jadis un adversaire en duel, très loyalement du reste, car je le crois, malgré tout, incapable d’appliquer ses théories déplorables sur le terrain. Je n’ai pu vérifier ce fait et n’en parle que sous les plus expresses réserves. Depuis les infor- ’ tunes de Gomot, personne ne veut plus fournir de renseignements. Quand un provincial demande une indication quelconque pour retrouver son chemin,
: les passants, craignant de se compromettre, s’enfuient en marmottant : « Gomot ! Gomot ! ! x
Si le fait est exact, c’eût été une raison de plus pour M. Saucède de ne pas se mettre en avant. En pareil cas, on peut continuer sans doute à faire de l’escrime à la salle pour son agrément personnel après en avoir fait sur le terrain pour le mortel désagrément de son prochain, mais on doit s’abstenir soigneusement d’ouvrir un cabinet pour les maladies de la main gauche....
Si le fait est inexact, le soin seul de sa renommée d’escrimeur eût dû faire tenir M. Saucède tranquille. C’est un tireur incomparable, lui aussi, d’après M. Tavernier : « C’est un pareur exquis ’ un riposteur habile. » Comme Mathieu de la Drôme, il a « la connaissance des temps » et il a réussi, ce qui me paraît superbe, étant donnée la force de 1 adversaire qu il avait devant lui, « à prendre quelques Lies beaux coups de bouton de ce genre
DEVANT L’OPINION
sur les attaques composées en marchant de Robert aîné ».
Quand on a acquis cette réputation dans les armes, on ne la compromet pas avec des consultations ridicules.
Tout le monde sera de mon avis. Sans doute, certains journalistes du boulevard écriront : « Les mots nous manquent pour exprimer la douleur qui nous a pris en voyant un homme, auquel le sens moral fait évidemment défaut, manquer de respect aux célébrités les plus estimées du monde de l’escrime, aux représentants autorisés de cette escrime française qui, grâce aux Mérignac et aux Jacob, a conquis en Europe une place qui adoucit pour nous le regret de nos provinces perdues. »
Au fond chacun s’écriera : « C’est pain bénit que cette leçon si vertement donnée! Drumont s’intéresse à sa cuisse, c’est un sentiment assez humain; il ne s’est jamais occupé de la cuisse de Waskiewicz et de Saucède, pourquoi ces messieurs s’occupent-ils de la sienne? »
Chacun remarquera combien est exceptionnelle la situation qui m’est faite.
Je suppose que ceux dont je discute les appréciations, désireux de gagner la prime promise par Israël à qui me tuera, viennent me demander réparation. Ils prennent l’épée naturellement et, étant admise leur sympathie pour Meyer, ils la prennent même des deux mains; ils emmènent avec eux Danet et, cette fois, au lieu de me saisir par derrière afin de me faire philanthropiquement égorger, ce praticien
trop sensible me saisira par le pied au moment où j essayerai de me fendre....
Que voulez-vous que je fasse sur le terrain puisque
blessé?'1 1 Pere même qUand je suis traîtreusement
Je n aurais qu’une ressource : aller trouver le président des référés et lui dire: 1
«Prononcez sur mon cas et signez-moi un papier avance. J ai versé de mon bel argent entre les mains d un professeur breveté par l’État pour savoir ce que je devais faire, et j’ai suivi ses enseignements point pour point avec la docilité d’un enfant. Voici maintenant que M. Barthelon me désapprouve de
a b ÏÏ r utme; Un autre président’ égalenaent
fe pai la Synagogue, me réprimandera si je me me s en quarte. Blâmé quand je suis en prime,
fletn quand Je SU1S en quarte, en quoi voulez-vous que je me mette? »
SaS pS.UCCes,Seur de Lamoignon téléphonera rue bain -Florentin pour savoir s’il doit permettre à un
simple g0y lm léger coupé ou un timide une, deux. Mon sort dépendra de la digestion du baron, qui
m assure-t-on, digère fort mal depuis qu’il est si souvent question de lui....
CE qu’on voit dans un tribunal
De telles gens il est beaucoup
Qui prendraient Vaugirard pour Rome;
Et qui, caquetant au plus dru,
Parlent de tout et n’ont rien vu.
(Jean de La Fontaine.)
Le monde judiciaire. — Ce que devient la Vérité. — M. Albert Duruy. — M. Alphonse Daudet et le président Barthelon. — La haine des magistrats pour les lettrés. — Un avocat très fort.
Me Lenté. — Ignotus et le lit des avocats. — La niaiserie des conservateurs. — Un président faussaire. — Un Chrétien devant la loi est-il l’égal d’un Juif? — Poursuivra-t-on? — La consultation de Panurge.
Malgré tout, comme on chantait dans le Roi Pétaud :
Je suis content d’avoir vu ça.
Quand on pénètre pour la première fois dans ces cavernes de justice, on a des sensations très neuves, très fraîches. J’ai demandé à Daudet quelle avait été son impression: « L’impression, m’a-t-il dit, d’un édifice qui s’écroule, d’un vieux cadre qui s’en va par morceaux, de gens qui répètent machinalement, sans les comprendre, des formules auxquelles ils ne croient plus. »
Tout là dedans pue le mensonge, et je souffrais profondément de ce que devait éprouver Duruy qui
DEVANT L’OPINION
s’imaginait naïvement qu’on vient dans ces endroitslà dire : « Voilà ce que quatre hommes d’honneur ont vu et certifié exact; c’est cela et ce n’est pas autre chose. »
C’est sur des natures comme celles de Duruy, probes, droites, rebelles aux compromis, que pèse le plus durement l’époque actuelle. A l’armée, dans la presse, dans la vie politique, ce défenseur du Droit écrasé par la Force a toujours été le même; partout il a rencontré la Destinée s’acharnant contre les meilleurs et les plus braves. Il a gardé sa douleur pour lui et caché ses émotions sous le masque impassible du stoïque.
Si j’osais, quand je prie pour mon vieux camarade de Charlemagne, je demanderais à Dieu de le faire un peu rire et de le faire un peu pleurer.
J’ai lu quelque part, dans ces travaux allemands où l’on trouve tout, que le rire et les pleurs étaient relativement récents chez l’homme. Les mâchoires massives des préhistoriques se sont peu à peu détendues chez leurs descendants et formées à la gymnastique du rire; les yeux secs pendant de longs âges ont laissé échapper des larmes. Le rire et les larmes, comme le feu lui-même, sont des éléments qui ne sont entrés que tardivement dans l’humanité pour lui rendre le séjour ici-bas plus supportable.
Je ne sais si la théorie est approuvée par la science officielle ; ce qui est certain, c’est que c’est une grande grâce que le rire. Tout le talent de Daudet est dans ce rire mouillé de larmes qui le prend devant l’homme, dans cette pitié souriante faite d’ironie, de
CE QU’ON VOIT DANS UN TRIBUNAL. 259
dédain, d’indulgence et d’amour de la justice, aussi, dans ce sens aiguisé de l’observateur, qui déshabille dans un regard un homme comme Barlhelon et lui démolit sa petite histoire.
Duruy, comme tous les hommes de gouvernement et de discipline, croit à la magistrature et il a le cœur serré quand il s’aperçoit qu’elle est vénale. Daudet ne croit ni à la magistrature actuelle, ni à celle du Passé. Son père n’avait pas tout a fait tort lorsqu’il disait à cet indépendant: « Tu n’aimes pas les magistrats, tu n’aimes pas les huissiers, tu n’aimes pas les sergents de ville, tu n’aimes pas les académiciens, tu n’aimes aucun corps constitué....»
Daudet aime mieux que cela : il aime ce qui est honnête et bon, il aime la Vérité. Rien n’était plus émouvant pour moi que de voir ce lettré, qui aurait dû être gêné dans cette enceinte nouvelle pour lui, tenir tête constamment au président et le réduire au silence par les seules qualités qui ont fait de lui un maître écrivain: l’amour du mot juste, de l’expression précise, de l’épithète nécessaire et unique pour peindre un homme et une situation.
De tout ceci on ne découvrirait nulle trace dans la Gazette des Tribunaux. Je croyais ingénûment que tout ce qu’on mettait dans ces colonnes avait un caractère officiel, sacro-saint. J’ai été étonné de rencontrer dans ce journal, que je vénérais sans le connaître, non pas certes le contraire de ce qui avait été dit, mais un compte rendu systématiquement arrangé en faveur de l’accusé, qui l’envoya à ses abonnés comme sa plus complètejustification.
DEVANT L’OPINION
Les délicats n’en ont pas moins eiiun régal piquant.
Ce fut un de ces duels de paroles, une de ces explications à mezza voce , comme il s’en passe parfois dans un salon, où les coups sont donnés avec une main gantée et où c’est l’accent seul qui prête leur valeur aux mots.
Dès le début le magistrat avait senti un ennemi dans le grand écrivain. Les magistrats modernes, qui du moins étaient intègres avant l’épuration, ont toujours éprouvé, pour les manifestations de l’intelligence une haine presque égale au noble amour que les Parlementaires d’autrefois avaient pour les lettres.
Qui ne se rappelle la réponse pleine d’une bonhomie superbe et en même temps d’une courtoisie de grande allure que fit Alexandre Dumas père au président du Tribunal de Rouen devant lequel il était appelé à déposer comme témoin?
— Votre profession?
— Auteur dramatique, monsieur le président, si toutefois il est permis de prendre ce titre dans la patrie du grand Corneille.
Dit par un maître du théâtre contemporain, c’était vraiment très gentil. Le président n’eut qu’une préoccupation : faire une saleté au dramaturge illustre qui venait, dans une phrase spirituelle, de saluer un des souvenirs chers aux Normands.
— Oh! monsieur, dit-il d’un ton rogue, il y a des degrés....
Barthelon commença par faire une petite coquinerie à Alphonse Daudet.
— Huissier, s’écria-t-il, allez chercher le témoin,
CE QU’ON VOIT DANS UN TRIBUNAL
et conduisez-le bien jusqu’à la barre, car, ajouta-t-il d’une voix de tonnerre, il est très myope !
C’était dire à ses acolytes : « Ne faites pas attention à la déposition de ce témoin: il ne voit pas clair. »
C’est à cette perfidie que Daudet répondit par un mot qu’on a critiqué, et qui était tout à fait en situation: « Quand j’ai mon bon lorgnon dans l’œil, je vois très bien. » Ainsi s’exprimait la bouche, et le geste ajoutait : « Il m’a suffi de vous regarder pour constater que vous n’aviez rien de l’impartialité qui convient à un juge. »
Ce vieux fourbe de Barthelon avait son siège fait, probablement un siège à la Cour, et il était arrivé à l’audience avec l’intention bien arrêtée de frémir sur les péripéties d’un duel effroyable.
— Ce n’était plus un duel, n’est-ce pas ? c’était un pugilat !
— Nullement, monsieur le président, pugilat vient du mot poing, et M. Drumont ne s’est jamais servi de son poing. Le duel a cessé précisément au moment où M. Meyer a employé le poing.
— Les deux adversaires s’étreignaient désespérément?
— C’est une erreur, monsieur le président; pour qu’il y ait étreinte, il faut qu’il y ait entrelacement, c’est-à-dire que l’on se serve de ses bras. Or, M. Drumont ayant sa main gauche derrière le dos et tenant son épée dans la main droite, ne pouvait enlacer personne.
Le président, légèrement désarçonné, semblait vraiment trouver que l’argent était un peu dur à gagner.
DEVANT L OPINÏON.
La façon d’apprécier la déposition de M. Charles Bal est également toute littéraire.
Il est de la plus ordinaire convenance et de règle absolue que les témoins seuls assistent à un duel. Quand, par aventure, un homme de bonne compagnie se trouve spectateur fortuit d’une rencontre, il n’en parle jamais, pas plus qu’il ne parlerait d’une entrevue galante dont le hasard l’aurait rendu ;émoin.
Dans ce simili-monde qu’est le monde juif, tout se passe autrement. Lors de mon duel avec M. Charles Laurent, une petite tribu d’Israélites, sous la direction de M. Weil-Picard, cheminait en file indienne sur la route d’Achères pour voir comment j’étais fait et observer de loin comment je tirais. C’est ce qu’on appelle la correction (I) dans l’escrime nouvelle, qui est, comme tous les journaux du high life vous le diront, une consolation dans nos malheurs.
M. Charles Bal ne manqua pas de se conformer aux usages de la société présente. Au lieu de garder pour lui ses réflexions sur un duel qu’il n’avait vu qu’à vingt-cinq pas, et probablement de plus loin, derrière un arbre, il en vint faire part à Barthelon. Vous me direz qu’en ceci il a relativement mieux agi que MM. Waskiewicz et Saucède, qui se sont
(1) Ce fut un des plus jolis mots de Daudet, énervé par l’étalage de fausses manières, particulier à cet «homme du monde » qui, avec toutes ses belles relations, en était arrivé à nous faire déshabiller dans une écurie : « Monsieur le président, je ne vous demande qu’une chose, pcrmettez-moi de ne plus jamais prononcer le mot de correction. »
CE QU’ON VOIT DANS UN TRIBUNAL
avisés d’apprécier une scène qui se passait en Seineet-Oise pendant qu’ils étaient à Paris.
Ce qu’avait vu M. Bal était sinistre. Il avait vu un groupe furieux, deux hommes s’étreignant et ne faisant qu’un....
Le président de lalOe Chambre était heureux de rencontrer enfin dans l’affaire un homme avec lequel il pût frémir. Mais, par une fatalité déplorable, il semblait que la vue de cette lutte horrifique eût rendu M. Bal totalement aphone. Le magistrat en était réduit à répéter à haute voix la déposition du témoin en lui disant de temps en temps, avec un léger trémolo :
— Ils se mangeaient le nez, n’est-ce pas, monsieur?
— Oui, monsieur le président, répondait M. Bal, d’une voix de plus en plus caverneuse et sourde; ils se mangeaient le nez !
J’en appelle à tous les gens de goût de Paris, à mes plus irréconciliables ennemis eux-mêmes, aux Vénérables de toutes les Loges, me supposent-ils des appétits assez dépravés pour avoir voulu manger le nez de Meyer?
Ce fut alors que Daudet fit "à Barthelon cette remarque si simple et si topique :
— Mais, monsieur le président, vous ne vous rendez donc pas compte de ceci : la distance modifie la forme des objets, et tout ce qu’on voit de loin semble faire masse.
C’est bien l’objection d’un homme habitué à observer attentivement les êtres et les choses, à
DEVANT L’OPINION
regarder comment les silhouettes se détachent sous la clarté blanche de midi ou dans la brume indistincte du soir, à noter les sentiments divers qu’on éprouve selon les conditions d’optique différentes dans lesquelles les objets se présentent à nous. Examinez deux hommes s’abordant en pleine campagne, ou causant avec animation sur une place publique inondée dé soleil, ils font corps l’un avec l’autre, et, pour peu qu’ils gesticulent en parlant, ils semblent se battre.
L’impressionnisme a poussé ce principe-là trop loin ; sous prétexte de plein air , il a trop émoussé les contours et trop noyé l’homme et le paysage dans l’atmosphère qui les enveloppe; mais, au fond, il procédait d’une vision très sincère de la réalité.
On me pardonnera de m’attacher à ces détails. Je pense, comme Daudet, qu’il faut profiter de toutes les occasions qui s’offrent, de tous les événements, petits et grands, auxquels on est mêlé; de tous les milieux dans lesquels la vie vous entraîne, pour étudier et recueillir des documents humains. Je l’ai fait dans cette circonstance; et ce qui m’a le plus frappé, je le répète, c’est le secours qu’apportait à la vérité judiciaire l’amour tout artistique de l’exactitude dans les termes; — c’est le lien étroit qui unissait la conscience de l’homme à la conscience de l’artiste. On a dit qu’il y avait une magie secrète dans les mots, il y a aussi en eux une probité....
C’est précisément là ce qui constitue l’infériorité de l’avocat.
CE QU’ON VOIT DANS UN TRIBUNAL. 265
J’aurais certes bien mauvaise grâce à me plaindre de Me Lenté; il a été aussi courtois qu’il était possible envers mes témoins et envers moi-même. Je ne fais même nulle difficulté de reconnaître qu’il a justifié ce qu on m’avait dit de lui, quand on m’en avait parlé comme de l’avocat « le plus fort de Paris ».
Il faut prendre cet éloge, bien entendu, dans le sens qu’on lui donne au Palais. En cet endroit, où 1 on déprave sans façon le dictionnaire, l’épithète de « foi t » signifie, non pas puissance, émotion, accent impérieux dans l’expression d’une conviction, mais habileté suprême, dextérité sans égale. L’idéal de l’homme « fort », ce ne serait pas Hercule nettoyant les écuries d’Augias ou étouffant un monstre dans fcs robustes bras, mais un prestidigitateur escamotant une muscade sans que personne s’en aperçoive. a Assuré du résultat, Me Lenté a parlé comme s’il eût cru nécessaire de convaincre. Certains acteurs jouent mieux devant un public gratis que devant un public payant. Me Lenté a eu le dilettantisme de plaider devant un tribunal payé comme s’il plaidait devant un tribunal qui aurait jugé gratis....
La caractéristique de l’avocat, c’est l’horreur de ce mot piopre, dont la recherche est le perpétuel tournent de 1 écrivain. Ce mot, l’avocat le repousse quand )ar hasard il lui vient, il le triture en quelque façon lans ses mains pour le déformer, pour effacer ce [ue l’effigie aurait de trop brillant. L’artiste impose e mot qui peint une situation, l’avocat, au contraire, •ropose ce mot timidement, il le présente sous bénéice d’inventaire.
DEVANT L’OPINION
Rien ne peut donner mieux l’idée d’un avocat comme Me Lente, que l’homme à la boule : vous savez, celui qui remontait un plan incliné debout sur une boule.... L’homme à la boule était sûr de son affaire, mais à chaque instant, pour intéresser le public, ; il semblait sur le point de laisser échapper la boule.
On n’imagine pas la façon dont Me Lenté prononçait le mot « incohérent» : « Un duel, messieurs, un duel désordonné... sauvage... incohérent.... »
Il lançait le mot : « incohérent» avec les épaules, ! puis, dans un geste qui lui est familier, il élevait les > deux mains en l’air, la paume en dehors, dans l’atti- i tude de certains Bouddhas, mais en élevant les deux bras plus haut que le fils de Couddhodana. Les deux mains parlaient véritablement, elles semblaient dire:
« Où sommes-nous? Qu’est-ce que tout cela? Aidez- i moi à comprendre, messieurs du Tribunal? »
Au bout de deux heures on finit par douter soimême de ce qu’on a vu. Les faits se volatilisent devant vous.
Je citerai de ceci un exemple curieux. Le docteur Desfossés dit aux témoins après la première passe : c J’aime autant ne rien voir, car je vois ici des choses qui m’indignent. » Cette parole, d’après sa déclaration formelle, s’appliquait à l’emploi de la main gauche, : par Meyer. Il me répéta ce propos, en lui maintenant expressément cette signification, en me pansant; il le reproduisit un mois après en causant chez moi,; dans mon salon, et le renouvela, toujours en l’ex-i pliquant de la même façon devant Daudet. Un peu interloqué par le mauvais vouloir du président, il
CE QU’ON VOIT DANS UN TRIBUNAL
rappela au tribunal ce qu’il avait dit, mais sans insi s ter sur le sens de ses paroles.
bavez-vous ce que cela devient? Un argument, non
pour démontrer le premier emploi de la main gauche
mais pour prouver que le duel avait atteint des proportions de violence en dehors de tous les usages
, ! Pour savoil> à quel point de frénésie le combat était parvenu, écoutez un témoin, un témoin de nos adversaires, messieurs : c’est le docteur Desfossés.
: a mieux aimé s’en aller que de regarder un spectacle qui lui répugnait.... Que voulez-vous, messieurs? Cela lui répugnait... à cet homme. »
. Sur le mot « u“ témoin de nos adversaires, messieurs», on fait un petit effet, très fin, la bille en
ete. Sur le mot « cela lui répugnait » bien mis en ■aleur, nettement détaché par un virtuose de la paole, M* Lenté risque la mimique des mains en l’air, misse les épaules, lève les yeux au plafond et se ut quelques minutes, comme si la pensée des orreurs que la terre avait contemplées ce jourli lui avait cause un indicible chagrin....
Supposez une cause plus importante, ce serait bsolument la même chose.